18 décembre - Deuxième jour sur la route

Memphis, Tennessee

L'hôtel qu'avait trouvé Bella était un peu au sud de Memphis, et je sus dès que nous fûmes à moins de seize kilomètres qu'il était sans aucun doute sur le thème d'Elvis. Elvis était partout et je jetai un coup d'œil à Bella alors que je nous rapprochai. Ses yeux étaient écarquillés, son corps bougeait pour regarder par la vitre et admirer la ville. Je fus surpris. Bella ne m'apparaissait pas comme quelqu'un qui aimait les choses ringardes mais à vrai dire, je ne la connaissais vraiment pas.

Je m'arrêtai à notre hôtel et elle laissa échapper un long soupir. "Waouh !" fit-elle. J'opinai en silence. C'était d'un rose criard à l'extérieur, avec une statue massive d'Elvis devant l'entrée. Nous nous garâmes et Bella sortit, frissonnante alors qu'elle ouvrait la porte arrière. Elle attrapa son manteau, l'enroulant autour d'elle pendant que je prenais le mien. Elle attrapa son sac et me regarda. "Nous avons besoin de t'acheter des vêtements," dit-elle en secouant la tête. J'hochai la tête. J'y avais pensé aussi.

Elle se tourna et se dirigea vers l'hôtel. Je verrouillai la voiture et lui emboîtai le pas.

L'intérieur de l'hôtel était pire que l'extérieur. Tout était rose vif et Elvis était partout. C'était comme un sanctuaire pour lui, avec des affiches, des statues et des images et même du papier peint avec le visage d'Elvis. Je jetai un coup d'œil à Bella qui pénétra dans la pièce, un large sourire sur le visage. Je secouai la tête, déconcerté par son expression. Je me dirigeai vers la réception où une femme potelée aux cheveux noirs coiffés portait un uniforme rose vif. Son porte-nom avait même un petit visage d'Elvis dessus.

"Eh bien, bonjour. Comment puis-je vous aider ce soir ?" Sa voix avait un léger accent ou peut-être était-ce un accent traînant. Je ne savais jamais.

Bella lui sourit. "Nous avons une réservation. J'ai appelé il y a environ une heure."

La femme, dont le badge disait Shelly, s'éclaira. "C'est vrai, vous devez être…" elle s'arrêta, regardant un bloc-notes devant elle. "... Bella, n'est-ce pas ma chère ?" Bella hocha la tête et Shelly sourit.

"Eh bien, vous deux feriez mieux de remercier votre bonne étoile. Vous savez que nous étions complets pour le Nouvel An, nous avions un couple, deux petites choses adorables mais ils ont dû interrompre leurs vacances un jour plus tôt. Le pauvre mari a eu une intoxication alimentaire ou quelque chose…" elle s'arrêta, en tapant, nous regardant avec de grands yeux. "Ne vous inquiétez pas, ce n'était pas notre restaurant et nous avons nettoyé la chambre, elle est comme un sous neuf."

Bella lui sourit. "Je suis sûre que tout ira bien," dit-elle doucement. Shelly lui adressa un sourire rayonnant et je fronçai les sourcils. Je voulais en savoir plus sur cette intoxication alimentaire.

"Malheureusement, nous n'avons que les deux queen libres mais bon, les lits sont sur roulettes si vous et votre mari voulez les rapprocher…" dit Shelly en faisant un clin d'œil conspirateur à Bella qui ouvrit la bouche, susceptible de protester mais Shelly ne s'arrêta pas pour l'écouter.

"Nous avons un charmant restaurant en bas si vous avez faim. Il est ouvert encore une heure environ mais je leur ferai garder des grillades si vous vous décidez à venir y manger. Vous allez adorer la nourriture. Nous avons un magnifique plateau en forme d'Elvis, et chérie, je veux dire en forme…" elle fit à nouveau un clin d'œil à Bella qui s'étouffa de rire.

"Le petit-déjeuner est servi au restaurant à partir de 6 heures, mais comme vous êtes arrivés si tard, je ne vous reprocherai pas de dormir un peu plus." Elle me lança un regard puis fit à nouveau un clin d'œil à Bella. Combien de fois une personne pouvait-elle faire un clin d'œil dans une putain de conversation ?

