- 𝙾𝚗𝚎 𝙿𝚒𝚎𝚌𝚎 -
—𝐀𝐔 𝐃𝐄𝐋𝐀̀ 𝐃𝐄𝐒 𝐌𝐎𝐍𝐃𝐄𝐒—
𝐈𝐧𝐟𝐨𝐫𝐭𝐮𝐧𝐞
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— 𝐂𝐄 𝐅𝐔𝐓 𝐀𝐔𝐗 𝐓𝐑𝐎𝐈𝐒 𝐐𝐔𝐀𝐑𝐓𝐒 de cette nuit anthracite que, nageant entre les draps humides de mes délires nocturne, je m'éveillais en sursaut. Ruisselante de sueur, je tâtonnais difficilement contre le mur décrépi à la recherche de l'interrupteur. Lorsqu'enfin le grésillement familier du plafonnier se fit entendre après plusieurs secondes, je poussais un long soupir, soulagée.
L'obscurité me terrifiait. Et avec elle, ses démons voraces aux mille et un visages. Ceux qui, dans l'ombre de vos pas, se cachaient à vos yeux de mortels et, surgissant seulement quand, dans votre cœur alourdit la flèche sanglante de vos amères déceptions transperçait votre organe affaibli; ils vous arrachaient alors vos joies, ne laissant derrière eux, que les cendres fumantes d'un corps dégarni.
Au-dehors, le grondement de l'orage s'abattait au-dessus des toitures parisiennes. La pluie battante venant choir contre l'œil-de-bœuf de ma chambre de bonne ne paraissait pas non plus vouloir s'arrêter. Ma cicatrice, dont la douce laideur ornait ma hanche gauche, pulsa au travers de mon short en coton quand un énième éclaire zébra la voûte céleste dans cet horizon mourant.
Détournant mon attention de ce spectacle, je repoussais d'un coup de main une mèche de cheveux trempée par ma transpiration. Cette fièvre délirante, dans laquelle le sommeil m'avait plongé, me collait désagréablement à la peau. Les souvenirs incertains de mon errance cauchemardesque se dessinèrent au travers du brouillard sibyllin qui me masquait la vue. Cela suffit à raviver mon état de panique qui tantôt, m'avait tiré de mes songes. Haletante, j'agrippais fébrilement mon débardeur au niveau de mon cœur, tout en essayant de calmer les battements frénétiques qui provenait de ma cage thoracique.
Le chaos de mon être fit écho aux invectives divines. Je tremblais d'un désespoir si intense que mes sanglots noyèrent sur leur passage mes pommettes blafardes et mes joues creuses. De mon affliction profonde, marquée par la trace indélébile d'un fléau inoubliable, le ciel en seul témoin de ma faiblesse recouvrit le cri de ma souffrance. La démence qui siégeait vicieusement en mon sein étreignit férocement mes poumons, s'infiltra dans mes veines bouillonnantes, et déchirant mes muscles tendus à l'extrême, elle vint se saisir de moi, m'embrassant au creux de ses bras maléfiques, telle cette vieille amie qui, durant les heures sombres, revenait semer les graines de sa tendre folie. Elle nourrissait à mon égard une certaine sympathie, dont le venin de ses charmantes attentions pourrissaient mes nuits et mes jours.
Plus d'une fois, j'avais cru mourir. Rien n'était pire à mon sens que de se voir partir, de voir la vie vous être arrachée comme on enlèverait à un enfant son jouet. Dans ces moments-là, je comprenais davantage alors toute l'importance que de profiter des instants éphémères que nous nous voyions offrir. Chaque soir, je mourrais un peu plus. Chaque soir, l'on me prenait un peu de ma jeunesse. Et ce, jusqu'à ce que je ne puisse plus tenir debout. Jusqu'à ce que la flamme de mon âme s'éteigne, emportant au loin le souvenir de mon existence. Nous n'étions rien, ni personne. Simplement de la poussière dans ce vaste monde.
À seulement dix-neuf ans, je me savais déjà condamnée. Quand ma mère accoucha et me mit au monde, je fus désignée comme étant la coupable. Un lourd fardeau, qu'aucune petite fille et qu'aucun petit garçon ne devraient porter, m'incombait dès le plus jeune âge. Ce crime que j'avais commis, et que je ne pouvais nommer me suivrait jusque dans les tréfonds de la Terre. Celle dont la naissance ne pouvait être pardonnée. Voilà qui j'étais réellement.
Un rire spasmodique m'échappa. L'ironie cruelle et agaçante de ce sort qui était le mien me rendait nauséeuse. J'étais celle qui, se levant la première, le matin, languissait d'assister à la coloration du monde endormis. Celle qui appréciait le grignotement du vent froid sur sa peau nue. Celle dont les rêves outrepassés les limites de l'inconscient, où l'imaginaire ne connaissait pas de fin, où tout se construisait et où l'impossible devenait réalisable par notre unique volonté. Et enfin, j'étais celle qui n'en pouvait jamais assez plus de vivre encore un peu.
