Disclaimer : L'univers de Star Trek n'est pas ma propriété, et je ne profite pas financièrement de cette histoire.

Relation : Spock/Léonard H. "Bones" McCoy

Rated : K+

Note : Salut salut ! Je reviens sur Star Trek avec une nouvelle spones ! C'est du AOS, mais Vulcain n'a pas été détruite, parce que :) (Du coup si vous voulez l'imaginer en TOS je suppose que ça marche aussi, juste quand j'ai écrit je pensais à la façon qu'ils ont de se comporter dans l'univers d'AOS !)

Enjoy :)

. . .


- Sous les étoiles -

La planète était très semblable à la Terre. En taille, en masse. Léonard aurait préféré se trouver sur le vaisseau. Dans ses quartiers. C'était pourtant une soirée agréable, le temps était doux, les hôtes étaient accueillants, leur mission diplomatique avait été un franc succès. Appuyé à la rambarde de la terrasse surélevée, il regardait la ville s'étaler dans l'obscurité devant lui. Il y avait quelques lumières, dans quelques bâtiments, mais très peu. Pas d'éclairage public, pas d'enseignes lumineuses. Ce n'était pourtant pas la technologie qui leur manquait.

Il porta sa cigarette à ses lèvres, en prit une bouffée.

Derrière lui, la lumière ne manquait pas. La musique, non plus. Un paquet de personnalités, quelques grands ambassadeurs, une poignée de gradés de la Flotte. Léonard leva les yeux vers le ciel rempli d'étoiles. Il se demandait bien quelle allure il aurait, lorsque la station interstellaire serait construite dans son orbite.

-Est-ce que je peux m'enquérir de la nature de ce que vous inhalez, Docteur ?

Léonard jeta un œil par-dessus son épaule. Spock, bien sûr, dans son uniforme diplomatique, les mains jointes dans son dos.

-Une des herbes de Sumara II ? demandait-il. Ou bien de la violette d'Isador ?

Léonard se retourna vers la ville plongée dans le noir. Il n'y avait bien que Spock sur l'Entreprise pour supposer qu'il pouvait vouloir fumer l'une ou l'autre.

-C'est du bon vieux tabac terrien, Spock.

Une bonne vieille blonde, bourrée de bonne vieille nicotine et de bon vieux goudron.

-Cette substance n'est-elle pas hautement régulée sur votre planète depuis près d'un siècle ?

-Vous allez me dénoncer ? rétorqua-t-il, un brin sarcastique.

Il s'attendait presque à un oui franc et catégorique, mais non, Spock n'était pas comme ça. Enfin… Spock n'était plus comme ça. Avec lui, tout du moins. Et puis, régulée ne voulait pas dire interdite, et Léonard n'avait pas eu son tabac illégalement. Peut-être qu'il ne l'avait pas eu par des voies très usuelles, mais… Enfin. Comme le silence perdurait, il jeta de nouveau un œil par-dessus son épaule. Spock avait une expression qui le désarma, légèrement. Il n'aurait pas exactement su dire en quoi.

-Non, lui répondit-il finalement, doucement.

Léonard se sentit d'autant plus mal-à-l'aise. Il se rendait compte, maintenant, qu'il s'était peut-être montré un peu brusque. Ce n'était pas son intention.

-Excusez-moi, Spock, dit-il en se retournant complètement. Je suis un peu sur les nerfs, ce n'est pas contre vous.

Le dos appuyé contre la rambarde, il jeta un œil à l'intérieur, derrière Spock. Le gala battait toujours son plein. Il prit une nouvelle bouffée de sa cigarette, en détournant les yeux vers le reste de la terrasse. Ils n'étaient pas les seuls à profiter de l'air frais sur la plateforme. Quelques lointaines silhouettes en robes, en uniformes, des échos de rires. Il avait conscience du regard de Spock sur lui, et ça le rendait nerveux. Il souffla sa fumée, baissa les yeux en faisait tomber un peu de cendre sur le sol marbré.

-En plus, qui fume des herbes de Sumara de toute façon ? rit-il – mais ça sonna un peu forcé à ses oreilles.

-Toute personne d'état anxieux avec une prescription médicale, certainement.

-Vous dîtes que j'ai l'air anxieux, Mr. Spock ? sourit-il en relevant les yeux vers lui, moqueur.

