- 𝙾𝚗𝚎 𝙿𝚒𝚎𝚌𝚎 -
—𝐀𝐔 𝐃𝐄𝐋𝐀̀ 𝐃𝐄𝐒 𝐌𝐎𝐍𝐃𝐄𝐒—
𝐁𝐫û𝐥𝐮𝐫𝐞
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— 𝐌𝐄𝐒 𝐃É𝐌𝐎𝐍𝐒 𝐃𝐄 𝐌𝐈𝐍𝐔𝐈𝐓 arrachèrent d'entre mes bras alanguit le souffle fraie de la nuit, qui distillait, de ses doigts de fées, ses derniers grains de sables au dessus de mes paupières closent. Au dessous de mes membres ankylosés, le sol dure et humide me servant de "matelas" me ramena brutalement à la réalité. Ce n'est qu'alors à cet instant que je prenais pleinement conscience de ma situation.
《Où est-ce qu...》
Durant un instant infime, ma raison, celle qui se pensait rationnelle et juste, me hurlait au mauvais rêve. Où était-ce mon entêtement qui ne souhaitait croire à la vision des flammes brûlant ma cuisine, ainsi qu'à ce corps qui sortait d'entre ce brasier ardent, écartant sur son passage le feu des enfers. Puis, sa main sur ma gorge, et l'immense portail qui m'avait attiré au sein de son tournoiement infernale, me projetant durement hors de ma réalité.
Maudissant cet homme de mes nombreux maux, je ruminais, seule, dans l'obscurité profonde de ce que je devinais être une remise, tout en imaginant diverses façons de précipiter la déchéance du malotru qui avait osé quelques heures plus tôt s'incruster dans mon minuscule appartement, et ce, au beau milieu de la nuit, avant de m'abandonner à mon triste sort, dans un lieu qui m'était pleinement inconnu.
Et bien qu'essayant d'occulter ma peur, qui, elle, et malgré les apparences que je tenais à maintenir, se savait dominante au sein de mon esprit, je ne pus retenir le flot incandescent de ces bribes de souvenirs qui revinrent à la surface de ma pensée, me noyant dans une torpeur profonde. Devant mes yeux éteints, la scène se rejouait, encore, comme si un vieux cassettophone enrayé projetait ses images au devant de mes orbes mouillés.
Inconsciemment, ces réminiscences aux goûts métalliques devinrent prières. À ces dieux miséricordieux, j'adressais les supplications d'une âme tourmentée. Que j'espérais que jamais personne ne viendrait à passer le pas de cette porte, qu'on me laissa aux oublis, et qu'ainsi, je puisse espérer réchapper à mes agresseurs. L'on viendrait me chercher, me sauver de ce cauchemar, probablement même que les voisins avaient déjà avertit les autorités aux éclats de voix et à l'explosion ayant retentit dans mon appartement.
Tout ce que j'avais à faire était de rester en vie. De ne pas jouer les héros. Ni de tenter l'impossible. Et tout redeviendra comme avant. Mais, encore une fois, était-ce ce que je désirais vraiment, revenir à mon simulacre d'existence, morne et sans saveur. Isolée, perdu dans une quête de savoir dépourvue de sens; alors pourquoi je m'accrochai à cette réalité qui n'avait jamais été la mienne. Pourquoi continuer à espérer au point d'en souffrir au martyre. Là-bas, je n'étais ni une femme, ni une amie, et certainement pas une sœur. Peut-être une fille, mais quelle fille j'aurais fait. Fuyant sa propre famille, ne les ayant pas vu depuis trois ans. L'autruche, c'était ce que je savais faire de mieux.
Déchirée entre ma morale et mon envie de prendre le grand large. Profiter de cette occasion pour disparaître. De tourner le dos à ce que je connaissais, au quotidien éprouvant qui m'attendait une fois de retour. Travailler pour vivre. Vivre pour travailler. Pas d'objectifs, ni d'ambitions. Des rêves flous et incertains, envolés et disparus pour d'autres. Une adulte incertaine, tâtonnant, trébuchant pour avancer, telles étaient les bases sut lesquelles j'évoluais. Mais partir, même, demandait à s'armer d'un courage immense que je ne possédais pas.
