Chapitre 48
Je vais exploser. Mon ventre est énorme alors que je n'en suis qu'à sept mois de grossesse. Je jure qu'il ne peut pas grossir davantage. J'ai passé l'échographie du troisième trimestre il y a deux jours, Bébé va bien, il a une évolution normale et n'est donc pas plus grand ou plus gros que prévu. Je m'attendais à ce qu'il le soit mais tant mieux vu la sortie qu'il devra utiliser. Je grimace en y pensant et essaye de me focaliser sur l'émission qu'Ophie et moi regardons.
Ça a bougé, à la réserve. Joshua a été élu chef de la tribu, il a nommé Sam et un type que je ne connais pas comme chefs du conseil. Jacob a été sommé de quitter la réserve et Billy a décidé de partir avec lui. Personne ne sait où ils sont partis. S'ils se sont installés à Forks, les Quileutes ne pourront rien y faire car Forks ne fait pas partie de leur territoire. S'ils ne sont pas cons, ils ne vont pas s'arrêter à la limite d'un peuple qui ne veut plus de l'un d'eux mais bon... il faudrait leur demander de ne pas être trop cons. C'est un peu comme demander la lune.
Ophie et moi sommes donc entre filles en attendant le retour de nos hommes. Paul et Edward sont partis avec Carlisle qui avait besoin d'eux pour apporter ici le matériel dont nous aurons besoin ou possiblement besoin pour la mise au monde de Bébé. Je ne peux pas accoucher à l'hôpital, d'après Carlisle, car ma magie lunaire risque de s'éveiller pour me guérir des conséquences de l'accouchement.
« Outch, m'écrié-je.
Ophie tourne la tête vers moi alors que je pose ma main à l'endroit douloureux.
« Bébé vient de me donner un coup. C'est déjà un petit con, c'est un mec, c'est sûr.
Elle ricane.
« Tu veux sentir ?
« Bien sûr.
Je prends sa main et la place là où j'ai senti son premier coup. Il ne faut pas attendre longtemps avant qu'un autre coup survienne.
« J'ai entendu "pas de place", rit-elle.
« Quoi ? Il ose se plaindre alors que c'est lui qui prend toute la place ? Y a pas de doute, c'est un mec, y a qu'eux pour râler comme ça.
« Dit-elle en râlant, s'amuse Ophie.
« Gn, gn, gn, boudé-je intelligemment.
Je prends mon téléphone, posé à mes côtés et envoie un sms à Loona.
Je suis sûre que c'est un garçon, en fait.
Hier, tu pensais que c'était une fille xD
C'est forcément un mec, les mecs adorent m'embêter.
Peut-être que si tu ne les embêtais pas d'abord...
Hé ! Quand ai-je embêté mon bébé ?
Tu es sans arrêt autour de lui :)
C'est ma faute, maintenant ? C'est la faute d'Edward oui !
'smiley mdr'
Ophie est en train de vomir ses tripes dans l'évier de la cuisine. Edward l'aide avec ses cheveux, je me retire dans le salon parce que je vais moi aussi me mettre à vomir, à force. Je me rappelle du conseil de Nahuel à propos de ne pas manger le soir de la lune de sang. Je récupère mon téléphone pour vérifier et regarde le calendrier lunaire. Mince, la lune rouge est bien pour cette nuit, nous n'avons pas pensé à vérifier la date et nous voilà pris au dépourvu. Notre attention était portée ailleurs, il faut dire : dans deux semaines, Bébé sera là.
Je retourne dans la cuisine quand je n'entends plus les bruits de vomissement. Ophie allume l'eau, rince l'évier puis sa bouche et s'essuie avec le torchon.
« C'est la lune de sang ce soir, leur apprends-je.
Les deux ont une expression de surprise.
« Oh, mince, déjà ? Fait Ophie.
« Ouais.
« Tu viendras avec moi ? Demande-t-elle à Edward.
« Bien sûr, accepte-t-il.
Nous retournons regarder le film en attendant que le soleil soit entièrement couché.
« J'ai soif, se plaint Ophie. Je pense qu'il est temps d'y aller.
« C'est parti, alors, annonce Edward.
« Bon courage, lui souhaité-je.
Elle me sourit, un peu inquiète. Je rejoins Paul dans notre chambre, il regarde un streameur jouer à un jeu vidéo tout en discutant avec les gens qui écrivent dans le tchat.
« Tu regardes quoi ?
« C'est un nouveau jeu vidéo, il a l'air cool. C'est un action-aventure dans l'époque médiévale.
