Narcissa Malefoy regardait le petit être qui dormait à poings fermés dans ses langes, tout contre elle. À la lumière des chandelles de sa table de chevet, elle discernait son petit nez pointu, sa belle bouche en cœur, le fin duvet blond qui recouvrait son crâne.

La toute nouvelle mère sentit les larmes lui monter aux yeux. Il était parfait, en tout point. Le petit Drago eut une respiration plus bruyante que les autres, sembla sur le point de se réveiller, puis replongea dans le sommeil.

Tout était calme dans la grande chambre. Un feu craquait dans la cheminée, les rideaux étaient tirés sur les grandes fenêtres, les tentures noires repoussées le long du lit. Narcissa aurait voulu que l'instant reste à jamais suspendu. Elle se sentait complète, en phase avec l'univers, bercé par l'inspiration et l'expiration du bébé.

Elle avisa sa baguette, posée sur son support non loin. Peut-être devrait-elle vraiment sceller cette porte et ils pourraient rester ainsi, Drago et elle, protégés du monde.

— Je ne laisserai rien t'arriver, chuchota-t-elle avant de déposer un baiser dans le petit cou.

En cet instant béni, cet enfant n'avait aucune idée de son rang, du passé de ses parents, il n'avait pas à supporter leurs choix, leurs opinions.

Narcissa se tourna sur le dos et laissa son corps s'appesantir contre son oreiller de plumes. Elle s'était demandée pendant sa grossesse si Bella lui manquerait au moment de donner la vie, si elle aurait aimé l'avoir près d'elle. Mais non, ça n'était pas à cette sœur qu'elle pensait en cet instant. Bellatrix n'aurait pu comprendre son ressenti. Elle ne verrait en Drago qu'un pion sur l'échiquier des sangs purs. Un maillon de la chaîne qui allongeait le pouvoir de leur lignée.

Non, Narcissa pensait à Andromeda. Elle savait qu'elle avait eu une fille, dont elle n'avait pas été fichue de retenir le nom. Les larmes affluèrent de nouveau. La naissance de son enfant rappelait à elle des sentiments longtemps enfouis. Elle se sentait terriblement seule et perdue. Lucius ne saurait pas écouter et d'ailleurs, jamais elle n'oserait lui en parler. Mais Andromeda, elle en était convaincue, aurait compris. Elle aurait tenu sa main pendant l'accouchement, elle ne l'aurait pas abandonné avec une sorcière inconnue à moitié aveugle.

— Babelia Highborn, s'était vanté Lucius en bombant le torse. Elle n'accouche que des sangs purs.

Oui, mais Babelia n'avait montré aucune compassion ni douceur à son égard. Elle n'avait nullement soulagé ses douleurs, n'avait prodigué aucune parole réconfortante, et Lucius était resté au salon, comme si ce moment ne regardait que sa femme. Narcissa se demandait même s'il n'avait pas eu peur de la voir nue. Il se montrait si chaste…

Le feu continuait de ronfler dans la cheminée et Narcissa ferma les yeux. Elle entendit la porte s'ouvrir et espéra que son mari fuirait en la voyant endormie, mais le son de petits pas sur le parquet lui indiquait la présence de leur elfe de maison.

La sorcière rouvrit les yeux. Le petit elfe regardait le bébé, la bouche légèrement ouverte en une attitude attendrie. Surprenant le regard de sa maîtresse sur lui, il s'empressa d'incliner la tête et pépia de sa voix aiguë :

— Le maître m'envoie demander si madame Narcissa a besoin de quelque chose.

Il n'avait même pas le courage de venir la voir, de peur de devoir s'occuper du nouveau-né sans doute.

La sorcière ne se donna pas la peine de répondre et referma les yeux, abrutie de fatigue. Drago se mit à chouiner dans ses couvertures.

— Dobby doit-il aller chercher du lait pour le jeune maître ? demanda l'elfe, qui était resté planté sur place.

Narcissa le dévisagea, incrédule.

— Non, Dobby, je vais nourrir mon fils moi-même.

L'elfe attrapa ses oreilles et les tira avec véhémence.

— Eh bien quoi ? s'énerva la sorcière alors que le bébé pleurait de plus en plus fort.

— Le maître… couina l'elfe, le maître a dit à Dobby que Madame Narcissa ne devait pas nourrir le bébé de cette façon, que c'était indigne d'elle et de son rang.

Il s'inclina si bas que son nez rencontra le parquet. Narcissa resta interdite. Indigne d'elle et de son rang ? De nourrir son fils de la manière la plus naturelle qui soit ? Elle ne comprenait pas.

— Le maître a dit que si le jeune maître avait faim, Dobby devait demander à la nourrice.

Narcissa se redressa dans le froissement de sa chemise de nuit. Déjà, le vêtement s'imprègnait du liquide que ses seins gonflés et douloureux ne pouvaient plus retenir. Dobby parût tétanisé de la regarder dans un tel moment d'intimité et il se gifla avant de se forcer à fixer ses orteils. Drago continuait de pousser des cris de chaton affamé.

— La nourrice ? demanda Narcissa, confuse. Nous n'avons jamais parlé d'une nourrice.

— Elle vient d'arriver, Madame, pour s'occuper du jeune maître. Elle est de sang mêlé, a dit le maître, mais elle a reçu une très bonne éducation. Le maître a dit qu'elle a suivi une formation et qu'elle connaît beaucoup de sortilèges pour soigner les bébés et en prendre soin.

Narcissa berçait maintenant son fils dans ses bras et elle resserra son étreinte autour de la couverture. Le petit visage de Drago était rendu rouge de contrariété et il tendait par intermittence ses petits poings pour accentuer l'effet dramatique.

La sorcière entendit un bruit derrière la porte de la chambre et, la voyant entrouverte, devina que son mari écoutait à la porte. Dans un mouvement de colère, elle défit le nœud de sa chemise et libéra l'un de ses seins.

— Narcissa ! entendit-elle gronder derrière la porte.

Mais peu lui importait, il avait brisé son instant de bonheur, sa bulle de perfection. Elle aida Drago a trouver son mamelon et bientôt l'on entendit les bruits de succion du bébé affamé. La porte de la chambre se referma. Il n'avait même pas eu le courage de l'affronter, un vrai serpent, toujours prêt à repartir se cacher au fond de son trou.

La sorcière se rendit alors compte que des gémissements de douleur étouffés lui parvenaient du bord du lit. L'elfe, qui n'avait su la faire obéir aux règles de son époux, se brûlait les doigts volontairement avec les chandelles.

— Arrête ça, Dobby ! ordonna-t-elle alors qu'une affreuse odeur de chair brûlée envahissait les lieux. Déguerpis ! Et renvoie cette nourrice !

L'elfe trottina jusqu'à la porte et disparut dans le couloir. Les larmes que Narcissa avait retenues jusqu'alors coulèrent sur ses joues pâles. L'une d'elle vint s'écraser sur le visage du poupon, qui s'endormait sur son sein, repu. Elle effaça d'un doigt la perle salée et contempla une nouvelle fois son bébé. Il était parfait, contrairement au reste de sa vie.