Mais Spock pencha très légèrement la tête sur le côté, comme surpris qu'il pose même la question.

-Oui, dit-il.

Et Léonard grimaça. Certes. Sans doute que les traits fatigués, les cernes sous les yeux et le poste de médecin en chef à bord d'un vaisseau dont la mission principale de l'équipage était de se jeter dans le danger n'aidaient pas à avoir un air calme et détendu.

-Vous n'avez pas des gens importants à rencontrer à l'intérieur ? tenta-t-il, en détournant les yeux.

-J'ai d'ores et déjà été présenté à nombre de personnalités officielles, répondit Spock, et ma présence n'est plus requise à cet instant.

Léonard faisait de nouveau tomber de la cendre de sa cigarette et, même si presque rien ne tomba, il poussa du pied les traces grisâtres pour les faire tomber du balcon

-Eh bien. Je suis sûr que vous manquez à Jim.

-Le Capitaine est en conversation avec une ambassadrice d'Endévas et ne requiert en aucun cas mon assistance.

-Vous avez réponse à tout, hein, fit-il remarquer en relevant les yeux vers les lointaines silhouettes et leurs lointaines conversations.

Il ne pouvait rien entendre que de vagues sons, et encore il n'était pas sûr qu'il aurait compris un mot s'il s'était trouvé plus près. Tout le monde ici ce soir parlait le commun en cas de besoin, et Léonard ne portait pas son traducteur universel. Il était presque sûr que ces gens sur la terrasse étaient tous natifs de cette planète. C'était la queue, qui les trahissait. Il vit du coin de l'œil que Spock regarda dans la même direction, un instant. Et puis de nouveau, il le regarda lui.

-Si je peux me permettre de poser la question, ma présence sur ce balcon vous dérange-t-elle ? demanda-t-il.

C'était vraiment l'impression qu'il donnait, hein. Léonard prit une grande inspiration, avant de soupirer ouvertement. Il ne savait pas exactement pourquoi il se comportait comme ça.

-Non, j'imagine, dit-il.

Il avait cherché à être seul, vrai, mais il ne pouvait pas dire qu'il aurait souhaité que Spock reparte. Il n'était pas sûr de savoir comment l'expliquer.

-Je me disais sans doute que vous aviez mieux à faire ailleurs. Quelqu'un de plus important à voir.

Il n'était pas exactement de la meilleure compagnie, à cet instant très précis. Il se retourna vers lui, prenant le soin d'un petit sourire pour alléger ses paroles. Le regard de Spock était… indescriptible. Et pourtant il se débrouillait de mieux à mieux dans ce domaine. La lecture des expressions de Spock. Il avait le discret pli de la confusion, mais ce n'était pas exactement ça. Peut-être de l'inquiétude ? Mais ce n'était pas tout à fait ça, non plus.

-Vous êtes mon ami, Docteur, dit-il, et je suspecte que vous soyez dans un état anxieux. De fait, l'importance d'être à vos côtés est supérieure à celle d'entretenir des rapports politiques sans conséquences immédiates.

Il disait ça comme si ça allait de soi. Comme si c'était évident. Comme si Léonard aurait dû le savoir. Il ressentait… quelque chose, dans son poumon. Et sa gorge lui sembla serrée, un instant. Il baissa les yeux, malgré lui – il aurait voulu éviter, mais ce fut plus fort que lui.

-Vous savez trouver les mots, vous, souffla-t-il.

Il aurait voulu que ça sonne sarcastique, mais ça manqua un brin de venin. Manquer de venin, ça ne lui arrivait pas souvent.

-Seriez-vous enclin à me parler de ce qui vous rend anxieux ?

-Je suis pas anxieux, Spock, soupira-t-il. Je suis… je ne sais pas. Mélancolique, j'imagine. Je me sens juste…

Il chercha le terme juste, un instant, mais abandonna finalement. Ça ne valait vraiment pas la peine de s'y arrêter.

-Ça fait des années que j'avais pas fumé de tabac, dit-il à la place. Ça ne me fait pas l'effet de mes souvenirs. Voyez, elle se consume plus qu'autre chose.

