Je viens à peine de finir de regarder la série et l'épisode 8 ne voulait pas quitter mon esprit, donc j'ai écrit à la hâte ce petit texte pour me le sortir de la tête (du coup, je m'excuse à l'avance s'il est bancal et rempli de fautes…).
Cela paraît aussi évident mais je précise tout de même que cet OS contient des spoilers sur l'épisode 8.
Dans ses bras
Elle avait à peine eu le temps de jeter un coup d'œil à la foule agglutinée d'étudiants devant Bianca, Eugène et elle, avant que la silhouette blonde familière d'Enid se précipite sur elle et l'enlace avec férocité, comme si elle craignait que Mercredi disparaisse si elle la lâchait.
Il fallut une fraction de secondes à Mercredi pour comprendre ce qui se passait. Elle jeta un coup d'œil vers la forme recroquevillée de sa colocataire blottie contre elle et l'examina de haut en bas. Enid était presque méconnaissable à cause des blessures et égratignures qui parcouraient son corps, du sang et de la terre qui maculaient sa peau et des brindilles et feuilles qui s'emmêlaient dans ses cheveux.
En temps normal, Mercredi aurait trouvé cette apparence désordonnée intéressante car le soin qu'apportait Enid à son apparence suffisait à lui piquer les yeux – cette fille aimait beaucoup trop les couleurs. Sauf qu'elle n'en tira là aucun plaisir : cette apparence sale et défaite ne correspondait pas du tout à Enid.
Surtout en sachant pourquoi elle était dans cet état.
Tout s'était enchaîné à une telle allure que Mercredi n'avait pas eu le temps de vraiment réfléchir à ce qui s'était passé ce soir. Elle s'était focalisée sur l'essentiel : empêcher Laurel Gates, si obnubilée par sa vengeance que c'en était ennuyeux, et Joseph Crackstone, récemment revenu d'entre les morts, de détruire Nevermore – une tâche que Bianca, Eugène et elle avaient brillamment remplie.
Mais une petite partie de son esprit n'avait cessé de penser à Enid. Enid qui était apparue sous sa forme de lycanthrope pour affronter le Hyde.
Mercredi avait eu un aperçu de leur combat avant de s'enfuir vers Nevermore et n'avait pu s'empêcher de ressentir ce qui se rapprochait le plus à de l'inquiétude pour Enid. Car, aussi forte paraissait-elle alors en tant que loup-garou nouvellement transformé, Enid n'en restait pas moins inexpérimentée et en position de faiblesse face à Tyler qui maîtrisait bien plus le Hyde en lui, comme en attestaient ses nombreuses victimes, tuées et démembrées sans la moindre pitié.
Quand il était déjà trop tard pour faire demi-tour, Mercredi n'avait pu qu'espérer de tout son cœur – ce qu'elle ne pensait pas possible car les sentiments lui semblaient être une chose ridicule et inutile – qu'Enid ne vienne pas s'ajouter à la liste des victimes de Tyler, que sa colocataire s'en sorte vivante, revienne saine et sauve.
Si quelqu'un lui demandait pourquoi elle se souciait tant d'Enid, elle protesterait contre l'emploie de ce terme – très exagéré selon elle – et prétendait s'en préoccuper uniquement parce que l'idée d'obtenir un autre colocataire lui déplaisait, parce qu'elle s'était enfin habituée à Enid et son caractère exubérant fatiguant et devoir subir un changement de ce côté là serait irritant.
Parce que cela provoquerait encore plus de questions et qu'elle-même ne comprenait pas ce qui lui arrivait, Mercredi passerait sous silence la myriade d'émotions qui la traversa à la vue d'Enid, vivante et presque indemne. Elle n'évoquerait pas ce qu'elle ressentit quand Enid se pressa contre elle, l'enlaça sans autorisation et laissa échapper un son étranglé à mi-chemin entre un sanglot et un rire.
Elle ne devrait pas savoir ce que ressentait Enid à ce moment là. Cette fille pétillante était son exact contraire et Mercredi avait tôt fait de renoncer à la comprendre.
Sauf que Mercredi le comprit cette fois-ci car elle ressentit exactement la même chose à son égard. Un état d'âme troublant – que les gens appelaient du soulagement, lui semblait-il – qui envahit son être et la libéra d'un poids, d'une tension dont elle n'avait même pas conscience.
Elle pesta en silence contre ça. Car si elle se sentait soulagée, c'est qu'elle avait eu peur pour Enid et cela lui rappelait bien trop ses parents et cette chose odieuse et dégoûtante qu'ils appelaient l'amour.
Elle réalisa avec dépit qu'elle s'était condamnée toute seule à ressentir cette affection illogique envers Enid mais elle ne trouva pas en elle la force de s'en agacer, bien au contraire. Enid était tout ce qui l'intéressait pour l'instant – elle se préoccuperait plus tard des sentiments compliqués qui accompagnaient cela.
Mercredi se concentra donc sur elle, cherchant un moyen simple et efficace d'exprimer sa satisfaction et son soulagement de la revoir saine et sauve et se décida à le montrer d'un geste jamais fait auparavant.
Elle rendit la pareille à Enid en la serrant dans ses bras à son tour et ferma les yeux, savourant de la sentir blottie contre elle, si proche qu'elle pouvait entendre ses battement de cœur, une mélodie plus agréable que toutes les symphonies de son violoncelle et tous les cris de panique entendus lorsque la statue de Joseph Crackstone avait brûlé.
