Dédicace : pour ShaSei et Crystal, en espérant que vous apprécierez la lecture. Je vous en promets au minimum un second sur ce personnage.
Correctrice : Clina
Personnage : Verseau Camus
Mention de : Bélier Mû, Kiki, Cygne Hyoga, Kraken Isaak, Andromède Shun, Bélier Shion, Vierge Shaka
Ship : aucun
Type d'écrit : introspection, réflexion
Arc temporel : comme pour les autres recueils, quelques années après la fin de la guerre contre Hadès, quand ils sont tous revenus à la vie. Cet OS se passe parallèlement à l'OS n°20 du recueil Fragments d'âmes
Lieu : Sanctuaire
Autre : Il y aura un autre OS sur Camus.
Nombre de mots : 2461
Titre : Réflexion solitaire
Camus observait les temples en contrebas baignés par la lumière du soleil hivernal. Il faisait chaud selon ses critères à lui. Ô ce n'était pas insupportable non plus. Il savait qu'on imaginait qu'il ne supportait pas une température supérieure à zéro degré. Ce n'était qu'un mythe. Il supportait très bien la chaleur, même s'il n'irait pas de lui-même se promener en plein désert saharien. Il n'en ferait pas pour autant un malaise non plus. Bien sûr pour le Verseau, hiver rimait avec neige, vent, glace et feu dans la cheminée. Et même si personne ne trouverait rien à redire s'il faisait un feu dans la partie habitation de son Temple, cela serait purement inutile. Il faisait naturellement assez doux en Grèce. Mais la neige lui manquait. Le calme qu'on ressentait perdu sur la banquise en Sibérie et la solitude qui lui offrait le silence était des trésors à ses yeux. Surtout s'il comparait avec le Sanctuaire, où il était rarement tranquille. Pourtant extérieurement, il n'était pas des plus aimables et sociables. Il gardait son expression neutre et froide tout le temps, surtout en présence des autres Guerriers Sacrés d'Athéna. Même face à sa Déité protectrice, il restait cet homme insensible et illisible extérieurement.
Un fin sourire amusé naquit sur ses lèvres alors que ses yeux bleus observaient l'agitation en contrebas. Qu'il était simple de berner son monde quand on contrôlait ses réactions physiques, ses émotions et ses expressions à la perfection. Personne ne pouvait se vanter de savoir ce qu'il pensait. Enfin peut-être que Mû avec ses dons télépathiques pourrait y arriver s'il ne prenait garde en sa présence. Mais le Bélier n'était pas du genre à fouiller l'esprit des autres. Ni même Shaka qui avait des dons similaires à Mû. Et le Grand Pope préférait sûrement ne pas savoir ce que pouvait bien penser l'élite du Domaine Sacré. Le regard de Camus fut attiré par les mouvements désordonnés de Kiki quelques temples plus bas qui essayait de convaincre son Maître qu'il n'avait probablement rien fait de mal. Le sourire du Verseau s'accentua. Cela lui rappelait quelques souvenirs de sa vie en Sibérie avec ses propres disciples. Qu'il avait parfois été compliqué de rester sérieux et sévère face à leur mine enfantine déconfite pour une petite bêtise. Camus se fit la réflexion qu'il devrait peut-être une fois inviter Mû pour le café ou le thé et discuter de leurs disciples respectifs. Cela serait enrichissant et divertissant. De plus, le Verseau savait qu'il devait aller vers ses frères d'armes un peu plus.