« Sympa, tu vas te le prendre ?
« Je n'ai pas encore décidé. Tu n'avais pas un film de filles à regarder avec Ophie ?
« Les films de filles, ça n'existe pas, pas plus que les films de mecs. C'était un film d'amour mielleux dégoulinant de guimauve, corrigé-je. Et en plus, Edward le regardait avec nous. Du moins, on a regardé une partie, c'est la lune de sang, cette nuit, elle n'aurait pas dû manger ce soir, elle a vomi dans l'évier, la pauvre.
« Ah merde, souffle-t-il. Ils sont partis chasser ?
« Ouais, me laissant toute seule. Heureusement que tu ne m'abandonnes pas, toi.
« Jamais, petite étoile.
Il tourne son fauteuil de bureau et entoure mes hanches de son bras. Comme il est assis et que je suis debout, son bras passe sur mes fesses, j'espère qu'il apprécie leur rebondi. Il passe sa main sur mon énorme ventre et dépose un baiser dessus.
« Tu veux qu'on fasse quelque-chose ? Demande-t-il. Je ne regarderai pas ce film, par contre, choisis autre chose.
« Non, c'est bon, je suis épuisée, je vais m'allonger et écouter le mec qui n'arrête pas de parler dans l'ordi.
« Ok.
« Je devrais suivre le conseil de Carlisle et commencer à faire une sieste après déjeuner mais je n'aime pas dormir.
« Tu devrais, oui, la grossesse t'épuise forcément, petite étoile. Je les ferai avec toi, si ça t'aide à rester tranquille.
« Merci, ça m'aiderait, oui.
Je retire mes habits et me mets en pyjama puis je passe aux toilettes pour ne pas me réveiller au milieu de la nuit, même si ça n'a jamais servi à rien puisque Bébé appuie sur ma vessie chaque minute durant.
Je reviens dans la chambre, dépose un baiser sur les lèvres de Paul puis m'allonge de son côté habituel. Depuis que mon ventre diminue mes possibilités de mouvements, Paul se met contre le mur. Ça me permet d'aller aux toilettes sans le réveiller à chaque fois. Ça aussi, ça n'a jamais servi à rien, dès qu'il me sent m'éloigner de lui, ça le réveille. Au moins, j'ai le droit à un câlin à chaque retour d'expédition mais je me demande si ce n'est pas une inquiétude inconsciente dû aux événements survenus à cause de Jake et des deux pestes.
Je me réveille avec une sensation désagréable et inconnue. Mon matelas est mouillé. Putain, je me suis pissée dessus ? Là, à côté de Paul ? Je soulève la couette et ose un reniflement. Ça ne sent pas l'urine. Ça ne sent rien, en fait.
Putain.
J'ai perdu les eaux.
« Non, m'affolé-je.
Mais une première douleur m'apprend que si. Je secoue Paul alors que la douleur dure toujours. Paul se réveille aussitôt et quand il voit mon visage, il s'inquiète.
« Bella ?! Panique-t-il.
« J'ai trop mal, putain. J'ai trop mal Paul, ça fait mal.
« Où ça ? T'es malade ? T'es blessée ?
« Non, on va avoir un bébé.
Il écarquille les yeux, sa bouche s'entrouvre.
« Putain, je sais pas quoi faire ! Qu'est-ce que je dois faire ?
« Faut que je me lève et que tu ailles prévenir Carlisle.
« Ok.
Il bondit sur le lit et court au dehors de notre chambre... en me laissant en plan. J'aurais dû préciser qu'il fallait qu'il m'aide à me lever. La douleur s'est calmée, cependant. Je me redresse avec les bras et déplace mes jambes pour m'asseoir sur le côté du matelas. J'ai peur de me lever et de faire revenir la douleur, je ne sais pas si je vais réussir à rester debout si elle revient. Je sais qu'elle va revenir, Carlisle m'a expliqué pour les contractions et j'ai déjà vu ça dans un film. Esmée apparaît sous l'embrasure de la porte.
« Bella, attends, je viens t'aider.
Elle s'approche et me tient le bras pour m'appuyer, je me lève.
« J'ai croisé Paul complètement paniqué qui cherchait après Carlisle, m'indique-t-elle. Tu as perdu les eaux ? Tu as eu une contraction ?
Je hoche la tête et me rappelle qu'Edward est parti chasser avec Ophie. Mes yeux s'agrandissent sous l'affolement.
« Je ne peux pas ! Edward n'est pas là.
