Chapitre 42
À peine avons-nous passé la porte de la villa qu'Ophie se tourne vers Edward, une certaine détermination sur le visage.
* Transforme-moi.
« Pas maintenant, refuse Edward.
Ophélia lui montre clairement son mécontentement. Paul se colle à mon dos et inspire dans mes cheveux.
« Tu te précipites, Ophie, se justifie Edward. J'ai peur que tu finisses par regretter une fois ta vengeance assouvie. D'une part, tuer quelqu'un, même si c'est un vampire, ce n'est pas anodin.
* Je ne veux pas vraiment la tuer, je veux lui faire mal.
« D'accord mais il y a Toc toc aussi. Il est en vie. Ça veut dire l'abandonner, il aura peur de toi.
La mention de Toc toc brise sa détermination.
« On peut peut-être le désensibiliser ? Formule Paul.
« Ça sera long et peut-être impossible mais on peut essayer, fait Edward avant de se tourner vers Ophie. Si nous arrivons à ce qu'il n'aie pas peur de moi alors nous arriverons à ce qu'il n'aie pas peur de toi, quand tu seras transformée.
* Mais plus on attend plus on risque de ne jamais la retrouver.
« Nous aurons l'éternité pour la débusquer, la détrompe-t-il. Elle finira par penser qu'on l'a oubliée et ce sera même plus facile de lui tomber dessus.
Ophie hoche la tête.
« Je ne sais combien de temps ça prendra pour désensibiliser Toc toc, si c'est possible mais il y a aussi à réfléchir à comment nous allons procéder par la suite. Tu vas changer physiquement, tes yeux et ta peau, tu auras également une aura qui te rendra à la fois attrayante et intimidante.
* Je sais, oui.
« Soit nous te faisons passer pour morte et nous devrons déménager soit nous expliquons tes changements par un traitement médical mais ta mère est médecin, elle ne sera pas dupe d'une telle supercherie.
Les épaules d'Ophie s'affaissent.
* Faisons comme prévu, alors. J'aurais 18 ans en janvier et le bac en juin, je pourrais partir de chez moi sans problème cet été. Nous pourrons déménager sans même faire croire que je suis morte, je ne pense pas que j'aurais envie de revoir ma mère, de toute façon, ni même qu'elle en aie quelque-chose à faire de ne plus me voir.
Edward la prend dans ses bras et dépose un baiser sur son front. Nous montons finalement pour ne pas rester dans le hall éternellement. Dans le salon, Edward se tourne vers moi, sa main se pose contre mon bras.
« Ça va ? Murmure-t-il.
Je hoche la tête et lui souris pour lui montrer que c'est vrai. Il jette un regard vers Paul et ils semblent s'échanger un message silencieux. Edward emmène Ophie dans sa chambre pour, je suppose, la réconforter. Paul m'entraîne sur le canapé, je me blottis dans ses bras.
« Parle-moi, m'enjoint-il.
« Je ne sais pas trop quoi te dire, murmuré-je.
« Comment Edward fait pour te faire parler ? Soupire-t-il.
« Je sais pas vraiment, réponds-je.
Je prends de l'air, le bloque et soupire doucement. M'ouvrir n'est pas quelque-chose qui m'est facile et je me rends compte qu'Edward arrive plus facilement à me faire dire les choses ou peut-être que c'est juste un peu plus facile avec lui. Ils sont différents, mes relations avec eux sont différentes mais je ne veux pas que Paul aie l'impression qu'il ne peut pas me réconforter et me faire parler comme Edward arrive à le faire alors je cherche au fond de moi la façon de mettre des mots sur ce que je ressens. Je pourrais commencer par raconter ce qu'il a loupé.
« C'était terrifiant, raconté-je. Tanya voulait pousser Ophie au suicide, elles ont tué le chat pour la mettre au fond et ensuite, elles lui ont fait croire qu'elle devenait folle, qu'elle entendait des voix. C'est pour ça que Lauren tournait autour d'elle, elles lui disaient qu'elle était nulle, qu'elle devrait se tuer.
« Quelles salopes, grogne-t-il.
Je sens ses mains se serrer en poing contre moi, je glisse ma main sur son torse pour calmer sa colère.
« Tout va bien, maintenant, le rassuré-je. Je doute que Tanya revienne nous chercher des noises.
Je l'entends soupirer de contrariété.
« Je suis vraiment nul, grommelle-t-il. Je suis censé te réconforter et c'est quoi le résultat ? C'est toi qui me calme.
« C'est rien, t'es pas nul. On fait un travail d'équipe.
« Mouais, fait-il peu convaincu.
Je ferme les yeux et pose ma main sur mon ventre laissant repartir les derniers événements dans le fond de mon esprit. Quand mes pensées ont lâché l'affaire et ne tournent plus autour de cette journée, je me redresse, souris à Paul qui me scrute et l'embrasse. Je me repositionne contre lui ensuite.
« Je t'aime, murmure-t-il, rompant le silence qui s'était installé.
« Pour toujours, réponds-je.
