Heroine (Daisy) x Geoffrey (Dragon Quest IX : Les Sentinelles du Firmament)
Dîner + Skateboard
Daisy n'était pas convaincue de la pertinence de garder comme base romantique le chalet de la lointaine île pairoise. Il y avait des monstres terribles, là-dehors ! Des seigneurs malheurs, des rois maudits, des squelettes noirs… des Hypothermiasmes. Ces bestioles-ci en particulier n'étaient pas à prendre à la légère, elles se matérialisaient dans les bourrasques de vent glacé, préférentiellement dans le dos de leurs victimes, leurs trois yeux roses sanglants étant généralement la seule chose que l'on pouvait distinguer d'eux quand ils se cachaient ainsi.
Mais Geoffrey avait beaucoup insisté. La jeune Gardienne avait du mal à comprendre ce qu'il y avait de romantique là-dedans, à part le charmant chalet en bois chauffé et meublé, à la décoration ravissante, qui n'était même pas à eux mais dont la porte n'était jamais verrouillée. Le jeune homme avait décrété que, puisque personne ne paraissait réfractaire à l'idée que sa demeure hivernale soit investie, ils pouvaient en profiter. Et puis, il remettait toujours les choses dans l'état exact où ils les avaient trouvées quand ils partaient. Daisy n'avait pas trop essayé de le dédire. Elle avait l'habitude de rentrer chez les gens sans arrêt, même quand elle n'était pas invitée. Et c'était vrai que, en plusieurs années de maraudage, elle n'avait jamais trouvé personne ici.
Peut-être l'ancien étudiant de Saint-Sévaire appréciait-il aussi l'adorable troupeau de rennes qui paissait tranquillement dans la petite vallée en contrebas, protégés des monstres par on ne savait quel enchantement. Leur présence était incongrue, mais rassurante. C'était vrai que Daisy les aimait bien aussi.
La Célestellienne réfléchissait à tout cela en attendant que son bon ami se présente enfin au chalet pour leur rendez-vous du soir. Ça lui prenait, parfois, il lui envoyait une lettre qui lui demandait de le retrouver ici, à une date précise, peu importait l'endroit où elle se trouvait sur le Protectorat, que ce soit au milieu d'un désert, au sommet des plus hautes montagnes ou encore au fond d'une caverne sous-marine. Le courrier de Geoffrey trouvait toujours un relai pour parvenir jusqu'à elle. Daisy trouvait ça fascinant. Et même romantique : c'était curieusement chaleureux et réconfortant qu'il sache toujours comment se frayer un chemin jusqu'à elle.
Pour l'occasion, elle avait ressorti un des bustiers qu'elle portait avant, rose et blanc, passé sur une chemise claire et qui avait beaucoup plus au jeune homme. Plus le temps avançait, plus elle se demandait comment il allait faire avec le dîner qu'il avait promis de concocter. Est-ce qu'il allait utiliser la cuisinière du chalet ? C'était qu'il commençait à se faire tard, à quelle heure comptait-il les faire manger ? Non pas qu'elle s'en souciât réellement, mais elle savait qu'il prenait très au sérieux les horaires de repas.
À peine songeait-elle cela que des coups retentirent à la porte du chalet. Plutôt impressionnée par cette coïncidence, elle alla ouvrir et trouva Geoffrey sur le seuil, ses cheveux blonds couverts de neige et le visage illuminé par un grand sourire très fier.
« Salut ! lança-t-il tandis que de grandes rafales de vent pénétraient dans la maisonnette. Sais-tu que tu es vraiment ravissante ? Plus belle encore que les aurores boréales !»
D'un geste visiblement longuement répété, il avança un bras pour à la fois prendre Daisy par la taille et se tirer à l'intérieur du chalet, puis il referma la porte derrière lui avec le pied. Il embrassa ensuite langoureusement la jeune Gardienne.
Daisy lui rendit son baiser avec plaisir et sourit contre ses lèvres. Il la faisait toujours tellement rire. Elle avait assez froid, maintenant, avec les flocons de neige qui s'étaient déposés sur son corset et ses cheveux, mais elle se dit que Geoffrey allait bien arranger ça.
« Ah, je vois que le feu tient toujours, se réjouit le jeune homme en se tournant vers la cheminée. On va pouvoir passer à table !
-Quoi, tout de suite ? s'amusa Daisy, qui avait toujours la taille prise dans son bras. Et comment comptes-tu faire pour le préparer en un instant ? Tu n'as choisi de confectionner que des salades et des tartes ?
