Iñigo, Henry, Olivia (Fire Emblem Awakening)

Verglas + Peinturlurer


Une chape de froid était soudainement tombée sur tout le royaume d'Ylisse après un automne et un début d'hiver doux et tempéré. Henry observait la couche de verglas avec gaieté; il avait des travaux de peinture à faire et c'était toujours plus intéressant avec ce genre de petite surprise inattendue.

« Hé hé, il va falloir faire attention en marchant là-dessus, déclara-t-il quand même en testant la couche brillante du bout du pied. C'est un coup à de rompre tous les os du corps. Hihi… Quoi que, ça pourrait être intéressant de voir comment le tibia forme un angle en perforant la chair.

-Heu… Évite quand même de tomber, mon chéri, intervint Olivia en se penchant par-dessus son épaule depuis le seuil de la maison. Je… Je ne suis pas certaine que j'arriverai à remettre ta jambe en place et le temps que le médecin n'arrive, les dégâts risqueraient d'être irréversibles… Je ne veux pas que tu finisses infirme.

-Ne t'inquiète pas ! Ce ne serait qu'une occasion de découvrir le monde sous un autre angle ! Mais je ferai attention. Je sais que ça te rendrait triste que je doive me déplacer grâce à des vols de corbeaux jusqu'à la fin de mes jours. »

Les deux époux s'embrassèrent tendrement et puis Henry se permit d'ajouter :

« En plus, je ne voudrais pas manquer à mes devoirs envers ma femme. T'es tellement belle que j'ai tout le temps envie de te tenir dans mes bras. »

Ils appuyèrent leurs nez l'un contre l'autre et Olivia gloussa en rougissant.

« Oh, ça me fait tellement plaisir de vous voir comme ça, s'émut une voix tout près d'eux. J'étais tellement petit quand… eh bien, vous savez. J'ai l'habitude de toi m'élevant seul, Père, et que vous m'appreniez à danser, Mère, mais j'ai peu de souvenirs de vous deux ensemble. »

Iñigo arrivait vers eux en marchant avec précaution sur le sol recouvert de glace. Il avait un œil au beurre noir et il se tenait le coude, grimaçant à peine lorsque son père lui donna une tape dans l'épaule.

« Alors, Iñigo, je vois que tu as trouvé le moyen de te blesser autrement que par la faute de cette couche de verglas ! lança Henry. Qu'est-ce que tu es encore allé raconter à ces filles ? Ce sont elles qui t'ont cassé le coude aussi ?

-Aïe… Non, protesta le jeune mercenaire en se tortillant. Arrête d'appuyer, tu vois bien que tu me fais mal ! Mère ! Au secours !

-Henry, voyons, arrête de l'embêter comme ça, intervint Olivia de sa voix douce. Viens, mon trésor. Je vais mettre de la glace sur ton œil et sur ton bras.

-Il y en a plein dehors, fit valoir le mage noir pendant que sa femme lui faisait les gros yeux. »

La jeune femme se poussa pour que son fils du futur puisse entrer et prendre place à la table du salon. Henry s'appuya contre l'embrasure de la porte pour les observer, un ou deux corbeaux sauvages perchés sur l'épaule ou sur les doigts. Il y avait une ouverture dans les combles pour les laisser entrer, un peu comme une chatière. Le mage noir l'appelait souvent une corbotière en ricanant.

« Je me suis fait mal au coude en glissant sur le verglas, si tu veux tout savoir, finit par expliquer Iñigo une fois que sa mère eut fini d'appliquer de la pommade spéciale, piquante et apaisante, sur son œil gonflé.

-Ah ? Et comment as-tu dérapé ? le titilla son père, qui commençait à bien le connaître.

-Eh bien, il y avait cette fille devant la boutique du fleuriste, admit le jeune homme en rosissant. Elle semblait avoir besoin d'aide avec ses vases et ses plantes grasses. J'ai essayé de lui prêter assistance, mais elle a fait un faux mouvement et m'a expédié un coup de coude dans l'œil.

-Oh, mon pauvre, soupira Olivia en sortant un pain de glace de la réserve magique qu'Henry ensorcelait à l'année pour qu'ils ne fondent pas. Et tu as glissé sur le verglas ?

-Oui, c'est ça. Merci, Mère. Vous êtes vraiment la plus douce et la plus dévouée quand il s'agit de s'occuper des blessures.

-Merci, Iñigo.

-Bon, puisque vous vous amusez bien, tous les deux, et que tu n'as aucune plaie béante amusante à regarder, je vais me rendre à mon opération de peinture, décréta Henry. Soyez sages ! »

Il s'enroula dans l'écharpe qu'Olivia lui avait tricotée et sortit. Ce n'était pas parce qu'il avait un talent particulier pour la peinture qu'on avait fait appel à lui, mais bien parce que, avec la fin de la guerre, les gens des métiers de la construction ou du bâtiment étaient tous monopolisés aux quatre coins du royaume. Il y avait beaucoup de choses à reconstruire dans le pays et le roi Chrom ne pouvait pas s'empêcher d'aider ceux des alentours.

