J'espère que vous avez tous lu la note d'introduction... Et par pitié, ne lisez pas ça dans les transports en commun! ^^


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– À genoux !

Sur le vaste écran de télévision qui ornait le mur du salon, Draco observait les images que retransmettait la caméra infra-rouge. Il ne savait pas où était situé l'endroit qu'il voyait, il n'avait pas besoin de le savoir de toute façon. Tout ce qu'il devinait, c'était que cet endroit était une sorte de sas, un tampon entre le ici, l'intérieur de ce petit appartement cosy et chaleureux, et l'extérieur, la vie normale et quotidienne qui ne comptait plus une fois franchi ce sas.

Dans la pièce qu'il voyait, l'homme se déshabilla rapidement, mécaniquement, sans états-d'âme, ne gardant que la cagoule de tissu noir qui couvrait sa tête. Il ne savait pas s'il s'agissait d'un commandement, d'une habitude ou d'une nouveauté due à sa présence, mais l'homme était complètement masqué, la cagoule couvrant même l'intégralité de ses cheveux, et il ne pouvait deviner de son visage que deux trous pour les yeux et un autre pour la bouche.

Une fois complètement – et superbement ! – nu, l'homme se mit à genoux sur le sol comme ordonné, les cuisses dressées, le dos droit et replia ses bras en arrière pour croiser ses mains sur sa nuque. Avec une moue appréciative et un léger sourire, Draco détailla ce corps dévoilé en toute impudeur, le torse puissant, les épaules tout aussi musclées que les cuisses, le ventre délicieusement creusé, et juste en-dessous, un sexe légèrement gonflé et fascinant de beauté.

Dans la pièce lointaine, un objet sombre apparut brusquement sur une table basse et la voix impersonnelle résonna à nouveau.

– En mettant ce collier, tu t'engages à accepter la séance qui va suivre conformément aux règles du contrat et tu ne pourras pas y mettre fin, excepté aux conditions déjà prévues. Acceptes-tu ?

L'homme ne répondit pas mais il prit le collier devant lui et vint le boucler autour de son cou avec des gestes assurés. Puis, toujours agenouillé, il fouilla dans ses vêtements, attrapa un petit objet qu'il garda dans sa main et reprit sa position, les mains croisées derrière la tête.

– Le portoloin se déclenchera quand le Maître le jugera bon.

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– Alors ? Qu'en penses-tu ? demanda Tomas en posant un bras sur le dossier du canapé et en se tournant à demi vers lui.

Un fin sourire ornait ses lèvres, précieux, presque ironique, et Draco le lui rendit immédiatement.

– Il est délicieux.

Tomas éclata d'un rire bref et joyeux, satisfait de la convoitise qu'il devait lire dans ses yeux.

– Et tu n'as rien vu !

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Le portoloin ne mit qu'une dizaine de minutes à se déclencher, pendant lesquelles Tomas leur servit une coupe de champagne pour patienter.

– Je ne le fais pas attendre trop longtemps sinon nous n'aurons pas le temps de grand-chose, confia-t-il à Draco avec une pointe de regret.

Sur l'écran, l'homme n'avait pas bougé, strictement immobile hormis sa respiration et son sexe, un peu plus gonflé qu'auparavant.

Et puis brusquement, il fut là, à genoux sur le tapis près de l'entrée, tout aussi immobile malgré le transplanage, et encore plus délicieux vu d'aussi près. Son sexe avait tressauté sous l'excitation soudaine de commencer enfin, mais ce mouvement involontaire ne comptait pas. Draco remarqua malgré tout une légère crispation quand l'homme remarqua qu'il y avait une troisième personne dans la pièce mais il se tut.

– Lève-toi, ordonna Tomas. Va poser ton téléphone sur la table et rejoins-nous ici.

L'homme obéit sans un mot et alla poser l'objet qu'il tenait dans sa main avant de revenir s'agenouiller devant eux. Sous sa propre cagoule qu'il avait revêtue avant le transplanage, Draco leva un sourcil interrogatif à l'intention de Tomas mais celui-ci l'ignora superbement. Les explications viendraient sans doute plus tard…

Vu d'encore plus près, l'homme était superbe et Draco sentit son propre sexe commencer à réagir dans son pantalon. Les muscles du torse et du ventre semblaient appeler sa main pour en éprouver la fermeté et il aurait volontiers fait courir sa langue sur l'ensemble de son corps, mais il se doutait bien que ce n'était pas tout à fait dans les pratiques de Tomas.

– As-tu obéi aux règles, toute cette semaine ?

– Oui, Maître.

– Pas d'orgasme, pas de masturbation ?

– Non, Maître.

– Bien… Je sais que cela ne figure pas dans le contrat que nous avons institué, mais tu sais que j'ai invité un ami à dîner ce soir.

Depuis qu'il était apparu, l'homme gardait le regard complètement baissé, au point que ses yeux paraissaient presque clos, et sa bouche le resta tout autant.

– Accepteras-tu qu'il te touche ?

– Non, Maître.

– Accepteras-tu qu'il regarde ?

– Non, Maître.

Tomas secoua la tête, l'air légèrement déçu, mais il ne commenta pas le refus de l'homme.

– Es-tu venu comme je te l'avais demandé ?

– Oui, Maître.

– Bien. Tourne-toi et penche-toi que je voie ça.

Immédiatement, l'homme pivota sur ses genoux jusqu'à leur tourner le dos puis s'inclina vers l'avant, posant ses coudes et son front sur le sol.

Aussitôt, au milieu de cette position impudique et humiliante, au milieu de ces fesses imberbes et écartées devant eux, l'objet sauta aux yeux de Draco. Un plug de toute évidence, presque un bijou, irisé de lumière et capturé au sein de ce corps depuis sans doute un long moment avant d'apparaître sous le regard de la caméra. Tomas avait même dû lui ordonner de le mettre avant de partir de chez lui…

– Bien. C'est joli mais pas assez gros, certainement. Maintenant que tu n'as plus besoin de marcher, tu peux supporter davantage, n'est-ce pas ?

– Oui, Maître.

Gracieusement, Tomas se leva et s'approcha des fesses relevées de l'homme avant d'extraire le plug et de dévoiler un anus palpitant. Puis il s'éloigna vers le buffet du salon et revint quelques instants plus tard avec un plug bien plus gros qui fit grimacer Draco. Celui-là devait faire au moins six centimètres de diamètre et il n'aurait pas aimé être à la place de l'homme à genoux par terre.

Avec un peu de lubrifiant, le plug fit pourtant son chemin entre les fesses et dans ce corps sans un son et sans un gémissement.

– À genoux !

L'homme se redressa et pivota pour leur faire face, dressé sur ses cuisses, le regard toujours baissé vers le sol et les mains sur sa nuque.

– Bien. Nous allons sortir pour dîner pendant que tu vas rester là, en position d'attente et sans bouger. As-tu compris ?

– Oui, Maître.

À travers les orifices de la cagoule, seules les lèvres bougeaient, humides et rosées. Les paupières, elles, restaient obstinément baissées. Satisfait, Tomas posa une main fugace sur la tête encagoulée et s'éloigna pour prendre son manteau.

– Allons-y…

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Attablé au restaurant devant un verre de vin, Draco gloussa en songeant à la mise en scène dont il venait d'être témoin.

– Tout ça pour ça !

Tomas but une gorgée de vin puis reposa son verre, son fin et éternel sourire moqueur sur les lèvres.

– Tu comprendras mes raisons plus tard…

– Quand même ! Le faire venir et finalement le laisser planté là et ne rien en faire ! C'est presque un péché !

– Je ne l'ai pas fait venir, répondit Tomas songeur. Du moins… C'est prévu ainsi. C'est sa séance. Tous les vendredis soirs, de vingt heures à minuit. Et une fois par mois, la séance dure toute la nuit. Nous avons un contrat un peu… particulier.

– C'est-à-dire ? fit Draco sans dissimuler sa curiosité.

– Il a voulu beaucoup de règles pour imposer sa sécurité… Aucune scène publique, aucun regard extérieur, des conditions particulières… Mais à l'intérieur, il abandonne tout.

– D'où les cagoules et le sortilège pour modifier ma voix ? ricana Draco en faisant danser son verre de vin.

– Oui. Ni l'un, ni l'autre, vous ne saurez qui vous êtes…

– Nous nous connaissons ? fit-il intrigué.

– Je ne sais pas. Mais parfois le monde est singulièrement petit…

Bien qu'étrange, leur dîner fut joyeux, léger, et les mots de Tomas tournaient avec ivresse dans sa tête. Draco se demandait bien ce que recouvrait ce tout que l'homme abandonnait à l'intérieur, mais il ne voulait pas poser de questions. Quelque chose lui disait qu'il saurait cela assez vite et il ne voulait pas prêter le flanc aux moqueries de Tomas avec sa curiosité.

Mais au bout d'un moment, Tomas se mit à regarder régulièrement sa montre en fronçant les sourcils et Draco se permit à son tour un sourire ironique.

– En réalité, tu le fais languir pour qu'il accepte ma présence…

– Il y viendra de toute façon.

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Il était près de vingt-trois heures trente quand ils retournèrent à l'appartement, et si la séance s'arrêtait bien à minuit comme l'avait dit Tomas, Draco ne pouvait s'empêcher de penser que c'était du gâchis.

L'homme était pourtant toujours là, dans la même position d'attente, à genoux, dressé sur ses cuisses, le dos droit et les mains derrière la nuque. Les paupières baissées au point de paraître dormir. La peau hérissée mais les poils sous ses aisselles humides de sueur. Les muscles de ses cuisses crispés et tendus.

Tomas posa son manteau et vint se placer debout devant l'homme, le dominant de toute sa stature.

– As-tu froid ?

– Oui, Maître.

– As-tu mal ?

– Oui, Maître.

– À quel endroit ?

– Les genoux. Les cuisses. Les épaules, Maître.

– À quel niveau ?

– Trois sur dix, Maître.

– Ton téléphone a-t-il sonné ?

– Non, Maître.

– As-tu bougé, pendant tout ce temps ?

– Non, Maître.

– As-tu parlé ou fait un bruit ?

Draco, resté en retrait et dissimulé par sa cagoule, vit la bouche de l'homme grimacer légèrement.

– J'ai éternué, Maître.

Il retint un sourire amusé mais le visage sévère de Tomas ne prenait pas cette réponse avec autant d'indulgence.

– Tu sais donc ce qui t'attend.

Ce n'était pas une question et l'homme ne répondit pas, se contentant d'attendre l'ordre suivant.

– Lève-toi et va t'installer à plat ventre sur la table.

Les secondes suivantes furent pénibles à observer. Ankylosé par plus de trois heures dans la même position, les muscles tétanisés, l'homme se leva péniblement, obligé de s'appuyer sur le canapé pour y parvenir et les jambes tremblantes comme des brindilles. Il titubait en s'avançant jusqu'à la table de la salle à manger et ce fut presque avec soulagement qu'il se pencha pour y allonger son torse.

– Écarte les jambes.

L'homme écarta un peu ses pieds, tentant de se stabiliser sur le sol malgré la douleur de ses membres. Entre ses fesses, Draco aperçut brusquement le sommet du plug dont il avait oublié l'existence et grimaça de compassion.

– Je te laisse le choix de l'instrument…

Devant le silence de l'homme, Tomas leva les yeux au ciel et maugréa :

– Permission de parler…

– La baguette de rotin, Maître.

Avec un sourire en coin, Tomas partit chercher son instrument de punition tandis que Draco grimaçait à nouveau. Il aimait bien infliger cette douleur-là, mais il se souvenait aussi très bien que Tomas savait en faire un usage plus que cinglant.

