Ce texte est un OS écrit lors de la participation à l'ASPIC (Ateliers Scripturaux Promouvant l'Imagination et la Créativité) organisé par le serveur Discord Potterfictions sur le thème des fanarts.
Nous remercions infiniment UptheHill, artworkfromamage et kidovna, qui autorisent l'utilisation de leurs œuvres à condition d'être nommées.
Vous pouvez nous rejoindre via le lien suivant : /5FHmSpEfvh
CHAPITRE 1:
Incipit : Jane Eyre de Charlotte Brontë "Il était impossible de se promener ce jour-là"
Trope : Ta gueule c'est magique : Un point clé de l'intrigue est résolu par un embroglio magique qui relève de la logique d'escalier
Fanarts
1 : Linny (ginny/luna) = UptheHill . /32ac23b2ac4d6c57c4e7f9302f73bd6d/tumblr_o9cl6aPBoq1vqfid4o2_
2 : Hermione = UptheHill . /3ea5bb83d2b5ace3764d44a5fca50e2d/tumblr_ovzvlzUTQf1vqfid4o2_r1_
"Il était impossible de se promener ce jour-là "
Hermione lut la première phrase d'un de ses romans préférés, Jane Eyre de Charlotte Brontë. Le livre pesait lourd dans ses mains et elle alla s'asseoir dans le gros fauteuil en velours vert près de la fenêtre. Elle tira un plaid sur ses jambes, appréciant la douceur du tissu pelucheux contre sa peau nue. Sa tasse à thé préférée, celle avec un gros chat roux qui lui rappelait Pattenrond, l'attendait sur le guéridon à côté d'elle. Hermione se laissa emporter par la narration, savourant chaque mot, chaque paragraphe de cette prose anglaise et désuète. C'était un moment terriblement cliché mais parfait dans sa vie mouvementée.
Après avoir passé une semaine chaotique au ministère à finaliser et présenter son projet de loi pour l'implantation d'une nouvelle réserve de dragons au Pays de Galles, elle profitait de son début de vacances pour paresser dans son appartement londonien. Elle s'était enfin avoué qu'elle en avait besoin. Sa psychomage l'avait mise en garde plusieurs fois contre le surmenage qui menaçait de la prendre. Depuis la fin de la guerre, le ministère avait une politique plus que stricte concernant la santé mentale de ses employés et son directeur l'avait fortement incité à lever le pied.
Happée par l'intrigue, ce ne fut que lorsque l'héroïne, Jane, venait de sortir de la chambre rouge que Hermione remarqua l'heure et referma le volume. Il était plus que temps qu'elle se prépare pour son rendez-vous galant. Elle se dépêcha de passer sous la douche et de s'habiller. Elle soupira en se regardant dans le miroir, ses cheveux étaient lâchés sur ses épaules en de grosses boucles et elle avait revêtu sa jolie robe prune. Était-ce vraiment la peine qu'elle se donne tout ce mal ? Elle attrapa sa veste, son sac à main et sa baguette. Peut-être que cette fois-ci serait la bonne. Son rendez-vous de ce soir était un jeune homme avec qui elle était allée à Poudlard, même si à l'époque, ils ne se côtoyaient pas. Ils ne venaient pas du même monde, elle, la née-moldue et lui dont le statut de sang était flou. Il était agréable à regarder, drôle et charismatique. Il avait de la conversation, et s'était toujours montré poli avec elle depuis la fin de la guerre. Il l'avait invité à dîner de la plus charmante des manières, se montrant étonnamment timide, lui qui pouvait avoir parfois la réputation d'être un tombeur.
Hermione espérait qu'il puisse se passer quelque chose entre eux. Cela faisait presque une décennie qu'elle était célibataire. Ses amis étaient quasiment tous en couple ou sur le point de fonder une famille. Elle doutait souvent que cela puisse lui arriver un jour. Elle savait qu' être en couple n'était pas une fin en soi mais elle en avait envie.
.
Hermione referma sa porte d'entrée et accrocha sa veste au porte-manteau.
— Alors c'était comment ?
Hermione sursauta en lâchant un petit cri. Elle ne s'était pas attendue à ce que Ginny attende qu'elle rentre de son rendez-vous galant avec Blaise.