"Alors, restez-vous dans la région plus longtemps ? Parce que j'ai toute une liste d'attractions si vous le souhaitez. Je sais que parfois il peut être un peu difficile de faire en sorte que vous soyez sûr de visiter tous les grands sites quand vous voyagez."

Seigneur, cette femme ne respirait-elle jamais ? Elle n'arrêtait pas de parler et de parler. Bella hochait la tête, comme si chaque putain de chose qui sortait de la bouche de la femme avait un sens.

"En fait, nous partons demain matin," dit Bella, sans me regarder. Shelly se dégonfla.

"Oh, c'est dommage. D'où vous venez, de toute façon?"

Bella lui sourit. "Nous arrivons de New York."

Shelly se pencha en arrière et s'éventa. "Olala, c'en est un trajet en voiture ! J'espère que vous êtes presque à la maison, je ne voudrais pas que vous continuiez à conduire par tout ce temps." Elle secoua la tête. Ici le temps était beau quand nous étions arrivés. La glace et la neige s'étaient dissipées il y a quelque temps, et même s'il faisait froid, c'était facile à tolérer. Bella se contenta de lui sourire. Finalement, Shelly glissa deux petites clés en plastique. "D'accord, chérie', voici vos clés. Vous allez descendre pour le dîner ? Je vais demander à Ray de garder le gril allumé", elle se levait déjà pour aller crier après le cuisinier. Bella prit les clés et hocha la tête.

"Oui, merci. Nous revenons tout de suite, alors ça ne dérangera pas trop Ray."

Shelly éclata de rire. "Oh chérie, je vis pour déranger cet homme. Vous deux, prenez votre temps. Ray sera prêt quand vous le serez."

Bella hocha la tête et sourit, se tournant vers moi. Je devais avoir l'air aussi ennuyé que je me sentais parce que Bella eut un sourire narquois, nous faisant signe vers les ascenseurs. Elle appuya sur le bouton et heureusement, les portes s'ouvrirent immédiatement. Nous montâmes et Bella appuya sur le sixième étage. Lorsque les portes se refermèrent, je poussai un long soupir. "Mon Dieu," gémis-je. Bella sourit. "Je ne pourrais jamais vivre dans le sud. Les gens ne se taisent jamais ici."

Bella haussa les épaules. "Ça ne me dérange pas."

Je la regardai avec scepticisme. "Cela ne t'a pas épuisé ?" demandai-je. Bella gloussa.

"D'accord, bien sûr, elle a un peu exagéré mais honnêtement ? Il y a tellement de gens dans ce monde qui ne veulent pas reconnaître qu'ils partagent la planète avec 7 milliards d'autres personnes. Quel mal y a-t-il à prendre le temps de discuter avec quelqu'un et établir une connexion humaine ?"

Je bougeai mal à l'aise pendant qu'elle parlait. Je ne savais pas si elle s'adressait à moi ou si elle pensait vraiment tout ça.

Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent et nous sortîmes dans le hall. Plus d'Elvis ici. Je frissonnai en pensant à quoi aller ressemblert la chambre.

Bella nous conduisit dans le couloir et s'arrêta devant la porte. Elle mit la clé et ouvrit lorsque la serrure devint verte. L'intérieur de la chambre n'était pas aussi mauvais que ce à quoi je m'attendais. Le papier peint était d'un jaune délavé qui semblait provenir des années 50 mais les sols semblaient assez propres. Les lits étaient faits de draps blancs, et bien qu'il y ait un poster d'Elvis sur le mur, ce n'était pas aussi mauvais que le hall. Bella posa son sac sur un lit et j'enlevai mon manteau, le suspendant dans le petit placard. Bella se tourna vers moi.

"Allons nous descendre pour manger? J'ai toujours envie de grillade."

Je hochai la tête. "Ouais, donne-moi une minute," dis-je en allant aux toilettes. Bella hocha la tête alors que je partis faire pipi. Quand j'eus fini de me laver les mains, je sortis de la salle de bain et Bella y entra. J'attrapai mon téléphone dans la poche de mon manteau, m'asseyant sur le bord du lit de Bella pour vérifier mes e-mails. J'en avais deux du travail et un d'Emmett. Je regardai l'e-mail. Je voulais le supprimer immédiatement mais d'après l'objet, il semblait en fait qu'il s'agissait de travail. Merde.