Camus fit demi-tour, et il retourna dans la fraîcheur et le silence de son Temple. L'Armure d'Or du Verseau brillait doucement sur son socle au milieu de la pièce principale. Il prit quelques minutes pour l'observer. C'était étrange de revenir à la vie et de la porter à nouveau. Camus savait le lien étroit entre le porteur et l'armure, ainsi qu'avec leur constellation protectrice. C'était un lien que seul la mort pouvait dissoudre. Et avec étonnement, il constatait qu'il ne s'était pas totalement évaporé malgré ses nombreuses morts. Son Armure lui restait fidèle et attachée. Il approcha lentement et ses doigts caressèrent brièvement le métal légèrement chaud, dont émanait une douce énergie. Il y avait quelque chose de réconfortant à l'avoir près de lui. Elle était une part de son identité et de sa vie. Dans un sens, il lui devait énormément et il en avait conscience. N'avait-elle pas accepté de protéger son disciple et de le soutenir quand il l'avait fallu ? Elle avait réagi avec le même attachement que Camus avait pour Hyoga. Un autre sourire se dessina sur ses lèvres. Celui-ci était un peu ironique et amère.
« Un jour, je trouverais comment te remercier pour tout ce que tu as fait pour moi », murmura-t-il à l'intention de son armure. C'était peut-être stupide de lui parler mais il était persuadé que ce n'était pas en vain. Il devait exister une forme de communication entre elle et lui.
Camus laissa une dernière fois ses doigts frôler le métal doré avant de se détourner pour disparaître dans la partie privée du Temple. Il poussa la porte dissimulée et il entra dans la pièce de vie principale. L'intérieur était à son image : sobre et simple, pourtant chaleureux. C'était une partie de sa personnalité que personne ne soupçonnait, à part peut-être Hyoga et Isaak. Il eut une pensée pour ses deux disciples, espérant que leurs retrouvailles à l'isba se passaient bien en ce moment. S'il n'avait pas demandé à rejoindre le Cygne en Sibérie, c'était pour laisser aux deux plus jeunes l'opportunité de parler et de mettre les choses à plat entre eux. Il avait accordé cette faveur au Kraken quand il lui avait humblement demandé lors de sa dernière visite au Sanctuaire. Camus n'avait aucune raison de refuser à Isaak de renouer sa relation amicale et fraternelle avec Hyoga. Il voulait même bien les pousser un peu au besoin pour les forcer à parler. Peut-être se sentait-il responsable de la situation ? Peut-être son éducation était-elle en cause autant que les faits malheureux qui étaient nés des Guerres Saintes ? Et il comprenait bien sûr que la situation entre les deux plus jeunes n'était pas simple. Elle ne l'avait pas été non plus entre lui et ses disciples non plus.
Camus soupira à cette pensée. De base revenir à la vie n'était pas évident. Reprendre ses fonctions, retrouver son armure et ses frères d'armes n'avaient pas été des plus aisés. Il y avait quelques non-dits, beaucoup de remords et de regrets entre eux. Ils avaient eu besoin de temps pour reconstruire un semblant de lien entre eux tous, de pardonner certaines trahisons aussi. Mais ils se devaient d'être unis pour protéger le Sanctuaire, pour prôner les valeurs de leur Déesse et montrer l'exemple aux autres. Alors ils avaient repris les entraînements collectifs et ils avaient essayé de trouver des moments communs. Et le Verseau s'était plus ou moins plié à ces exigences. Il n'était pas très sociable de nature, mais il ne pouvait pas passer tout son temps enfermé avec ses livres ou seul sur sa banquise. De toute manière, il n'aurait pas vraiment été seul en Sibérie, vu le nombre de mois qui passait Hyoga… Et Isaak venait régulièrement le voir au Sanctuaire. Cela avait été aussi compliqué à gérer au départ. Camus ne savait pas comment gérer les retrouvailles avec ses propres disciples. Il y avait un certain passif entre eux après tout. Et sans surprise cela avait été plus simple avec le Kraken.
