Draco a oublié ses gants après leur petit tour à la patinoire...

Chap 4

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Draco hésita à retourner immédiatement chez Potter mais il ne voulait pas forcer le destin. S'imposer, s'inviter pour le dîner sans savoir si Potter attendait du monde, rester pour la nuit avec de la chance… il trouvait ça un peu intrusif et puis il préférait se faire désirer et multiplier les rencontres.

Le lendemain était un dimanche et malheureusement il était déjà pris. Il se décida pour une petite visite improvisée en semaine… À part ses nains, il avait peu de chances de croiser quelqu'un d'autre chez Potter.

Ce fut une torture d'attendre le mercredi soir mais une torture délicieuse, bercée de rêveries plus délicieuses encore. Embrasser Potter au beau milieu de la patinoire et s'imaginer le sauter la nuit dans cette chambre obscure et en silence pour ne pas réveiller les nains. Avoir Potter lové contre lui le soir devant la télévision et s'imaginer un dîner avec ses enfants, ou avec Ron et Hermione, alors qu'il aurait, lové en lui, un délicieux petit objet – vibrant, de préférence – que Draco aurait inséré entre ses fesses. Se faire un restaurant en tête à tête, les yeux dans les yeux, et s'imaginer Potter le sucer à genoux dans la cuisine pendant que les nains seraient au bain ou à jouer dans leurs chambres. Profiter qu'ils soient à l'école pour lier Potter dans des cordes, offert à son plaisir, et promener sur sa peau le bout d'une badine ou d'un fouet, jusqu'à ce qu'il supplie pour un orgasme…

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« Je peux passer dans quinze/vingt minutes ? »

« Je suis un peu dans le jus, mais vas-y passe »

Draco dut relire au moins dix fois le message en se demandant si c'était une allusion grivoise, une invitation coquine ou une façon de dire que ce n'était pas le moment. Et il ne parvint pas à en tirer une conclusion. Dans le doute, il décida de rester sur le dernier mot de Potter : il allait passer et advienne que pourra.

Il était un peu plus de dix-huit heures trente quand il sonna à la porte de la maison de Potter et ce fut Arcturus qui vint lui ouvrir.

– Salut. Papa est dans la cuisine…

Draco le suivit et pénétra dans la petite pièce qui avait été le théâtre de nombre de ses fantasmes des derniers jours. Rapidement, il comprit que les mots de Potter n'avaient jamais été une allusion coquine. Il était là, un peu plus échevelé que d'habitude, un torchon accroché à sa ceinture, les manches retroussées, en train d'éplucher une carotte tout en jetant un regard sur un cahier placé devant Sirius. Arcturus retourna s'asseoir en face de son frère et se remit à ses devoirs sans plus se soucier de lui.

– Salut, fit Draco avec un sourire amusé – et sans doute un peu attendri.

– Salut ! Tu vas bien ? Désolé pour tes gants, on n'a pas fait attention l'autre jour… Siri, va chercher les gants de Draco. Et ne fais pas genre il te faut trois heures pour les trouver, tu as encore du travail !

Potter remua une poêle sur le feu et reprit l'épluchage de ses carottes. De toute évidence, il venait de rentrer du travail et il entamait sa deuxième journée auprès de ses enfants entre repas, devoirs et intendance de la maison.

– Ce n'est pas grave, répondit Draco. Je n'en avais pas particulièrement besoin… Mais demain, je dois aller de bonne heure cueillir des ingrédients de potions et vu les températures au petit matin, j'aime autant les avoir.

– Bien sûr… Je suis désolé que ça t'ait obligé à te déplacer jusqu'ici, mais tu sais comment sont les gosses… ils sont toujours en train d'oublier un truc, un cahier à l'école, un pull chez un copain…

Draco ne put s'empêcher de sourire : il ne savait pas comment étaient les gosses puisqu'il n'en avait pas, mais il était en revanche ravi d'avoir ce prétexte pour repasser voir Potter. Pour un peu, il leur aurait bien fait à nouveau des crêpes pour les récompenser de cet oubli bienvenu.