Je quittai la boîte e-mail, sans ouvrir celui d'Emmett. Je le lirai plus tard, quand je serai seul. Je ne voulais pas que cet enfoiré reçoive une confirmation de lecture de ma part jusqu'à ce que je sois prêt à lui renvoyer un e-mail tout de suite. Je ne lui ferais pas savoir que j'avais hésité.

La porte de la salle de bain s'ouvrit et Bella me regarda. "Prêt ?" demanda-t-elle. Je hochai la tête en empochant mon téléphone.

"Ouais."

Nous quittâmes la chambre et redescendîmes. Pour un hôtel complet, c'était étonnamment calme. Il était presque vingt-deux heures et je m'attendais à ce que l'endroit soit bien plus animé.

On aurait dit que Shelly nous attendait. Elle nous sourit alors que nous sortions de l'ascenseur. "Ray est prêt pour vous. Vous deux, prenez votre temps, vous m'entendez ?" demanda-t-elle, avec un autre putain de clin d'œil. Bella lui sourit alors que nous entrions dans la salle à manger. Cela ressemblait à un resto des années 50, avec tout sur le thème d'Elvis. Elvis jouait sur les haut-parleurs au-dessus de nous, et chaque putain d'Elvis dans la pièce avait reçu un petit chapeau de Père Noël. Bella rit à l'expression de mon visage alors que nous nous asseyions dans l'un des box.

"Est-ce que tu aimes vraiment Elvis?" demandai-je en la regardant tapoter la tête de la petite tête branlante d'Elvis sur notre table. Elle ricana.

"Non. Mon père aime Elvis. Il a toujours voulu venir ici, mais je pense que même pour lui ça serait trop," gloussa-t-elle. Je secouai la tête en souriant un peu.

"C'est trop pour quelqu'un qui est sain d'esprit," murmurai-je. Bella sourit en me regardant. "Peut-être que tu pourras ramener ton père ici un jour, lui montrer quel bon moment il a raté."

Bella se recula dans la banquette, ses yeux s'adoucissant un peu. "Peut-être..."

Je regardai mon menu et soupirai. Chaque plat portait le nom d'une chanson d'Elvis différente. "Putain de merde," soufflai-je. Bella rit.

"On dirait qu'il n'y a pas beaucoup de grillade au menu," dit-elle en fronçant les sourcils. Je montrai la deuxième page.

"Tu peux avoir du Porc Effiloché Fiévreux," je m'arrêtai. "A la réflexion, c'est peut-être ce que ce type a mangé. Mieux vaut éviter ça."

Bella ricana. "Des conseils avisés. Que dois-je éviter d'autre ?"

Je savais qu'elle se moquait de moi mais je secouai la tête. "Tout ce qui contient le mot fièvre," dis-je en regardant le menu. "Putain, évite peut-être aussi des mots comme chagrin d'amour et brûlures d'estomac."

Bella rit en secouant la tête. "Peut-être que je vais prendre le Gros morceau de poitrine de bœuf."

Je souris en relisant la description. En fait, ça sonnait plutôt bien. "Je pense aux côtes Love me Tender", pensai-je. Bella renifla et je la regardai en souriant. A quand remontait la dernière fois que quelqu'un avait ri avec moi ? Putain, c'était quand la dernière fois que j'avais vraiment ri ?

Shelly vint à notre table en poussant un grand soupir. "Je suis désolé vous deux, je n'avais pas réalisé que ma serveuse était en pause dîner. Je vais prendre vos commandes et les passer à Ray." Nous commandâmes notre grillade et Shelly hocha la tête. "Vous avez de la chance que les choses soient lentes ce soir. La nourriture devrait être prête."

"Où est tout le monde?" demanda Bella.

Shelly fit claquer son stylo. "Oh, ils sont tous au festival. C'est en bas de la rue. Nous faisons douze nuits de Noël bleu. C'est terminé pour ce soir mais vous devriez y jeter un coup d'œil demain matin." Elle fit un large sourire à Bella avant de partir passer nos commandes. Maintenant, le calme avait plus de sens.

Bella tourna son attention vers les petites figurines d'Elvis sur la table, leur souriant. "Alors, es-tu fan du King ?" demanda Bella en me regardant.