« Chut, calme-toi. Ça ne se fait pas aussi rapidement que ça. Bébé arrivera dans les 24 à 48 prochaines heures.
Je la regarde avec effarement.
« Je viens de perdre les eaux.
« Oui mais ça ne veut pas dire que c'est pour tout de suite. Quand l'espace entre tes contractions sera de 5 minutes, alors ce sera bientôt l'heure.
« C'est trop tôt, Esmée. Je suis enceinte de 8 mois et demi, Carlisle a dit que tout allait bien, qu'il n'y avait pas de raison que la grossesse se passe mal.
« Ce sont des choses qui arrivent mais il ira bien, il naît plus tôt mais c'est suffisamment proche du terme donc il ne devrait pas y avoir de problème. En attendant, nous allons nous occuper de toi, il faut que tu te nettoies et te changes pour être au sec, je vais changer tes draps. Ok ?
« Je veux qu'Edward revienne, tu peux l'appeler ? Ça me rassurerait s'il était là.
« Je vais l'appeler.
« Merci, soufflé-je.
Je prends un nouveau pyjama et me dirige à la salle de bain. J'ai peur d'avoir une autre contraction mais ça semble aller, pour l'instant. Si je peux gratter jusqu'à la fin des 48 heures, ça sera toujours ça de pris pour Bébé. Je prends une douche rapide puis me sèche et mets mon nouveau pyjama. Je rince l'autre pyjama et ma culotte et emmène le tout dans la buanderie, en face de la salle de bain. Une machine est déjà en train de tourner avec ma couette à l'intérieur, mon linge de lit patiente dans un bac, à côté. Je mets mon pyjama dans le bac à linge sale et me dirige vers ma chambre. Je suis épuisée de ne pas avoir assez dormi mais mon lit n'est pas encore prêt à m'accueillir, Esmée est en train d'étendre une nouvelle alèse dessus.
« Bells, m'interpelle Edward.
Je me tourne et lui fait une moue plaintive. Il me prend dans ses bras et embrasse ma tempe.
« Ophie n'est pas avec toi ?
« Elle a emmené Paul en balade, il est trop paniqué. Elle pense qu'il te stresserait plus qu'autre chose alors elle va le tenir occupé jusqu'à ce qu'il se calme.
Je pose ma tête contre le haut de son torse, il resserre sa prise autour de moi.
« J'ai perdu les eaux, soupiré-je.
« Esmée m'a dit... ça va aller.
« C'est trop tôt.
« J'ai bientôt fini, m'indique Esmée. Carlisle viendra t'ausculter ensuite et te donnera un antibiotique puisque Bébé n'est plus protégé par la poche des eaux.
Une contraction me surprend et je me plie de douleur, Edward me maintient suffisamment pour que je ne tombe pas. Je gémis jusqu'à ce que la contraction s'achève.
« Viens, j'ai fini, m'indique Esmée.
Je me rallonge, Edward s'assoit sur le matelas et écarte mes cheveux de mon visage.
« Tu reste avec moi, hein ?
« Bien sûr, m'assure-t-il.
Des petits coups à la porte attirent notre attention. Carlisle apparaît et me tend un verre et un comprimé.
« C'est un antibiotique, tu dois le prendre pour éviter toute infection.
Edward m'aide à me redresser. Je prends le comprimé, le mets dans la bouche et l'avale avec l'eau puis me rallonge, Carlisle prend le stéthoscope qu'il a autour du cou et place les embouts sur ses oreilles et l'autre bout sur mon ventre.
« Tout va bien, m'annonce-t-il. Quand a été ta dernière contraction ?
« Il y a une minute ou deux.
« Tu en as eu avant ?
« Ouais, 20 minutes avant, à peu près.
« Ce sera probablement pour demain. Repose-toi car demain, tu devras marcher pour que le bébé se positionne bien. Envoie-moi Edward si l'espacement entre les contractions atteint les cinq minutes, je serai dans ma chambre. Marcher atténue les douleurs des contactions, parfois.
« Ok.
« Tout va bien se passer, m'assure-t-il. Tu es forte et courageuse, ça ira, tu verras.
Je hoche la tête, peu sûre de moi. Carlisle nous laisse seuls. Edward se rassoit sur le matelas et me regarde avec tendresse, il prend ma main qu'il serre dans la sienne et fait des va-et-vient sur mon avant bras avec son autre main, l'effleurant de ses doigts. Sa présence est rassurante et son contact m'apaise alors je reste un moment silencieuse à profiter.