— Sérieusement Ginny ! Tu ne pouvais pas patienter jusqu'à ce que je te raconte tout ça au déjeuner demain ? Je te signale au passage que tu ne vis plus ici.
— Je sais, j'étais passé prendre mes dernières affaires d'ailleurs. Alors ton rencard avec Blaise ?
— Ça n'ira pas plus loin, répondit Hermione d'une petite voix.
— QUOI ? Mais je croyais que tu étais hyper emballée par ce dîner.
— Je sais, oui... mais... finalement non.
— Il a dit quelque chose qui ne fallait pas ? Il t'a insultée ? Il t'a fait du mal ? Je te jure que si...
— Ginny ! Je t'assure, il n'a rien fait de mal. Il a été très charmant, galant, il a même insisté pour payer le dîner. On a passé une très bonne soirée mais ça n'ira pas plus loin.
— Mais enfin ! Pourquoi alors ?
Oui, pourquoi ? Hermione ne pouvait pas avouer à sa meilleure amie qu'elle souffrait d'une anomalie. À la fin de la guerre, Hermione était sortie quelques semaines avec Ron avant de rompre soudainement avec lui. Elle avait ensuite essayé de fréquenter d'autres personnes mais le même problème survenait toujours. Elle ne supportait pas leur odeur. La plupart dégageait une odeur âcre qui lui soulevait le cœur, d'autres avaient cette étrange odeur qu'elle n'arrivait à décrire que comme étant semblable à celle qui se dégage lorsqu'on coupe du carrelage. Cela lui donnait des migraines épouvantables.
Elle avait alors décidé de consulter plusieurs médicomages pour essayer de comprendre d'où pouvait venir ce problème. Elle supposait que cela était dû à sa torture par Bellatrix mais les différents examens n'avaient rien révélé de plus que les séquelles habituelles post Doloris. Elle avait ensuite décidé de consulter des médecins moldus sans grand succès non plus. Un des docteurs lui avait même fait passer un scanner car il soupçonnait qu'elle soit atteinte de phantosmie. Heureusement, elle n'avait pas de tumeur cérébrale.
.
Hermione dévisagea sa meilleure amie se demandant si elle ne devait finalement pas lui avouer son problème. Ginny la prenait toujours au sérieux et avait ses intérêts à coeur, elle ne se moquerait pas.
— Parce que je ne supporte pas son odeur.
— Il n'avait pas pris de douche ?
— Ce n'est pas ça. Quelque chose me dérange dans son odeur. C'était pareil avec les autres.
— Tu es en train de me dire que tu as coupé court à toutes tes relations à cause de leurs odeurs ?
Ginny la dévisagea quelques instants, Hermione pouvait presque voir les rouages tourner dans sa tête puis la rouquine lui fit les gros yeux.
— Oh par les glandes de Merlin, c'est pour ça que tu as rompu avec Ron !
Le ton était sans appel et Hermione baissa les yeux, honteuse. Elle hocha la tête misérablement.
— Gin', s'il te plaît ne lui dit pas, le problème vient clairement de moi et il a mis du temps à digérer notre rupture.
La rouquine éclata de rire, des larmes perlant aux coins de ses yeux marrons. Elle pouffa plusieurs fois et sembla avoir du mal à se contrôler. Elle finit par se reprendre et fixa Hermione droit dans les yeux.
— Ok, promis, je ne lui dirais rien mais tu as plein de choses à me raconter, jeune fille !
Hermione soupira mais reconnut que raconter ses péripéties à Ginny la soulagerait du fardeau qu'elle portait depuis presque dix ans. Elle lui narra alors tous ses déboires amoureux. Ginny alla même chercher un bout de parchemin et une plume, prenant des notes tout au long du récit.
— Gin ? Pourquoi tu écris tout ça ? Promets-moi que tu ne vas pas écrire un article dessus.
— Tu m'as prise pour Parvati ? Non, je prends des notes pour voir s'il y a des dénominateurs communs dans tes rejets.
Hermione se jeta dans ses bras, émue que son amie cherche une solution à son anomalie.
— Tu vas me dire que toi, La-Mademoiselle-Je-Sais-Tout, n'a pas essayé de trouver un remède à ton mystère ?
