Ce texte est un OS écrit lors de la participation à l'ASPIC (Ateliers Scripturaux Promouvant l'Imagination et la Créativité) organisé par le serveur Discord Potterfictions sur le thème des fanarts
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Incipit : Les âmes grises de Philippe Claudel "Je ne sais pas trop par où commencer."
Trope : Deus angst machina : Un personnage est en pleine crise existentielle. L'intrigue s'acharne au point de lui faire vivre la pire journée de toutes les pires journées
Harry : Je ne sais pas trop par où commencer.
Draco : Oh, la ferme, Potter.
Hermione : Qu'est–ce qu'il y a ?
Ron : Malfoy a encore fait une connerie ?
Draco : Pourquoi est–ce que ce serait tout de suite on m'accuse ?
Ron : Parce que c'est souvent de ta faute ?
Harry : Non, vraiment, je sais pas comment vous raconter…
Quelques heures plus tôt.
Drago perdait lentement, mais sûrement, la tête. Des heures qu'il errait dans le centre commercial, son écharpe, depuis longtemps retirée, reposant sur la manche parfaitement repassée de sa veste de costume. Ses joues avaient eu le temps de prendre une légère teinte rosée et son front était légèrement humide. Il n'avait pas encore accepté sa défaite, en tout cas pas au point d'aller quémander l'aide d'une des nombreuses vendeuses qui l'avaient suivi des yeux durant son errance.
Avec un soupir, il posa son dos contre ce qu'il pensait être un mur. Ses bras s'agitèrent en cercles inutiles tandis qu'il penchait dangereusement en arrière. La surface contre laquelle il s'était appuyé se déroba sous son poids, ses chaussures parfaitement cirées glissant sur le carrelage trop propre.
Le mur, qui n'était en réalité qu'un pan de carton, s'enfonça sous lui et il s'écrasa avec fracas dans le tas de décorations de Noël. Une armée de boules artisanales s'éparpilla autour de lui, éclatant avec une série de tintements aigus sur le carrelage et il abaissa ses paupières sous l'assaut sonore. Il resta quelque longues secondes assis au milieu du désordre, clignant des yeux avec confusion. Le nuage de paillettes, créé par sa chute, tombait lentement, recouvrant son costume anthracite, ses cheveux pâles, son visage et le sol autour de lui. Il éternua violemment, à plusieurs reprises, avant d'essayer de se relever, mais une voix stridente l'arrêta dans son mouvement. Une Moldue, probablement la propriétaire du stand qu'il venait de détruire, le pointait du doigt en s'égosillant et il grimaça en baissant la tête.
— Je… Veuillez m'excuser pour le dérangement.
Les excuses, malgré toutes les années passées aux côtés du troupeau de Gryffondor qui avait trouvé une place au sein de sa vie, n'étaient toujours pas une chose aisée et sa voix se fit acide quand elle refusa d'accepter ce qui s'avérait être un effort herculéen pour lui. Il passa une main dans ses cheveux et grimaça, une fois de plus, en la retirant pleine de paillettes.
— Combien ?
Sa voix s'avéra plus agressive que ce qu'il aurait souhaité et il soupira en modulant son ton.
— À combien estimez-vous le prix des dégâts ? Je vais vous rembourser, expliqua-t-il lentement.
Il ne s'agissait après tout que d'un tas de boules, la somme serait probablement ridicule.
Il manqua de s'étouffer quand elle lui annonça le montant.
— COMMENT ? MAIS…
Elle lui coupa la parole.
— Vous venez de briser l'intégralité de mon stock, une année complète de travail, en vous affalant contre le côté de mon stand, comme un imbécile, s'écria-t-elle d'un ton acide.