– Acceptes-tu que mon ami te touche ? demanda-t-il à son retour.

– Non, Maître.

– Tu ne sais pas ce que tu perds… Acceptes-tu qu'il regarde ?

Un instant, Draco sentit l'hésitation puis la réponse vint :

– Comme il vous plaira, Maître.

Sans comprendre pourquoi, il percevait dans l'atmosphère une résignation mêlée d'un sentiment d'urgence puis il vit Tomas jeter un œil sur sa montre et froncer les sourcils. Le temps filait et quelque chose lui disait que l'heure de l'échéance devait être respectée.

Le premier coup cingla les fesses immaculées, claquant sur la peau comme il avait sifflé dans l'air, et hormis un bref ressaut, l'homme ne broncha pas. Mais à travers l'échancrure de la cagoule, Draco le vit se mordre la lèvre pour ne pas gémir ou crier.

Et à coup sûr, lui il aurait crié. Voire même pleuré, tant Tomas frappait fort et laissait peu de répit entre les coups… Mais l'homme se contenait, les paupières closes, les jambes tremblantes et les fesses zébrées de rubans rouges.

Draco ne sut pas combien de fois la baguette de rotin tomba sur la peau nue, il avait oublié de compter, mais il y eut au moins une trentaine de coups, secs et sévères, puis le sifflement de la baguette s'interrompit et Tomas passa sa main sur les fesses marquées à vif. L'homme reprit une respiration syncopée, à la limite du sanglot muet, et se mit à trembler de plus belle.

– Position de repos…

Immédiatement, et avec un soulagement évident, l'homme recula et se remit à genoux, mais assis sur ses talons cette fois-ci, les mains sur ses cuisses et les paupières toujours baissées.

– C'est bien, murmura Tomas en passant la main sur sa tête. Comment te sens-tu ?

– Bien, Maître, répondit l'homme même si sa voix tremblait légèrement.

– Veux-tu aller boire un verre d'eau ?

– Non, Maître.

– Est-ce que ça va aller pour rentrer chez toi ?

– Oui, Maître.

– Bien, fit Tomas en caressant à nouveau la tête encagoulée. Le portoloin va s'activer dans une minute. Je veux que tu gardes le plug jusqu'à ce que tu rentres chez toi et même jusqu'à demain matin. Et tu le porteras aussi pour venir à la prochaine séance. Mais je veux aussi que tu prennes ton temps pour te rhabiller et partir. Tu peux rester un moment dans le vestibule si tu as besoin de te reposer. Et si tu as besoin, tu appelles; je te verrai par la caméra… Tu as compris ?

Tomas prit l'homme par la mâchoire et l'obligea à lever la tête jusqu'à croiser son regard mais il gardait consciencieusement les paupières baissées. Puis il le relâcha et sa main glissa le long de la joue en une curieuse caresse.

– Oui, Maître.

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– Alors ? Qu'en as-tu pensé ? l'interrogea Tomas avec son sourire fielleux.

– Un éternuement ?! ricana Draco. Tu as vraiment trouvé n'importe quel prétexte pour le punir !

Tomas s'installa dans le canapé, un bras sur le dossier, et tapota sur le coussin pour l'inviter à s'asseoir.

– Je ne pouvais décemment pas le laisser partir sans lui donner de quoi tenir jusqu'à la semaine prochaine !

Peu désireux de s'approcher trop près de Tomas, Draco s'appuya de l'épaule contre le mur du salon et croisa les bras sur son torse.

– De quoi tenir ? C'est comme ça que tu le vois ?

– C'est comme ça que lui, il le voit. Il a besoin de sa dose chaque semaine; c'est sa petite soupape pour affronter le reste de sa vie, peu importe ce qu'elle est, fit Tomas en haussant les épaules. Mais ce soir, il a eu si peu qu'il reviendra encore plus soumis la semaine prochaine. Tu viendras également ?

Son sourire était si calculateur que Draco en soupira intérieurement. Mais l'offre était alléchante et même s'il ne la donnerait pas ce soir, il savait déjà quelle serait sa réponse.

– N'est-ce pas un peu du chantage déguisé pour lui faire accepter ma présence… ? Sortir dîner dehors pour le punir d'avoir refusé que je le touche ? Lui donner si peu pour l'obliger à me tolérer la semaine prochaine… ?

– Chut… Ne m'oblige pas à assumer ma mauvaise conscience, ricana Tomas. Je ne le fais que pour accélérer les choses… Une fois qu'il aura accepté ta présence, nous pourrons revenir à des séances « normales ».

Draco secoua ironiquement la tête devant ce mot inapproprié au possible.

– Restes-tu cette nuit ? proposa Tomas avec un sourire enjôleur.

– Non. J'ai d'autres choses à faire et je ne tiens pas à faire les frais de ta frustration ! ricana Draco en récupérant son manteau.

Dans le vestibule filmé par la caméra de sécurité, l'homme était déjà parti et Draco comptait bien en faire de même. Il avait lui aussi besoin de s'occuper de sa propre frustration.

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Dès le lendemain, la vie de Draco reprit son cours, intense et laborieuse, à mille lieues de cette soirée si particulière. Des rendez-vous en pagaille, des recherches interminables dans des livres hors d'âge, des expériences à surveiller des heures durant… et quelque part, trottant dans un coin de sa tête, le souvenir du corps de cet homme et de ses fesses marquées de coups.

Il savait Tomas davantage attaché à la soumission et à la discipline, et rien que ce supplice de rester trois heures durant à genoux et sans bouger le faisait grincer des dents. Mais lui, il aimait davantage la chair, les corps, les jeux sexuels et le plaisir… Et repartir ce soir-là sans qu'aucun corps ne se soit touché, hormis pour de la souffrance, l'avait laissé sur une sensation d'inachevé frustrante.

Et mine de rien, il attendait avec impatience le vendredi suivant.

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Tomas lui avait spécifié d'être là avant vingt heures et il le fut; presque en avance et son sourire trop ironique l'avait bien deviné.

Sur l'écran de télévision, le vestibule était encore vide et sombre, mais il ne fallut que quelques minutes pour que l'homme apparaisse, en avance lui aussi, et sa cagoule déjà sur la tête. D'un sortilège, il scella la porte vers l'extérieur puis posa sa baguette et se déshabilla rapidement jusqu'à se retrouver nu, son téléphone portable dans la main.

– À genoux ! fit la voix impersonnelle dans le vestibule.

– Pourquoi son téléphone ? demanda Draco en tournant un regard intrigué vers Tomas.

– Il a besoin de rester joignable, fit-il en haussant les épaules. Ne me demande pas pour quelle raison, je n'en sais rien. C'était une de ses conditions… Mais c'est seulement en cas d'urgence absolue. Ceci dit, en deux ans il n'a jamais sonné.

Draco esquissa une moue dubitative. Le mélange des genres était déjà surprenant en soi : l'homme était un sorcier mais qui utilisait un téléphone portable. Ce n'était pas monnaie courante.

Sur l'écran, l'homme était déjà en position d'attente, dressé sur ses genoux, son portable dans sa main, et il avait déjà revêtu le large collier de cuir. Et sa fébrilité se voyait jusqu'à son érection bien plus franche que la semaine passée.

– Il paraît plutôt impatient, ce soir ! ricana Tomas.

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À peine arrivé, il ordonna à l'homme de s'approcher près du canapé où ils étaient installés.

– Comme tu le vois, mon ami est encore là ce soir et il le sera sans doute aussi la semaine prochaine… Acceptes-tu qu'il te touche ?

– Non, Maître.

– Accepteras-tu qu'il regarde ?

Et la voix de Tomas comprenait une nuance infime de menace.

Mais cette fois, l'homme semblait s'attendre à la question, comme s'il avait senti le piège et qu'il y avait réfléchi toute la semaine.

– Oui, Maître.

Dissimulé sous sa propre cagoule, Draco sourit imperceptiblement. Tomas n'avait pas eu besoin de marchander beaucoup pour obtenir ce qu'il voulait… Il aurait préféré toucher, mais voir lui suffisait pour l'instant. Et s'ils agissaient habilement et avec suffisamment de respect, ce serait la prochaine étape.

Tomas débuta alors son inspection en règle et l'interrogatoire recommença comme la fois précédente. Les réponses étaient invariablement celles attendues; même le plug était en place comme Tomas l'avait ordonné et Draco sourit en voyant, lové entre les fesses humides de lubrifiant, le talon qui servait à le maintenir. Il savait aussi très bien la taille de ce qui se cachait à l'intérieur...

– Bien. As-tu mangé avant de venir ?

– Non, Maître.

– Ce soir, nous dînerons ici. Je veux que tu mettes la table et que tu ailles préparer le repas. Tu trouveras des plats du traiteur dans le frigo. Va.

Tandis qu'ils buvaient tranquillement leur verre de vin avant le dîner, l'homme s'activa en cuisine, aussi silencieusement qu'il lui était possible, et ce n'était de toute évidence pas la première fois qu'il y mettait les pieds. Il connaissait les placards, les rangements et en une poignée de minutes, la table et le repas furent prêts.

Tomas se leva et invita Draco à le suivre tandis que l'homme, en position d'attente, à genoux et mains derrière la tête, patientait déjà près de la chaise du maître de maison. Il resta là pendant tout le repas, silencieux et immobile, devenu presque invisible tandis qu'ils discutaient de voyages et de vieux souvenirs.

Malgré son insouciance apparente, Draco surveillait ses propos et faisait attention à ne pas trop en dire et ne pas se dévoiler. Il ne savait pas qui était cet homme-là et il ne voulait surtout pas être découvert. Apprécier le repas avec sa cagoule n'était d'ailleurs pas simple, mais il fallait bien s'en contenter.

– As-tu faim ? demanda Tomas alors qu'ils avaient presque fini leurs assiettes.

– Oui, Maître.

Du bout de sa fourchette, Tomas piqua un morceau de carotte dans le plat et le lui fit manger. Il continua avec quelques morceaux de plus et Draco sourit discrètement. Il n'appréciait pas plus que cela ce genre de soumission mais ce côté maternant l'émoustillait toujours un peu.

Même si personnellement, il aurait préféré mettre autre chose entre les lèvres de cet homme…

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Le repas terminé, Tomas lui fit débarrasser la table et faire la vaisselle, puis l'homme revint près d'eux en position d'attente tandis qu'ils buvaient un café.

Sans bouder son plaisir, Draco l'observait attentivement. Sa position était parfaite, les cuisses contractées dans l'immobilité, les tétons érigés par la fraîcheur, la posture droite, le regard irrémédiablement baissé… Même son sexe qui avait perdu toute excitation depuis bien longtemps, semblait parfait dans ses proportions et son fourreau bien lisse, impassible au milieu d'un pubis épilé à la perfection. Tomas avait toujours poussé ses exigences jusque dans les moindres détails…

– Bien. Je suis satisfait de toi, ce soir. Tu auras ta récompense bientôt… Pour l'instant, tu vas te mettre à quatre pattes. Approche, tu vas servir de repose-pieds à mon ami.

Sans un mot et malgré un léger tremblement quand ses bras endoloris revinrent vers l'avant, l'homme se mit dans la position demandée.

Draco sourit discrètement; si Tomas décidait de le faire intervenir, il n'allait pas se priver de jouer un peu lui aussi. D'un coup de talon, il retira ses chaussures et fit glisser ses chaussettes jusqu'à les entortiller sur ses chevilles, puis il présenta ses pieds devant le visage de l'homme devant lui.