— J'ai consulté des médicomages et des médecins moldus.
— Ok, je suis pas médicomage, mais ils t'ont fait quoi comme examens ?
— Ils ont fait les examens habituels, vérification contre les mauvais sorts, ils ont examiné longuement mes cicatrices, celle au cou et celle sur ma poitrine. Ils m'ont dit que j'avais des séquelles neurologiques à cause des Doloris reçus au Manoir Malefoy, surtout sur le nerf vague.
— Ok, et les moldus ? Je n'y connais pas grand-chose en médicomagie moldue, mais ils ont regardé quoi ?
— On dit la médecine chez les moldus, Gin'. Passons. Ils m'ont fait passer un scanner cérébral, une scintigraphie et des stimulations nerveuses.
Ginny la regarda dubitative et haussa un sourcil attendant une traduction sorcière.
— Le scanner cérébral c'est une sorte de photographie de mon cerveau, ils voulaient vérifier que je n'avais pas de tumeur. Pour la scintigraphie, j'ai avalé un produit qui a permis à tous les vaisseaux de mon corps de briller comme un sapin de noël dans leur machine. Ils ont pu voir s'il y avait un bouchon quelque part, heureusement il n'y avait rien. Et pour la stimulation nerveuse, ils ont fait passer de l'électricité dans mon corps pour faire bouger tous mes muscles.
Devant l'air horrifié de son amie, Hermione se précipita d'ajouter:
— Rassure-toi, cela ne m'a fait pas mal, plus une sensation de chatouillement. ça m'a même fait rire de voir mes bras s'agiter tous seuls.
— Les moldus sont des barbares !
— Non, ils n'ont pas la magie, c'est tout.
— Et à part tous ces bilans médicaux, je suppose que tu as fait des recherches ? Tu ne serais pas Hermione Granger sinon.
— Oui, j'ai fait des recherches. Je pensais avoir trouvé une piste, figure-toi que plusieurs tribus amazoniennes utilisent leurs odorats pour trouver un partenaire. J'avais bon espoir mais finalement, je me suis rendu compte qu'ils utilisaient des parfums qu'ils fabriquaient eux-mêmes pour séduire l'élu de leur cœur.
— D'autres découvertes ?
— Non, après ça, j'ai décidé de laisser tomber, je joue à la loterie olfactive en espérant gagner un jour.
Ginny lui serra la main pour la réconforter. Elle se racla la gorge et inspira profondément:
— Ok, tu ne vas pas aimer ce que je vais te demander, mais il faudrait que tu fasses une liste de tous tes rencards et que tu leur attribues un niveau de tolérance. Cela nous permettrait de savoir quel type de partenaires est plus susceptible de te convenir.
— Tu n'es pas sérieuse ! C'est atroce de faire cela, tu réagirais comment si Luna faisait la même chose ?
— On n'est pas obligées de la garder, mais je te connais, tu as besoin de tout voir écrit pour trouver une solution.
— Ok. En premier il y a eu…
— Ron ?
Hermione rougit et fit non de la tête. Ginny écarquilla les yeux.
— Attends, tu veux savoir le nom de toutes les personnes que j'ai embrassées ou seulement celles avec qui j'ai couché ?
— Les deux je suppose, on leur attribuera une couleur en fonction du degré d'intimité.
.
Ginny s'étira comme un chat et mit un petit coup de coude à Hermione pour la réveiller. Ce n'était pas la première fois que les deux sorcières partageaient un lit après une intense soirée confession. Lorsqu'elles étaient retournées à Poudlard pour refaire leur septième année et passer leur ASPICS, il était arrivé plus d'une fois à Hermione de se glisser dans le lit de Ginny, après un cauchemar.
Hermione grogna et enfonça la tête dans l'oreiller, refusant d'affronter la lumière du jour. Ginny commença par lui titiller les cheveux avant de les tirer plus franchement, elle continua jusqu'à ce que Hermione hurle de douleur.
— Sérieusement Ginny, tu pourras être plus douce avec ton entourage. Parfois je plains Luna !
— Qui te dit que ce n'est pas ce qu'elle préfère chez moi ? Tu sais, elle aime aussi quand je…
— AHHH, JE NE VEUX PAS ENTENDRE ÇA ! Ok, je me lève.