Il ravala la remarque cinglante qui lui brûlait le bout de la langue et se contenta de dégainer sa carte bancaire en grinçant des dents. L'objet n'avait toujours pas fini de le fasciner. À cause — ou grâce, il ne savait pas trop — de Granger et Potter, il passait un temps considérable dans le monde Moldu et y avait même étendu une partie des affaires familiales. L'obtention d'un compte en banque et d'une carte de crédit avait été la suite logique de ses expansions, mais rien ne le fascinait plus que de savoir que ce petit rectangle de plastique avait le pouvoir d'aller piocher dans les coffres d'une banque à l'autre bout de la ville.
Les Moldus possédaient leur propre forme de magie que Granger appelait la « Technologie ». Drago était fasciné par la technologie et ce qu'elle pouvait faire. Mais quand le petit appareil émis un son strident et qu'il observa l'écran indiquant « Carte Muette » il manqua de hurler de frustration.
La journée n'avait pas bien commencé, de toute façon, il s'était violemment cogné le front contre le chambranle de la porte, en trébuchant pour la millième fois sur l'un des vieux t–shirt de Quidditch de Harry, s'était brûlé la langue avec son thé trop chaud, avait fait cramer ses toasts et avait découvert avec outrage que l'eau chaude semblait dysfonctionner dans leur appartement, mais seulement après s'être glissé sous le jet glacial de la douche. Tout ça en moins de deux heures. Vraiment, en cette veille de Noël, Drago semblait avoir une malchance à toute épreuve. Et maintenant ça.
Il avait d'abord contacté Luna qui, aussi surprenant que ce soit, s'avérait être l'une des personnes auprès desquelles Drago se sentait le plus à l'aise.
Quand il l'avait retrouvé pour faire pénitence, quelques années plus tôt, la petite blonde avait accepté ses excuses avec de lents clignements d'yeux, un vaste sourire étirant ses lèvres, une tristesse innommable ombrageant ses prunelles durant quelques secondes. « Bien sûr que je te pardonne Drago, tu n'y étais pour rien. » La petite voix éthérée avait longuement résonné dans sa mémoire cette nuit-là. Le pardon de celle qui avait été maintenue en otage dans les cachots de son manoir avait été le catalyseur qui l'avait poussé à aller quémander l'absolution auprès de tous les autres. Mais Luna aurait toujours une place particulière pour lui. Il était férocement protecteur envers la jeune femme un peu illuminée et avait été, étrangement, le premier mis au courant de sa relation avec la plus jeune des Weasley. Il n'avait pas été surpris par la nouvelle.
Elle s'était empressée de répondre positivement à sa demande d'aide et était arrivée accompagnée de sa petite amie. La chevelure éclatante de Ginevra indiquant la position des deux jeunes femmes comme un phare dans la foule bigarrée des passants effectuant leurs derniers achats. Elles formaient un tableau touchant, tout en contraste. Luna avec ses teintes similaires aux siennes, d'une pâleur délicate, face au teint doré par les heures passées en plein air et la chevelure de feu de Ginevra. L'hiver embrassant l'automne.
Malheureusement, comme il aurait dû s'en douter, ni l'une ni l'autre n'avait été d'une grande aide. Quand elles n'étaient pas occupées à glousser en se regardant ou à s'embrasser à pleine bouche, elles n'avaient été capables d'offrir qu'une succession d'idées toutes plus ridicules les unes que les autres et Drago avait failli perdre patience.
Il les avait quittées dans un café, en secouant la tête l'air faussement excédé, avant de reprendre ses errances dans les méandres d'un centre commercial désespérément grand.
Récupérant le fil de ses pensées et se souvenant brutalement d'où il se trouvait, il déglutit en jetant un regard désolée à la jeune femme avant de dégainer son téléphone portable, une autre de ces petites merveilles technologique créées par les Moldus.
Draco : Potter, j'ai besoin d'aide.
Harry : Qu'est–ce qu'il t'arrive ?
Draco : Ma carte ne passe pas et j'ai eu un petit incident au centre commercial.
Harry : Mais qu'est–ce que tu fous là–bas, déjà ? T'as pas fini tes achats de Noël.
Draco : Granger est une plaie !
Harry : Prends lui un livre.