Mais Henry, lui, était totalement disponible. On avait, bien sûr, émis des réserves sur sa vision de l'art et même sur ce qu'il pourrait avoir l'idée d'utiliser comme peinture. Mais le mage noir n'était pas vicieux; c'était d'une garderie dont on lui avait confié l'embellissement et il n'allait pas montrer des scènes macabres ou déprimantes à des enfants. Il aimait les animaux et les plantes aussi, ça ferait très bien l'affaire pour barbouiller sur les murs de la crèche.

Après un moment beaucoup plus long que d'habitude, à cause de la glace, Henry parvint devant le petit bâtiment. Il entendait des gazouillis et des cris d'enfants à l'intérieur; les nourrices devaient être en train de courir partout pour canaliser ces petits chenapans.

Avec des fusains, le mage noir avait déjà tracé quelques figures sur la pierre argentée. Sans y réfléchir, il fit venir à lui une douzaine de pots de peinture de toutes les couleurs, s'étonnant lorsqu'il entendit un couinement de surprise derrière lui. Iñigo, car c'était lui, avait fait un brusque mouvement de tête pour esquiver le récipient et il dérapait maintenant sur la couche de verglas. Henry se retourna tranquillement et tendit les bras pour rattraper son fils du futur quand il entra en collision avec lui.

« Eh bien, tu avais besoin d'aventure pour m'avoir suivi ? lança-t-il. Je croyais que ton œil te faisait mal.

-C'est le cas, mais je voulais passer un peu de temps avec toi, expliqua le jeune homme en se redressant tant bien que mal, les bras serrés autour de ses épaules. Alors, est-ce que je peux t'aider en peinturlurant un peu ces figures que tu as tracées ?

-Hum… Jusqu'à il y a une seconde, j'avais d'autres projets, mais tu viens de me donner une idée, déclara le mage noir après un instant de silence. Tiens-moi ça une seconde ! »

Il laissa tomber une fournée de pinceaux dans les bras d'Iñigo et se dépêcha (en glissant) vers l'entrée de la garderie. Quand il en ressortit, quelques minutes plus tard, il était accompagné des nounous et il leur montra le mur en parlant avec enthousiasme, à grands renforts de gestes.

« Grâce à mon fils ici présent – oui, je sais, vu son âge, on ne dirait pas… C'est une longue histoire. Vous avez entendu parler de la princesse Lucina du futur ? –, j'ai eu une idée pour la décoration de votre extérieur. Pourquoi ne pas faire participer les enfants que vous gardez ? C'est une crèche, ce n'est pas dépourvu de sens. Ils pourraient utiliser leurs petites mains pour dessiner et tracer toutes les figures qu'ils veulent sur le mur. Ce serait beaucoup plus charmant et en plus, ça leur permettait de s'amuser un peu.

-Ah ? Qu'est-ce que j'ai dit pour te donner cette idée ? demanda Iñigo en souriant.

-Ton emploi du mot "peinturlurer", d'une part, et le fait que tu sois mon fils, d'autre part. Ça m'a fait penser que j'aimerais beaucoup qu'on rende cette ville plus joyeuse, tous les quatre.

-Tous les quatre ?

-Oui. Toi, moi, ta mère et le petit Iñigo quand il naîtra.

-Oh, Père… Tu vas me faire pleurer ! Mais… je ne vois toujours pas le rapport avec le mur de cet établissement.

-C'est très simple : laisser notre empreinte dans cette ville tous ensemble, c'est amusant ! »

Les nounous s'entreregardèrent, l'air enthousiasmé. Elles paraissaient croire que c'était une très bonne idée. Iñigo, pendant ce temps, était vraiment sur le point de se mettre à pleurer. Il se jeta au cou de son père du passé et le serra dans ses bras, ce qui obligea Henry à s'appuyer contre le mur derrière pour ne pas déraper sur la glace. Il glissa un peu tout de même et se cala comme il put contre la pierre tandis que le jeune mercenaire se confondait en remerciements et en mots d'affection, en l'étreignant de plus en plus fort.

Les deux hommes barbouillèrent quand même quelques heures le mur de la crèche, apposant des couleurs dans les dessins qu'Henry avait déjà esquissés. Ils n'oublièrent pas de ménager un petit espace, près du bas, où ils pourraient appuyer, tous les quatre, l'empreinte de leurs mains quand bébé Iñigo viendrait au monde.

Ils n'étaient pas vraiment une famille conventionnelle mais Iñigo du futur en faisait définitivement partie et il aurait été inadmissible que cette étape-là de leur vie fût oubliée.