— Si tu savais ce qu'elle….
— Et je ne veux pas savoir.
Hermione sortit du lit et se dirigea dans la cuisine, son manque de caféine se faisant ressentir. Elle mit en route la cafetière, et entreprit de faire griller quelques toasts. Elle soupira en voyant l'état de son salon sans se rendre compte qu'elle avait un visiteur matinal.
D'un coup de baguette, elle remit en ordre le plaid et les coussins du canapé qu'elles avaient éparpillé la veille, les vieilles éditions de la gazette s'empilèrent d'elles-même sur une étagère près de la fenêtre. Elle fit venir à elle les bouteilles vides de bièraubeurre ainsi que les emballages de chocogrenouilles et de patacitrouilles que Ginny avait englouti. En scannant des yeux la table basse, elle se rendit compte que sa liste manquait à l'appel. Elle s'approcha dans le salon et commença à paniquer.
— GINNY ! GINNY ! GINNY !
— Ça va, ça va, j'arrive, pas besoin de monter sur tes grands hippogriffes !
— OU. EST. LA. LISTE ?
— Sur la table basse, pourquoi ?
— Non, elle n'y est pas ! C'est pas drôle, rends-la moi de suite !
— Arrête de dire n'importe quoi !
Ginny s'approcha à son tour et constata que la fameuse liste n'avait pas disparue mais que Harry la tenait dans ses mains.
— Oh par Merlin !
— Est-ce que c'est vraiment ce que je crois. C'est vraiment bas et mesquin de ta part Hermione. Je te croyais plus intègre que cela.
— Harry, c'est pas ce que tu crois...
— Ce que je crois ? Je te défie de me dire que ce n'est pas la liste de toutes les personnes avec qui tu as couché !
— Je t'assure c'est pas...
— Sérieusement Hermione, comment réagirais-tu si ton nom apparaissait sur une de ces listes ?
— HARRY JAMES POTTER ! Tu vas la laisser parler nom d'une gargouille !
Harry sursauta lorsque Ginny lui cria dessus. Il plissa les yeux mais consentit à se taire et à écouter les explications de Hermione.
— C'est parce que je suis malade, Harry ...
— Ça oui, tu es malade, tu es une grande malade ! Imagine ce que les gens diraient de toi s'il savaient...
— Alors c'est cela ? Ce qui te dérange le plus, ce n'est pas que j'ai écris cette liste mais le nombre de noms qu'il y a dessus ?
Hermione toisa Harry qui eut la décence de rougir.
— Hermione...
— Je t'ai dis que j'étais malade, Harry, médicalement malade !
— Hermione, je suis désolé. Vas-y je t'écoute.
Hermione passa les vingt minutes suivantes à lui expliquer sa situation.
— Et donc, qu'as-tu conclu avec ta liste ?
— Pas grand chose, à priori, le seul point commun c'est que je "tolère" mieux les sang-purs que les autres. Comme si cela n'était pas assez ironique après la guerre qu'on vient de traverser.
— Veux-tu que je demande à Théo si tu peux fouiller la bibliothèque du manoir ?
— Je veux bien, merci Harry.
.
Le dimanche matin, Hermione transplana devant la porte du manoir Nott. Elle était un peu nerveuse, se demandant si elle allait enfin avoir la réponse qu'elle attendait depuis une dizaine d'années. La gorge serrée, elle ajusta sa jupe noire à boutons et tira sur les manches de son pull jaune. La porte s'ouvrit et Théo l'accueillit chaleureusement.
— Hermione ! Je suis content de te voir. Comment vas-tu ? Harry m'a dit que tu avais besoin de mes services.
— Bonjour Théo. Je vais bien, je te remercie et toi ?
— Je t'en prie, entre, la bibliothèque est par ici.
Hermione suivit Théo à travers un dédale de couloirs et se retrouva dans l'immense bibliothèque du manoir. Sur le chemin, il lui expliqua rapidement l'organisation des lieux, le classement mis en place et quelles sections pourraient l'intéresser.
— Je te laisse à tes recherches, n'hésite pas à venir dans mon bureau si tu as besoin, je serai avec Drago.