Draco : Non. Je ne ferai pas comme Weasley.
Harry : Mais elle adore les livres !
Draco : Pas ceux qu'il lui offre
Harry : Bon, bouge pas, j'arrive.
Draco : Troisième étage, tu pourras pas me manquer.
Harry : J'en doute pas.
Drago se tourna à nouveau vers la jeune femme qui le fixait d'un regard noir et grimaça un sourire avant de marmonner.
— Mon fiancé est en chemin, j'espère que sa carte fonctionnera mieux que la mienne.
Pas réellement convaincue, la jeune femme se contenta de reprendre le nettoyage des dégâts et Drago réalisa qu'il aurait probablement dû proposer son aide, mais il était déjà couvert de paillettes et n'avait vraiment pas envie d'aggraver sa situation, alors il resta planté là en attendant l'arrivée du Sauveur du Monde Sorcier qui ne tarda pas à apparaître.
Les cheveux toujours aussi ébouriffés, les yeux toujours aussi verts, Harry arriva en haut de l'escalator et ne put retenir le rire qui secoua sa poitrine. D'une démarche souple, il s'approcha de Drago et caressa sa joue du bout du doigt, récoltant de la pointe de son index une quantité non négligeable de poudre brillante et colorée.
— Merlin, Drago, qu'est-ce que t'as fait ?
Drago grommela en fronçant les sourcils.
— Une rencontre inopinée avec ce qui s'est avéré être un pan de carton et pas un mur, Potter.
Un nouvel éclat de rire le secoua et malgré sa mauvaise humeur, Drago ne put s'empêcher de sourire. Le rire de Harry avait quelque chose de magique dans sa simplicité.
C'était un son étrange, toujours à cheval entre la joie et l'étonnement, comme s'il était toujours surpris d'avoir encore la capacité de rire après tout ce qu'il avait vécu. Il faisait partie des détails que Drago chérissait férocement. Le son de son rire, le petit bruit étranglé qu'il laissait échapper à chaque fois qu'il pénétrait en lui, l'odeur délicieuse de son shampoing, la saveur explosive de la peau tendue sur l'os saillant de sa hanche et sa capacité étonnante à toujours être levé avant lui.
Autant de détails que Drago avait découvert durant les deux dernières années, autant de détails qui lui avaient explosé en mémoire quand Harry s'était agenouillé, une bague, tirée du coffre-fort des Potter, nichée au creux de sa paume. Il haussa une épaule en regardant son fiancé s'esclaffer à ses dépens en secouant doucement la tête, envoyant valdinguer la flopée de mèches ébènes ébouriffées qui trônait sur sa tête.
— Tu es désespérant parfois, je te jure, s'exclama-t-il entre deux éclats de rire.
— Oui, eh bien, je tiens à trouver quelque chose de spécial pour Granger.
Harry ignorait, ne pouvait pas savoir, qu'il avait réellement besoin de quelque chose de particulier pour la Gryffondor. Sa relation avec la Miss–Je–Sais–Tout avait été une surprise pour tous.
Ils avaient commencé par devoir interagir lors d'une affaire. Hermione travaillait encore au Département du Contrôle et de la Régulation des Créatures Magiques à l'époque et il était toujours employé aux Archives. Quand elle avait débarqué, toutes boucles dehors, l'air déjà énervée, il avait eu la vague impression de se retrouver à Poudlard et avait profité de l'occasion pour s'emparer du peu de courage qu'il possédait afin de s'excuser platement. À sa grande surprise, Granger avait accepté ses excuses, arguant qu'il avait été une victime de la guerre au même titre qu'eux. Il avait été incapable de retenir le rire surpris qui lui avait échappé devant l'implacable bonté de la jeune femme.