Quand l'horreur qui, charmant votre âme naïve de ses tendres caresses avant de vous enlever au sein l'éclat d'un espoir nouveau, puis qui vous piétinait à mainte reprises lorsque, touché par la rudesse des épreuves s'élevant sur votre passage, vous fracassiez violemment votre menton contre ces montagnes infranchissables; fatalement, vous finissiez par abandonner. Du moins, tel était le sort réservé aux miséreux, de ceux qui ne devaient pas exister. Pourtant, l'ombre de ma silhouette écorchée se tenait toujours et irrémédiablement debout, bravant les intempéries, surpassant les ténèbres qui engourdissaient mon cœur.
Je soufflais d'énervement face à ma propre couardise, il me fallait me reprendre.
Tremblante et affaibli par cet effroi sournois qui, se tapissant dans ma chaire hurlante aux supplices qui lui avaient été infligés, j'eus la plus grande peine lorsqu'en souhaitant me redresser une douleur lancinante traversa mon bassin malmené. Une ecchymose, dont la taille singulière me tira une autre grimace, s'étalait le long de ma hanche pour venir décorer le haut de ma cuisse blanchâtre.
Après une brève inspection de ma personne, et m'assurant qu'aucune blessure ne me soit handicapante pour ce qui aller suivre, je soufflais, soulagée. Puis vacillant quelque peu sous mon poids, je clopinais jusqu'à la porte contre laquelle mon oreille se colla, écoutant les bruits du dehors. Seul le son diffu des remous incertains venant se fracasser contre le bois me parvinrent. En même temps, les mots "vagues", "coque" et "bateau" se frayèrent un chemin dans mon esprit. Mon angoisse revint se loger insidieusement dans mes veines pulsantes.
Retenant difficilement ma lâcheté, mes mains poussèrent légèrement le battant qui se révélait miraculeusement ouvert. Fébrilement, je jetais un regard dans l'ouverture, m'assurant que personne ne gardait l'extérieur. Puis, mon corps glissa entre la chambranle alors que je gagnais l'obscurité du dehors.
《Tu cherches à nous fuir, joli cœur ?》Retentit une voix moqueuse, que, dans l'affolement de mes sens, je situais au dessus de ma tête.
Ne prenant le temps d'analyser ses paroles, ou même d'observer celui m'ayant interpellé, mes jambes engourdies s'élancèrent pour fuir, malgré la peur grouillante au fond de mon estomac. Seulement, sans comprendre comment, l'homme se tenait présentement devant moi, s'interposant dans ma piètre tentative afin de m'enfuir. Il avait sauté.
L'ironie cruelle et agaçante de mon éternelle malchance refit surface, car l'homme au stetson qui me surplombait de par sa taille, ne m'était pas pleinement inconnu. La terreur de l'explosion, dont le feu rougeoyant dévorant les murs insalubres de mon appartement dans un tumulte étourdissant, et alors qu'apparaissait d'entre les voluptes de fumées le corps de mon malfaiteur, était imprimé dans ma chaire pour se saisir de mes tripes.
《T-t-t-t. Où cours-tu ainsi, dans cette tenue ?》
Son regard onyx, d'où les flammes d'une ardeur nouvelle enflammèrent ses pupilles dilatées, plongea entre la naissance de mes seins découverts par mon maigre vêtement. Puis, retraçant les courbes sensuellement offertes de mon corps frémissant, il s'attarda sur le galbe de mes cuisses et mon short bien trop court, ne cachant, malheureusement, que trop peu de peau aux yeux scrutateurs de cet homme. En voyant que sa remarque me faisait de l'effet, il esquissa un sourire, narquois. Un long frisson d'anticipation lècha l'épiderme brûlant de mon dos et je reculais inconsciemment, rongée par la peur terrible des représailles.