Son nez se colle sur mes cheveux, il inspire mon odeur et je le sens se détendre.
« J'espère que tu n'auras plus à utiliser ce pouvoir, grogne-t-il. Je déteste, vraiment.
« Tu me sens à nouveau ? M'assuré-je.
« Ouais, depuis quelques minutes.
« Tant mieux.
« Tu m'en voudrais si je te mettais dans une boite pour que tu ne sois plus jamais en danger ?
« Assurément. Tu sais à quel point je déteste qu'on essaye de me contrôler et à quoi cela servirait-il de vivre si je ne peux rien faire de ma vie ?
« Je t'occuperais.
Son ton me laisse deviner comment il le ferait. Je souris, amusée.
« Aucune boite ne réussira à nous contenir, Bidule et moi.
« Dommage, souffle-t-il.
Nous avons profité de ce dimanche pour finaliser la chambre de Bidule, l'armoire reçue la veille est désormais montée et les bodys sont désormais propres et secs dans le bac à linge. Il ne reste plus qu'à les ranger.
« Tu mets les bodys dans l'armoire ou dans les tiroirs de la table à langer ? Me demande Paul.
« Mh.
J'essaye d'imaginer où ce sera le plus facile d'accès. Je peux bien sûr préparer les habits à l'avance mais il peut y avoir des urgences, Bidule peut se pisser dessus pendant que je change sa couche, j'imagine.
« On va mettre la plupart dans l'armoire mais quelques-uns d'urgence dans le tiroir, avec les couches.
Paul hoche la tête. Il prend un premier body et, avant de le plier, le fait pendre devant lui.
« Je n'arrive pas à croire que Bidule sera aussi petit.
Je regarde le body qu'il tient et souris.
« Il sera minuscule, ouais.
Nous plions le linge et une fois le travail fini, nous contemplons l'intérieur de l'armoire avec les bodys et les grenouillères. Je pense que tout ne sera jamais aussi bien rangé que maintenant. Il y a beaucoup de place libre, parce que nous n'avons acheté que les premières tailles, de zéro à trois mois. On a décidé de ne pas prendre trop de bleu ou de rose pour ne pas trop entrer dans le cliché : petit gars en bleu, petite fille en rose. Bidule sera principalement en blanc, en mauve, en vert ou en jaune avec un motif d'une autre couleur sur le buste. Il y a pas mal de bodys et de grenouillères qui ont un motif chat sur le buste, soit le chat en entier, soit la tête ou seulement les oreilles, les yeux, le nez et les moustaches, tous choisis par Ophie. Paul a choisi une grenouillère mauve avec un bonhomme loup dessus et n'a trouvé aucun autre habit à son effigie dans la taille voulue, ce qui l'a un peu déçu.
Paul se colle à mon dos, il pose ses mains autour de mon ventre. Il inspire dans mes cheveux et dépose quelques baisers dans mon cou puis il pouffe, son souffle me chatouille.
« Qu'est-ce qui te fait rire ? Demandé-je.
« Je viens d'entendre "il y a des trucs autour de ma maison".
Je pouffe à mon tour.
« Je suis une maison, maintenant, râlé-je d'un ton amusé.
« Et je suis des trucs.
« Une maison et des trucs, Bidule sera tellement déçu quand il va se rendre compte.
Je referme la porte de l'armoire et me tourne pour embrasser mon petit-ami. Des petits coups à la porte nous interrompt.
« Ne faites pas de cochonnerie dans la chambre de mon enfant, râle Edward.
« C'est le mien, déjà, protesté-je. Et on s'embrassait juste, pour se démontrer notre amour mielleux.
Edward me sourit.
« Alors ? Comment ça s'est passé ? Demandé-je.
Edward a passé l'après-midi chez Ophie pour la première tentative de désensibilisation de Toc toc aux vampires.
« Ce n'était pas fabuleux, nous apprend-il. Ophie avait Toc toc sur les genoux avant que je n'arrive et il a déguerpi pour se cacher avant même que j'arrive devant la porte. Elle a réussi à le dénicher mais dès qu'elle essayait de le sortir de sa cachette, il feulait et elle a gagné quelques griffures.
« Aïe, grimacé-je. Ça n'a pas été chiant avec le sang et ta soif ?
« Ça a été, c'était supportable, dit-il en haussant les épaules. Nous sommes restés dans la pièce où il se cachait mais il n'a jamais voulu se montrer.
« Ça prendra sûrement du temps, théorisé-je.
« Si c'est possible, ouais, ça prendra un moment.
Je suis réveillée par les mouvements de l'alien qui vit dans mon ventre. Il ne se rend pas compte qu'il est 2h du matin et qu'il faut dormir la nuit. Ça promet. C'est peut-être de ma faute, je me sens stressée, ces derniers temps. Je me lève doucement pour ne pas réveiller Paul, vais aux toilettes puis descends à la cuisine manger un petit truc. Je ne pense pas m'endormir de si tôt, surtout que Bidule continue de gesticuler. Il doit faire nuit noire mais je vois dans la nuit alors la luminosité ressemble à celle du coucher de soleil. Je m'approche de la baie vitrée du salon et lève les yeux pour voir la lune briller juste au dessus du feuillage des arbres.