"Euh hum, il y a quelques chansons que je connais de quand j'étais enfant. Mais je ne pense pas avoir d'albums de lui."

Bella hocha la tête. "Papa avait l'habitude de jouer Elvis dans son pick up. Tous les dimanches, nous allions au restaurant pour le petit-déjeuner et je montais dedans et il y avait une vieille cassette d'Elvis qui jouait." Elle sourit distraitement aux figurines devant elle. "Papa chantait pendant Hound Dog et hurlait pendant que nous conduisions. C'est la seule chanson que je l'ai jamais entendu chanter et je me tordais de rire quand il commençait à hurler."

Je souris, imaginant Bella petite fille riant avec son père. Un air un peu triste passa sur son visage et elle soupira, s'asseyant dans la cabine. "Qu'est-ce qui t'a amené sur la côte Est ?" lui demandai-je. Je réalisai que même si nous avions parlé de mon déménagement là-bas plus tôt, nous n'avions pas parlé d'elle une seule fois. Elle me regarda.

"Les études, comme toi."

Je hochai la tête. "Qu'est-ce que tu as fait comme études ? Je fronçai les sourcils en la regardant. Il était difficile de dire quel âge elle avait mais elle avait l'air plutôt jeune. "Es-tu encore à l'école?"

Bella rit, en secouant la tête. "Oui et non. J'ai obtenu mon diplôme de premier cycle en anglais et je suis en train de terminer mon doctorat en ce moment même", dit-elle en me regardant. Mes sourcils se levèrent en signe de surprise.

"En anglais ?" demandai-je. Elle secoua la tête.

"En sociologie. Ça correspondait bien à mon doctorat."

Je la regardai fixement. " Tu as un diplôme de droit ? " Est-ce qu'elle se foutait de moi ? Elle hocha la tête. "D'où ?" demandai-je.

"J'ai eu ma maîtrise à Harvard," dit-elle en me lançant un regard. "Puis j'ai été admise au programme de droit de Yale. J'ai pu y faire un diplôme conjoint avec mon droit juridique et mon doctorat. Je suis dans les dernières étapes de mon travail de doctorat maintenant."

Putain. De. Moi. J'étais un con. J'ai été tellement con que je méritais que Bella me démolisse et me piétine pendant qu'elle sortait de ma vie pour toujours. Je pensais avoir accompli beaucoup de choses dans la vie, mais putain. Bella me faisait tellement oublier tout ce que j'avais accompli que c'en était risible.

"Je suis tellement désolé," dis-je en secouant la tête. Bella laissa échapper une longue inspiration.

"Je sais que je n'ai pas l'air d'une des personnes qui brillent dans ton monde…" dit-elle lentement. Je tressaillis. "Mais personnellement, je pense que c'est une bonne chose."

Je la regardai fixement. "Tu pratiques le droit ? "

Elle acquiesça. "J'ai obtenu mon diplôme il y a quelques années et j'ai passé le barreau juste après. Je fais principalement du travail bénévole pour des organisations à but non lucratif autour de New Haven, par l'intermédiaire d'une entreprise pour laquelle je travaille à temps partiel."

Je la fixai, stupéfait. "Que faisais-tu à New York ?"

Elle haussa une épaule. "J'ai eu un entretien d'embauche à Columbia. Je me suis dit que je rentrerai chez moi à partir de là."

Merde. Cette fille était Ivy League de bout en bout. "Quel âge as-tu ?" demandai-je. Elle sourit, et je me fichais même que ce soit quelque chose que tu n'étais pas censé demander à une femme ou quoi que ce soit.

"Vingt-huit."

J'essayai mentalement de calculer comment elle avait réussi à accomplir tant de choses en si peu de temps. "Attends, étions-nous à Harvard ensemble ?"

Bella secoua la tête. "J'avais assez de crédits universitaires à la sortie du lycée pour terminer mes études de premier cycle en deux ans. J'étais déjà à New Haven au moment où tu as commencé à Harvard."

Putain, elle avait probablement déjà terminé le fichu programme de droit au moment où j'avais même été accepté. Deux ans pour son premier cycle ?