– Obéis, ordonna Tomas d'une voix rauque.

Penchant légèrement la tête, l'homme attrapa entre ses dents l'extrémité de chaque chaussette et tira jusqu'à les lui enlever. Avec jubilation, Draco put enfin poser ses pieds nus sur le dos de l'homme et croiser ses chevilles d'une manière nonchalante. Il avait toujours aimé être pieds nus et il n'avait surtout pas oublié que Tomas avait un léger fétichisme pour les pieds.

Et l'effet ne fut pas long, car malgré la pénombre dans laquelle il avait plongé la pièce, et malgré le film qu'il avait lancé pour s'occuper l'esprit, Tomas finit par déboucler la ceinture de son pantalon et ordonna :

– Viens ici. Suce-moi.

Draco n'était pas mécontent de revenir à un aspect plus sexuel, et il n'était sans doute pas le seul, car le sexe de l'homme avait repris une rapide vigueur. Il suçait avec application et gourmandise, et même Tomas grognait de temps en temps son plaisir en fermant les yeux. Le spectacle était fort sympathique et Draco sentait bien son propre corps réagir avec envie, mais il se refusa à se toucher. Il était hors de question d'admettre devant Tomas l'effet que cela avait sur lui.

– Arrête ! Va t'installer là-bas et attends.

Frustré de devoir différer son plaisir, Tomas prit sa baguette et fit disparaître la table et les chaises où ils avaient dîné, laissant un grand espace vide à l'autre bout du salon. Il s'approcha de l'homme et lui lia les poignets ensemble à l'aide d'une corde qu'il fit passer dans un anneau de métal apparu au plafond. Il fit ensuite coulisser la corde pour la mettre en traction jusqu'à ce que l'homme soit sur la pointe des orteils. Puis de la même manière, il noua une fine cordelette autour de son sexe à présent fièrement dressé et de ses testicules et fixa le tout en traction.

Draco finit par se lever et s'approcher, le regard appréciateur. Il n'avait – malheureusement – pas le droit de toucher, mais il n'allait pas se priver de regarder dans les moindres détails. Ainsi presque suspendu, l'homme était splendide, insignifiant dans ses possibilités, mais immense et puissant. Les muscles soulignés par la posture, le corps légèrement humide de sueur et d'excitation, le sexe tendu et violacé et les yeux clos dans l'attente. Draco pouvait presque sentir son impatience à ce qu'il considérait comme sa récompense, visiblement davantage que d'avoir pu sucer son Maître.

Tomas revint de sa courte absence avec un single tail qui fit à nouveau grimacer Draco. Décidément, certaines pratiques ne lui manquaient pas du tout !

Sans attendre, le cuir frappa la peau dans un léger claquement et l'homme s'affaissa un peu sur lui-même dans un soulagement évident. Malgré la traction sur ses poignets, malgré celle sur son sexe, il semblait enfin apaisé et ses geignements à chaque coup ressemblaient à des gémissements d'extase.

Tomas était toujours aussi doué au maniement du fouet et bientôt le dos et les fesses de l'homme furent parsemées de fines lignes rougeâtres qui s'entrecroisaient élégamment. Au bout d'un nombre de coups que Draco n'avait pas comptés mais qui se chiffraient en dizaines, Tomas se présenta devant l'homme et le poussa au niveau du torse pour le déséquilibrer doucement.

Le geignement échappé sous la traction brutale remua une grosse quantité de sang vers son bas-ventre mais Draco s'efforça de rester imperturbable. Son temps viendrait plus tard, même s'il rêvait déjà de venir lécher les traces rouges qui parsemaient ce dos supplicié.

– Comment tu te sens ?

– Bien, Maître.

Et c'était d'une évidence à couper le souffle. La douleur était une punition mais aussi une récompense, et ces mots à peine soufflés mais qui exprimaient tant de soulagement l'émurent plus que de raison.

– Quelle douleur ?

– Quatre sur dix, Maître.

Les coups reprirent, encore nombreux mais un peu plus mesurés, et sur ce visage dont Draco ne devinait sous la cagoule que les yeux clos et les lèvres entrouvertes, il lui semblait presque voir flotter un léger sourire.

– Bien, fit Tomas en passant une main sur le dos meurtri. Position de repos…

À peine détaché, l'homme s'affaissa sur ses talons, la tête penchée vers l'avant et le corps tremblant. Tomas le laissa souffler quelques instants, le temps de ranger le fouet puis il revint devant lui et présenta son sexe à ses lèvres.

– Finis-moi.

Et il ne fallut pas très longtemps à cela.

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– Tu peux aller dans la salle de bains et te relaxer un peu. Et enlève le plug. Tu peux boire, aussi…

Tandis que l'homme se relevait péniblement et s'éloignait, Draco songea que depuis son arrivée, l'homme n'avait rien bu et à peine mangé. Ce n'était pas grand-chose en soi, mais le contrôle absolu qu'exerçait Tomas sur ce genre de détails le mettait parfois mal-à-l'aise.

Et il était assez perdu dans ses pensées pour ne pas voir Tomas s'approcher de lui et plaquer une main conquérante sur son entrejambe. Avec un sourire narquois, il apprécia la fermeté de son érection puis partit s'asseoir dans le canapé sans un mot de plus. Draco secoua la tête avec un sourire en coin et le rejoignit.

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– Alors ? Que penses-tu de ma créature après cette deuxième séance ? demanda Tomas à peine l'homme parti.

– Il est bien dressé, reconnut Draco. Il a l'air d'être un parfait petit soumis, il mange à ta botte, il suce apparemment bien et il te lécherait les pieds même si tu avais marché dans la boue… Et il a l'air d'avoir apprécié ce que tu lui as donné ce soir.

– Oui, ricana Tomas. C'est un vrai masochiste, mais il accepte aussi tout le reste tant qu'il a sa dose de fouet ou de canne.

– Pourtant tu m'as dit qu'il avait posé beaucoup de restrictions.

– Oui, mais des restrictions un peu surprenantes comme la présence de son téléphone ou les horaires stricts…

– Quoi d'autre ? fit Draco en attrapant ses chaussettes qui traînaient encore sur le tapis.

– Que tout se passe à l'intérieur de l'appartement; aucune photo ni vidéo; ne pas lui faire boire d'alcool ou de potions; aucune marque apparente en étant habillé et pas de marques définitives…

– Il a une vie à l'extérieur, comme beaucoup d'entre nous, avança Draco avec évidence. Je n'y vois rien d'étonnant.

– Il veut vraiment une discrétion absolue…

– Il est connu ? fit Draco avec un petit sourire. Tu sais qui il est, n'est-ce pas ?

– Bien sûr, reconnut Tomas avec jubilation. Mais je ne pourrais même pas te le dire : je suis sous Serment…

Draco haussa un sourcil intrigué, véritablement surpris cette fois, et entreprit de remettre ses chaussettes pour cacher son trouble.

– Tu reviens vendredi prochain ? susurra Tomas et sa voix avait le venin d'un serpent.

– Tu as piqué ma curiosité…

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ooOOoo

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La porte s'ouvrit d'un sortilège devant Draco, le laissant pénétrer dans l'appartement où Tomas l'attendait déjà sur le canapé.

– Tu as failli être en retard ! ricana-t-il. Il est plus ponctuel que toi…

– Des trucs à finir absolument avant le week-end, grommela Draco en posant sa veste légère dans l'entrée.

Tant qu'il y était, il retira aussi ses chaussures et ses chaussettes. Après l'interlude charmant de la semaine dernière, il n'allait pas se priver de ce petit plaisir ! Tomas grogna en le voyant arriver pieds nus mais il détourna rapidement le regard vers l'écran de télévision.

L'homme était déjà dans le vestibule, revêtu du large collier de cuir et de sa cagoule, à genoux et son portable dans la main. Toute la semaine, Draco s'était creusé la tête pour imaginer qui, parmi les personnalités du monde sorcier, était capable de venir chercher ce genre de plaisir sous le sceau du secret. En vain, bien évidemment. Mais tous les matins, feuilleter les journaux ou les magazines et rêver à ces têtes connues à genoux devant Tomas avait illuminé ses petits-déjeuners.

– Il est là depuis longtemps ? demanda Draco en s'asseyant sur le canapé.

– Une bonne dizaine de minutes… La porte du vestibule est ouverte entre dix-neuf heures trente et vingt heures; il peut venir en avance ou juste à l'heure. Mais une fois qu'il a mis le collier, c'est moi qui décide quand le portoloin se déclenche. Parfois tout de suite, parfois… je traîne un peu, sourit Tomas.

– Le plaisir de l'attente…

– Il aime ça, affirma Tomas en désignant du menton l'écran où l'homme affichait une belle érection.

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– Accepteras-tu que mon ami te touche aujourd'hui ?

– Non, Maître.

– Bon…, fit Tomas avec une pointe de déception.

Debout, il faisait lentement le tour de l'homme agenouillé sur le tapis devant eux pour son habituelle inspection.

– As-tu mangé avant de venir ?

– Non, Maître.

Tomas posa ses doigts sur les lèvres de l'homme qui ouvrit aussitôt la bouche, puis il les glissa loin au fond, vers l'entrée de la gorge, provoquant un haut-le-cœur soudain qui excita brusquement Draco. Bon sang ! Ce genre de bruit lui faisait toujours un effet dingue et le désir parcourut son corps en vagues successives.

Après un mouvement réflexe pour se pencher vers l'avant, l'homme s'était redressé et avait repris sa position.

– Pas d'orgasme, pas de masturbation, cette semaine ?

– Non, Maître.

– Tu ne t'es pas touché ?

– Non, Maître…

La voix de l'homme fut moins ferme, moins assurée que d'habitude et Tomas releva aussitôt le changement.

– Mais… ?

– J'ai eu une érection nocturne, Maître.

À travers les minces orifices de la cagoule, Draco put deviner les paupières de l'homme se fermer complètement et son effort pour déglutir fut visible.

– Tu sais ce que ça veut dire ?

– Oui, Maître, répondit l'homme en baissant imperceptiblement la tête.

Tomas se leva pour se diriger vers le buffet contenant ses instruments en tout genre et revint en jetant un objet à terre près du canapé. Draco haussa un sourcil puis reconnut une simple règle de bois mais d'un modèle ancien, ces petites règles carrées sur lesquelles on faisait s'agenouiller autrefois les élèves récalcitrants. Et l'homme devait bien savoir quelle était la punition car il se déplaça légèrement sur ses genoux jusqu'à venir se mettre en position d'attente par-dessus la règle. Draco en avait mal pour lui.

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La punition durait déjà depuis une bonne heure. Tomas regardait le film sur l'écran en se désintéressant complètement du reste, mais Draco, lui, observait l'homme : le tremblement infime de ses cuisses, sa façon de se mordre la lèvre de temps à autre, la sueur qui humidifiait lentement les poils de ses aisselles… Malgré son érection disparue, il était magnifique. Magnifique et immensément douloureux.

– Position de repos. Va dans la salle de bains. Tu as dix minutes pour faire ce que tu as à faire et te rafraîchir.

Le geignement au changement de position avait réveillé l'excitation de Draco et il regarda l'homme souffrir en silence en se levant pour obéir à Tomas.

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À son retour, une douce odeur de savon l'accompagnait. Tomas lui ordonna de se mettre à quatre pattes sur le tapis, enfila un gant en latex, et de ses doigts enduits de lubrifiant, il se mit à pénétrer et fouiller son anus. Il y enfonçait sans difficulté quatre doigts et toute la largeur de la paume de sa main… Un instant, Draco crut qu'il allait insister jusqu'à y enfouir son poing serré mais Tomas s'arrêta et partit chercher un plug aussi large que celui de la semaine passée. L'homme ne geignit même pas lorsqu'il trouva sa place en son sein.