Parce que le monde entier conspirait à me faire chuter, mes pieds s'emmêlèrent et basculant vers l'arrière, je fermais brusquement mes paupières. Une poigne ferme et chaude agrippa alors mon bras me tirant dans une étreinte puissante.
《Je sais joli cœur que tu meurs d'envie de te retrouver dans mes bras, mais tu devrais tout de même faire attention, au risque de te faire mal.
— Qu-quoi ?! Non ! P-pas du tout ! Lâchez-moi.》
Maladroitement, je posais mes mains sur son torse, tentant de le repousser. Seulement, le brun ne bougea d'un millimètre. Me voyant faire, il haussa un sourcil.
《Vraiment ?》
Son nez vint alors frôler dangereusement le mien.
《Au vu de ta réaction, j'aurai plutôt dis le contraire...
— Ce n'est pas...》Ma voix, étrangement aigüe, ne pu que lui donner davantage raison.
Rouge d'embarras de par notre proximité ambiguë, mais aussi car n'ayant point l'habitude de me retrouver aussi proche d'un homme, couplant cela à la fatigue, mes jambes tremblantes se dérobèrent sous mon poids. Rendue aveugle par la multitude de points noirs me masquant la vue, mes yeux se révulsèrent dans leur orbite alors que des larmes salées devalèrent sans honte les contours de mes pommettes. L'affolement terrassa mes barrières mentales, dont le chaos régnant en son sein me rendit terriblement vulnérable.
《Mattaku.》Souffla l'homme.
De sa main libre, il se saisit fermement de mon menton qu'il releva afin d'encrer ses pupilles dans les miennes.
《Tu es tellement faible.》
Je ne n'écoutais plus. Ces mots me percutèrent de plein fouet. Pourtant, loin de l'arrogance de certains, ou d'une remarque acerbe prononcer dans l'unique but de vous rabaisser, cela sonnait plus comme un constat. Le tremblement de mon être ébranla les vestiges instables de mon passé, que, durant ces trois dernières années, j'avais fuit, tout en enterrant mes remords au plus profond de moi. Je me sentais exploser.
《La ferme ! Taisez-vous !》
Il haussa un sourcil fasse à ma rancœur.
《Tu fuis la réalité.
— Exactement comme vous.》La contraction de sa mâchoire m'indiqua que je venais de viser juste.
L'indicible peur remuant mes entrailles se mélangea aux doutes constants, à mes peines et colères, aux incompréhensions non élucidées et aux rancœurs qui me pourrissaient l'existence depuis toujours. Au travers de mes pleurs, j'entendis une voix sermonner mon détracteur, ce qui ne manqua pas, malgré la situation, de m'arracher un rire grinçant.
《Oï ! Ace ! Tu peux m'expliquer pourquoi la gamine pleure ?! Je t'avais demandé de la surveiller et de l'amener à Oyaji une fois réveillée, pas de la traumatiser !
— Ouais, ouais, ça va, j'ai compris...》
Le susnommé Ace, celui qui m'avait kidnappé, posa une main chaude et rassurante, peut-être un peu à contre-cœur, sur mon dos voûtée.
《Eh, est-ce que tu peux te lever ?》
J'ochais de la tête, peu sur de ce je me devais, en l'instant, de répondre ou de faire.
《Qu-qu'est-ce que vous allez faire de moi ?
— D'abord, on t'emmène voir Oyaji, le reste, tout dépendra de toi yoï.》
Ce fut plongée dans un état catatonique que, traînant ma carcasse naufragère de la tempête qu'était mon existence, je suivais docilement Ace et son homologue. Par dessus le vide immense de mon esprit retentit alors une voix gutturale faisant trembler les gonds de la porte s'élevant au dessus de mon ombre.