Ne supportant plus les regards et la honte, je m'étais alors exilée. Loin des miens et de ma ville natale, loin des quelques rares personnes que je pouvais appeler "amis", je punissais l'insolente existence de l'enfant qui avait pris la vie. Je m'étais comme, coupée du reste du monde.
Mes larmes tarirent, dont le sillon humide maculait encore mes joues, je restais prostrée sur le matelas miteux probablement infesté de cafards. Le cœur en naufrage et l'âme en peine, car après la colère, venait toujours l'indicible tristesse. Ni les pleurs, ni cette rage qui me consumaient ne parvenaient à combler le vide qui siégeait en moi. Peu importe à quel point j'essayais de tromper mon mal-être, aucun autre sentiment ne sut se montrer assez fort pour balayer la rancune que je vouais à ce monde. Pourtant, je ne désespérais pas qu'un jour l'on m'offrît une place. Que l'on m'accorderait enfin le droit de vivre.
Mon regard accrocha le cadran lumineux de mon réveil où s'affichait le nombre clignotant "quatre heures et quart" en rouge. Grommelant à l'encontre du tonnerre et de mon sommeil avorté, j'enfouissais paresseusement mon visage sous les couvertures essayant vainement d'effacer le vide de mon minuscule appartement. Ce sentiment d'oppression se fit plus virulent encore.
Malade de faiblesse, je jetais les draps sur le côté de mon lit et me levais en chancelant dans l'optique de me rafraîchir les idées. J'attrapais un verre dans un des placards, puis le remplissais d'eau avant de le porter à mes lèvres. Le liquide froid qui glissa jusqu'au fond de ma gorge, me procura un bien fous.
Puis, me retournant vers mon bureau où papiers et stylos s'entassaient dans un désordre organisé, je m'apprêtais à reprendre mon travail délaissé la veille quand une odeur de fumée vint chatouiller mes narines. Dans la cuisine, la plaque de gaz laissait s'échapper des relents opaques qui me piquaient les yeux. Mon premier réflexe fut d'observer, ébahis, ce phénomène innattendu avant de me précipiter pour vérifier que le gaz soit correctement éteint. Me prenant par surprise, des flammes immenses jaillirent de la plaque. À la vision des ombres menaçantes que le feu crépitant projeta contre les murs, tout mon être se glaça d'horreur.
Mais alors que je pensais que rien ne pouvait être pire, la gazinière explosa envoyant une forte vague de chaleur qui me projeta quelques mètres en arrière. Des débris de verres se plantèrent dans la peau fragile de mes cuisses et de mes bras, m'arrachant un couinement pathétique. Cette douleur lancinante qui parcourut mon corps lorsque je tentais de me relever, suffit à me réveiller de la torpeur dans laquelle j'avais été plongé tout ce temps. J'attrapais prestement une veste qui traînait sur une chaise, et voulant étouffer les flammes, je retrouvais une nouvelle fois dans l'incapacité de faire quoi que ce soit.
D'abord, l'indomptable force de la nature s'éleva au-dessus de ma tête, me forçant à reculer de quelques pas. Comme hypnotisée par la danse harmonieuse de ce feu rougeoyant, il m'était impossible de me détourner de ce spectacle terrifiant. Et c'est avec une fascination étrange mêlé à l'angoisse acide qui brûlait mon œsophage, que je vis un bras, puis une tête, un torse, et enfin un être humain sorti de ma gazinière.
Ce que je devinais être un homme s'avança, sortant de la pénombre. L'onyx de ses yeux plongea alors dans l'éclat poussiéreux des miens.
《Mitsuketa.
— Pardon ?!》Fut tout ce que je trouvais à répondre face à l'incongruité de la situation.
Il haussa un sourcil dans ma direction, avant de pester dans sa barbe inexistante des mots que je ne comprenais pas. Cela ressemblait fortement à du japonais, bien que je ne connaissais pas vraiment la langue, l'ayant seulement entendu dans des chansons de dessins animés.
《Anata wa watashi o rikai shite inai yōdesu.》
Profitant de son innatention, je reculais doucement dans l'espoir de m'échapper. Seulement, il me prit sur le fait. Le sourire narquois que me renvoya l'intrus me donna la chaire de poule. Ça ne semblait pas bon.
《Zan'nen… tonikaku tsurete ikimasu. Tebura de kaettara Maruko ni korosa reru zo.
