Texte 10 : Six of crows (Kaz x Inej)

Contexte : post livre 2

Mot du calendrier Kinai : Temps

Pour Joker,

Le plus intéressant des beaux-papas


Quand Kaz était rentré dans sa chambre, Inej était assise dans le grand fauteuil vert qui en ornait l'angle.

Si cela avait été n'importe qui d'autre, le voleur aurait tiré sans réfléchir sur l'intrus, ennemi ou allié – personne n'avait le droit de rentrer dans ses appartements. Personne, sauf Inej... Il se contenta donc de déposer le déguisement qu'il portait pour enfiler sa veste. Ce ne fut que lorsqu'il sentit le tissu habituel qu'il s'adressa à la suli, restée silencieuse :

- Tu es arrivée quand ?

- Un peu plus tôt dans la soirée. Où tu étais ?

- Chez divers Mercuriens.

Parce qu'elle le connaissait que trop bien, Inej comprit qu'il n'y était pas allé pour discuter affaires.

- C'est Noël, dit-elle avec un ton de reproche. Tu ne peux pas voler cette nuit-là.

- C'est justement parce que c'est Noël qu'il s'agit de la meilleure nuit. Personne n'est chez soi.

Il aurait voulu prononcer cette phrase avec verve et insolence, mais sa voix se brisa, ce que le Spectre perçu très bien.

- Kaz...

Il détestait quand elle prononçait son prénom de cette manière, comme si elle avait conscience de toutes ses failles, comme si elle connaissait son âme mieux que lui-même. Bien souvent, c'était le cas.

- Je croyais que tu avais accepté ma décision de partir, insista-t-elle.

- Bien sûr que je l'ai accepté. Je te rappelle que c'est moi qui t'ai offert ce bateau.

Sa voix était si cassante que lui-même eu du mal à la reconnaître. D'où venaient cette rancœur ? Dès qu'il avait rencontré Inej dans cette rue obscure, il avait eu l'instinct qu'elle ne resterait pas longtemps dans sa vie. La suli était comme le vent ; insaisissable, destinée à suivre les courants... Alors pourquoi le lui reprocher maintenant ?

- D'ailleurs, pourquoi être revenue ? N'es-tu pas mieux sans nous ?

- Je suis mieux sans vous, confirma Inej. Mais c'est Noël et... je voulais être avec les gens que j'aime.

- Tes parents...

- Ne sont pas toi, Kaz.

Elle avait fait cette aveu sans détourner le regard, l'air aussi fier que lorsqu'elle lui avait annoncé qu'elle ne voudrait que de lui s'il laissait tomber son armure. À l'époque, il avait fait semblant de ne pas comprendre où elle voulait en venir, tout comme il avait fait taire son cœur qui battait à son unisson. Aujourd'hui, le temps avait passé.

Il n'était peut-être pas en mesure de répondre à Inej ce qu'elle voulait entendre, mais il pouvait au moins lui dire quelque chose.

- Je suis heureux que tu sois là.

C'était un aveu qu'il n'aurait jamais pensé pouvoir faire mais, quand ces mots franchirent sa bouche, il eu l'impression que toute sa vie l'avait conduit à les prononcer.

En effet, en les entendant, Inej avait sourit.

- Alors viens près de moi. Tout ce que je veux pour Noël, c'est toi à mes côtés.

- Je ne peux pas. Je...

- Tu sais, fit-elle doucement remarquer, tu n'es pas le seul à ne pas apprécier d'être touché. Et pourtant, tu m'avais tenu la main ce jour-là. Tu t'en rappelles ?

Comment aurait-il pu oublier la chaleur de la main d'Inej ? Pour la première fois de sa vie, les eaux froides avaient été remplacées par de la vie.

- J'avais aimé que tu me tiennes la main, renchérit Inej. Cela avait repoussé un temps mes fantômes.

- Les miens aussi, concéda Kaz.

- Alors... pourquoi ne pas t'asseoir avec moi ? Je ne te demande pas de me toucher. Je veux juste... te retrouver.

Devant une telle invitation, d'autres auraient eu le réflexe d'enlever une couche de vêtement, peut-être même deux ou trois. Le voleur, lui, eu une réaction toute autre : il se saisit des déguisements qu'il n'avait pas encore rangé. Ce ne fut qu'une fois vêtu de quelques chemises de plus qu'il n'osa rejoindre le canapé.

Et là, après une légère hésitation, il réduisit la distance entre Inej et lui, jusqu'à ouvrir ses bras.

Sans un mot, la suli posa sa tête sur son épaule.

Ils demeurèrent ainsi plusieurs minutes, jusqu'à ce que leurs démons ne reviennent.

Mais quand ils se séparèrent, leur cœur était léger.

En ce soir de neige, ils avaient fait un grand pas.