"Je me sens comme un con," gémis-je, enfonçant mes mains dans mes cheveux. Bella fit un bruit mais ne me contredit pas. Je lui souris et elle gloussa. "Je suis maintenant particulièrement désolé pour tout ce que je t'ai dit plus tôt." Je secouai la tête.

"Etre sur le point de devenir associé est assez impressionnant," dit-elle en haussant les épaules. Je soupirai, complètement embarrassé pour moi-même.

Shelly passa, posant des verres sur la table. Putain, elle me fit un clin d'œil en revenant chercher notre nourriture. Bella tendit la main vers son verre et je fronçai les sourcils. "C'est un milk-shake ?" demandai-je. Elle hocha la tête en se léchant les lèvres. "Il fait genre trois degrés dehors."

Elle sourit. "Je sais… un temps parfait pour un milkshake."

Je secouai la tête, exaspéré. Bella sirota joyeusement la boisson. "Qu'est-ce qui t'a amené à devenir avocat ?" demandai-je, curieux. Bella se pencha en arrière, léchant le chocolat de ses lèvres.

"Je suppose que j'ai toujours voulu que les choses soient justes. Mon père est un shérif dans notre ville et il m'a inculqué ce sens de la moralité très jeune. Quand j'étais en premier cycle, il y avait une fille sur le campus avec qui je suis devenue amie et elle me racontait comment une de ses amies proches avait été violée sur le campus et que l'école n'avait rien fait à ce sujet. La fille a décroché et j'étais tellement furieuse pour elle. Je suis assez insistante pour savoir que je peux avoir une voix qui se distingue et qui sera entendue et j'ai décidé que je voulais utiliser cette voix pour défendre les personnes dont la voix n'est pas entendue."

Je pouvais me sentir rétrécir. Chaque mot qui sortait de la bouche de cette femme me faisait me sentir de moins en moins comme un être humain. Putain, comment étais-je devenu si égocentrique ?

Sa tête s'inclina et ses yeux se plissèrent légèrement. Je me préparai à ce qu'elle allait me lancer ensuite. Je le méritais, quoi que ce soit mais ça allait quand même être dur.

"Tu sais, cela ne fait pas de toi une mauvaise personne de travailler pour de l'argent," dit-elle après une minute. Je fronçai les sourcils en clignant des yeux.

"Quoi ?"

Bella bougea sur son siège en haussant les épaules. "J'ai eu de la chance, j'ai grandi avec assez. Ma famille n'était pas riche mais nous en avions assez et cela m'a donné la sécurité et la confiance nécessaires pour chasser les choses dans la vie et me battre pour les gens qui ne l'ont pas. Si ta motivation pour travailler est l'argent, cela ne fait pas de toi une mauvaise personne. Nous avons tous nos motivations et nous devons tous faire face aux conséquences de ces motivations, bonnes et mauvaises."

Je la fixai, ne sachant pas quoi répondre. Elle avait peut-être trois ans de moins que moi mais cette femme était à des putain de lieues devant moi en sagesse.

Je soupirai, appuyant un coude sur la table et posant mon front dans ma paume. "Ouais," murmurai-je.

C'est alors que Shelly nous interrompit, laissant tomber des assiettes devant nous. "Avez-vous besoin d'autre chose ?" demanda-t-elle. Nous secouâmes la tête tous les deux. "Bien, eh bien, je retourne devant. Vous venez me trouver si vous avez besoin de quoi que ce soit. Ou mieux encore, dérangez Ray." Elle fit un clin d'œil et partit. Je secouai la tête, jetant un coup d'œil à Bella.

"Combien de fois quelqu'un peut-il cligner de l'œil avant que nous soyons autorisés à nous demander s'il s'agit en fait d'un tic oculaire ?"

Bella éclata de rire et je lui souris de surprise. Il était une fois où j'avais été sacrément drôle mais quelque part en cours de route, j'avais arrêté de faire des blagues et les gens avaient arrêté de rire avec moi. Mon Dieu, ma vie était-elle vraiment si ennuyeuse ?

Je regardai Bella se lécher les lèvres alors qu'elle regardait la poitrine de porc dans son assiette. "Ça sent bon," commenta-t-elle en prenant sa fourchette. Je baissai les yeux sur mes côtes, hochant la tête en signe d'accord. Bella prit une bouchée de sa poitrine et grogna, sa tête bougeant avec enthousiasme. Je souris et coupai une côte, prenant une grosse bouchée. Putain, c'était bon. Je ne pouvais définitivement pas me rappeler la dernière fois que j'avais mangé avec les doigts. Rose aurait eu une crise cardiaque si elle avait pu me voir comme ça.