L'anticipation ne la quitta pas lorsqu'elle se tint devant la centaine de rayonnages qui croulaient sous le poids des ouvrages. De hautes fenêtres, au fond de la pièce, laissaient filtrer la lumière du soleil paresseux de septembre. Hermione déposa son sac en perle sur une des tables de travail et partit en exploration. Elle déambulait dans les allées, en entassant quelques livres dans ses bras avant d'aller s'installer. Elle consulta les différentes tables des matières à la recherche des mots clés qu'elle avait choisis et se rendit vite compte qu'elle allait devoir affiner ses recherches. Un ouvrage en particulier attira son attention, l'auteur du journal de bord était un médicomage qui avait dû examiner une sorcière présentant des symptômes similaires à ceux d'Hermione. Les mains tremblantes, Hermione prit des notes dans son carnet:
"le sujet présente une aversion à l'odeur corporelle de son entourage " " exposition n°45: le sujet a vomi à l'inhalation de l'odeur… "
Plongée dans ses recherches, elle sursauta lorsqu'une odeur délicieuse s'immisça dans ses narines. Elle ne réussit pas à la décrire exactement mais cela avait suffit à l'arrêter de prendre des notes. Elle releva la tête, alerte, lorsque des bruits de pas s'approchant se firent entendre. Une ombre massive passa entre les étagères et Hermione ne s' attarda pas plus longtemps dans la bibliothèque. Elle rassembla ses affaires précipitamment. Elle sentait son cœur battre plus fort, il tambourinait contre son thorax, prêt à s'échapper. Hermione passa une main sur son front humide, elle avait chaud, son ventre se serrait et elle se sentit trembler comme une feuille. Il fallait qu'elle sorte d'ici le plus rapidement possible. Quelque chose n'allait pas, elle ne s'était jamais retrouvée dans cet état. Elle sortit sa baguette et lança un sort à la hâte pour se délusionner. La sensation qu'un œuf s'était écrasé sur sa tête ne suffit pas à la rafraîchir. Elle se sentait de plus en plus submergée par ses sens. Des fourmillements parcouraient sa peau, elle sentait des pulsations dans son entrejambe et une quantité anormale de salive s'accumulait dans sa bouche. Il devenait urgent qu'elle quitte les lieux. Elle se glissa entre les étagères et regagna la sortie rapidement, si rapidement qu'elle n'entendit pas une voix grave l'appeler :
— Granger ?
.
Emmitouflée dans son plaid, Hermione autorisa son visiteur à pénétrer dans sa chambre. Elle soupira de soulagement lorsqu'elle reconnut la chevelure rousse de Ginny.
— Hermione, tout va bien ? Théo nous a dit que tu es partie sans prévenir.
Hermione renifla, elle se sentait honteuse d'avoir quitté le manoir Nott sans même remercier Théo. En voyant les larmes s'accumuler dans les yeux de son amie, Ginny se précipita auprès d'elle et lui frotta le dos..
— Hey, ça va aller. Tu veux en parler ?
Hermione fit non de la tête et Ginny n'insista pas. Elle se glissa sur le canapé à côté d'elle et la serra dans ses bras. Elles restèrent ainsi quelques minutes avant qu'une silhouette filiforme les rejoignent et ne se glisse contre Ginny. Cette dernière se retourna légèrement et sourit.
Luna enlaça Ginny et serra la main d'Hermione pour la réconforter.
— Salut Luna, désolée de monopoliser Ginny comme ça.
— C'est à cause de ton problème d'odorat ?
Hermione se redressa vivement, les yeux écarquillés.
— Co… Comment tu le sais ?
— Oh c'est pas difficile, tu fronces toujours le nez quand tu n'aimes pas l'odeur de quelqu'un. Et désolée de te le dire, mais cela arrive plus souvent que tu le crois.
Hermione hésita à en demander davantage à Luna. Ces dernières années, elle avait appris à moins remettre en cause les croyances de son amie car celle-ci se montrait bien plus perspicace que l'on pouvait le soupçonner.
— Euh, Luna, est-ce tu saurais… non, laisse tomber.
— C'est simple pourtant ! Ton corps cherche juste le meilleur partenaire pour que tu te reproduises. Tu devrais essayer d'étaler ta cyprine dans ton cou quand tu ovules, tu aurais plus de chance de réussir, c'est comme cela que les Ronflak Cornu femelles font.