Leur relation de travail cordiale avait rapidement évoluée en une amitié pleine de joutes verbales aussi surprenante qu'agréable pour Drago et avant qu'il ne puisse réellement s'en rendre compte, son groupe d'amis et le sien avaient fini par s'entremêler. Théo et Granger partageaient une passion certaine pour la lecture. Blaise et Weasley menaient les parties d'échecs les plus violentes qu'il ait jamais vu et Pansy avait – à la surprise générale – pris Luna sous son aile avec une rapidité déconcertante.
Drago s'était retrouvé un soir, à moitié ivre, appuyé contre la rambarde de l'appartement que partageaient Granger et Weasley, en pleine discussion avec Potter. Ils avaient parlé ainsi pendant des heures, la bouteille de whisky pur-feu, que l'Élu avait apporté avec lui, se vidant au même rythme que le paquet de cigarette de Drago, posé négligemment entre eux.
Il lui avait fallu deux bonnes heures avant de se rendre compte que ses lèvres et celles d'Harry effleuraient le même goulot et encore plus longtemps pour remarquer la façon dont la lumière se reflétait dans ses yeux émeraude. Drago était rentré chez lui déboussolé cette nuit-là, pour se réveiller avec une gueule de bois mémorable le lendemain.
C'était rapidement devenu une sorte de rituel durant leurs soirées, l'un d'entre eux finissait sur le balcon, une cigarette à la main, et l'autre venait le rejoindre avec une bouteille. Puis, ils parlaient.
D'abord ils avaient abordé des sujets légers, la météo, le travail, à quel point il était surprenant de voir la facilité avec laquelle leurs deux groupes s'étaient entremêlés de la sorte, mais les soirées avançant, les mois passant, ils avaient commencé à aborder d'autres sujets. La politique du Monde sorcier, le racisme ambiant encore présent malgré les années passées, leurs rôles respectifs durant la guerre.
Jusqu'à une certaine nuit.
Il s'était penché en avant pour approcher le bout de sa cigarette de la flamme d'un briquet tenu par un Potter qui tanguait. Son regard, en se relevant, avait croisé les deux émeraudes. Il s'était redressé, juste assez pour pouvoir expulser sa fumée au-dessus de la tête d'Harry, avant de prendre une profonde inspiration et, avec un léger trébuchement, il s'était emparé des lèvres de son ex-Némésis.
Leurs bouches s'étaient écrasées l'une contre l'autre, sans tendresse, dans une entrechoquement de dents douloureux et maladroit. Ils avaient ri, les joues rouges, puis Harry avait laissé sa paume se refermer sur la mâchoire de Drago, son pouce effleurant distraitement une pommette dessinée avant de l'embrasser profondément.
Leur première fois, dans la foulée de ce premier baiser, avait été tout aussi explosive. Un mélange de précipitation excitée et d'hésitation persistante, ils s'étaient noyés l'un dans l'autre, leurs rires gênés laissant place à des halètements surpris. Évidemment, avait pensé Drago, les dents fermement refermées sur l'oreiller dans lequel il enfonçait sa tête pour étouffer les sons qui tentaient de lui échapper, évidemment qu'ils avaient une alchimie détonante au lit.
Cette soirée avait marqué le tournant le plus important de la vie de Drago. Plus marquante que la trace délavée qui ornait toujours son avant-bras. Plus marquante que cette nuit-là dans la tour d'Astronomie.
Il ne devait tout cela qu'à une seule et même personne : Hermione Granger et sa bonté naturelle. Chaque année, à Noël et à son anniversaire, il se débattait désespérément pour trouver un cadeau digne de ce nom à la jeune femme. Quelque chose de spécial, quelque chose qui exprimerait sa reconnaissance sans borne envers la petite née-Moldue.
Il posa un regard, à mi-chemin entre la tendresse et l'énervement, sur son futur mari.
— S'il te plait, Harry, est-ce que tu veux bien me filer ta carte, maintenant ?
— Mmh… J'sais pas. Ça va nous coûter combien ta petite bêtise là ?
Et merde.
— Euh…
— Drago ?
— Eh bien…
Il marmonna la somme dans sa barbe et essaya tant bien que mal d'ignorer l'expression outrée qui s'étira sur le visage de Harry.
