Mario & Luigi Mario (Mario)

Coup de fil + Désobéir


Mario ne pouvait pas cacher qu'il était contrarié. Il était un héros, pas un super-espion ou un détective et de sa mission ne dépendait pas le sort de ce royaume et des autres. Pendant les saisons froides, le jour tombait beaucoup plus tôt, le ciel était moins rieur, le temps était froid… On avait des gerçures, des engelures quand on était moins chanceux, des rougeurs… Le rhume et la grippe pouvaient vite arriver et ce n'était jamais agréable. Non, l'hiver n'était clairement pas la meilleure période et il voulait pouvoir apporter un peu de baume au cœur de son frère ! Surtout quand il était si loin depuis si longtemps.

Mais voilà, la princesse Aglaglaé était intraitable. Elle refusait qu'il passe un coup de fil à Luigi sous prétexte que quelqu'un pouvait intercepter la communication. Elle ne voulait pas qu'on sache précisément où se trouvait son palais temporaire secret, caché sous la mer de glace. Ça ne cessait d'agacer le héros en rouge et de plus en plus au fur et à mesure que les jours passaient.

Cette frustration était peut-être due, aussi, à sa propre culpabilité de laisser Luigi livré à lui-même depuis tout ce temps. Il n'avait pas à désobéir à la princesse Aglaglaé, il allait falloir qu'il fasse avec… Ça lui faisait mal au cœur, mais son cadet allait devoir être patient. Mais, en même temps, est-ce qu'être le grand frère du plombier en vert n'avait pas toujours été la chose la plus importante de sa vie ? Quand il y réfléchissait, il se disait que c'était vraiment indigne de sa part de le laisser tomber comme ça.

Mario effectua un énième demi-tour sur le tapis moelleux de sa chambre, au palais secret, et cessa son manège pile poil face à la porte. Il avait le moyen et le temps de s'enfuir, il le savait. Il était le héros, personne n'avait de raisons de se méfier de lui et il n'était évidemment pas placé dans la même aile que les soldats. S'il en croisait, ils s'imagineraient simplement qu'il allait prendre « l'air » sur l'une des terrasses abritées du château. Il pouvait emprunter l'un des mini-sous-marins de ravitaillement, partir… suivre leur trajet tortueux et compliqué jusqu'à la ville portuaire la plus proche et trouver une cabine téléphonique pour appeler son frère. Oui, même s'il se confortait théoriquement aux demandes de la princesse, ne pas signaler la présence de son refuge, il risquait quand même de signaler qu'il était dans le coin pour lui porter assistance. Enfin, tous les méchants du coin devaient s'en douter, de toute façon ! Ils avaient toujours des sbires qui traînaient partout…

Exaspéré, le héros en rouge rejoignit la porte et jeta un coup d'œil dans le couloir. Personne. Continuant de réfléchir à toute vitesse, il revint à sa table de chevet, sortit un papier, écrivit rapidement un mot et coiffa sa casquette rouge avant de sortir. Il fallait qu'il voie son cadet. Ce n'était pas un caprice, ce n'était pas une névrose ou une lubie qui le prenait soudain, il savait que Luigi avait besoin de lui.

Le trajet jusqu'à la base des mini-sous-marins fut aussi facile qu'il l'avait pressenti. Ils étaient maniables, discrets, faciles à ouvrir et le plombier se glissa à l'intérieur de l'un d'eux. Il devait être rendu à la ville qu'il avait en tête dans une heure tout au plus. La nuit n'était pas encore trop avancée, il devrait avoir assez de temps.

Une fois parvenu à destination, Mario dissimula son appareil sous les algues et les coquillages du ponton et monta sur le quai. Il se dirigea vers la cabine téléphonique la plus proche, inséra une pièce et composa le numéro de sa maison. La sonnerie retentit un long moment avant qu'une voix ensommeillée ne bâille :

« Allô ?

-Luigi ? Comment vas-tu, petit frère ? répondit le héros planétaire, heureux d'entre sa voix.

-Hein ? Frérot, qu'est-ce que tu fais au téléphone à cette heure ? s'étonna Luigi à l'autre bout du fil. »

Sa voix se fit ensuite inquiète :

« Est-ce que ça va ? demanda-t-il.

