Le prix de la victoire. Cette amertume pourtant douce qui ne quitte pas ses lèvres.
Une petite maison, modeste et pourtant déjà bien plus imposantes que toutes celles autour de la sienne.
Il est roi lui dit-on, il est roi alors il doit bénéficier des privilèges des rois, ou tout du moins, d'autant de privilèges de cette fonction que ce que l'état du monde le permet.
Il est roi, lui mais pourquoi pas un autre ? Pourquoi pas Brise ? Pourquoi pas Ham ? Les deux lui riraient au nez s'il leur en faisant la proposition, il le sait pertinemment.
Pourtant, il ne peut s'empêcher de se dire… pourquoi lui ?
Il n'est qu'un gosse des rues recueilli par un oncle bienveillant sous une couche épaisse de mauvaise humeur. Un gosse qui par chance s'est trouvé à côtoyer Kelsier, un gosse qui a fauté et qui a tenté de se racheter de toutes ses forces. Ce qui l'a presque amené à fauter, à nouveau.
Mais au final, il demeure ainsi. Ils l'ont érigé au rang de roi ; lui ont donné une autorité qu'il ignore comment utiliser et un objectif, aussi large que flou : tout reconstruire.
Rebâtir des institutions, rebâtir du mieux, ne pas reproduire les erreurs de ses prédécesseurs.
Et surtout, surtout, cohabiter avec la présence bien réelle quoique difficilement explicable de celui qui a mis le feu aux poudres, de celui qui devait être mort et qui pourtant se révèle parfaitement vivant.
Enfin, selon les mot du concerné, il est davantage "pas mort" que "vivant". Mais Spectre peine encore à tout appréhender, il peine encore à comprendre sa place dans tout ça. De Brumant il est devenu savant de l'étain puis marionnette de Ravage ; le voici à présent fils des Brumes dans un monde à la fois familier et totalement étranger.
Alors ce soir, Spectre tourne et retourne dans son lit trop grand ; Beldre dort paisiblement et il s'efforce de ne pas la réveiller. A court de patience, il finit par se lever à tâtons, descendre de la chambre, sortir dans l'allée. Heureusement, elle est déserte.
Et alors, il lève la tête vers les étoiles ; là où il s'imagine que Sazed demeure ; là où il peut supposer que Kelsier est - l'idée qu'il soit dans une réalité parallèle, une couche de plus est bien trop étrange à son goût.
Elles sont encore nouvelles à ses yeux, comme tout ce qui l'entoure. Mais malgré leur nouveauté, elles l'apaisent, c'est ça l'essentiel.