-Non, j'ai cuisiné juste avant de venir et j'ai utilisé ceci ! »
Il fit tomber son volumineux sac à dos de son épaule et l'ouvrit, dévoilant une garniture argentée qui paraissait à la fois rigide et gaufrée et qui intrigua la Célestellienne.
« Qu'est-ce que c'est que ça ? demanda-t-elle.
-Nouvelle invention ! Ç a conserve la chaleur, expliqua le jeune homme. Je ne pensais pas que ce colloque de sciences auquel on m'a forcé à aller serait intéressant, mais regarde comme ce gadget est utile ! »
Il déballa de grands récipients rectangulaires en verre, qui étaient au nombre de cinq, et Daisy se dit que ça avait dû être sacrément lourd à transporter. Dans les deux premiers, il y avait des salades raffinées et élaborées, parsemées de morceaux de gésiers. Dans le troisième, un gros poulet, rôti et doré, découpé en plusieurs morceaux qui avaient certes moins de cachet que si la volaille eût été présentée entière, mais qui était effectivement toujours bien chaud et dégageait une délicieuse odeur. Le quatrième contenant en verre débordait de pommes de terre aux herbes à la fois moelleuses et croustillantes. Et enfin, le dernier récipient présentait un succulent gâteau au chocolat nappé de crème anglaise.
Tout cela avait véritablement l'air savoureux. Daisy se demanda où et surtout à quel moment il avait appris à cuisiner aussi bien, parce qu'il avait plutôt tendance à acheter leur repas chez un traiteur quand il l'invitait à dîner. Mais non, ces plats, ils étaient faits maison, et par lui, c'était ce qu'il lui avait promis dans sa lettre et répété en arrivant. La Célestellienne le regarda à travers ses cils blonds et sourit.
« Je suis impressionnée, dit-elle. Tout cela vraiment très bon.
-Tant mieux, c'était le but ! se rengorgea Geoffrey en tirant sa chaise pour qu'elle puisse s'assoir.
-Quoi donc ? Que ça sente bon ?
-Non, que tu sois impressionnée ! Tu vois ? Je suis totalement capable de mener à bien des tâches subtiles et raffinées, désormais !
-J'aime aussi beaucoup la façon dont tu t'es organisé, eut le temps de le complimenter Daisy avant qu'il se penche de nouveau pour l'embrasser. »
Il avait l'air véritablement ravi de son petit coup et servit avec emphase la salade dans les belles assiettes qu'il avait apportées. Comme il en restait au fond du contenant en verre, il détacha un objet oblong de son sac à dos et le posa par terre, avant de mettre le récipient dessus.
« Geoffrey, qu'est-ce que tu fabriques avec un skateboard ? s'enquit Daisy, interloquée, en se penchant pour détailler la planche à roulettes.
-C'est pour nous passer les plats durant le dîner, répondit son bon ami avec fierté. Pas besoin de se lever pour faire des allers-retours entre la table et la cuisine !
-Et tu ne pouvais pas simplement les laisser dans ton sac ? le taquina la Célestellienne. Ils resteraient également chauds plus longtemps.
-Tu poses trop de question, beauté. Est-ce que je t'ai déjà dit que tu étais magnifique ? Tes cheveux ont encore plus d'éclat que la lune. »
Il avait pris sa main dans la sienne par-dessus la table et lui avait fait un clin d'œil. Daisy dut se retenir pour ne pas éclater de rire et se contenta de pouffer derrière son autre main.
Le dîner s'avéra charmant. Geoffrey était drôle et enthousiaste, Daisy avait plein de choses passionnantes à raconter et la nourriture était vraiment délicieuse. La chaleur du feu dans la cheminée rendait l'atmosphère encore plus agréable.
Ils finirent leur soirée sur le canapé moelleux et la jeune Gardienne se dit qu'elle passait vraiment beaucoup de temps à glousser, ce soir-là. Non pas que ce fût désagréable; Geoffrey et elle vivaient toujours de très bons moments quand ils étaient ensemble.
Elle espérait que le propriétaire du chalet re-pointerait le bout de son nez un jour ou l'autre, qu'elle puisse au moins lui soumettre l'idée de lui racheter cette maisonnette où elle commençait à se construire de si bons souvenirs. Ou alors, ils pourraient toujours essayer d'en bâtir un eux-mêmes à l'autre bout de l'île. Ça valait bien le coup de dérouiller quelques Hypothermiasmes si c'était pour retrouver cette atmosphère si particulière et si douce.