Hermione grimaça alors que Ginny étouffa un rire de hyène dans un coussin. La rousse aimait réellement sa femme, mais parfois elle allait vraiment trop loin.
— Merci Luna, je vais y penser. Est-ce que tu saurais pourquoi cela m'arrive et pas aux autres ?
— Oh tu sais parfois la magie n'a pas de raison ! Tu devrais essayer le sort pour invoquer ton âme-soeur, tu perdrais moins de temps.
Hermione roula des yeux et se tourna vers Ginny, lui demandant silencieusement si Luna était sérieuse. Ginny haussa les épaules.
— Quel sort exactement ?
— Celui sur les âmes-soeurs ! Ne me dis pas que tu ne le connais pas ? C'est un sort que ma maman m'a appris quand j'étais enfant. C'est comme ça que j'ai rencontré Ginny quand j'étais petite.
Ce fut au tour de Ginny de se redresser sur le canapé
— Comment ça, c'est comme ça qu'on s'est rencontrés ? Luna, si tu savais qu'on était âme-soeur pourquoi tu ne me l'a pas dit plus tôt ? Je ne serais pas sortie avec tous ses hommes avant de savoir que j'aimais les femmes et toi en particulier !
— Peut-être, mais tu ne serais pas la personne que tu es maintenant, et tu ne m'aimeras pas pour qui je suis, mais par obligation morale.
Hermione eut le cœur serré en entendant leur conversation. Si elle lançait ce sort, est-ce qu'elle aussi serait aimée par obligation morale ? Est-ce qu'en retour, elle se sentirait obligée d'avoir des sentiments pour cette personne ?
.
Hermione suivit le petit chemin qui serpentait à travers la colline de Pré-au-Lard jusqu'à arriver à une barrière sur laquelle était perchée Luna. Ginny se tenait entre ses jambes et elles s'embrassaient passionnément.
Hermione soupira devant ce joli tableau, cela lui réchauffa le cœur de voir qu'elles s'étaient enfin trouvées. Elle repensa à leur dernière conversation et fut soulagée de voir que malgré le fait que Luna ait jeté ce fichu sort, l'issue avait été favorable pour elles deux.
Hermione avait pesé le pour et le contre de cette situation et avait décidé d'essayer à son tour dans les mêmes conditions que celles de Luna. Juste pour savoir qui était son âme-Soeur, et éventuellement trouver pourquoi elle était si sensible aux odeurs des autres.
Elle s'approcha de ses amies, traînant des pieds pour signaler sa présence. Ces dernières relevèrent la tête, et Luna glissa au sol.
– Bonjour Hermione. Tu es prête ?
– Bonjour les filles. Un peu nerveuse. On commence ?
– Yep !
Hermione haussa les sourcils face à l'enthousiasme de Ginny, le remonta son sac en perles sur l'épaule. Ce dernier contenait les objets que Luna lui avait demandé de ramener.
Elles s'enfoncèrent dans le bosquet voisin jusqu'à atteindre une petite clairière. Hermione se plaça au centre et sortit des bougies blanches et différentes pierres censées la représenter. Elle avait dû prendre sur elle pour ne pas lever les yeux au ciel en lisant la liste que Luna lui avait confiée. Elles commencèrent par tracer différentes lignes au sol, les reliant entre elles. Puis déposèrent les bougies et les pierres à chaque intersection. Hermione fut surprise et soulagée de ne pas voir apparaître un pentagramme si cliché dans d'autres rituels. Elle eut un léger sourire lorsqu'elle remarqua que le tracé pouvait ressembler à son patronus Loutre vu du ciel. Luna l'invita à s'asseoir et à commencer sa méditation. Le rituel demandait qu'elle fasse le vide dans sa tête et qu'elle ouvre son esprit. Hermione roula des yeux derrière ses paupières closes et retint son ricanement. Le sort exigeait d'elle des capacités complètement opposées à l'occlumancie.
— C'est à toi de jouer maintenant. Tu nous tiens au courant ?
Hermione hocha la tête et enlaça Ginny pour leur dire au revoir. Luna lui serra l'épaule et les deux amies la laissèrent seule pour pratiquer le rituel.