Isaak était venu de lui-même parler à son Maître. Camus se souvint de sa mine décidée quand il avait franchi le pas de la porte du Temple du Verseau. Il savait ce qu'il voulait dire et pourquoi il venait. Il n'y avait aucune rancœur chez le Kraken. Peut-être un peu d'hésitation de se présenter dans une Écaille dorée, preuve de son allégeance à Poséidon, lui l'ancien élève d'un Saint d'Or. Mais Camus ne lui avait fait aucun reproche. C'était une chance qu'ils soient tous les deux de nouveau en vie. En ce temps de paix annoncée et durable, le Verseau avait une certaine fierté à savoir que son disciple avait atteint un des plus hauts grades dans l'armée du Sanctuaire marin. Une fois le malaise des retrouvailles passé, la conversation avait été facile. Isaak était certainement celui qui lui ressemblait le plus. Il gérait ses émotions à la perfection, et il présentait la même expression neutre et froide, totalement illisible que Camus. Et il n'y avait pas de réel passif négatif entre eux, rien à pardonner. Le Verseau s'était cependant excusé à demi-mots de ne pas avoir pu le sauver, mais il avait aussi avoué plus ouvertement qu'il était fier de l'homme et du Guerrier qu'Isaak était devenu.
Et une fois cette première conversation compliquée passée, le Kraken était revenu volontiers visiter son Maître. Il était en quelque sorte le diplomate de Poséidon auprès du Sanctuaire d'Athéna, tout comme Kanon l'était. Cela lui permettait de passer du temps avec son ancien Maître. Camus avait accepté de se rendre au Sanctuaire marin pour le visiter. Et c'était avec fierté et une certaine joie qu'Isaak lui avait montré son attaque secrète, celle qu'il avait créée et nommée en honneur de son Maître. Camus avait approuvé la technique, même si le Kraken n'avait plus besoin de son approbation. Mais cela avait fait plaisir à son disciple. Depuis leur relation était plus apaisée. Leur conversation était toujours aussi silencieuse et simple. Et cela leur convenait. Isaak avait bien grandi. Il avait fait ses propres choix. Et il avait prouvé sa valeur au combat et en tant qu'homme. Camus pouvait se dire qu'il avait été un bon Maître et un grand frère adoptif potable. L'admiration sans borne du Kraken pour son Maître n'avait par contre pas disparu avec les années. Le Verseau savait que sous les apparences froides d'Isaak, il y avait un énorme attachement à ses proches et des émotions sûrement parfois tumultueuses. Camus se fit la réflexion qu'il était pareil à son disciple. Non, il n'avait pas supprimé toutes ses émotions et ses attachements. Il avait juste appris à les contrôler et à les dissimuler à tous.
Ce qui n'était pas le cas de Hyoga. Un soupir échappa au Verseau. Il se dirigea vers la cuisine pour se préparer un café rapide et se prendre un biscuit. Il pensait passer un après-midi tranquille à lire. Ensuite il se préparerait un repas léger. Il ne comptait pas faire preuve de sociabilité ce soir. Camus avait envie de rester enfermé avec ses pensées et ses souvenirs. Un besoin d'être seul l'avait étreint ce matin. Et il comptait bien écouter ce besoin de calme et de solitude. Une fois sa tasse de café prête, il retourna dans la pièce de vie principale. Il s'installa dans le sofa et il attrapa de sa main libre le livre qui traînait sur le plaid. Mais il ne l'ouvrit pas. Il pencha la tête en arrière pour observer le plafond de pierre. Ses pensées étaient présentement en Sibérie. Il ne doutait pas que Hyoga et Isaak pouvaient renouer leur amitié d'enfance. Mais il savait à quel point la culpabilité rongeait Hyoga pour ce qu'il avait fait lors des Guerres Saintes. Cela n'avait pas été simple entre eux non plus. Un autre soupir lui échappa. Il ferma les yeux quelques secondes pour savourer le silence de son Temple et la sérénité qui y régnait.