Une main se pose dans mon dos, Edward se place à mes côtés, il lance un regard au dehors avant de me fixer.
« Tu n'arrives pas à dormir ?
« Bidule a décidé d'organisé une fête, il n'arrête pas de bouger et de donner des coups.
« Je peux ?
« Bien sûr.
Il place ses mains contre mon ventre, je guide l'une de ses mains là où Bidule donne le plus de coup. Edward sourit quand il le sent.
« C'est incroyable qu'un petit nous grandisse là dedans... tu es incroyable.
Je remonte mon regard de mon ventre à ses yeux et lui souris.
« Je ne t'ai pas demandé mais... ça te dérange pas si nous déménageons cet été ? me questionne-t-il. Nous avions prévu ça dans cinq ans mais la transformation d'Ophie va nous obliger à le faire bien avant. Tu vas laisser tes amis et ta sœur derrière toi.
Je hausse les épaules.
« On s'entend bien avec Loona mais nous ne sommes pas si proches que ça, même si notre relation a évolué dans le bon sens ces derniers mois. De toute façon, mes amis et elle sont des loups, nous n'avons donc pas de limite de temps pour nous retrouver.
« D'accord. Je ne veux juste pas que tu te sentes obligée de déménager à cause de Bidule, on peut faire des voyages ou...
Je l'empêche de continuer en posant mes doigts sur sa bouche. Je mets peut-être un peu trop de temps à les retirer.
« Pour te dire la vérité, Bidule n'est pas la seule raison, il y en a une autre, plus égoïste. Je ne veux pas te voir partir une nouvelle fois, j'ai détesté la dernière fois.
Il me sourit et me prends dans ses bras, se plaçant plutôt sur mon côté pour ne pas écraser Bidule.
« J'ai détesté aussi, murmure-t-il dans mes cheveux.
Je laisse ma tête tombée pour la poser sur lui et ferme les yeux.
« Bidule se sent bien, m'apprend-il.
« Tu l'as entendu ?
« Ouais, il a dit "je suis bien".
Je déplace mes mains sur mon ventre, il semble qu'il aie terminé sa petite fête, il est plus calme et ne tape plus l'intérieur de mon ventre.
« Il bougeait peut-être parce qu'il était stressé, théorise-t-il. Ou parce que tu étais stressée ?
« Je plaide coupable.
« Qu'est-ce qu'il y a ? m'interroge-t-il dans un murmure.
Ses mains glissent doucement sur mon flanc.
« Je m'inquiète à propos de Tanya. J'ai peur qu'elle revienne pour terminer son plan.
Il dépose un baiser sur mes cheveux.
« Elle ne reviendra pas, elle sait que vous êtes protégées, Ophie et toi. Alice nous surveille continuellement depuis, elle m'appellera au moindre détail bizarre.
Je m'accroche à son t-shirt et soupire.
« Je ne la laisserai jamais vous atteindre, Ophie et toi, reprend-il. Tu n'as rien à craindre, tu es bien entourée.
Je hoche la tête contre son t-shirt. Il me serre un peu plus avant de radoucir sa prise, juste pour me prouver qu'il est là, qu'il le sera toujours.
« Pourquoi tu as dit à Paul que tu ne pensais pas qu'elle reviendrait si tu pensais le contraire ? Demande-t-il.
Je hausse les épaules.
« Comment tu sais que je lui ai dit ça ?
« Il n'était pas sûr d'avoir réussi à te réconforter, il voulait mon avis. Je me doutais que ça finirait par ressortir, j'attendais juste le bon moment.
« Et c'est maintenant ?
« Et bien, nous sommes là, tous les deux, il fait nuit, la lune brille. C'est le moment idéal pour les confidences, profitons-en. comment tu te sens, Bells ? Dis-moi...
« J'ai peur, avoué-je. J'ai peur que d'autres merdes arrivent, il y a d'autres vampires, probablement d'autres Jake aussi.
« Je suis là, chuchote-t-il. Paul est là. Toute ma famille est là et peu importe où nous serons, nous pouvons toujours revenir ici et demander de l'aide aux loups. Tu n'as rien à craindre.
Je reste un moment dans les bras d'Edward. Jusqu'à ce que je tombe d'épuisement, alors, je retourne dans ma chambre. Je réveille Paul malgré moi, il passe son bras contre ses yeux et me sourit.
« Hey, petite étoile. Où étais-tu passée ?
« Bidule gigotait de trop, je suis allée manger un truc puis j'ai discuté avec Eddy.
Il tend le bras pour que je m'allonge contre lui. Je me positionne sur le côté, ma tête calée dans le creux de son épaule, mes fesses légèrement reculées pour laisser une place à mon ventre entre lui et moi. Il caresse mon bras qui est posé sur son torse et je m'endors rapidement.