En revanche, quand Tomas le fit se remettre à genoux pour se faire sucer, un grognement de plaisir lui échappa, bas et rauque et à peine perceptible, et Draco en sourit discrètement. Après la punition, retrouver l'attention de son Maître semblait une satisfaction et un soulagement.

Ses orteils nus frôlant la douceur du tapis, Draco se délectait du spectacle devant lui. Il ne cherchait même plus à cacher à Tomas son petit sourire ou la grosseur qui déformait son pantalon. Les bruits de succion, la salive qui coulait sur le menton de l'homme, ses haut-le-cœur quand Tomas baisait sa bouche avec virulence, ces punaises de sons humides et gargouillant d'un homme à la limite du vomissement… !

Tomas le faisait exprès bien sûr. Il savait qu'il adorait ça.

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Quand Tomas eut fini par jouir à même la cagoule et sur les paupières baissées de l'homme, il termina la séance par une série de coups de ceinture appuyés qui projetait à chaque fois sa victime consentante vers l'avant, à plat ventre sur le dessus de la table basse, avant de le renvoyer vers le vestibule.

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– Tu as l'air contrarié, dit Draco en faisant tourner son vin dans son verre.

Tomas roula des yeux, acheva de reboucler sa ceinture avant d'aller se poster devant la fenêtre pour regarder dehors.

– Je n'avais pas prévu de passer autant de temps de cette séance sur une punition.

– Les dures lois de la réalité, ricana Draco. Tu ne devrais pas te plaindre, tu as joui. Que devrais-je dire, moi ?

– Je peux t'aider pour ça, si tu veux, fit Tomas d'une voix mielleuse.

– Je te remercie, je préfère encore gérer ça moi-même pour l'instant.

Tomas leva les yeux au ciel puis vint s'asseoir à côté de lui.

– J'ai cherché, tu sais, fit Draco après une gorgée de vin. J'ai cherché qui il peut être… mais à part de vieux pervers libidineux du Ministère, je n'en vois aucun accepter de se soumettre ainsi. Et il n'a pas le corps d'un vieux pervers du Ministère… Il faut que je regarde un peu mieux du côté des sportifs, des joueurs de quidditch…

Avec son sempiternel sourire moqueur, Tomas était resté impassible, sans frémir à la moindre possibilité évoquée.

– Toi qui sais qui il est, pourquoi fait-il ça ?

– Comme je te l'ai dit, il veut se déconnecter de la réalité. Ces quatre heures sont sa soupape de sécurité chaque semaine. Il vient, il pose son cerveau dans le vestibule et il ne réfléchit plus à rien, il n'assume plus rien, il n'a plus de responsabilités, il se laisse porter par les ordres et la volonté d'un autre… Il a besoin de ce cadre hyper maîtrisé, où il a imposé toutes ses restrictions mais dans lequel il a une confiance absolue. Et une fois qu'il saute à pieds joints dans ce cadre, il peut enfin lâcher prise et s'abandonner complètement. Quoi que je lui fasse, et je lui ai déjà fait beaucoup…

Tomas s'interrompit, pensif ou plongé dans ses souvenirs.

– Tu sais que j'ai dû négocier longtemps qu'il accepte ta présence !

Et c'était dit comme si une faveur était due en retour mais Draco ne voulait pas rentrer dans ce petit jeu-là.

– Mais tu le baises des fois ?! fit-il en grimaçant.

Les fellations, soit mais ce corps offert que personne ne touchait hormis de la pointe d'un fouet ou d'une badine lui paraissait un énorme gâchis. Le manque de contact de ces soirées lui sautait aux yeux; du moins à sa conception des choses.

– Je l'utilise, nuança Tomas avec un sourire moqueur. Tu sais bien comment je suis.

– Tu l'embrasses, parfois ?

– Jamais ! répondit Tomas et il éclata de rire.

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– La prochaine séance dure toute la nuit, rappela Tomas tandis que Draco remettait ses chaussures. Tu prendras ton pyjama, chéri… ?

Draco sourit sous le ricanement moqueur.

– Le rose avec les petites fleurs ? Je savais que c'était ton préféré…

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ooOOoo

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Cette fois, Draco était à l'heure – il avait même acheté une bouteille de vin et un gâteau à la pâtisserie du coin –, mais l'homme l'était moins. Il ne pénétra dans le vestibule qu'une poignée de minutes avant l'échéance et se déshabilla rapidement tandis que la voix impersonnelle résonnait.

– À genoux ! En mettant ce collier, tu t'engages…

Draco coupa le son de l'écran avec la télécommande tandis que Tomas farfouillait dans la cuisine. Le discours était rébarbatif mais finalement, il aimait bien ce moment à observer l'homme sans qu'il ne soit encore avec eux. Un temps de déconnexion, où il posait peut-être son cerveau comme l'avait dit Tomas, mais qui représentait ce temps nécessaire pour se calmer après l'arrivée et le déshabillage rapide, pour se mettre en condition, pour se formater l'esprit… Aujourd'hui, l'excitation n'était pas encore là, mais ils avaient toute la nuit…

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En position d'attente, l'homme apparut au milieu du salon et Tomas, qui patientait près la fenêtre, jeta aussitôt un regard satisfait à son torse. Comme il l'avait sans doute ordonné, l'homme portait à chaque téton un de ces minuscules élastiques qui faisaient un mal de chien. Mais il ne semblait pas s'en plaindre et Draco trouvait le résultat esthétique plutôt attrayant. Ces tétons qui pointaient au milieu du torse, rouges, presque bruns à force d'être ainsi étranglés, étaient ravissants. Le frottement des vêtements jusqu'à pouvoir se déshabiller dans le vestibule avait dû être une vraie torture…

Mais Tomas avait changé de visage et la colère se lisait à présent sur ses traits, froide et acide comme un couperet qui allait tomber. Draco fronça les sourcils sans comprendre.

– Pourquoi n'es-tu pas épilé ?! cingla Tomas d'une voix polaire.

Sous la cagoule, la bouche de l'homme se pinça et se tordit en une grimace accablée tandis que sa peau blêmissait à vue d'œil.

Baissant les yeux, Draco remarqua enfin sur son pubis le léger duvet sombre d'une pilosité qui avait commencé à repousser et qu'il n'avait même pas remarqué. Pour lui, ce genre de détail comptait tellement peu… ce qui n'était pas le cas de Tomas.

Celui-ci attrapa l'homme par la mâchoire d'une poigne ferme et lui bascula la tête en arrière pour affronter son regard obstinément baissé.

– Je… Je n'ai pas eu le temps, Maître.

– Pas le temps ?!… Salazar ! Je me fous de tes pitoyables excuses ! Je ne t'impose pourtant pas beaucoup de règles à l'extérieur d'ici ! La chasteté. La propreté. Et de venir de temps en temps en portant un accessoire. Et même ça, tu n'es pas foutu de le respecter !

La main de Tomas relâcha la mâchoire et claqua sur la joue de l'homme qui tourna brusquement la tête sous la violence du coup.

Draco fronça les sourcils. Tomas semblait vraiment furieux et il savait de source sûre qu'il n'était jamais bon d'encourir sa colère. Il en avait fait l'amère expérience une ou deux fois et il en gardait un souvenir cuisant.

– Penche-toi !

Sans un mot de plus et sans même chercher à se défendre puisqu'il était sous une restriction permanente de parole, l'homme obéit et se pencha, le front posé sur ses avant-bras plaqués au sol et les fesses relevées. Tomas revint avec un long martinet en cuir noir, dont les fines lanières rendaient pourtant un bruit fort et sourd en frappant la peau. Il semblait lourd et puissant, et la douleur de l'impact devait être lourde aussi. Les coups plurent, longtemps, et Draco détourna rapidement le regard.

Ce genre de choses ne l'intéressait pas beaucoup. La douleur brute, massive, ne lui avait jamais semblé de grand intérêt. Il avait toujours eu dans l'idée de tirer les soumis vers le haut, de les élever, plutôt que de les écraser d'une punition trop sévère. Ce qui ne voulait pas dire que les punitions étaient inutiles, mais parfois un mot, une attitude suffisaient à marquer toute la réprobation et à les faire se sentir aussi mal qu'après une volée de coups.

Il ne voulait pas intervenir parce qu'il ne connaissait pas assez l'homme et ses attentes, ni les termes du contrat qui le liait à Tomas, mais il n'allait pas supporter ça éternellement…

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Fort heureusement, Tomas s'arrêta de lui-même mais il fallut pour cela que l'homme, après un coup plus puissant ou plus sévère que les autres, ne soit propulsé à plat ventre, submergé par la fatigue, l'épuisement, l'accumulation de douleur… Sa respiration haletante, geignante, faisait peine à entendre et son corps tremblait comme une feuille morte, malgré le soulagement évident de la fin des coups.

– Tu viens de sentir passer ma colère, fit sèchement Tomas. Maintenant, tu vas sentir passer la punition. À genoux !

Draco soupira en voyant l'homme se redresser péniblement, les muscles encore crispés de douleur. Son dos, et plus encore ses fesses, étaient marbrés d'un rouge sombre, soutenu, et par endroit, les marques de coups avaient laissé des hématomes immédiats.

Tomas était revenu de son buffet magique avec de nouveaux instruments et il le fit s'incliner juste assez pour lui installer un humbler avant de le faire se redresser à nouveau. D'un coup de baguette, Tomas ôta les élastiques autour des tétons puis il noua une fine cordelette autour du sexe mou qu'il attacha à deux pinces à seins japonaises. Et le gémissement étranglé de l'homme à la morsure de ses tétons déjà violacés retourna les sangs de Draco…

Évidemment, la cordelette était très courte. Et le humbler coincé derrière les cuisses tirait également les testicules de son côté. Et bien évidemment, Tomas ne voulait rien d'autre qu'une posture parfaite, droite, dressée, quand l'homme n'avait pour seule échappatoire à son supplice que de se pencher pour réduire la traction sur ses tétons et ses bourses… Et Draco sentit que cette punition-là allait durer.

Si ça n'avait tenu qu'à lui, il aurait touché, caressé, flatté, ce corps déjà meurtri. Il aurait accompagné la souffrance d'un peu de tendresse, d'un encouragement, d'un compliment. Il l'aurait laissé avoir mal mais il aurait léché les marques de coups, il aurait embrassé les hématomes, sucé ces tétons durcis de douleur… Il aurait remis un peu de plaisir au milieu de tout ça.

Mais Tomas aimait la discipline et la douleur brute, et à chaque fois que la posture s'avachissait un peu pour fuir la souffrance, il lançait un grand coup de baguette de rotin sur les fesses écarlates – ou sur les testicules Draco ne voyait pas bien ce qu'il visait – et l'homme se redressait d'un bond, étouffant un cri sanglotant dans sa gorge.

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Ils mangèrent des plats de traiteur indien devant un film quelconque, ils burent quelques verres de vin puis un café, ils eurent même le temps d'une partie d'échec que l'homme était toujours là, dans la même position de moins en moins maîtrisée et de plus en plus tremblante. Sa tête était baissée, ses coudes venaient presque devant son visage, les épaules rentrées comme pour se protéger et il se voûtait peu à peu comme un vieillard. Ses fesses étaient dans un état indescriptible de rougeur et d'hématome, et il semblait sur le point de céder d'un instant à l'autre.

