Chocolat, un thème tout mignon, une petite friandise sucrée alors qu'on se rapproche des fêtes. Et j'ai écrit sur un sans-coeur. Mais pas n'importe quel sans-coeur. Celui-là est particulièrement chou et il a sa petite histoire, j'espère que vous l'aimerez bien.
Dans les terres sauvages de la Cité du Crépuscule, une petite ombre qui rampait tranquillement dans la campagne. Ce sans-cœur n'avait pas eu une vie agréable, comme tous les autres membres de son espèce. Enfin, peut-être que son existence n'avait pas été si dramatique mais la perte de son cœur dans d'atroces souffrances rendait forcément tout plus tragique.
Cette petite ombre recherchait des cœurs, comme tous les autres. Les sans-cœurs étaient attirés par la lumière des gens et leur seul objectif dans la vie était de s'emparer de cette lueur pour la conduire dans le néant. La plupart n'avait aucun souvenir de leur vie précédente, ils ne se rendaient donc pas compte de ce qu'ils faisaient. Ces créatures agissaient en suivant leur instinct et la petite ombre n'était pas très différente d'eux. Elle chassait, solitaire dans ces terres désolées.
Un jour, elle tomba sur un petit village et imagina qu'il était temps de trouver des cœurs. A côté d'une maison, elle vit un enfant d'une dizaine d'années à peine qui mangeait tranquillement, assis sur des marches. C'était l'occasion. La petite ombre pénétra dans le sol et se rapprocha subrepticement de sa victime. Elle surgit, s'attendant à créer de l'effroi chez l'humain.
« Oh, mais qui es-tu toi ? »
L'ombre s'arrêta en face de l'enfant, surprise par la réaction de celui-ci. Il ne semblait pas avoir peur et de la curiosité luisait dans ses yeux alors que sa bouche était recouverte de chocolat et de miettes. Le sans-cœur n'aurait pas dû ressentir d'émotions, n'aurait pas dû être capable de se contrôler ainsi. Pourtant, ce petit humain lui rappelait quelque chose, un souvenir effleurant la surface de son esprit avec légèreté. L'enfant n'avait probablement jamais vu de sans-cœur.
« Tu es trop mignon ! Tu veux du chocolat ? »
L'enfant tendit un morceau de son goûter et la petite ombre hésita un moment avant de le prendre tout doucement. Puis, le sans-cœur croqua ce morceau de nourriture. Ce fut comme revivre et quelques souvenirs traversèrent son esprit. Un jour d'été avec des rires et le bruit des vagues. Une salle de classe où résonnait un chant d'anniversaire. Un goûter chez lui alors que sa mère lui passait la main sur les cheveux. Un cri au loin et une douleur sans fin alors qu'il perdait son cœur.
« C'est bon hein ? Moi, je m'appelle Elro. Et toi ? »
La petite ombre revint à elle et regarda l'enfant avec intérêt. Il lui avait rendu de précieux souvenirs et un sens à son existence… ou sa non-existence selon le point de vue. Le sans-cœur s'approcha du petit humain et posa sa tête contre sa cuisse avec douceur. Une main se posa sur sa tête, juste entre ses antennes et ce fut une des meilleures sensations du monde. Comment un sans-cœur pouvait-il ressentir autant d'amour ? Il n'y avait peut-être pas d'explication.
« Je t'adore ! Je vais demander à maman et papa si on peut te garder. Je pense que je vais te donner un nom. Hum, voyons… Oh, je sais ! Je vais t'appeler Chocolat ! Tu es d'accord ? »
Le sans-cœur hocha la tête doucement. Sans comprendre pourquoi, ce contact avec un humain l'avait conduit à un autre stade de conscience. Les parents n'accepteraient probablement pas de le garder, à moins qu'ils soient totalement ignorant sur l'existence des sans-cœurs. Si c'était réellement le cas, ils ne le resteraient pas longtemps. Tôt ou tard, un bataillon de créatures finirait bien par envahir ce monde si paisible qui possédait tant de lumières.
Ce jour-là, Chocolat le sans-cœur serait prêt à défendre Elro et les autres humains de ce village, même si cela devait lui coûter la vie.