Il sortit de sa ceinture un petit cendrier portatif et y écrasa le reste de sa cigarette. Il la laissa à l'intérieur et le referma, avant de le ranger. Il se retourna vers la ville, s'appuya de nouveau de front à la rambarde. Spock marcha jusqu'à son côté, doucement. Pour être tout à fait honnête, il était plutôt content qu'il soit sorti pour être là, avec lui.

-Est-ce qu'un événement particulier a été le déclencheur de vos émotions négatives ?

Il avait cette façon de dire les choses. Léonard n'aurait pas été jusqu'à dire qu'il était en proie à des « émotions négatives ». Enfin il avait des émotions. Et il se trouvait qu'à cet instant elles n'étaient pas exactement positives. Un événement particulier… eh bien, à vrai dire, oui.

-Vous savez que j'ai un enfant, Spock ? demanda-t-il.

Il ne savait pas vraiment pourquoi il posait la question, puisque Spock n'avait aucune façon de le savoir. Enfin, à moins d'avoir lu son dossier.

-Une fille.

Ceci dit, il l'avait peut-être lu. Après tout, il était Commandant en Second.

-Quand Joycelyn a su qu'elle était enceinte, c'était déjà plus exactement la joie entre nous. On a essayé quand même, pour le bébé.

Ce n'était pas la meilleure décision qu'ils avaient jamais prise.

-Résultat, divorce quand Joanna a eu deux ans, Joyce a gagné que je quitte la planète, et maintenant ma fille a…

Il sortit de sa ceinture une petite montrer numérique qui portait l'heure terrienne, aussi désuète pouvait-elle être à l'autre bout de la galaxie – distorsion de l'espace et du temps et tout le reste. Tout de même, elle annonçait 0h04.

-Sept ans, finit-il.

C'était ridicule. Cette date ne voulait rien dire, ici. Ni cette heure non plus. Fichu espace interdimensionel. De toute façon, ça n'avait pas d'importance. Il rangea la montre, les yeux sur la ville.

-Elle ne doit même pas savoir que j'existe.

Une petite fille, à des billions et des billions de kilomètres de là. Sa petite fille, et elle ne l'avait pas vu depuis presque cinq ans. Trois ans à l'Académie, deux ans dans l'espace. C'était plus de la moitié de sa vie. Il voulait savoir comment il se sentait ? Il allait le lui dire.

-Vous savez ce que c'est, Spock, la solitude ?

Il hésita à regarder dans sa direction, mais n'en fit rien. A la place, il baissa les yeux – maintenant que ces mots étaient sortis de sa bouche, il se rendait compte de leur ironie. Bien sûr qu'il devait savoir. Il était le seul hybride Vulcain-Humain sur l'Entreprise. Peut-être même le seul hybride Vulcain-Humain de la galaxie. Mais enfin Spock était… il n'était pas… Quand bien même Léonard insistait souvent qu'il devait bien ressentir quelque chose, là-dessous, il ne pouvait pas ignorer le fait que les choses devaient être différentes, pour lui.

-Cinq ans dans l'espace… marmonna-t-il. Je ne sais pas pourquoi j'ai accepté.

-Il y a quatre-cents hommes d'équipage sur l'Entreprise, Docteur, et parmi eux certains de vos plus proches amis.

Il ne put réprimer un petit rire amer.

-Vous parlez de Jim ? fit-il. De vous ?

Il jeta un œil dans sa direction et fut surpris de constater que Spock eut l'air de se… fermer, un instant. Il s'en sentit extrêmement mal, extrêmement vite. Ce n'était pas son intention de le blesser.

-Pardon, Spock, je ne voulais pas dire… Bien sûr que vous êtes mes amis. Evidemment.

Spock ne le regardait pas, ce qui était plutôt alarmant. Il paraissait songeur. Comme s'il pesait ses mots. Quand il parla, ce fut prudemment. Léonard remarqua surtout la façon dont il évitait son regard.

-Je ne voulais pas avoir l'air de minimiser la perte de votre relation avec votre fille unique, Docteur.

-Je sais bien, dit-il doucement. Je sais bien.