— Ne... ne m'approchez pas !》
Sur le qui-vive, j'attrapais un couteau sur le comptoir de la cuisine et le brandissait, tremblante, dans sa direction. Il ricana, bien plus amusé qu'intimidé par ma menace.
《Sono naifu o oroshita hō ga ī, kegawosuru kamo shirenai.
— J'ai dis... ne m'approchez pas !》
Mon dos heurta la surface gelée du mur derrière moi, alors que l'homme ne cessait sa lente progression. Avec horreur, je vis sa main se saisir du couteau de cuisine et faire fondre l'acier. Je relâchais aussitôt mon arme de fortune, mes doigts brûlés par le manche de l'ustensile.
Il se saisit fermement de ma gorge, me ramenant contre son torse. Instinctivement, mes mains agrippèrent son poignet pour tenter de lui faire lâcher prise. Seul un sourire narquois répondis à mon acte aussi désespéré que vain. Des larmes de terreur devalèrent mes joues. J'avais l'impression que la mort allait se saisir de moi dans les secondes à venir.
Ne saisissant pas le comportement de mon agresseur, je le regardais sortir une boule coloré de son sac et la jeter au sol. À mon grand étonnement, cette dernière se métamorphosa en un portail semblable à ceux que l'on pouvait voir dans les films. Je ne compris que bien trop tard toute l'ampleur de la situation, lorsque mon corps fut soudain absorbé par l'énergie étrange qui émanait de ce tourbillon.
《Oh Non ! Oh Non, non, non, non ! Reposez-moi ! Reposez-moi tout de suite !
— Urusai.
— "URUSAI" TOI-MÊME SOMBRE CRÉTIN !》
Probablement fatigué de mes hurlements stridents, l'homme me balança sans aucune sympathie dans le maelstrom.
Puis, se fut le noir.
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Voici la fin de ce premier chapitre, en espérant qu'il vous a plus. Pour ce qui est de la parution, je mettrai probablement entre deux semaines et un mois pour écrire chaque chapitre. Je vous dis à la prochaine, et vous met la traduction des phrases en japonais.
À la revoyure !
ᴛʀᴀᴅᴜᴄᴛɪᴏɴ
ᴍɪᴛsᴜᴋᴇᴛᴀ : ᴛʀᴏᴜᴠᴇ́/ᴊ'ᴀɪ ᴛʀᴏᴜᴠᴇ́
ᴀɴᴀᴛᴀ ᴡᴀ ᴡᴀᴛᴀsʜɪ ᴏ ʀɪᴋᴀɪ sʜɪᴛᴇ ɪɴᴀɪ ʏōᴅᴇsᴜ : ᴛᴜ ɴᴇ ᴄᴏᴍᴘʀᴇɴᴅs ᴘᴀs ᴄᴇ ǫᴜᴇ ᴊᴇ ᴅɪs.
ᴢᴀɴ'ɴᴇɴ… ᴛᴏɴɪᴋᴀᴋᴜ ᴛsᴜʀᴇᴛᴇ ɪᴋɪᴍᴀsᴜ. ᴛᴇʙᴜʀᴀ ᴅᴇ ᴋᴀᴇᴛᴛᴀʀᴀ ᴍᴀʀᴜᴋᴏ ɴɪ ᴋᴏʀᴏsᴀ ʀᴇʀᴜ ᴢᴏ : ᴛᴀɴᴛ ᴘɪs... ᴊᴇ ᴛᴇ ʀᴀᴍèɴᴇ ǫᴜᴀɴᴅ ᴍêᴍᴇ ᴀᴠᴇᴄ ᴍᴏɪ. ᴍᴀʀᴄᴏ ᴠᴀ ᴍᴇ ᴛᴜᴇʀ sɪ ᴊᴇ ʀᴇɴᴛʀᴇ ʟᴇs ᴍᴀɪɴs ᴠɪᴅᴇs.
sᴏɴᴏ ɴᴀɪғᴜ ᴏ ᴏʀᴏsʜɪᴛᴀ ʜō ɢᴀ ī, ᴋᴇɢᴀᴡᴏsᴜʀᴜ ᴋᴀᴍᴏ sʜɪʀᴇɴᴀɪ : ᴛᴜ ᴅᴇᴠʀᴀɪs ᴘᴏsᴇʀ ᴄᴇ ᴄᴏᴜᴛᴇᴀᴜ ᴛᴜ ᴠᴀs ᴛᴇ ғᴀɪʀᴇ ᴍᴀʟ.
ᴜʀᴜsᴀɪ : ᴛᴀɪs-ᴛᴏɪ/ ʟᴀ ғᴇʀᴍᴇ
À 𝚜𝚞𝚒𝚟𝚛𝚎...
- 𝐏𝐮𝐛𝐥𝐢é 𝐥𝐞 4/12/2022 -