N'en déplaise à sa fierté, Draco fit une ou deux erreurs volontaires pour abréger la partie d'échecs dans l'espoir de passer à autre chose. Et mine de rien, gagner parut ravir Tomas au point de lui rendre le sourire et un peu de magnanimité.

Il reprit sa baguette et ôta d'un tour de main tous les instruments qui torturaient son soumis, lui arrachant un nouveau gémissement éploré et épuisé.

– Tu as dix minutes dans la salle de bains et ensuite nous passerons à ta discipline habituelle.

Draco soupira discrètement. Il était plus de minuit, il commençait à être sérieusement fatigué et dix minutes lui paraissait un répit bien insuffisant par rapport à ce que l'homme venait de subir.

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– Je te laisse le choix de l'instrument. Permission de parler.

– Le paddle, Maître, fit une voix enrouée à force de cris retenus.

Le torse allongé sur la table de la salle à manger, l'homme n'en menait pas large. Il tenait à peine sur ses pieds, les jambes flageolantes et le souffle haché. Et par les échancrures de sa cagoule, Draco devinait une peau pâle et marquée de fatigue.

Évidemment, Tomas possédait toute une collection de paddle et il sortit de son buffet une version avec de légers reliefs métalliques qui firent un massacre sur les fesses déjà passablement abîmées. Cette fois, Draco ne se retint pas très longtemps et quand le sang commença à sourdre çà et là, il posa sa main sur le bras de Tomas.

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Aussi silencieusement que possible, Draco se faufila dans le salon et partit fouiller dans sa veste pour récupérer son paquet de cigarettes. En se retournant, il aperçut l'homme, surpris dans son sommeil près du canapé, se redresser et reprendre sa position d'attente. Évidemment, Tomas l'avait laissé dormir là, à même le sol, nu, sans un drap ni une couverture. Il tremblait des pieds à la tête…

– Pardon, fit Draco sans réfléchir. Je ne voulais pas te déranger. Je suis juste insomniaque… Recouche-toi…

Sur le balcon, la nuit était encore douce, même en étant nu; l'air sentait la canicule de la journée et il devait bien faire au moins vingt degrés… La cigarette grésilla quand il inspira la fumée, renvoyant une lueur rougeoyante dans l'obscurité parsemée des éclairages nocturnes de la ville.

Pensif, il songea à l'homme allongé dans le salon, à ce choix volontaire de remettre sa vie, ses décisions, son intégrité physique à quelqu'un d'autre pendant quelques heures. Il pouvait comprendre ce besoin de déconnexion, de fuite peut-être… mais à ce point… ? Au prix de cette souffrance-là, sans compensation physique, sans plaisir, sans douceur… ? Lui, il avait fini par y mettre un terme assez rapidement, ce qui ne l'avait pas empêché de trouver sa propre voie…

D'une pichenette, il envoya la cigarette s'écraser quelques mètres plus bas puis il rentra dans le salon. L'homme n'avait pas bougé, toujours à genoux, dressé sur ses cuisses et les mains derrière la tête. Toujours tremblant.

Draco partit dans la cuisine boire un verre d'eau puis le remplit à nouveau. Il le ramena dans le salon et le posa sur la table basse avant de s'accroupir près de l'homme immobile.

– Tu peux boire. J'en prends la responsabilité…

Sans déroger à sa restriction de paroles, l'homme secoua simplement la tête.

Délicatement, Draco posa une main sur la cagoule, là où se trouvait la joue de l'homme, et esquissa une caresse fugace.

– Désolé. Je sais que je ne dois pas te toucher…

L'homme secoua à nouveau la tête.

– Tu devrais dormir… Je ne sais pas à quelle heure se termine ta séance, mais tu ferais mieux de profiter de tout ce que tu peux pour te reposer…

Draco se releva et pointa sa baguette qu'il avait prise pour s'éclairer en traversant le salon. L'homme frissonna d'incertitude tandis qu'il lançait un sortilège de cicatrisation pour ses fesses et un sortilège de réchauffement.

– Dors, maintenant.

Dans la chambre, Tomas ronflait comme un loir. Draco retira sa propre cagoule, bien heureux d'avoir pensé à la mettre et se recoucha. Si l'homme était connu, il était possible qu'ils se soient déjà croisés et lui aussi, il tenait à sa réputation.

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Le lendemain matin, à son réveil, le verre était toujours sur la table basse – et toujours plein – mais Tomas ne fit aucun commentaire. Il semblait un peu plus magnanime, il lui donna même quelques morceaux de pain tandis que l'homme restait à genoux près de sa chaise, mais la menace de son mécontentement planait toujours.

Il fallut attendre la fin de la séance, peu avant huit heures du matin, pour qu'il lui accorde quelques mots.

– Bien. Tu as traversé ta punition avec courage et je suis satisfait de ça. Mais ne t'avise plus jamais de désobéir aux règles ou la punition sera plus sévère encore. Tu as compris ?

– Oui, Maître, répondit l'homme d'une voix étranglée en baissant la tête.

Tomas posa une main sur la cagoule, à l'arrière de la tête, puis sur sa nuque, et l'homme vint appuyer son front contre le ventre de son Maître, avec une respiration syncopée teintée de soulagement.

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ooOOoo

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Était-ce ce verre d'eau offert au beau milieu de la nuit qui changea la donne ? Ou bien ce sortilège de réchauffement pour que l'homme puisse dormir un peu plus paisiblement ? Draco n'en sut jamais rien, mais quand Tomas posa l'habituelle question, à la séance suivante, pour savoir s'il acceptait que Draco le touche, la réponse affirmative fut immédiate.

Avec un sourire ravi, Draco vint s'accroupir près de lui, une main sur la joue couverte par la cagoule et murmura :

– Je te promets que tu ne le regretteras pas…

Et il effleura les lèvres closes d'un baiser léger.

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Commença alors une autre façon de faire, un peu plus charnelle, un peu plus douce… Draco n'intervenait jamais dans les exigences de Tomas, dans ses séances de discipline, ni dans ses punitions, mais il y mettait un peu plus d'âme.

Des caresses pour récompenser l'endurance sous le fouet ou la baguette, un mot ici ou là pour complimenter la beauté d'une position ou d'un accessoire enfoui dans ce corps « magnifique… », ou bien un effleurement sur la tête de cette érection qui se laissait voir de plus en plus souvent.

Il fit également en sorte d'introduire d'autres types de jouets, que Tomas utilisait peu : des menottes, des harnais, des attaches de toutes sortes, et même des cordes… Pour Tomas, un corps n'était beau que soumis volontairement, sans contraintes, obéissant jusque dans la souffrance par pure autodiscipline. Obliger un soumis à garder une position douloureuse et l'observer lutter contre lui-même…

Mais Draco aimait embellir visuellement les corps. La cagoule et le collier, noirs sur cette peau pâle, n'étaient pas suffisants. À chaque séance, il y ajoutait des menottes de cuir aux poignets et aux chevilles, même si elles ne servaient pas à attacher; il l'ornait de cordes entrelacées qui glorifiaient les muscles; il lui faisait prendre des positions sublimes pour recevoir le fouet ou la badine. Et Tomas le regardait faire avec un œil amusé.

Et puis, peu à peu, il essayait de faire réagir l'homme. De lui tirer des soupirs, des gémissements plaintifs de désir, de le faire s'exprimer autrement que par des cris étranglés de douleur. À son goût, Tomas vivait trop dans le silence avec ses soumis : une restriction de paroles absolue, excepté s'il leur posait une question, presque aucun compliment, aucun commentaire, ils semblaient n'avoir même pas de noms… Que ce soit par un surnom, un diminutif affectueux ou insultant, l'homme n'était jamais désigné. Il n'était qu'un objet auquel Tomas ne donnait que des ordres directs et parfois des blâmes. Tout ça était trop « parfait », trop mécanique, trop déshumanisé.

Lui, il voulait ramener un peu de « vivant » au milieu de ces séances, et pas seulement par la souffrance. Il souhaitait un peu plus de spontanéité, du plaisir, de la chair douloureuse mais de la chair jouissante, un mal pour un bien…

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Ce soir-là, ils étaient dans le salon, il était tard et ils avaient encore toute la nuit devant eux. L'homme était à quatre pattes sur le tapis, devant eux, un crochet métallique dans l'anus relié à l'anneau de son collier par une chaîne courte. Très courte. Si courte que sa tête était relevée en arrière et son dos cambré au possible. Et régulièrement, Tomas s'amusait à poser ses pieds sur sa table basse humaine et sur cette chaîne, lui faisant creuser un peu plus le dos.

Et mine de rien, ce petit jeu avait excité Draco depuis le début, déformant son pantalon d'une grosseur audacieuse.

Au bout d'un moment, Tomas se leva pour aller se faire sucer, puis baiser cette bouche humide et bruyante, et qui ne pouvait se défausser. Les sons enfiévraient l'esprit de Draco, ces gargouillis de salive, ces haut-le-cœur, ces soubresauts instinctifs et ces bruits mouillés. Il faisait très chaud encore, ce soir. Il avait peut-être un peu bu, aussi…

Dans un grognement haletant, Tomas finit par jouir, sa main plaquée à l'arrière de la tête, et l'homme déglutit frénétiquement. Puis il joua mollement sur la cagoule, essuyant son sexe et parsemant son sperme, avant de se tourner avec un petit sourire.

– Va le sucer.

Ce n'était pas la première fois, mais c'était rare. Draco n'aimait pas vraiment montrer son plaisir devant Tomas; résurgence de vieux souvenirs, sans doute. Mais ce soir, il n'avait pu s'empêcher de se caresser un peu par-dessus son pantalon, et le désir était là…

Tant bien que mal, avec son crochet dans le cul et sa tête en arrière, l'homme s'approcha à genoux, les lèvres gonflées et encore humides, les bords de sa cagoule trempés de salive… Draco n'avait pas envie de faire d'effort; il se pencha juste le temps de décrocher la chaîne du collier pour lui laisser toute liberté de mouvement, et il s'affala en arrière dans le canapé.

Il le laissa même déboutonner son pantalon et sortir son érection déjà humide, et Merlin… c'était divinement bon. La tête en arrière sur le dossier du canapé, Draco ferma les yeux, le corps complètement relâché et le sexe tendu. L'homme suçait bien, très bien, et il en oublia même la présence de Tomas…

Il posa sa main sur la nuque de l'homme et la glissa sur ses épaules. La peau était douce, et chaude… Soyeuse. « Stop… » murmura-t-il quand le plaisir fut trop proche, et docilement, l'homme s'interrompit et releva la tête. Draco passa lentement ses doigts sur les lèvres humides, pénétrant cette bouche divine, et l'homme les suça avec la même gourmandise.

La langue virevoltait autour de ses doigts, douce et enveloppante, et il sentait le sang pulser sourdement dans son sexe. « Continue » murmura-t-il en retirant ses doigts et en incitant la tête à se pencher à nouveau…

– Toujours un plaisir de te voir jouir, Trésor…, ricana Tomas quand Draco finit par se laisser aller après plusieurs interruptions délicieuses.

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Un peu plus tard dans la nuit, ils attachèrent l'homme à l'autre bout du salon, debout, les deux bras en l'air tirés par une même corde. Ses jambes étaient maintenues très écartées par les menottes à ses chevilles, et sa position était un tel déséquilibre que son corps ployait vers l'avant à chaque coup de martinet, avant qu'il ne contracte les muscles de son dos et de ses épaules pour se remettre d'aplomb.