-Oui, ne t'inquiète pas, l'apaisa son grand frère. J'avais juste besoin de te voir. Est-ce que tu peux aller jusqu'au château de Peach et emprunter le premier tuyau bleu que tu verras ? Il te conduira ici… dans la ville où je me trouve. C'est un passage spécial qu'elle utilise pour rester en contact avec toutes les princesses alliées de la planète.

-Oui, bien sûr que je peux… Même si ça peut paraître bizarre de rentrer dans le château de la princesse la nuit. Mais… pour quoi faire ?

-Je crois que nous avons besoin de nous voir tous les deux.

-Ah, ça, ça veut dire que tu n'es pas près de rentrer à la maison. »

Mario avait l'impression de sentir une légère résistance de la part de son frère mais, un peu plus d'une heure après, il émergea du tuyau bleu que son aîné lui avait indiqué. Ses yeux bleus étaient tout bouffis de sommeil et il bâillait, mais il sourit à son frère et accepta volontiers l'accolade qu'il lui donna.

« T'es tout froid, constata-t-il en lui touchant le nez. Je suis sûr que tu es encore parti avec le strict minimum.

-Pas du tout, rétorqua Mario, j'ai pris des gants doublés de fausse fourrure, regarde.

-Mais pas d'écharpe ni de sous-pull. Tiens, je t'en ai ramené. »

Il tendit un sac en tissu à son frère et celui-ci, touché comme toujours par sa prévenance, lui posa une main dans le dos pour l'amener dans le café de nuit, ouvert de neuf onze heures du soir à onze heures du matin, qu'il avait repéré. Là, les gens pouvaient boire quelque chose, jouer à des jeux et même dormir sur les grandes banquettes garnies de coussins. Il y avait un piano dans un coin, aussi, qui était à disposition des clients et que les deux frères investirent pendant une heure, en voyant que personne dans le café ne dormait, pour en jouer et chanter des chansons en italien.

Le reste du temps, ils le passèrent l'un en face de l'autre à une table, dans l'atmosphère chaude et feutrée de l'établissement, à boire des chocolats en bavardant. Luigi, ça se voyait, d'avoir été réveillé en plein milieu de la nuit, avait les paupières un peu lourdes, mais il s'anima rapidement devant la boisson sucrée et le plaisir de revoir son frère et de l'entendre lui raconter son périple. Mario se sentit soulagé de voir son expression se détendre et les sourires fleurir de plus en plus souvent sur ses lèvres; son cœur se réchauffa à la pensée qu'il avait enfin fait ce qu'il fallait.

Évidemment, la fatigue finit par les rattraper. Il était près de quatre heures du matin et Mario n'avait pas spécialement envie de passer à la caféine. À la place, il attira son frère vers l'un des canapés, blanc, délicieusement moelleux et remplis de coussins rouges et roses rebondis. Le héros s'installa au milieu d'eux et tira sur le poignet de Luigi pour qu'il vienne s'étendre contre lui.

« Je suis content que tu m'aies demandé de venir, murmura le plombier en vert en blottissant sa tête contre son ventre. Je sais que le travail que la princesse Aglaglaé t'a demandé est important, mais…

-Oui, je sais, murmura Mario, le cœur serré, en glissant doucement ses doigts dans les cheveux châtains de son cadet. Je suis désolé. Mais je te promets que les choses iront un peu mieux quand cette histoire sera terminée…

-Ce n'est pas grave, tu sais. C'est juste que… j'aimerais pouvoir t'aider. Au moins être utile plus souvent.

-Je sais. Mais tu m'aides déjà beaucoup, n'en doute jamais. J'ai toujours besoin de savoir… que tu es là.

-Merci… Je le serai aussi longtemps que tu en auras besoin. »

Au piano, quelqu'un d'autre s'était mis à jouer. La musique était calme et reposante et Luigi s'endormit en quelques minutes. Son frère le garda contre lui, évidemment, et fut un peu plus long à sombrer. Mais il garda une de ses mains posée sur son dos et l'autre sur son bras.

Demain, il dirait à la princesse Aglaglé, comme stipulé sur son mot de départ, qu'il avait enquêté toute la nuit dans la ville. Ça lui laisserait le temps de prendre le petit-déjeuner avec son frère. Ça lui paraissait plus important, en cette calme nuit d'hiver, que d'obéir à la lettre aux directives de la souveraine.