Il avança la main pour toucher son bras, mais se retint finalement. Spock n'était pas du genre tactile. Il joignit ses mains, les bras sur la rambarde, pour les occuper et les garder là. Spock et lui… c'était étrange. Ils étaient amis, bien sûr qu'ils étaient amis. Léonard n'était pas sûr de savoir quand c'était arrivé, exactement. Il n'avait pas voulu insinuer qu'il était seul sur l'Entreprise. Être seul et se sentir seul, c'était deux choses bien différentes. La solitude se fichait bien de connaître le nombre d'amis que vous aviez. Il voyait bien, du coin de l'œil, que Spock s'était à demi-tourné vers lui, qu'il semblait réfléchir, hésiter.

-Je sais que pour les humains le… contact physique…

Léonard releva les yeux vers lui. Il semblait légèrement mal-à-l'aise, le regard vers le sol. Léonard étudia son visage, dans la lumière émanant du gala à l'intérieur. Il releva les yeux vers lui et leurs regards se croisèrent. Léonard sentit ses poumons s'emplir de tendresse.

-Est-ce qu'une… accolade vous serait bénéfique, à cet instant ?

-Non, non, c'est bon, sourit-il. Hm, merci, Spock.

Il n'en était pas au point de demander à Spock de se montrer affectueux de cette façon envers lui. Il savait qu'il n'aimait pas toucher les autres, de cette manière là. Léonard n'était pas sûr de comprendre complètement comment fonctionnait la télépathie par le toucher des Vulcains, il savait qu'il y avait des points de contact plus propices que d'autres, mais il ne savait pas ce qu'il se passait pour un Vulcain s'il devait, par exemple, prendre quelqu'un dans ses bras. Il détourna les yeux, gêné, à l'idée que Spock venait vraiment d'offrir de le prendre dans ses bras. Et puis un petit sourire amusé grandit aux coins de ses lèvres. Il osa releva les yeux vers les siens.

-Vous savez Spock, dit-il, vous nous répétez sans arrêt que vous n'avez pas d'émotions, mais vous vous souciez vraiment de nous.

-Bien sûr que je me soucis de vous, Docteur, répondit-il doucement – et son regard le troubla. Vous êtes d'une grande importance, pour moi.

Léonard retint son souffle, un instant, malgré lui. Il parlait de Jim et de lui. Il parlait d'eux deux, comme des amis. Peut-être même de tout l'équipage. Il ne disait pas ça… ce n'était pas comme ça, entre eux. Il voulut ouvrir la bouche pour répondre quelque chose, quelque chose d'intelligent, ou de gentil, mais rien ne vint. Il voulut détourner les yeux, pour s'épargner la gêne de le fixer, mais Spock le fit avant lui.

-Je dois admettre que c'est un raccourci que de dire que les Vulcains ne ressentent pas d'émotions, dit Spock, les yeux sur la ville sous eux. Nous apprenons très jeunes la voie de Surak et l'implémentation de la logique dans notre éducation nous permet de ne pas nous faire dominer par elles.

Léonard ne pouvait pas détourner ses yeux de son profil.

-Et est-ce que ça marche ? s'entendit-il demander. Je- je veux dire, comment ça marche ? se reprit-il, vivement gêné.

Spock se tourna de nouveau vers lui, et Léonard crut percevoir un brin d'amusement qui lui réchauffa le cœur.

-Vous voudriez que je vous apprenne les enseignements de Surak, Docteur ?

Il se sentit sourire en retour.

-Non, vous avez raison, dit-il. Ce serait catastrophique.

-C'est aussi mon avis.

Wow, okay – il haussa les sourcils. Spock eut l'ombre d'un sourire, un très bref instant, si bref qu'il faillit le manquer.

-Ce que je veux dire, c'est que je vous imagine mal sans ces effusions d'émotions qui font qui vous êtes, Léonard.

Un fourmillement familier le prit au ventre. Spock ne l'appelait pas comme ça souvent.

-S'il vous venait l'envie d'apprendre à en maîtriser les éruptions, ceci dit, je me ferais un plaisir de vous initier à l'art de la méditation. Je suis certain que cela pourrait vous être particulièrement bénéfique.

-Mais je resterai l'humain le plus émotif de l'Entreprise ? répondit-il, un brin moqueur.

-Indubitablement, répondit Spock, visiblement amusé.