— Oh putain !
— Oui, je sais, marmonna-t-il.
Il se frotta nerveusement la nuque et tira sur les manches de sa chemise dans un geste familier.
— Après c'est pas comme si l'argent manquait, entre ton compte et le mien, mais quand même… , souffla Harry d'un air abattu.
Un sourire se dessina sur les lèvres de Drago, des années qu'il essayait de lui faire réaliser que l'argent ne serait plus jamais un problème pour lui, qu'il n'aurait plus jamais à manquer de quoique ce soit. Mais les restants de l'éducation qu'il avait reçu de la part des Dursley étaient encore compliqués à éradiquer complètement, même si ses efforts commençaient à payer, comme c'était le cas en cet instant.
Il se pencha doucement, déposa un baiser sur la tempe du sorcier brun et dut retenir un petit rire quand il découvrit la tâche brillante qu'avait laissé sa peau contre celle de son fiancé. Il ne dit rien et se contenta de pincer fermement les lèvres quand Harry effleura la zone avec un sourire un peu niais, entraînant à la suite de ses doigts une traînée de paillettes, qui s'étira de sa tempe jusqu'à l'angle de sa mâchoire.
— Je saurai me faire pardonner, promis, chuchota-t-il avec un petit sourire.
Les pupilles d'Harry s'élargirent précipitamment, noyant une partie de l'émeraude de ses prunelles, et Drago l'observa se mordiller la lèvre inférieure avec un sourire entendu. Derrière eux, un raclement de gorge peu délicat et excédé retentit et Drago roula des yeux avant de tendre la carte à la jeune femme pour qu'elle l'insère dans l'appareil qui, Merlin bénisse quelqu'un, bipa d'un petit son d'approbation après que Drago ait tapé le code à quatre chiffres.
Le grand blond se retourna pour rendre sa carte à Harry qui, négligemment appuyé contre l'une des colonnes qui parsemaient le couloir, le fixait d'un air malicieux. Il s'avança lentement vers son fiancé, laissant le petit bout de plastique tourner entre ses doigts avant de le glisser lentement dans la poche du jean de son amant, trop lentement pour que son touché soit parfaitement innocent.
— Je dois vraiment me nettoyer et trouver ce putain de cadeau pour Granger, mais on se retrouve ce soir, hein ?
— Hmhm, rendez–vous chez les Granger-Weasley à 19h30, n'oublie pas.
Drago haussa une épaule en agitant les sourcils.
— On peut aussi se retrouver un peu en avance, à la maison ?
— Nope, lâcha Harry avec un sourire narquois, le "p" claquant à la fin de sa réponse.
L'expression mutine d'Harry lui tira une grimace. Oh, il allait payer pour aujourd'hui. Il observa le sorcier brun s'éloigner en lui lançant un baiser par-dessus son épaule et se réconforta en sachant qu'il se trimbalerait avec une belle ligne de paillettes sur le côté du visage jusqu'au soir.
Il se dirigea vers les toilettes les plus proches, ne souhaitant pas perdre davantage de temps sur son planning serré et profita de l'intimité d'une des cabines pour extraire sa baguette de son harnais de poignet, l'agitant d'un mouvement souple en marmonnant un rapide Tergeo en direction de ses vêtements puis de son visage. Il croisa son reflet dans le miroir et grimaça, c'était loin d'être parfait, et ses cheveux scintillaient toujours sous la lumière du néon, mais ça devrait suffire pour l'instant. Il s'apprêtait à sortir quand la porte s'ouvrit et un cri strident le fit sursauter, sa baguette rejoignant instantanément sa paume, discrètement cachée contre sa cuisse.
Il recula précipitamment et sa plaqua contre le mur en découvrant la femme qui se tenait dans l'embrassure de la porte et qui le fixait en criant, le pointant du doigt et s'exprimant avec une telle rapidité qu'il ne comprenait pas un mot.