"Je n'ai même pas demandé, est-ce que tu fêtes Noël ?"

Je levai les yeux vers Bella. Ses joues étaient un peu pleines pendant qu'elle mâchait mais elle me regarda avec attente. Je pris une bouchée de la côte, mâchai puis avalai avant de lui répondre. "Ouais."

Bella sourit. "Essaie de ne pas être trop enthousiaste à ce sujet," ricana-t-elle. Je soupirai.

"Mon euh…" je m'arrêtai, fronçant les sourcils. "Nous avons habituellement ces grandes fêtes de Noël qui ont gâché une grande partie de la joie de Noël pour moi," dis-je, ne voulant pas mentionner Rose. Bella hocha la tête. "Toi ?"

"Noël," dit-elle en hochant la tête. J'arrachai une autre bouchée des côtes. "Que fais ta femme ?"

Elle me trompe.

Je mâchai, bougeant sur mon siège et regardant mon assiette, en colère contre mes pensées.

Bella dut sentir ma réticence à parler d'elle car elle changea rapidement de sujet. "Je pense que ma tradition de Noël préférée est de marcher dans les bois."

Je la regardai en fronçant les sourcils. "Quoi ?"

Elle hocha la tête, posant sa fourchette, les yeux brillants. "Quand j'étais petite, j'étais tellement triste à propos des arbres que nous devions abattre pour Noël. Cela me brisait le cœur. Alors, mon père m'emmenait dans les bois le matin de Noël pour que je puisse remercier tous les autres arbres pour nous avoir laissé emmener leur ami à l'intérieur pour que le Père Noël y laisse des cadeaux. J'avais l'habitude d'apporter de petites choses dans les bois, des bibelots et des trucs à laisser pour les arbres. Papa et moi le faisons chaque année. Le matin de Noël, nous étions debout tôt et dehors, marchant dans les bois et parlant aux arbres."

Je ne savais pas quoi penser de ça. Bella était étrange mais d'une manière attachante qui réchauffait mon cœur. C'était bizarre de se promener comme ça et de parler aux arbres mais c'était aussi plutôt mignon.

Bella me regardait dans l'expectative et je tendis la main, sirotant mon verre avant de lui répondre. "Je suppose que, quand j'étais enfant, mes parents avaient l'habitude de monter ce spectacle de marionnettes. C'était terrible mais Alice et moi en sommes devenus fous. Ils le faisaient tous les soirs de Noël et nous recevions du chocolat chaud et des biscuits et mes parents ont construit cet ensemble élaboré qu'ils sortaient du garage et installaient dans le salon. Ils ont arrêté de le faire à peu près au moment où j'ai commencé le lycée mais c'était mon préféré."

Bella était rayonnante. "C'est trop mignon," dit-elle en secouant la tête. "J'adore l'idée d'avoir quelque chose comme ça pour toute la famille."

Je hochai la tête. "Ouais, aussi embarrassant que ce soit quand j'ai grandi, une partie de moi réalisait encore que c'était génial que mes parents aient fait ça. J'ai toujours prévu de faire quelque chose comme ça quand j'aurais des enfants à moi." Je m'arrêtai, haussant une épaule et baissant les yeux sur ma nourriture.

Putain, je ne voulais pas parler d'enfants pour le moment. Je n'étais pas trop vieux pour avoir des enfants, pas de loin, mais je recommencerai avec un nouveau partenaire à un moment donné dans le futur - je savais instinctivement que Rose et moi ne serions pas capables de résoudre nos problèmes conjugaux . Cela signifiait qu'il faudrait encore des années et des années avant que des enfants ne soient même une possibilité.

Même si je n'avais pas été prêt pour les enfants à aucun moment récemment, cette pensée me rendit triste.

Bella acquiesçait à travers la table. "Je pense que c'est une grande tradition à transmettre," dit-elle en hochant la tête. Je déglutis difficilement, incapable de la regarder. Je repris ma nourriture, creusant dedans. Bella se déplaça dans le box mais finit par revenir à son propre repas.