Les pensées de Camus s'attardèrent à nouveau sur le plus jeune de ses disciples. Hyoga avait toujours été à fleur de peau. Il était celui qui peinait le plus à supprimer ses émotions pour être froid et neutre. Bien sûr, il rendait très bien le change quand il avait gagné son armure. Mais côtoyer les quatre autres Bronzes avait semblait-il ravivé son côté émotionnel. Ou du moins le Cygne pouvait paraître froid et neutre, principalement avec les étrangers, mais face à ceux qui lui étaient chers, c'était une autre histoire. Il avait fallu le pousser dans ses derniers retranchements pour qu'il arrive à se surpasser face à lui lors de leur combat. Et le Verseau savait ce que cela avait coûté à Hyoga. Il savait ce qu'il avait brisé en lui pour le pousser à se surpasser et atteindre le maximum de ses compétences. Et même si Camus avait perdu face à Hyoga, et qu'il y avait laissé la vie au passage, il était fier de ce que son disciple avait accompli. Mais cela avait marqué Hyoga aussi durablement que son combat contre Isaak.
Alors renouer avec son disciple avait demandé du temps. C'était à petits pas feutrés, la tête basse et un peu poussé par Andromède pour le coup, que Hyoga avait franchi le pas de son Temple après son retour à la vie. Shun ne s'était pas trop attardé. Il était juste venu pour s'assurer que son meilleur ami irait parler à son Maître, après avoir tergiversé pendant des semaines. Camus s'était vaguement demandé combien de fois le Cygne avait dû mentionner son intention de venir à son ami sans oser le faire pour que son cadet cède et le tire de force ici. Mais de ce qu'il avait observé de loin, l'amitié entre Hyoga et Shun était fusionnelle, et elle semblait fonctionner sur une confiance totale et une certaine complémentarité. Au fond Camus était heureux que Hyoga se soit trouvé des amis fidèles, des frères de cœur. Peut-être que cela l'avait aidé à se pardonner ce qu'il n'avait pas eu d'autres choix que de faire durant les combats. Mais ce jour-là, quand son regard bleu avait croisé celui de son disciple, le Verseau y avait lu beaucoup de culpabilité et de regret. Et il comprenait. Quoi que Camus en dise, il avait créé un lien précieux et privilégié avec ses deux disciples. Peut-être parce qu'ils vivaient loin de tout, isolés en Sibérie. À défaut d'être une figure paternelle pour eux, il avait été le grand frère de leur petit trio.
Après cette première conversation laborieuse et à demi-mots, Hyoga était revenu moins craintif et plus sûr de lui. Il avait peu à peu retrouvé sa fierté naturelle face à son Maître. Mais pas sa froideur. Non ça il l'abandonnait dès qu'il franchissait la porte et qu'il avait la certitude qu'ils n'étaient que deux. Avec patience, Camus avait réussi à amener Hyoga à mettre des mots sur sa culpabilité, à oser en parler. Le Cygne s'était alors excusé. Le Verseau avait accepté les excuses, avant de présenter les siennes. À la grande surprise de Hyoga, Camus avait quémandé son pardon pour la manière rude et violente dont il l'avait amené à déployer tout son potentiel, pour les regrets et le poids de la culpabilité qu'il lui avait imposée par ses choix. Revenu à la vie définitivement, Camus n'avait eu aucun mal à reconnaître ses erreurs et ses échecs, et à faire amende honorable auprès de ses disciples. Alors oui aujourd'hui ses relations avec eux étaient apaisées et plus faciles. Mais il y avait encore un peu de travail avant de retrouver la sérénité et la simplicité d'autrefois. Et le Verseau était conscient que rien ne pourrait redevenir comme autrefois. On ne pouvait pas effacer le passé. On pouvait juste apprendre de ses erreurs et avancer. Et c'était tout ce qu'il souhaitait.
Avec un léger sourire, il se décida à se perdre à nouveau dans sa lecture. Son esprit avait besoin de calme et son cœur de s'apaiser. Il aurait assez vite des nouvelles de ses deux protégés. Et au pire, s'ils étaient trop têtus pour se parler et se comprendre, il leur tirerait les oreilles. Mais il n'accepterait pas que les remords gâchent leur nouvelle vie et leur chance d'avoir une vraie relation fraternelle.