Léonard ne retint pas un petit sourire. Il était reconnaissant, que Spock fut sorti pour le voir. Il n'avait plus tant envie d'être ailleurs. Il n'avait plus tant envie d'être seul, dans le vaisseau. Il était bien, là, finalement. Spock se détourna le premier et Léonard le regarda, un instant. Son profil net, son air doux. Peut-être qu'il accepterait son offre. Peut-être qu'il se laisserait tenter par la méditation. Ses bienfaits sur la santé étaient reconnus, après tout.

-J'admire parfois votre habileté à ressentir plusieurs émotions intenses en même temps, et ne pas vous y perdre, dit doucement Spock.

Perdu dans son observation, Léonard mit un instant à comprendre le sens de ses paroles. Et puis, il pencha légèrement la tête sur le côté, malgré lui.

-Vous voulez dire que ça ne vous arrive jamais ?

-Parfois, si. Mais je laisse parler ma logique d'abord, et j'analyse mes émotions plus tard, en méditation, après les faits.

Léonard plissa légèrement les yeux.

-Vous les refoulez, c'est ce que vous dîtes ? tenta-t-il.

-Sur le moment, c'est parfois nécessaire, admit Spock avec un léger hochement de la tête. C'est aussi pour ça que la méditation est importante.

-Ah bah oui, j'imagine, répondit-il, sarcastique de nouveau malgré lui.

Spock tourna la tête vers lui.

-Ce n'est pas une occurrence aussi courante que vous pouvez le croire.

Léonard haussa un sourcil sceptique.

-Non ?

-Non, répondit Spock – et il eut un très léger sourire en coin.

Léonard sourit en retour.

-Bien. Vous me rassurez.

Ils étaient rares, les sourires de Spock. Vraiment très, très rares. Il avait souvent l'air amusé, ou satisfait, mais de vrais sourires… C'était toujours exceptionnel. Et toujours très bref. Mais même si son sourire avait disparu, il avait toujours cette… douceur, sur son visage. Dans ses yeux. Spock avait de très beaux yeux bruns. Spock était très beau. Léonard se rendit compte qu'ils se regardaient toujours et se sentit soudain extrêmement gêné – à la fois d'être pris à le regarder et de se rendre compte que Spock le regardait en retour. Il détourna les yeux vers la ville sombre, puis les leva vers le ciel.

Il sentait que son visage était chaud d'embarras. Il espérait que la lumière de l'intérieur ne le trahissait pas.

Il essaya d'imaginer la future station, en orbite. Il ne connaissait pas les détails de sa future conception, mais il savait qu'elle serait grande, assez grande pour servir à la fois d'étape pour les vaisseaux de passage et de voie de transfert pour les biens de la planète. Il avait entendu dire, également, qu'elle accueillerait des familles pour des agents en postes longs. Dans ces cas-là la fédération construisait de vraies villes, avec des parcs artificiels, de quoi se divertir. Ce n'était pas insensé de penser qu'elle serait visible du sol, la nuit. Sans doute un peu plus grosse qu'une étoile.

-Est-ce que vous connaissez les constellations de cette planète, Spock ?

-Non. J'en connais les principales étoiles voisines.

Les constellations étaient rarement notées dans les dossiers des planètes. Léonard trouvait ça bien dommage. Toutes les civilisations de la galaxie n'avaient peut-être pas donné de noms à leurs groupes d'étoiles les plus visibles, mais lorsque c'était le cas il était d'avis qu'elle devraient être mentionnées. Cela faisait partir de la culture locale, du folklore, même, parfois. Et puis, il en aimait la poésie.

-Les constellations de la Terre me manquent, parfois, dit-il doucement. Cassiopée. La Petite Ourse.

Peut-être qu'il était mélancolique, finalement. Qu'il avait le mal du pays. Parfois il avait du mal à réaliser que Joyce avait réussi à l'exiler de la Terre. De la Terre entière. Durant ses trois années passées à Starfleet, il l'avait même presque entièrement oublié. San Francisco, ce n'était pas exactement l'espace extra-atmosphérique. Maintenant que ça faisait presque deux ans qu'il se faisait balloter à bord de l'Entreprise, c'était plus dur de faire abstraction. Il se retourna vers Spock.

-Le ciel de Vulcain ne vous manque jamais ?

Spock eut l'air de prendre le temps d'y penser. Ou peut-être qu'il hésitait à être sincère, pour ce que Léonard en savait. Il n'aurait pas dû poser la question. C'était trop personnel.