On ne parla plus trop après ça. Nous étions tous les deux assez concentrés sur notre nourriture et peut-être qu'elle pouvait sentir que je ne voulais plus parler.

Quand nous eûmes fini de manger, elle s'excusa pour aller aux toilettes pendant que je proposais de payer la note. Après que la nourriture ait été payée, je me dirigeai vers le hall quand je trouvai Bella, me souriant narquoisement. J'arquai un sourcil vers elle mais elle secoua la tête, indiquant l'ascenseur d'un signe de tête. Nous nous dirigeâmes vers notre chambre, et ce n'est que lorsque nous fûmes à l'intérieur que Bella se retourna à nouveau contre moi. "Quoi?" lui demandai-je avec méfiance. Elle me tendit un sac à provisions en plastique.

"J'ai trouvé des vêtements pour toi…" dit-elle, poussant le sac dans ma direction. "Rien de design, et rien de chic, mais, eh bien, ils ne pueront pas, et je pourrai toujours te retrouver dans une foule," gloussa-t-elle. Je fronçai les sourcils, lui prenant le sac avec méfiance. Je l'ouvris et grimaçai. Des vêtements en effet.

J'en sortis une chemise gris foncé, grimaçant devant l'énorme Elvis qui était collé sur le dos. Il y avait un pantalon de survêtement, un sweat à capuche, des boxers, des chaussettes et même une trousse de toilette Elvis. Elle avait même réussi à me trouver un chargeur de téléphone. Je la regardai avec scepticisme et elle haussa les épaules. "Je me suis dit que ça te permettrait au moins de passer ce soir," expliqua-t-elle.

Je regardai le sac, acquiesçant finalement. "Merci." Je la regardai, voyant qu'elle avait l'air légèrement surprise. Je ne l'en blâmais pas. C'était généralement ma devise de ne rien accepter en dessous de mes normes, y compris des vêtements comme ceux-ci mais j'étais en fait un peu touché qu'elle essaie de m'aider. Rose m'aurait laissé aller nu plutôt que de me voir dans cette merde, et même si j'aurais été d'accord avec elle, la réalité était que j'avais besoin de vêtements.

Je levai à nouveau les yeux vers Bella, souriant doucement. Elle sourit, se tourna vers sa valise et la tira sur le lit pour l'ouvrir.

"Ça te dérange si je prends une douche ?" lui demandai-je. Elle me regarda et secoua la tête.

"Non, pas du tout. Vas-y."

Je pris le sac qu'elle m'avait donné dans la salle de bain. Je le posai sur le comptoir en fermant la porte.

J'ouvris l'eau chaude dans la douche, retirant rapidement mes vêtements. Ils avaient désespérément besoin d'un nettoyage à sec.

Je n'avais jamais rencontré quelqu'un comme Bella auparavant dans ma vie. Elle était attentionnée et gentille et donnait sans attendre quelque chose en retour. Elle était tellement intelligente et elle aurait facilement pu devenir associée quelque part mais au lieu de cela, elle aidait les gens gratuitement pendant qu'elle poursuivait des études supérieures. C'était facile de se sentir moins humain à côté d'elle, sauf qu'elle ne semblait pas me tenir ou qui que ce soit d'autre à ses normes incroyablement élevées. Elle m'avait à peu près accepté tel que j'étais. Quelqu'un avait-il déjà fait cela auparavant ?

Je pouvais sentir la salle de bain s'embuer et je me sortis de mes pensées, me tournant vers la douche. J'entrai sous le jet chaud et laissai échapper un long soupir. J'étais tellement confus et c'était un sentiment que je détestais absolument.


L'auteur :

Je suis vraiment désolée. Edward est dur et sa vision de ce monde sur le thème d'Elvis n'est pas gentille. Je suis assise ici en train de rire parce qu'il est un tel con mais pour moi au moins, il y a quelque chose de si attachant en lui.

Le diplôme de Bella est définitivement une vraie chose. C'est un programme fou mais génial (surtout si vous êtes un nerd de l'école comme moi).

Edward a aussi finalement eu de nouveaux vêtements, surtout des sous-vêtements ! Il va faire une plus grosse virée shopping à venir mais c'était un petit quelque chose pour le dépanner.