Elle inspira pendant cinq secondes, bloqua sa respiration pendant trois secondes puis expira pendant huit secondes. Elle répéta ses mouvements une vingtaine de fois. Lorsqu'elle rouvrit les yeux, elle se saisit de sa baguette prête à jeter le sort.
— Revelare anima —
— Granger !
Hermione se releva brusquement. Draco Malefoy se tenait quelques mètres derrière elle, l'air échevelé.
— Malefoy ! Qu'est-ce que tu fais ici ?
Il prit quelques secondes pour reprendre son souffle.
— Théo m'a dit que tu ne t'étais pas senti bien chez lui et je…
Il s'interrompit et fronça les sourcils. Hermione s'était approché, l'air terrorisé.
— Granger ? Est-ce que ça va ? T'es toute pâle !
Elle s'approcha de lui, les jambes tremblantes, intriguée par son odeur. Les battements de son cœur devenaient frénétiques, elle commençait à avoir trop chaud. Les mêmes symptômes que dans la bibliothèque de Théo. Malefoy avança et la rejoignit au bord du tracé prudemment, conscient qu'elle était au milieu d'un rituel. Il ne voulait pas tout ruiner. Ce genre de magie était sensible et le moindre faux-pas pouvait avoir des conséquences catastrophiques.
— Granger ?
Hermione ne lui laissa pas l'occasion de parler davantage qu'elle enfouit son nez dans son cou, inspira profondément et le serra fort contre sa poitrine. Son odeur était exquise, captivante. Elle se sentait devenir délirante, submergée par les sensations. Ses doigts se faufilèrent dans sa chevelure soyeuse. Elle gémit et se mordit la langue pour se retenir de lécher son cou. Elle sentit Malefoy poser ses mains sur ses hanches pour la stabiliser. C'en était trop ! Sa tête tourna, elle vacilla, ses jambes la lachèrent et tout devint noir.
.
L'odeur douce de lavande pénétra ses narines et Hermione ne sut si elle se trouvait à Sainte Mangouste ou dans son lit. La pénombre autour d'elle l'empêchait de distinguer son environnement, lui indiquant simplement qu'elle devait être inconsciente depuis un certain temps.
Les souvenirs de ces dernières heures étaient encore brumeux, elle se rappelait vaguement d'avoir rejoint Ginny et Luna près de Pré-au-Lard. Elle était sûre qu'à un moment elle s'était assise au milieu d'une clairière, elle se souvenait encore de l'odeur du sous-bois, et du soleil qui perçait entre les feuillages des arbres.
Le bruit allait et venait et Hermione avait des difficultés à comprendre ce qu'il se passait autour d'elle. Elle parvenait à percevoir quelques bribes de conversation - totalement dangereux - quel rituel ? - on n'a pas le choix - seul traitement … Le son était trop aléatoire pour reconnaître de façon formelle les personnes présentes même si elle était presque sûre d'avoir identifié la voix de Harry.
Sa tête lui semblait lourde, mais l'odeur de lavande était toujours aussi apaisante, rassurante et elle se laissa sombrer à nouveau. Elle se sentait bien ici, enfoncée dans le matelas, à l'abri dans son cocon. Le sommeil ou le coma, la cueillit et Hermione se laissa faire.
.
— Hermione ?
Hermione remua et sombra de nouveau
.
— S'il te plait, Mione réveille-toi !
Elle grogna et se laissa plonger à nouveau dans les ténèbres.
.
— … Oh ! Oui, il m'aimait ! Personne ne m'aimera plus jamais comme lui ; je ne connaîtrai plus jamais les doux hommages rendus à la beauté, à la jeunesse et à la grâce ; car jamais aux yeux de personne je ne semblerai posséder ces charmes…
Hermione remua le bras et un profond soupir s'échappa de ses lèvres. Elle se laissa bercer par la voix grave qui lui faisait la lecture.
.
— Granger ?
Hermione gémit et cligna paresseusement des yeux. Le décor autour d'elle était flou, les sons lui parvenaient difficilement, assourdis. Elle tourna la tête et remarqua que quelqu'un lui avait lancé un sortilège de Têtenbulle , ce qui expliqua que son environnement était aussi déformé. Elle leva la main vers sa tête mais son visiteur l'arrêta en lui saisissant le poignet:
— Je vais chercher la médicomage et Potter.