« Tu as l'air super calme, remarqué-je.
« Je suis terrifié mais te toucher arrive à me tenir tranquille.
« Je trouve ton contact apaisant et rassurant, avoué-je.
« Peut-être une histoire de lien mystique, sourit-il.
« Sans doute, oui. Ahh.
Je grimace et tends mes jambes puis les plie puis les retends. Je ne sais pas comment atténuer les douleurs.
« Ça ne fait pas dix minutes, s'étonne Edward.
Il relâche ma main pour placer la sienne sur mon ventre, sous le haut de mon pyjama, il la glisse sur ma peau.
« Ça change quelque-chose ?
« Pas vraiment.
« Bébé se demande ce qu'il se passe.
« Mphf, grimacé-je à cause de la douleur. Et bien, ça va lui faire tout drôle quand il sera sorti de là.
La contraction se calme enfin.
« C'est fini, soupiré-je. Tout ça... c'est de ta faute.
« J'accepte d'être le bouc-émissaire mais on en reparlera plus tard quand tu seras complètement gaga de notre bébé.
Je le fusille du regard pendant qu'il me sourit.
« Tu ne devrais pas m'embêter alors que je suis sur le point de mettre ton enfant au monde.
« C'est pas de ma faute, j'aime te faire chier.
Je fixe mon regard au sien. Est-il conscient que cette phrase a un double sens ? Parce que c'était ma façon de lui déclarer mon amour, avant. Son regard me montre qu'il l'est. Je vais mettre notre enfant au monde, Paul et Ophie ne peuvent pas vraiment nous en vouloir de simplement dire ce qu'on ressent.
« Moi aussi, j'aime te faire chier.
Ses lèvres forment un sourire tendre. Il agrippe à nouveau ma main et y dépose un baiser.
Et une contraction vient rompre la magie.
« Putain de bordel de merde de saloperie de sa race, râlé-je en me tordant de douleur.
« Lève-toi, Bells, me demande doucement Edward.
Il m'aide à me redresser puis à me lever.
« Marche avec moi.
Je hoche la tête. Mon avant-bras est soutenu par le sien ce qui me fait un appui, il me dirige vers la porte qu'il nous ouvre puis nous marchons dans le couloir. Il nous arrête devant la porte de la chambre de Carlisle et Esmée. La contraction se calme enfin.
« Bells ?
« Oui ?
« Tout va bien aller, tu sais ?
« Pourquoi tu me dis ça ?
« Je crois que c'est l'heure.
« Déjà ? Mais...
« Ta contraction était à deux minutes quarante-sept de la dernière.
« Tu n'as pas de montre.
« Je comptais dans ma tête.
Edward toque à la porte qui s'ouvre immédiatement sur Carlisle.
« Deux minutes quarante-sept, déclare Edward.
« Bon, il fallait s'attendre à ce que ça soit différent d'une grossesse normale.
Bien sûr, je ne peux rien faire de normal. Ça m'apprendra à batifoler avec un vampire et à être la fille de la lune... oh.
Bien sûr.
« La lune de sang, marmonné-je. C'est elle qui a déclenché l'accouchement. Comme la lune d'argent pour moi. Bébé est mystique.
La suite est un mélange de douleur, de respirations de petit chien et d'insultes proférés à l'Univers. Je jure que je serai abstinente désormais. Edward est là, il me serre la main, il caresse mon front malgré ma transpiration, il me balance des mots réconfortants. Nous nous trouvons dans la pièce interdite, une salle d'accouchement aménagée par Carlisle avec tout le matériel qu'il faut, y compris de quoi faire une césarienne et il y a même un aquarium à bébé – une couveuse – au cas où j'aurais accouché prématurément. Il y avait de quoi faire une péridurale mais évidemment, ça a été trop tard pour l'avoir parce que Bébé a décidé qu'il voulait naître de façon express.
Et finalement, c'est la délivrance. Je pleure de douleur et de soulagement mais quand je vois mon bébé tout poisseux dans les mains de Carlisle, ce sont mes émotions qui continuent de faire couler mes larmes. Bébé pleure et Carlisle sourit, non pas qu'il soit content que Bébé pleure mais parce que ses poumons fonctionnent correctement.
« C'est un garçon, nous annonce-t-il.
Carlisle pose mon bébé sur moi et je peux enfin le toucher. Mon bébé, mon petit garçon... Masen.
"Où est passé le chaud ?", entends-je dans mon esprit.