-Parfois.

Et puis Spock eut l'air de prendre une brève inspiration, et tourna de nouveau la tête vers lui.

-J'aimerais vous y emmener, un jour.

-Pardon ? fit-il, pris de court.

-Voir le ciel de Vulcain, précisa Spock.

Une vague de chaleur le prit au cœur.

-Parfois j'aimerais…

Mais Spock s'interrompit, baissa le regard, comme s'il pesait le pour, le contre. Le cœur de Léonard battait à mille à l'heure. Quoi ? Qu'aurait-il aimé, parfois ?

-Gentlemen !

Ils se retournèrent tous les deux vers la salle de réception. Jim avait le plus grand des sourires, et une flute de champagne dans la main. Enfin, Léonard doutait que ce fût du champagne. Et puis, il avait le cœur battant trop ridiculement vite pour s'en soucier.

-Je me demandais où vous étiez passés. L'Amiral va faire un petit discours, si vous voulez bien vous joindre à nous.

Il leur fit un petit clin d'œil avant de retourner à l'intérieur et Léonard déglutit avec un brin de difficulté, mais pas à cause de ça. Il releva les yeux vers Spock, qui regardait toujours vers la salle de réception, les mains derrière le dos. Il se passa… une seconde. Peut-être deux. Léonard ressentit un pic d'adrénaline au moment où Spock fit son premier pas vers l'intérieur, et il lui saisit le bras pour l'arrêter.

-Attendez.

Spock se retourna vers lui et Léonard le lâcha, maladroit. Maintenant qu'ils étaient de nouveau face à face, et même dans la faible lumière de fête, il se sentit bêtement gauche.

-Si jamais…

Il chercha ses mots – il voulait être rapide, mais aussi précis, mais aussi le seul fait de faire cette supposition à voix haute le terrifiait.

-Si ce que vous vouliez dire…

Il s'humidifia les lèvres, brièvement, prit une discrète inspiration.

-J'aimerais vous emmener sur Terre, moi aussi. En Géorgie. Vous faire voir ses étoiles.

Quelque chose changea dans le regard de Spock, il ne fut pas sûr de savoir quoi – et l'écho de ses mots revinrent à ses propres oreilles. Son malaise le reprit, comme une subtile appréhension.

-Je veux dire, tenta-t-il de se reprendre, je sais que vous connaissez la Terre et- et je sais que vous en connaissez déjà les étoiles-

-Docteur.

Spock prit sa main dans la sienne, et le souffle de Léonard se coupa un instant – il baissa les yeux vers elles, les releva aussitôt. Son cœur battait bien trop vite. Bien trop vite.

-Léonard.

Ah merde. Ça c'était une émotion. Il n'aurait pas su dire laquelle, mais il la ressentit très vivement, ainsi qu'une chaleur qui lui prit à la fois le ventre et le visage. Spock fit le pas qui les séparait, et cette chaleur redoubla d'intensité. Il crut qu'il allait l'embrasser. Ses yeux s'écarquillèrent quand il le fit – quand il se pencha sur lui et qu'il posa doucement ses lèvres sur les siennes. Bordel de Dieu. Léonard ferma les yeux. Il soupira sous la caresse, et c'était comme s'il fondait de douceur.

Ils se séparèrent et quand Léonard ouvrit les yeux, il vit que Spock les avait fermés lui aussi, et qu'il les ouvrait doucement à son tour.

Le sourire de Léonard s'étira tandis que Spock se redressait, et replaçait ses mains dans son dos. Il était… magnifique. Et il avait déjà hâte de l'embrasser de nouveau.

-Ne ratons pas le discours de l'Amiral, dit doucement Spock.

Et il y avait une douceur infinie dans le ton de sa voix. Léonard le regarda se détourner, marcher vers la grande salle richement éclairée. Avant de le suivre, il se retourna vers le balcon, juste un instant. La ville, au loin, était toujours plongée dans le noir. Il leva les yeux vers les étoiles. Puis eut un petit sourire.

Il avait bien fait de descendre, finalement. C'était une nuit pleine de surprises.

Fin


Voilà ! Alors, ça vous a plu ? :D

J'ai hâte de savoir ce que vous en aurez pensé !

A bientôt ~
Chip.