Il était magnifique, et après chaque série de coups que donnait Tomas, Draco ne pouvait s'empêcher de venir glisser une main sur ces épaules, sur ce dos marqué de rougeurs diffuses. Passer un coup de langue le long de l'omoplate pour rafraîchir les coups des lanières de cuir…

L'homme était en forme ce soir, le martinet était léger, souple, et il s'agissait d'une séance récréative et pas d'une punition… son érection était splendide. Longue, douce et ferme…

Draco contourna le corps écartelé et caressa son torse. La sueur était là, parfumée et si furieusement excitante. Il se pencha un peu pour enrouler sa langue autour d'un des tétons et le mordilla jusqu'à ce que l'homme laisse échapper un gémissement plaintif. Plus plaintif que lorsqu'il recevait un coup de martinet, et cela le fit sourire. Puis sa main descendit jusqu'aux abdominaux… et jusqu'au sexe vibrant et humide de désir.

Ils le touchaient rarement sexuellement, mais ce soir, Draco était satisfait, il se sentait repu, confortable, et quelque part, reconnaissant du plaisir qu'il avait reçu un peu plus tôt. Et puis cet homme, il ne l'avait encore jamais vu jouir…

Il commença à caresser doucement les testicules tout ronds et contractés par l'excitation puis glissa ses doigts le long du sexe jusqu'à la couronne charnue du gland. Un coup, un effleurement appuyé. Un autre coup, un autre effleurement…

L'homme tremblait un peu et Draco sentit sa propre excitation, au fond de son pantalon, reprendre une vigueur insoupçonnée.

Il y eut un coup, un effleurement, un gémissement étranglé, et soudain un cri surgi de nulle part.

– Fjord !

Draco haussa un sourcil interloqué tandis que Tomas fronçait les siens. Il laissa retomber sa main qui tenait le martinet et arrêta d'un geste la main de Draco tendue vers l'homme trempé de sueur.

– Qu'est-ce qu'il y a ? Parle ! ordonna-t-il en s'approchant.

– Permission de jouir, Maître…

Tomas partit d'un grand éclat de rire tandis que l'homme semblait sur le point de défaillir, la tête rejetée en arrière, le corps arqué vers l'avant et le sexe violacé et tendu vers le ciel.

– Permission rejetée !

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Cette nuit-là, dans la chambre et sous couvert d'un sortilège de silence, fut l'occasion entre Tomas et Draco d'un vif débat comme ils n'en avaient pas eu depuis bien longtemps.

Tomas semblait plutôt amusé mais Draco était vraiment en colère. Il ne concevait pas tout ça sans un minimum d'échange, de réciprocité, y compris dans le plaisir. La jouissance du soumis n'était pas forcément systématique mais elle était aussi une forme de récompense, et il était hors de question que cela ne fasse pas partie du jeu. Il était agacé au point de songer à ne plus jamais revenir mais il s'arrêta à temps… Quelque part, il appréciait beaucoup cet homme et cela lui aurait coûté de ne plus assister à ces séances.

Mais il n'eut pas besoin d'aller jusque-là : avec un petit sourire narquois, Tomas céda à ses exigences.

Et Draco se demanda s'il n'avait pas toujours su qu'ils en arriveraient là.

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ooOOoo

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L'été se poursuivit, inhabituellement chaud, et pas seulement à cause de la température. Comme l'homme, Draco était là toutes les semaines, presque impatient, et il écourta même ses vacances d'une journée pour ne pas manquer un vendredi soir.

L'homme avait fini par jouir sous sa main, infiniment beau et exalté, et Tomas avait ricané.

– Une première depuis le vingt-cinq février !… de l'année précédente !

Les mots l'excitèrent prodigieusement et Draco aurait pu jouir lui-même de ce plaisir enfin délivré.

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– Je ne serai pas là la semaine prochaine, annonça Tomas.

Aussitôt, Draco aperçut la bouche de l'homme grimacer et garder un pli de contrariété discret. Fallait-il que ces séances soient importantes pour lui pour qu'il ne veuille en manquer aucune…

– Mais… je te propose de venir quand même et que ce soit mon ami qui soit en charge de la séance. Tu commences à le connaître un peu, tu sais comment il se comporte… Les termes du Contrat restent les mêmes et il ne sera certainement pas pire que je ne le suis ! acheva-t-il avec un petit rire.

Draco était passablement surpris. Tomas ne lui avait pas soufflé un mot de cela et si l'idée ne lui déplaisait pas, bien au contraire, il restait étonné de sa proposition – et quelque part, de sa confiance.

– Je te laisse le week-end pour te décider. Tu m'enverras un SMS avec ta réponse.

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– Pourquoi…, commença Draco.

– Je n'ai pas droit à mes petites vacances, moi aussi ? ricana Tomas.

L'homme venait de partir, avec son téléphone et sa décision en suspens.

– Libre à toi de faire ce que tu veux.

– Merci ! ironisa Tomas. Alors… tu connais déjà grosso modo les termes du Contrat : tout se passe à l'intérieur de l'appartement, pas de photo, pas de vidéo, aucun élément extérieur… Pour ce qui est du contenu de la séance, tu feras ce que tu souhaites; je sais ce que tu aimes et ça rentre dans ses restrictions. Tu connais « Fjord », son safeword pour « refroidir » une scène, pour calmer le jeu, quelle que soit la raison… et il a aussi un code rouge pour tout arrêter immédiatement en cas de problème : « Sahara »…

– Fjord, Sahara; le froid et le brûlant… C'est un poète, ricana Draco.

– C'est un rêveur, je crois, acquiesça Tomas avec un sourire. Et il aime les voyages, même s'il n'en fait pas vraiment…

Il se leva du canapé et partit fermer la fenêtre avant de se diriger vers la chambre.

– Tu restes ?

– Non, je vais rentrer.

– Bien. Alors je te souhaite bien du plaisir la semaine prochaine…

– Il n'a pas encore accepté, fit remarquer Draco.

Tomas eut un ricanement moqueur en passant la porte.

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Draco était seul, ce soir, à patienter sur le canapé devant l'écran de télévision. Ce n'était pas désagréable, il était même un peu impatient d'être seul aux commandes, mais il était également troublé. L'attente faisait monter une espèce de pression insidieuse et aujourd'hui, il était peut-être celui qui avait du mal à la supporter. Il avait hâte d'avoir sauté dans le bain et que la séance soit commencée.

L'homme apparut dans le salon comme d'habitude, sa cagoule sur la tête et son téléphone à la main. Draco l'envoya le poser sur la table de la salle à manger et le mit en position de repos avant de commencer l'inspection rituelle. Finalement, ces routines avaient du bon; elles reposaient tranquillement un cadre aussi rassurant pour l'homme que pour lui.

– Pas d'orgasme, pas de masturbation la semaine passée ?

– Non… Fjord

– Déjà ?! fit Draco déçu.

Il attendit l'explication mais il lui fallut lever avec agacement la restriction de parole pour que l'homme ne murmure enfin :

– Je ne sais pas comment vous appeler…

– Appelle-moi Monsieur, ça ira très bien.

Le reste de l'interrogatoire et de l'inspection se déroulèrent sans problème mais il voulut mettre les choses au point tout de suite.

– Écoute-moi bien. Ce soir, il n'y a pas d'interdiction de parole, d'aller aux toilettes, de manger, de boire ou que sais-je encore. Tu obéis aux ordres, tu réponds aux questions et si tu as un doute ou si tu veux quelque chose, tu le demandes. Tout ce que je veux, c'est du respect et de l'obéissance. Tu as compris ?

– Oui, Monsieur.

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Dans la cuisine, Draco achevait de réchauffer le dîner qu'il avait préparé chez lui. Il en avait assez des plats de traiteur ou de la nourriture asiatique livrée à domicile et il savait se faire plaisir en matière de cuisine. Il remplit deux assiettes, prit des couverts et s'installa à table.

– Viens ici.

L'homme se leva de sa position d'attente et s'approcha, incertain de ce qu'il devait faire. Draco lui tendit ses couverts et désigna la deuxième assiette.

– Prends et va manger sur la table basse. Il est hors de question que tu viennes à table avec moi mais tu ne resteras pas sans manger non plus.

– … Merci, Monsieur.

Et Draco fut étonné de cette attitude nouvelle, survenue plus vite qu'il ne l'avait espérée.

– Comment tu trouves ? fit-il un moment plus tard.

L'homme hocha imperceptiblement la tête.

– C'est très bon…

Draco se leva immédiatement, partit s'accroupir près de l'homme à genoux par terre, pinça un de ses tétons et le tordit violemment jusqu'à lui arracher un glapissement étouffé. S'il croyait qu'il était gentil et qu'il n'était pas capable de sévir, il se trompait lourdement. Mais peut-être que l'homme avait besoin de vérifier cela aussi

– C'est très bon, Monsieur.

– Bien. N'oublie pas la politesse !

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Aussitôt après le dîner et dès que l'homme eut fini la vaisselle, Draco passa à la séance de discipline parce qu'il n'aimait pas finir une séance là-dessus. Et puis, mine de rien, il avait un peu de mal à se mettre dans l'ambiance, tout ça restait trop robotisé, trop automatique et il espérait qu'avec un peu de douleur et de plaisir, avec un peu de gémissements pour le stimuler, ils passeraient à quelque chose de plus plaisant.

Il le fit mettre au-dessus du canapé, les bras tendus en appui sur le dossier et les genoux posés au bord du coussin. Les fesses en l'air… Et il tressaillit quand il aperçut une marque légère de la semaine passée.

Il ferma les yeux une seconde et se concentra sur ce qu'il avait envie de faire. Le châtiment n'était pas tout, il voulait aussi s'occuper de cet anus rose et plissé, de ce sexe encore timide et de ces testicules lisses et doux. Et il réfléchissait encore que ses mains étaient déjà sur la peau, effleurant la rondeur si parfaite des fesses. Il y donna une forte claque pour faire bonne mesure, s'attirant un couinement surpris et douloureux, et partit vers le buffet.

Il en revint avec plusieurs instruments qu'il posa sur la table basse et vit avec délectation la trace rouge vif de sa main sur la peau. Il s'accroupit, caressa doucement les deux globes de chair à hauteur de son visage et y enfouit sa langue. L'homme avait glapi, mais cette fois de plaisir autant que de surprise, et ce son étranglé déforma brusquement son pantalon.

Draco passa plusieurs fois sa langue sur les bords de cet anus palpitant, le lubrifiant de sa salive, puis il y enfonça un plug qui se mit aussitôt à vibrer. L'homme geignit à nouveau, creusant le dos à la recherche de sensations délicieuses. Et son sexe enflait à vue d'œil… Draco sourit et se redressa.

– Compte, maintenant.

Et il se mit à frapper, avec une sorte de paddle souple à double lanière qui cinglait bien la peau et laissait des traces magnifiques.

Après chaque coup, l'homme couinait puis comptait d'une voix étranglée. De temps en temps, Draco caressait la peau rouge et brûlante, appréciant la fermeté de ces fesses parfaites, puis il caressait sa propre érection, enfermée dans son pantalon. Quand les cris devinrent un peu trop aigus, il s'amusa un moment sur le dos de l'homme puis retourna à son ouvrage, jusqu'à ce que la couleur soit parfaite, uniformément écarlate et somptueuse.

Entre les fesses, le plug vibrait toujours et Draco s'accroupit à nouveau. Il glissa sa main entre les cuisses ouvertes, joua un moment avec les testicules puis masturba quelques secondes le sexe qui retrouva rapidement de la vigueur. Enfoui dans son pantalon, le sien était déjà bien tendu et presque douloureux. Mais il était hors de question de laisser qui que ce soit jouir trop vite. Même lui.

L'homme poussa un vrai cri de douleur quand il mordit brutalement la fesse déjà meurtrie, puis Draco se relevant en ricanant.