Il laissa sa baguette glisser vers le haut, la poussant du bout des doigts jusqu'à sentir le petit clic de sécurité contre l'intérieur de son avant-bras. Il s'approcha lentement en levant les deux mains avant d'enfin comprendre ce qu'il se passait.
La femme indiquait d'un geste du doigt le petit panneau sur la porte des toilettes et Drago sentit ses joues et la pointe de ses oreilles brûler. Il s'était trompé. Il était entré dans les commodités des femmes plutôt que celle des hommes. Il s'excusa platement et esquiva de justesse le coup de sac à main qu'elle essaya de lui asséner tandis qu'il quittait les lieux, entendant nettement le « Pervers ! » qu'elle hurla à sa suite.
Complètement mortifié et le visage brûlant de gêne, Drago reprit son errance dans les boutiques. Cette année son cadeau se devait d'être absolument parfait. Il n'avait pas le droit à l'erreur pas après tout ce qui s'était produit durant ces sept derniers mois. Il y avait eu quelques indices avant ce qu'ils avaient gentiment surnommé « La Grande Débâcle de la Poubelle du Département des Mystères. »
Elle était arrivée au travail plus fatiguée que d'ordinaire et il l'avait taquinée sur ses folles soirées de lecture. Puis il y avait eu ses petits froncements de nez en passant devant la cafétéria, quand certaines odeurs avaient agressé les narines devenues soudainement ultrasensibles de la née-Moldue, et enfin, enfin, ce jour dans les profondeurs du Département des Mystères.
Granger avait officiellement changé son affectation quelques mois plus tôt, moins d'un an en tout cas, et Drago avait suivi le mouvement. Il voulait continuer à travailler avec elle, appréciait ses méthodes et son intellect. Quant à lui, elle lui avait répété ce qu'elle pensait de son poste aux Archives. Un gâchis, selon elle. Gâchis de talent, d'intelligence et de cette soif pour la recherche qu'elle avait su déceler mieux que quiconque. Alors il avait suivi Granger, au plus grand plaisir d'Harry.
Ils avaient été enfouis dans les profondeur du sous-département du Temps, fouillant et refouillant un énorme tas de parchemins dans l'espoir d'y trouver un indice sur le projet qui leur avait été assigné : trouver, s'il existait, un moyen de réparer les Retourneurs de Temps qui avait été détruits durant l'escapade de leur petite équipe en cinquième année.
La peau sombre d'Hermione avait été teintée de gris depuis son arrivée ce matin–là. Drago lui avait ordonné de rentrer chez elle à plusieurs reprises, mais elle avait refusé mordicus, soutenant qu'elle allait bien. Jusqu'à ce qu'elle pousse un couinement très peu digne et se précipite en avant.
Drago — par un réflexe dont il ignorait encore la provenance aujourd'hui — avait, d'un bref mouvement de baguette, attirée à elle l'une des poubelles qui trônait dans la pièce. Les petites mains de la sorcière s'étaient refermées violemment autour du métal avant qu'elle ne se mette à vomir, le corps secoué de spasmes douloureux.
Faisant fi de son dégoût, Drago s'était empressé de s'emparer de l'immense masse de ses boucles pour les maintenir en dehors du désastre et avait passé une main, qu'il espérait rassurante, le long du dos tremblotant de son amie. Elle avait relevé la tête, les yeux luisants et les joues rosies et Drago avait compris.
Il avait compris pourquoi ses joues lui semblaient légèrement plus pleines depuis quelques semaines malgré son manque d'appétit, et pourquoi elle se tenait plus fermement que jamais dans les ascenseurs.
— Granger…
Elle avait croisé son regard en s'essuyant la bouche du mouchoir qu'il lui avait tendu sans même s'en rendre compte.
— Granger, est-ce que tu es enceinte ?
Sa voix avait légèrement tremblé sur son dernier mot et ses sourcils s'étaient froncés lentement, tandis qu'il compilait les informations qu'il avait passé des semaines à ignorer. Les joues de la sorcière s'étaient assombries d'une teinte presque bordeaux quand elle avait hoché la tête.