Carlisle s'occupe de clipser le cordon ombilical et demande à Edward s'il veut le couper lui-même.
« Mh, non, ça me donne vraiment l'impression de couper une partie de son corps. Je préfère te laisser faire.
Je ne le vois pas couper le cordon, trop absorbée par mon bébé. Il a de fins cheveux foncés sur le dessus de la tête. Ses yeux sont fermés et sa bouche fait des mouvements comme s'il voulait attraper quelque-chose. Carlisle m'aide à retirer le drap entre bébé et moi puis le replace par dessus lui pour qu'il soit en peau à peau et soit réchauffé par ma chaleur corporelle. J'espère que mes 35° sont suffisants. Je place bébé correctement et le nourris pour la première fois de ma vie... et de la sienne. Je relève les yeux sur Edward qui nous regarde avec émotion. Il est fasciné par l'être que nous avons créé.
« Nous avons un bébé, Edward, murmuré-je.
Le sourire d'Edward me répond, il est trop ému pour parler. Il caresse mon front, il dépose un baiser sur la tête de Masen. Il me regarde et dépose un baiser sur mon front. Il se recule, je vois l'amour déborder de ses yeux tandis qu'il me sourit. Je perds le mien et commence à paniquer.
Il y a un problème.
« Prends-le, prends-le, vite.
Edward comprend que quelque-chose ne va pas, il prend Masen avec le plus de précautions possible et lorsque je vois que mon bébé est en sécurité, je ferme les yeux et gémis de douleur sous cette énième contraction. Carlisle ne dit rien mais je vois son inquiétude, ce n'est donc vraiment pas normal. Je savais que j'aurais d'autres contractions pour décoller et expulser le placenta mais c'est censé être 15 à 20 minutes après la naissance de Masen. C'est ce que Carlisle m'avait dit, en tout cas.
« Mets-le dans la couveuse, il ne faut pas que son corps refroidisse et ta température ne va aider. Bella, il va falloir que tu sois courageuse une nouvelle fois.
« Pourquoi ? M'inquiété-je.
La contraction prend fin. J'inspire et expire tranquillement pour tenter de me calmer.
« Il y a un autre bébé, m'annonce-t-il, me fixant avec sérieux.
J'écarquille les yeux.
« Des jumeaux ?
Je panique.
« Je n'ai pas signé pour ça. Il n'a jamais été là. Comment est-il apparu de nul part ?
Nous n'avons rien pour deux bébés. Par l'Univers, je ne peux pas avoir deux bébés.
« Ça va aller, il va falloir pousser à la prochaine contraction. Tu peux faire ça ?
Je hoche la tête, n'ayant pas le choix. J'entends les pleurs de Masen qui se transforment en hurlement dans la couveuse et ça me fait mal de l'entendre.
Une autre série de douleurs, de respirations façon petit chien, de nouvelles insultes et finalement, à nouveau la délivrance. Le reste se passe sous une certaine confusion. Je vois le second bébé dans les mains de Carlisle, j'entends son faible pleur de protestation contre le changement de température mais je ne réalise pas qu'il est là. J'ai envie de détourner le regard et d'oublier ce que je vois présentement mais je résiste à cette envie, ce besoin, parce que c'est mon autre bébé qui est là.
« C'est une fille, nous annonce Carlisle.
Carlisle nous a laissé, Edward et moi pour faire connaissance avec nos enfants, maintenant que la situation de crise est passée. Ma magie lunaire m'a effectivement guérie des conséquences saignantes de la grossesse mais elle n'a rien fait pour mon ventre distendu. Je vais donc devoir faire du sport si je veux retrouver la ligne même si, bon, ce n'est pas une grande préoccupation. J'ai deux autres préoccupations plus importantes dans ma vie, maintenant.
Deux bébés. Des jumeaux. Ma fille est une surprise malgré les échos passées sur lesquelles on ne l'a jamais vue. Ils ont toujours été deux et c'est pour ça que mon ventre est devenu plus gros que prévu. C'est un don, une sorte de bouclier qui détourne l'attention d'elle, qui oblige à regarder ailleurs. C'est pour ça que je sais que c'est toujours son frère que nous avons vu sur les échos.
Ils sont tous les deux dans le berceau de naissance, chacun portant un pyjama grenouillère et un petit bonnet. Ils sont serrés l'un contre l'autre mais ils ont l'habitude, de toute façon, ils ont passé huit mois dans le même ventre. Maintenant, je comprends pourquoi Masen râlait de ne pas avoir de place.