《Entrez mes fils et toi aussi gamine.》
Dans mon souvenir restera probablement gravée à jamais cette rencontre innatendue. Sa stature gigantesque n'avait que pour égal la puissance de son charisme, démesurément grande, au point ou d'un regard, le plus coriace et fière des malfrats plierai le genoux face au monstre de puissance qu'était cet homme. Il me désigna une chaise, sur laquelle le géant m'invitait à m'asseoir.
《Tu dois avoir beaucoup de questions à me poser quant à ta présence en ce lieu.
— E-est-ce que je pourrai savoir qui vous êtes ?
— GUURARARARAAA ! Il y a bien longtemps que l'on ne me demande plus qui je suis !》
Le vieillard me sourit, tout en buvant un grande rasade d'alcool. À ses côtés, le blond qui lui jeta un regard désapproteur se retourne puis s'adresse à moi.
《Oyaji est un empereur pirate, tu as devant toi Edward Newgate, l'homme le plus fort du monde.》
Cette fierté qu'il afficha au nom de son, je présumais, Capitaine, me tordit l'estomac. Je ne pensais pas qu'un jour, quelqu'un est déjà prononcé mon nom avec autant de respect. Mais l'heure n'était plus à l'apitoyement.
《En ce qui me concerne, je suis Marco, second de l'équipage et premier commandant de la flotte de notre Capitaine. Et voici Ace, que tu connais déjà.》
Celui-ci me fit un signe de tête lorsque je tournais timidement les yeux dans sa direction. Ces trois hommes étaient terrifiants. Il se dégageait d'eux une force brute, indomptable qui vous écrasait, vous empêchant de respirer.
《Tu lui ressembles énormément.
— De qui... De qui parlez-vous ?
— Oh, tu ne sais donc pas pourquoi j'ai ordonné à mes fils de t'amener sur mon navire gamine ?》
Son regard me troubla bien plus que je ne voudrai jamais l'admettre. Cet homme gigantesque n'était pas qu'un vieillard alcoolisé et maladif, il sondait au travers de mon âme. Barbe Blanche me voyait. Pas seulement comme étant la gamine de dix-neuf ans, débraillée et méfiante envers eux, mais comme celle qui souffrait. Celle qui cachait sa honte, sa haine de ce monde sous des couches d'artifices et de sourires factices.
《Je les ai bien senti, la tristesse et cette colère sourde tapient au fond de toi. Tu transpires de désespoir, et il me faudra bien plus que tes faux airs pour me duper gamine.
— Cela ne vous regarde pas. Mes dents grincèrent.
— Tu évites les sujets sensibles gamine. Enfin, je ne t'ai pas fait venir sur mon navire pour parler de ton envie de mourir. Il fit une courte pause, plantant son regard dans le miens. Ta sœur est en vie et elle veut te voir.
— Pardon ?》
Impossible. Un rire sans joie, rauque, franchit la barrière de mes lèvres. Puis, poussant un cri qui déchira mes cordes vocales, mon corps lourd s'écrasa contre le parquet, erraflant mes genoux tremblants. Durant des années, incapable de pardonner mon crime, je n'avais jouis des plaisir simples qui s'offraient à mon existence, m'en pensant indigne. Car en moi, résidait mon crime. Celui d'avoir pris la vie. D'avoir ôter le droit de vivre à mon propre sang. Ma sœur était morte, il y a de ça bien longtemps...
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Bonjour / Bonsoir !
Déjà, je suis quelque peu navrée pour le retard, disons que je ne suis jamais réellement satisfaite de ce que j'écris alors je suis constamment en train de remanier mes paragraphes.
À part ça, j'espère sincèrement qu'il vous aura plus, si ce n'est pas le cas, les critiques -constructives- sont évidemment les bienvenues.
Merci d'avoir lu ce deuxième chapitre ! Je vous dis à bientôt pour la suite de cette histoire.
Bye~
𝙰́ 𝚜𝚞𝚒𝚟𝚛𝚎...
- 𝐏𝐮𝐛𝐥𝐢é 𝐥𝐞 14/02/2023 -
Chapitre non corrigé.