— Oui. On voulait attendre la fin du premier trimestre pour l'annoncer…
Sa petite paume avait reposé contre son ventre encore quasiment plat, un contraste surprenant avec la teinte crème du pull qu'elle portait.
— Tu veux dire que je suis le premier à savoir ? s'était-il exclamé, son regard écarquillé refusant de quitter l'abdomen de la sorcière.
— Oui, Drago.
Elle avait ri doucement et s'était emparée de sa main.
— Tu vas devoir garder le secret pour encore quelques semaines.
L'horreur s'était abattu sur lui et son expression avait dû être comique s'il en avait cru le rire qui s'était échappé des lèvres de sa collègue.
— MAIS ? Comment est–ce que je suis censé garder çasecret ? Je ne vais jamais pouvoir me retenir de le dire à Harry !
Sa voix était montée dans les aigus sur la dernière syllabe et le regard de la petite sorcière s'était fait plus sérieux.
— Tu vas devoir et tu vas aussi devoir avoir l'air surpris quand on l'annoncera à tout le monde.
Il avait poussé un grognement, sa tête s'abattant sur la table avec un bruit sourd.
— Combien de temps exactement ?
— Trois semaines.
— Ugh…
Il se rendit soudain compte qu'il souriait d'un air béat dans le couloir. Il avait réussi à conserver le secret et avait même été capable d'avoir l'air agréablement surpris quand Granger avait annoncé la nouvelle au reste de leur groupe.
L'idée qu'il cherchait depuis le début le frappa de plein fouet et il sortit en catastrophe du magasin où il se trouvait. Abandonnant le monde moldu derrière lui, il transplana dès qu'il le put et apparut en plein cœur du Chemin de Traverse. Ses jambes le conduisirent avec rapidité jusqu'au magasin et il observa avec attention chacun des objets présents dans la boutique avant de s'arrêter sur celui qui l'intéressait le plus.
— Parfait.
Il serra le petit paquet contre sa poitrine et s'empressa de retourner chez lui. Il lui restait trop peu de temps pour se préparer comme il l'aurait souhaité pour ce soir et il se contenta de changer sa chemise blanche pour un col roulé noir et il enfila une veste d'un vert sombre, qui irait parfaitement avec les yeux de Harry. Il récupéra le petit tas de cadeaux qu'il avait amassé au fil des mois et sauta dans la cheminée, manquant une fois de plus de trébucher sur le rebord de l'âtre, beaucoup trop haut pour être réellement pratique. En jurant, il appela l'adresse de la maison que partageaient les deux meilleurs amis de Harry et il apparut dans le salon quelques longues secondes plus tard.
Harry l'accueillit avec un rire. Il enfouit ses longs doigts dans les mèches d'albâtre de Drago avec un petit murmure de contentement amusé.
— Tu brilles de mille feux ce soir, dit-il dans un petit rire.
— Pas eu le temps de prendre une vraie douche.
— C'est pas grave, c'est dans le thème, répondit Harry en haussant les épaules.
Il indiqua d'un mouvement de tête le reste des gens regroupés dans le salon. Ginny portait sur la tête deux petits sapins qui s'agitaient à chacun de ses mouvements, Luna, un pull vert qui arborait une collection de minuscules pompons multicolores faisant penser à des boules sur un sapin, Ron avait un bonnet de travers dont le rouge jurait horriblement avec ses cheveux roux et Hermione portait un long pull au motif saisonnier qui s'étirait sur l'arrondi impressionnant de son ventre. Quant à Harry, il avait une guirlande verte enroulée autour du cou comme un boa de plume. Drago secoua la tête en riant doucement, envoyant une volée de paillettes atterrir sur le visage de son futur époux.
— Comme ça, on est assorti.
— On est toujours assorti, mon cœur.