Ils ont eu un premier moment de vie chaotique, ils ont vomi le lait que je leur ai donné, chacun leur tour. C'est Edward qui a trouvé la solution : ses gênes vampiriques + mon sang de fille de la lune, ça donne forcément des bébés semi-vampires. Comme c'était la lune rouge, hier soir, ils ne pouvaient pas boire autre chose que du sang, c'est peut-être même pour ça qu'ils sont nés plus tôt. Edward a ainsi pu les nourrir à son tour avec un biberon rempli de mon sang. Pour ce qui concerne leur développement, Carlisle pensent qu'ils vont grandir normalement puisqu'ils n'auraient pas pu se développer autrement. Alors maintenant, je m'inquiète du moment où ils seront vieux et qu'ils seront sur le point de mourir de vieillesse.
Edward m'enlace par derrière et regarde nos bébés en passant sa tête près de la mienne. Il dépose un baiser sur ma joue.
« Ils sont magnifiques, n'est-ce pas ?
« Ouais, lâché-je dans un murmure.
Masen, Mahigan Cullen et Lily, Koshibell Cullen, nés le 25 mars à 0h19 et 0h28.
Tout le monde est représenté dans les prénoms des bébés, finalement. Masen a le deuxième prénom d'Edward comme prénom, le surnom de Paul en deuxième. Lily a le sien tiré des prénoms d'Ophélia et son deuxième prénom ressemble au mien. Edward a eu l'idée. Enfin, il a eu l'idée de lui donné un prénom qui avait quelque-chose à voir avec la nuit et une surprise puisqu'elle est arrivée en pleine nuit sans que l'on s'attende à sa venue et je lui ai donné la traduction de ce qu'il voulait. Comme surprise ne sonne pas terrible dans la langue de ma tribu, nous avons repris l'idée du jour des clochettes. Koshibell veut donc dire "clochette de nuit".
« Va falloir qu'on fasse attention avec Lily, lancé-je. Un moment d'égarement et nous pourrions l'oublier dans un coin.
« Je ne pense pas que nous oublierons notre fille, Bells.
Des petits coups nous parviennent. Nous nous tournons pour voir Ophie entrer, suivie par Paul.
« On ne peut plus attendre, se justifie Ophélia.
Ils s'approchent, je m'attends à voir leur surprise mais Ophie regarde les bébés avec des yeux pétillants et un sourire niais aux lèvres. Je ne me moque pas, j'ai le même sourire dès que je les regarde.
« Un bébé trop mignon, s'extasie-t-elle.
Un seul bébé ?
« Mais... qu'en est-il de l'autre ?
Ophie me regarde dans l'incompréhension.
« L'autre ?
« Fais un effort, ils sont dans le même berceau.
Ophie regarde à nouveau et ses yeux s'écarquillent quand elle percute.
« Comment ai-je fait pour ne pas le voir ? Ils sont collés.
« Je... hésite Paul. Ah ouais, je le vois aussi.
« Des jumeaux, fait Ophie, le regard illuminé.
« Ouais, acquiescé-je. L'histoire se répète sans cesse.
« Vu qu'ils sont habillés en blanc, je ne sais pas s'ils sont des garçons ou des filles.
« Et bien, Masen, Mahigan Cullen est un garçon, présenté-je le premier bébé. Et Lily, Koshibell Cullen est une fille.
Je leur explique ce que son deuxième prénom signifie.
« J'adore, c'est mignon, approuve Ophie. Lily n'est pas censée être une Swan ?
« Je ne veux pas qu'ils aient un nom différent alors qu'ils sont frère et sœur. Peut-être que ça influe sur les relations frère-sœur et j'aimerai que mes enfants soient plus proches que ma sœur et moi l'avons été. Même si c'est plus une histoire d'éducation que de nom mais je suis un peu superstitieuse.
« C'était elle, marmonne Paul. Quand j'avais du mal à assimiler que tu étais devant moi, ce n'est pas une partie de ton bouclier lunaire, c'était Lily. Il se passe la même chose, c'est pour ça qu'on ne l'a pas "vue".
« C'est ce que nous pensons, oui. Ce serait un don qui détourne l'attention d'elle et même en regardant dans sa direction, si tu ne sais pas qu'elle est là, tu regardes à côté et ton cerveau oublie qu'il la voit alors qu'il est en train de la voir. Ça a été perturbant, je l'avais dans les bras mais je n'étais pas sûre de l'avoir vraiment, au début.
« Mais on va la perdre, s'affole Paul.