– Ça te fera un petit souvenir jusqu'à la semaine prochaine ! Va te rafraîchir dans la salle de bains. Tu as le droit de passer de l'eau sur tes fesses mais aucune crème. Et tu gardes le plug.

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Il n'était sans doute pas le seul à avoir besoin de faire redescendre son excitation et Draco apprécia cette pause bienvenue. Il partit dans la cuisine se servir un verre de vin, revint avec un deuxième verre – d'eau – pour le soumis et posa le tout sur la table basse avant de s'asseoir dans le canapé.

– Si tu préfères du vin, tu peux aller te servir, fit-il quand l'homme revint quelques minutes plus tard.

Mais l'homme secoua la tête et vint s'installer à genoux près du canapé, dressé sur ses cuisses et les mains derrière la tête. Draco soupira intérieurement; il aimait tellement cette vision de ce torse découpé et puissant que son érection avait repris le peu qu'elle avait perdu. Celle de l'homme, en revanche, avait bien diminué, n'étant guère plus à présent qu'un simple gonflement. Mais Draco ne se faisait aucun souci sur son état dans quelques temps.

Il lui fit baisser les bras et décora son torse de quelques cordes qui lui liaient les poignets dans le dos et le sexe tressauta. Il lui mit des pinces à sein et le sexe gonfla brusquement en se redressant à demi. Il sourit; même sans un son, l'homme était si réactif…

Assis dans le canapé, Draco croisa les jambes et du bout de son pied nu, il vint taquiner les pinces, suscitant un ou deux gémissements. Puis il leva un peu plus la jambe et vint effleurer de son orteil les lèvres closes qui s'entrouvrirent immédiatement. Et ce fut à son tour de durcir un peu plus.

– Lèche.

Et l'homme lécha. Aussi divinement qu'il suçait, lentement, longuement. Sa langue suivait toute la longueur de son pied et arrivé au bout, il enroulait ses lèvres autour d'un orteil et le suçait langoureusement, les yeux fermés. Le sexe dressé.

Draco avait toujours trouvé qu'il avait de beaux pieds, fins et assez grands pour être élégants, sans trop de poils, racés… Il savait bien que c'était un de ses petits péchés mignons. Et la sensation délicieuse de cette langue se couplait à la vision de cet homme nu, ligoté, à genoux devant lui et qui lui léchait les pieds, le souffle frais sur sa peau humide de salive, le frisson de désir qui parcourait son corps… Draco ferma les yeux en serrant les dents. Trop tôt.

– Suffit !

D'un geste de baguette, il retira tous les jouets que portait l'homme et celui-ci se crispa de surprise et peut-être bien de douleur, un peu…

– Grimpe.

La bouche de l'homme s'entrouvrit sans qu'un seul son n'en sorte puis il la referma et se redressa pour obéir. Et tenta de grimper… sur ses genoux.

Draco éclata de rire et tapota le canapé à côté de lui.

– Là.

Et l'homme, sans comprendre davantage son intention, se mit à quatre pattes sur le canapé, se baissant juste assez pour approcher son visage du sexe de Draco qui éclata de rire à nouveau.

– Couche toi, idiot, fit-il en appuyant sa main sur l'épaule pour l'inciter à se mettre correctement.

Draco était un peu gêné malgré tout, pris d'une étrange pudeur qui l'empêchait de dire à voix haute ce qu'il souhaitait vraiment. Mais il insista de sa main sur la tête encagoulée jusqu'à ce que l'homme soit allongé sur le côté, la tête posée sur sa cuisse. Et sur les lèvres closes, il devina un micro-sourire amusé.

– Qu'est-ce que tu veux regarder, comme film ?

– Ce que vous voulez, Monsieur.

– Si je te demande ton avis, c'est que je veux l'entendre. Qu'est-ce que tu aimes comme genre de film ?

L'homme hésita un instant puis murmura avec un sourire dans la voix :

– Les comédies romantiques, Monsieur. Les films qui font du bien…

Draco se retint de rire puis considéra avec un sourire tendre la douceur dans cette voix. En plus d'un poète, c'était un romantique…

Avec la télécommande, Draco parcourut les vidéos à la demande avant de s'arrêter sur un film.

– Love Actually, ça te va ?

– Parfait, Monsieur.

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Sa main sur le flanc de l'homme parcourait sa peau de temps à autre, glissant sur la douceur de la taille ou des abdominaux. Ou sur les fesses encore un peu chaudes.

– Tu as mal ? fit-il en retraçant le contour de sa morsure.

– Pas assez, Monsieur…

– Méfie-toi de ce que tu dis ! Je n'aime pas les effrontés !

Et ses doigts s'écrasèrent violemment autour des testicules ronds pour les serrer dans sa poigne. Le glapissement douloureux fut immédiat. Mais le sexe voisin était en train de durcir à vue d'œil et celui de Draco venait d'humidifier son sous-vêtement.

Il avait menti. La petite phrase de l'homme l'avait excité à un point qu'il ne croyait pas possible.

Draco déboutonna rapidement son pantalon et délogea la tête sur sa cuisse pour la guider vers son sexe. Et l'homme se tourna juste assez pour le sucer.

C'était bon, c'était doux, c'était chaud et humide, et le bruit délicieusement mouillé lui retournait le cerveau. Et Merlin, il avait envie de tellement plus…

Sa main caressait distraitement le sexe tendu de l'homme tandis qu'il savourait son plaisir… un gland charnu au bout de ses doigts et son propre sexe au fond d'une gorge…

Quand il fut trop proche, Draco l'interrompit et lui fit relever la tête. Sans doute croyait-il qu'il voulait encore faire durer les choses… mais Draco se redressa, fit basculer l'homme sur le dos et s'allongea à demi sur lui, tête bêche, enfonçant son sexe dans la bouche grande ouverte. Et en s'appuyant sur un bras, il se souleva assez pour aller enrouler ses propres lèvres autour du sexe tendu vers lui.

Ça s'apparentait un peu trop à « faire l'amour » pour qu'il puisse être à l'aise avec ça, mais le désir était plus puissant que ses réticences.

Tomas aurait ricané.

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ooOOoo

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Tomas revint, et plus les semaines passaient, plus il semblait prendre un malin plaisir à des ordres de plus en plus avilissants. Il avait fait mangé l'homme à ses pieds, jetant sa nourriture au sol, boire dans une gamelle au fond de la cuisine, comme un chien, lécher ses bottes ou son sperme répandu par terre, il lui avait mis un plug-tunnel entre les fesses et y avait vidé une bouteille de bière, et il l'avait laissé là une heure, à quatre pattes au milieu du salon, avant de l'envoyer à la salle de bains…

Et Draco était à la fois bizarrement excité et profondément dérangé.

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Ce dernier vendredi d'août semblait devoir ne pas déroger à la règle. L'homme était là, bronzé, doré, à genoux sur le tapis et pour une fois en position de repos. Sa peau avait la couleur du miel, elle sentait le soleil, le sel de la mer, elle devait avoir un goût de sucre et d'embruns… Il faisait chaud, encore, et Draco était pieds nus dans les poils doux du tapis, éprouvant la chaleur d'un rayon de soleil sur ses orteils. Sur son torse, sa chemise était ouverte, et ses manches retroussées. Les petits cheveux sur sa nuque étaient même humides de sueur sous la cagoule, mais c'était une règle à laquelle il n'avait jamais voulu déroger malgré les températures estivales.

Dans la cuisine, Tomas buvait un grand verre d'eau et il le remplit à nouveau pour venir le faire boire à son soumis. Au moins, maintenant, il faisait attention à cela : lui permettre de boire et de manger un peu plus souvent. Un filet ténu d'eau coula au coin de la bouche de l'homme, puis goutta sur son torse et Draco se dit qu'il aurait bien été le lécher. Une fois le verre vide, Tomas s'éloigna et Draco observa avec envie la langue qui passait sur les lèvres roses. Parfois, il se demandait si l'homme ne jouait pas un peu, lui aussi…

La soirée se poursuivit par un dîner léger, la fenêtre sur le balcon grande ouverte, à peine couverte d'un voilage et peu importe qui pouvait deviner ce qui se passait à l'intérieur. Ils ne jetaient un sortilège d'intimité que lorsqu'ils passaient aux séances de discipline ou de punition. Même les ombres pouvaient faire deviner les coups…

Comme souvent en ce moment, Draco se sentait indolent, voluptueux et son désir était à fleur de peau. Et comme souvent en ce moment, Tomas semblait sournois, vicieux et il se demandait bien quelle idée il avait derrière la tête. L'homme avait déjà eu sa séance de discipline, avec le paddle clouté qui avait fait bien moins de dégâts que la dernière fois, et il se reposait à présent sur le tapis, sage et presque invisible.

Ce fut quand Tomas se présenta avec un nouveau verre d'eau et que l'homme se mordit la lèvre que Draco sentit que quelque chose se tramait. Il n'avait pas fait attention au nombre de fois, il n'avait pas fait le compte, mais son intuition lui disait que la clef était là. À contrecœur, l'homme but et Tomas eut un petit sourire victorieux. Il se rassit dans le canapé et reprit la partie d'échecs.

Il ne fallut pas longtemps avant qu'ils ne perçoivent un petit « Fjord… » murmuré du bout des lèvres.

– Qu'y a-t-il ?

Et sa voix même était pleine de jubilation.

– Permission d'aller aux toilettes, Maître…

– Permission refusée…

Et Draco sentit son sexe tressauter dans son pantalon.

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Sous son regard maintenant attentif, l'homme semblait vraiment inconfortable. Il avait déjà dû attendre son extrême limite avant d'oser son safeword pour « refroidir » une scène. Il se mordait la lèvre, son corps était penché vers l'avant, ses mains crispées sur ses cuisses et il paraissait se retenir de toutes ses forces.

Et puis, quand la partie fut finie, Tomas se leva lentement avec son petit sourire en coin et déboutonna son pantalon devant le visage de l'homme.

– Ouvre la bouche.

Et dans la bouche grande ouverte, il se mit à uriner.

– Avale.

Draco laissa échapper un souffle haletant et une grande décharge d'adrénaline parcourut son ventre. Devant lui, un jet doré et continu sortait du sexe de Tomas pour s'évanouir dans la bouche de l'homme qui avalait ce qu'il pouvait, cherchant son souffle entre deux déglutitions, tandis que le trop-plein ruisselait sur son torse et ses cuisses.

Mais du coin de l'œil, Tomas observait ses réactions, sa crispation, sa tension soudaine.

– Ferme la bouche, chéri, ça fait désordre.

Et ces mots-là s'adressaient à lui et pas à l'homme à genoux par terre.

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Tomas reboutonna son pantalon et revint s'asseoir. Il se passa peut-être une demi-heure avant que l'homme ne murmure à nouveau son safeword.

– Permission d'uriner, Maître, supplia-t-il quand il fut interrogé.

Lentement, Tomas tourna la tête vers Draco et le regarda droit dans les yeux avec un grand sourire.

– Permission refusée, fit-il d'un petit accent chantant. Et bien sûr, tu seras puni si tu le fais quand même…

L'homme geignit de désespoir; il geignit encore pendant dix minutes tant il semblait avoir mal au ventre, et quand il finit par s'uriner dessus dans un gémissement d'impuissance et de soulagement mêlés, Draco crut qu'il allait éjaculer dans son pantalon.

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ooOOoo

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Draco avait toujours su que Tomas était un vil manipulateur et de plus en plus, il se demandait s'il n'était pas tout aussi manipulé que l'homme du vendredi soir.