Elle distingua la silhouette floue de Malefoy se lever, et elle essaya de parler.
— S'il te plait Malefoy, reste !
Au regard que Malefoy lui lança, elle sut qu'il n'avait pas compris sa demande, il quitta la pièce. Le cœur d' Hermione s'emballa et elle entendit une sonnerie près de son oreille gauche. Elle paniqua, sa vue s'assombrit, et ce ne fut que lorsqu'une main chaude se déposa dans la sienne qu'elle revint à elle de justesse. Elle tourna la tête, quelques-unes de ses boucles lui chatouillaient le visage et elle fronça le nez d'inconfort. Une baguette apparut dans son champ de vision, et le sortilège fut levé. D'autres sorts jaillirent, illuminant la chambre comme un feu d'artifice. Hermione fut assaillie par différentes odeurs, parmi lesquelles elle reconnut celles de certains de ses amis. Elle aperçut brièvement Harry et Théo qui se tenaient à côté de Malefoy, ainsi que Ron, Ginny et Luna, derrière la médicomage, près de la porte de la chambre.
— Miss Granger, vous nous avez fait une belle frayeur. Vos signes vitaux sont corrects. Vous avez besoin de repos, la semaine devrait suffir. Je vais également vous prescrire un traitement de potion revigorante.
La main de Malefoy la lâcha et son cœur s'emballa encore une fois, la sonnerie stridente retentit de nouveau. Tout le monde commença à paniquer, des cris se firent entendre, de nouvelles personnes entrèrent dans la chambre. Les médicomages firent courir leurs baguettes sur sa poitrine, sa tête, et des éclairs de couleurs jaillirent de toutes parts.
Hermione distingua vaguement Ron qui hurlait alors que Harry et Théo avaient l'air de le faire sortir de la chambre. Elle posa les yeux sur Malefoy et se concentra sur la voix fluette de Luna.
— Drago, tiens lui la main s'il te plait. Je voudrais tester quelque chose.
— Lovegood ?
— Je t'en prie, tiens-lui la main.
Malefoy s'exécuta, le cœur d'Hermione arrêta ses embardées, puis tout le monde dévisagea Luna et commença à parler en même temps.
— Comment as-tu su ?
— Incroyable !
— Luna ?
Hermione essaya de se redresser dans le lit et Malefoy l'y aida. La paume chaude du jeune homme dans son dos la fit frissonner. Elle se racla la gorge et d'un regard suppliant se tourna vers la blonde.
— Ex… explique.
Ginny s'approcha et lui tendit un verre d'eau. Hermione but goulûment.
— Merci Ginny. Luna, explique-moi, je n'ai pas lancé le sort jusqu'au bout.
Drago se tourna vers Hermione.
— On peut parler seuls à seuls ?
Hermione hocha la tête et demanda à Luna et Ginny de quitter la chambre.
.
Hermione eut un sourire furtif lorsque l'odeur de café pénétra ses narines, elle sentit l'air frais caresser ses boucles et resserra l'écharpe autour de son cou d'une main. Comme tous les dimanches, ils se rendaient dans leur café moldu, puis ils allaient flâner dans les rues de Londres, profitant de leur anonymat chéri. Depuis l'annonce de leurs fiançailles, ils faisaient régulièrement la une des journaux.
Cela faisait deux ans qu'ils sortaient ensemble. Deux ans qu'elle était "guérie". Les débuts de leur relation avaient été compliqués, Drago avait dû la convaincre qu'il avait de vrais sentiments pour elle et ce depuis bien avant qu'ils expérimentent une thérapie olfactive qui avait été un demi-succès. Cela l'avait convaincu de lancer de nouveau le sort des âmes-soeurs. Idée qu'avait suggérée à de nombreuses fois Luna, soutenue par Ginny.
Drago n'était pas rassuré à cette idée, mais quand ce dernier l'avait "guéri" Luna avait conclu que la magie de l'amour résolvait tout ! Au grand damn d'Hermione qui n'était absolument pas convaincue par cette conclusion mais qui avait toutefois décidé de lui laisser cette énième croyance.