Le petit surnom réchauffa l'âme de l'ancien Serpentard, comme c'était toujours le cas et il alla déposer sa pile de présents sous le sapin avant de rejoindre le groupe qui riait doucement. Il se lança rapidement dans une discussion animée sur le Quidditch avec Weaslette, discussion qui se prolongea une bonne partie du repas et dériva sur le droit des animaux quand Luna rappela à tous la raison du nom du Vif d'or, ce qui eu l'art de tirer un grognement dépité à Drago.
Le repas se termina dans le chaos le plus total comme c'était toujours le cas avec eux. Ils hurlaient quasiment tous pour essayer de s'entendre par-dessus les uns et les autres et les joues de Drago étaient douloureuses d'avoir tant ri.
Quand enfin vint l'heure de l'ouverture des cadeaux, Drago accepta avec joie les siens avant de distribuer ceux qu'il avait achetés.
Une nouvelle paire de gants sur mesure pour Ginny, un livre rare sur les créatures magiques tiré de sa bibliothèque familiale pour Luna, un nouveau set d'échecs pour Ron, qui allait adorer le caractère des pièces, il le savait déjà. Le cadeau qu'il avait trouvé pour Harry attendait patiemment à la maison, posé sur l'oreiller de son conjoint.
Il reçut une magnifique plume d'Occamy, sourcée de façon éthique, de la part de Luna. Des places pour aller la voir jouer de la part de Ginny, un livre sur le lore des baguettes qui venait de sortir de la part d'Hermione et une bouteille d'un excellent Brandy Moldu de la part de Ron.
Pourtant, son regard ne quitta jamais la petite sorcière enceinte qui ouvrait avec précaution chacun des cadeaux devant elle. La pile diminuait progressivement et celui que Drago lui avait offert atterrit enfin entre ses doigts.
Elle lui jeta un regard intrigué et tourna l'objet parfaitement emballé entre ses paumes. De forme arrondie, il était impossible de savoir de quoi il pouvait bien s'agir. Drago la regarda déchirer délicatement le papier et observer, les sourcils froncés ce qui ressemblait à un gros galet bleu pâle, lisse et doux.
— Tu m'as offert un caillou ?
Il éclata de rire et lui prit doucement l'objet des mains.
— C'est un objet magique. Un Galet de Mémorisation. Il enregistre les sons qui sont produits autour de lui et est capable de les restituer parfaitement.
Du bout des doigts, il effleura la pierre qui se mit à luire doucement dans le creux de sa paume. Il l'amena près de ses lèvres et fredonna de sa voix de baryton la berceuse que lui chantait sa mère quand il n'était encore qu'un bambin. Les joues rouges face au silence de son groupe d'amis, il tendit le galet à Hermione et lui expliqua comment il fonctionnait.
Les petits doigts de la sorcière caressèrent la surface avec révérence et la voix de Drago résonna autour d'eux, la lumière fluctuant au rythme de la chanson. Elle posa sur lui un regard plein de larmes et se leva difficilement avant de s'approcher de lui. Il leva le nez vers elle alors qu'elle attrapait sa main pour la poser contre son ventre. Un coup repoussa sa paume et il baissa le nez en souriant.
— Salut toi.
Hermione prit une inspiration tremblante au-dessus de lui et resserra ses doigts autour des siens avant de lâcher d'une voix chevrotante.
— Tu voudrais bien être le parrain ? Toi et Harry, je veux dire.
Il entendit la respiration hachée qui emplit les poumons de Harry, mais se contenta d'hocher la tête avec véhémence, la gorge trop serrée pour s'exprimer. Il se pencha légèrement en avant et appuya sa tête contre l'abdomen distendu de la petite sorcière, la laissant glisser ses doigts dans ses mèches pâles, éparpillant des paillettes plein son joli pull et sur sa peau sombre.
Le bras de Harry s'enroula autour de ses épaules et il soupira profondément, se demandant pour la millième fois comment sa vie avait pu finir par être aussi parfaite.