Certaines scènes ne s'adressaient qu'à son soumis, de la discipline, des punitions, de la douleur brute et des humiliations pour lui rappeler quelle était sa place… Mais plus le temps passait, plus Tomas devinait à quel point Draco appréciait ce soumis en particulier, et plus certaines scènes lui étaient destinées… Une lecture à double niveau, des souffrances infligées que Draco essayait de compenser par du plaisir, une volonté de le manipuler à travers l'homme et Tomas y parvenait très bien.

Parfois, Draco avait même l'impression qu'il s'agissait d'un concours malsain, que Tomas prenait plaisir à humilier toujours davantage son soumis, à lui faire mal, pour l'obliger lui à réagir, à dévoiler son exaspération, son envie de mettre fin à la scène, pour l'obliger à assumer son « attachement »…

Son dernier « jeu » du moment était d'allonger l'homme sur la table basse face à eux, sur le dos, les quatre membres attachés chacun à un montant, et de passer tout le film à lui écraser du talon de sa botte le sexe et les testicules. Et Draco, bien qu'il bandait comme un forcené dans son pantalon, passait tout le film à ronger son frein et à se mordre la lèvre à chaque cri qui s'étranglait dans la gorge de l'homme.

Une fois le film terminé, Tomas le laissait s'occuper du soumis à sa guise, et même jusqu'à lui donner du plaisir, mais Draco avait vite compris que s'il intervenait pendant le film, la séance de discipline qui suivait était pire encore. Tomas sortait tout son attirail, des ouvre-bouche pour le baiser jusqu'au fond de la gorge, des pinces à seins en métal qui mordaient la chair, des plugs si gros qu'ils ne rentraient que dans un sanglot, et même des plugs d'urètre qui paraissaient si jolis et si insignifiants mais qui devaient le brûler pendant des heures. Et il choisissait ensuite les fouets et les martinets les plus rudes jusqu'à lui laisser le dos et les fesses à vif, mais l'homme ne l'interrompait jamais.

Tomas était un vil manipulateur mais il n'était peut-être pas le seul. Parfois, Draco surprenait une ébauche de sourire sur les lèvres roses cachées sous la cagoule quand il ne pouvait s'empêcher de réagir. Un amusement dissimulé mais évident, à chaque fois qu'il se laissait happer par une scène dans les tourments de l'envie et du désir, à chaque fois que son corps parlait pour lui et qu'il lui fallait si peu de temps pour jouir, à chaque fois qu'il se retenait avec peine quand Tomas réussissait si bien à le provoquer.

L'homme était bien conscient de l'effet qu'il provoquait sur Draco et cela semblait lui plaire.

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Et puis parfois, sous ses dehors austères et sévères, sous son côté vicieux et retors, Draco se souvenait que Tomas était un bon Maître…

Ce soir-là, l'homme arriva à l'heure, épilé, sans aucune raison d'être puni mais ses postures manquaient de l'énergie habituelle. Il ne bandait pas, il paraissait un peu avachi, fatigué et sous sa cagoule, ses paupières, au lieu d'être constamment baissées, semblaient plus souvent closes.

Du moins, c'est ce que Draco aurait pensé s'il y avait prêté attention sur le coup, et non pas après l'incident.

Après le dîner, ils l'attachèrent comme ils le faisaient souvent, les deux poignets ensemble, levés jusqu'à ce qu'il soit sur la pointe des pieds, étiré à son maximum et si désirable. Tomas l'avait bâillonné à l'aide d'un ball-gag que Draco avait trouvé bien gros et l'homme avait la tête en arrière, le visage tourné vers le ciel et le corps ondulant sous la lanière fine du fouet qui serpentait sur son dos.

Et puis soudain, sans qu'il n'y comprenne rien, l'homme eut un soubresaut, il secoua la tête et une pluie d'étoiles rouges scintillantes s'éleva vers le plafond.

Aussitôt, Tomas lâcha le fouet, attrapa sa baguette et dans la seconde, le corps de l'homme s'affala dans ses bras, libéré de ses cordes, de ses entraves et de son bâillon.

– Qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce qui ne va pas ? pressa-t-il d'un ton qui sembla vraiment inquiet.

– C'est rien. Ça va passer…, murmura l'homme et pour la première fois, Draco eut l'impression d'entendre sa vraie voix. J'ai été un peu malade toute la semaine et… j'arrivais plus à respirer…

Assis par terre avec son soumis dans les bras, Tomas fronça les sourcils et tenta de lui arracher sa cagoule pour lui donner un peu plus d'air. Mais le morceau de tissu résista, même quand Draco tenta de lancer un Finite Incantatem.

Accroupi près d'eux, sa main posée sur le bras de l'homme, il était aussi préoccupé que Tomas. Sous ses doigts, la peau était moite, pâle et le pouls restait trop rapide à son goût.

D'un geste de baguette, il fit venir à lui la trousse d'urgence qu'il avait toujours dans sa veste et lui rendit sa taille normale. Puis il fouilla rapidement à l'intérieur, attrapa une fiole et la pressa sur les lèvres de l'homme.

– Bois ça.

Les yeux fermés, l'homme secoua doucement la tête.

– Je sais ce que je fais, idiot ! Fais-moi confiance ! Ça va te faire du bien.

– Qu'est-ce qu'il y a dedans ? demanda Tomas.

– Un mélange de potion revigorante et de potion de soin. Avale.

L'homme respira profondément, encore hésitant, mais quand Tomas prit la fiole et la présenta à ses lèvres, il finit par la boire.

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Ils restèrent ainsi plusieurs minutes, le temps que la potion agisse et que le malaise s'estompe. Brusquement conscient de la nudité de l'homme devant eux, Draco se leva et partit dans la chambre chercher une couverture dont il l'enveloppa sommairement. À demi allongé dans les bras de Tomas, l'homme reprenait peu à peu des couleurs et il le remercia d'un sourire.

– Comment tu te sens ?

– Mieux. Ça va. Je pense qu'on va pouvoir reprendre…

– Hors de question, fit sèchement Tomas. Un code rouge met fin à la séance et tu le sais très bien.

L'homme baissa la tête, visiblement mal-à-l'aise. Puis Draco vit Tomas tourner la tête vers lui :

– Sans vouloir t'ordonner quoi que ce soit, est-ce qu'il serait possible que tu nous laisses… Je crois que nous avons besoin de reparler du Contrat.

Aussitôt, l'homme se raidit, tenta de se redresser pour reprendre une posture quelconque, et murmura un « Fjord » étranglé.

– Il n'y a pas de safeword quand la séance est terminée, imbécile ! gronda Tomas. Et je ne suis pas en train de dire que je mets fin au Contrat ! Mais de toute évidence, nous avons besoin de mettre certaines choses à plat.

Draco caressa la joue de l'homme pour tenter de le rassurer, embrassa doucement ses lèvres puis se redressa. D'un coup de baguette, il récupéra sa trousse d'urgence, sa veste, remit rapidement ses chaussures et quitta l'appartement. Cela le chagrinait un peu de les laisser ainsi, sans savoir si l'homme allait vraiment bien, sans pouvoir le rassurer davantage, sans savoir ce qu'ils allaient se dire… Mais il comprenait aussi que Tomas ait besoin de débriefer et de faire le point. L'utilisation d'un safeword n'était jamais anodine et cette cagoule qu'ils n'avaient pas pu retirer devait lui poser autant de questions qu'à lui.

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Rentré chez lui, Draco ne dormait toujours pas quand le SMS arriva deux heures plus tard.

« Tout va bien. Vendredi prochain, viens vers dix-neuf heures, nous devons parler. »

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– Entre, invita la voix de Tomas tandis que la porte s'ouvrait devant Draco.

Il était là-bas, dans le salon, une bouteille à la main et remplissant des verres. Draco se mit à l'aise, pieds nus, et le rejoignit sur le canapé.

– Du champagne ? On fête quelque chose ?

Tomas se permit un sourire en coin très satisfait et leva sa flûte pour trinquer.

– Tu comprendras tout à l'heure… Ce soir, tu vas être mis dans la confidence !

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– Moi, Tomas Riddle, suis témoin de l'engagement de Draco Malfoy de ne rien révéler de l'identité qui va lui être confiée…

Draco avait frissonné, le cœur battant à tout rompre, avant de prêter le Serment. Depuis longtemps, il n'y croyait plus, il s'était même fait une raison de ne pas savoir qui était cet homme-là. Il avait arrêté de chercher, de supposer et quelque part, il n'était même plus sûr de vouloir savoir.

L'homme avait acquis cette espèce d'identité anonyme sous sa cagoule, une existence désincarnée et pourtant bien spécifique. Draco avait appris ses réactions, les endroits où il aimait être touché, les instruments qu'il craignait, la limite de douleur qu'il pouvait supporter et le goût de ses lèvres… Il connaissait ses safewords, sa façon de sourire, parfois, sous couvert de sa cagoule, la douceur de sa peau et de sa langue, et le grain de beauté sur sa fesse… Il savait qui il était ici, et quelque part, il avait peur d'être déçu par celui qu'il était à l'extérieur.

Mais l'incident de la semaine passée prouvait que cette cagoule ne pouvait pas perdurer pour un jeu tout à fait safe et Draco en était bien conscient.

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Il avait prêté Serment et pourtant il ignorait encore l'identité de l'homme. Et sa flûte de champagne à la main, Tomas jubilait.

– N'es-tu pas honoré qu'il te fasse assez confiance pour te dévoiler son identité ?

– Je suis surpris, avoua honnêtement Draco. Je ne pensais pas que votre débriefing conduirait à ça !

– Il fallait trouver une solution, expliqua Tomas après un instant de réflexion. J'avais accepté cette cagoule pour qu'il soit anonyme mais je n'avais pas pensé qu'elle puisse devenir un… danger. Je lui ai dit que je n'en voulais plus.

– Il aurait pu mettre un glamour…

– Non, parce que pendant les séances, il perd trop de maîtrise, trop de contrôle de lui-même… le glamour n'aurait jamais tenu. Et ce qu'il cherche ici, c'est justement de pouvoir s'abandonner complètement; pas de devoir lutter pour maintenir un sortilège en place, pas de devoir rester concentré sur autre chose que sa posture ou mes ordres… La cagoule n'était qu'un morceau de tissu, mais elle était maintenue en place par un sortilège de reconnaissance. C'est pour ça que nous n'avons pas pu la retirer, même avec un Finite… Un glamour serait trop complexe pour ça.

Draco avala pensivement une gorgée de champagne. Il comprenait cette nouvelle règle qu'imposait Tomas mais pour l'homme, ce devait être une sacrée bascule… Quelqu'un qui fuyait si attentivement tout contact avec l'extérieur pendant ces séances acceptait de se dévoiler devant un autre. Et dévoiler son identité semblait avoir bien plus de poids que dévoiler sa plus absolue nudité.

– Juste un mot, encore, fit Tomas tandis que s'allumait l'écran de télévision. Tu seras sans doute surpris, mais essaye de garder un minimum de contenance et ton comportement habituel… Il t'a fait confiance, je ne voudrais qu'il soit déçu par ta réaction…

Et tandis qu'il lui tendait sa cagoule, Tomas ajouta :

– Rappelle-toi que lui ne sait toujours pas qui tu es.

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Draco enfila sa cagoule à l'instant où la porte du vestibule s'ouvrait.

Et à l'intérieur pénétra un homme aux cheveux noirs ébouriffés qui n'était rien de moins que Harry-putain-de-Potter.

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Dans cette histoire, Tomas Jedusor est bien évidemment une personne différente de Voldemort.