– Archie ! Concentre-toi !

Ce ne fut qu'à la réprimande de Potter que Draco remarqua le regard attentif et curieux de l'enfant sur lui. Et il se demanda brusquement ce que les gosses de Potter avaient compris de ses intentions envers leur père.

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– Papaaa ! J'arrive pas à défaire ma robe ! résonna la douce voix de Lily.

Draco croisa le regard vert de Potter et y lut un soupir de désespoir et de fatigue. Il se permit de sourire chaleureusement.

– Vas-y. Je surveille que rien ne brûle…

Potter acheva rapidement de couper sa carotte en rondelles, jeta le tout dans la poêle et s'essuya les mains sur son torchon avant de grimper l'escalier quatre à quatre.

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– Papaaa ! Tu peux m'aider pour me laver les cheveux ?!

Potter venait de redescendre, il avait eu à peine le temps d'éplucher trois autres carottes en lui faisant la conversation que la voix de Lily se fit à nouveau entendre.

Draco se contenta de glousser et de lui désigner l'escalier d'un signe de tête.

– Désolé, souffla Potter en passant près de lui pour sortir de la cuisine.

Cette fois, Draco retira son manteau et le posa sur le dossier d'une chaise, s'approcha des poêles qui mijotaient doucement et jeta un regard aux deux garçons sur leurs devoirs.

– Vous savez où votre père range ses épices ?

– Dans le tiroir tout en bas.

Draco parcourut le stock du regard, rajouta dans la poêle un peu de muscade et de curry puis un peu d'eau avant de mélanger le tout et de couvrir d'un couvercle. Les jumeaux l'observaient, curieux et plus du tout concentrés depuis son arrivée.

– Tu sais faire à manger ?

– Oui, je ne fais pas que des crêpes, gloussa Draco. Allez, remettez-vous à vos devoirs.

– Draco, tu t'y connais en fractions ? demanda Sirius en poussant son cahier vers lui.

– Ça ne devrait pas être trop compliqué…

– Et tu peux m'expliquer ma leçon de français ? fit Arcturus. J'ai rien compris.

Quand Potter redescendit, presque dix minutes plus tard, il était assis sur une chaise entre les enfants à corriger les exercices de l'un et de l'autre.

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Cette fois, ce fut la sonnette de la porte d'entrée qui interrompit leur conversation et Draco eut vraiment le sentiment de déranger.

– Salut ! claironna la voix de James dans l'entrée de la maison. Papa, y'a la maman de Nathan qui veut te parler !

– J'arrive ! fit Potter avant de lui jeter un regard désolé. Excuse-moi…

– Ça y est, moi j'ai fini, soupira Arcturus en fermant ses cahiers.

– Eh bien, mets donc la table ! répondit Potter en filant vers l'entrée de sa maison.

Draco entendit la voix d'une femme à la porte tandis que Potter disait à son fils de monter prendre sa douche en vitesse avant le repas. La discussion anodine qu'il percevait le rassura : une simple conversation pour s'organiser entre parents dont les enfants pratiquent les mêmes activités extra-scolaires… Rien de menaçant pour lui, assurément, et sa propre « inquiétude » le fit sourire.

Il ne remarqua que dans un deuxième temps le regard calculateur d'Arcturus et son petit sourire en coin.

– Papa ? Je mets la table pour combien ? fit-il en passant la tête par la porte de la cuisine. Draco, il reste manger ?

– Je ne sais pas, demande-lui s'il veut rester ! répondit Potter avant de reprendre sa discussion rapide avec la mère de famille.

Draco vit Arcturus le regarder avec un sourire machiavélique, comme s'il avait obtenu exactement la réponse qu'il désirait, et avant même qu'il n'ait ouvert la bouche, il tournait la tête pour dire à son père :

– C'est bon, il a dit oui !

– Eh bien, mets la table pour six, alors, fit Potter près de la porte d'entrée.

Et même si cette situation lui convenait parfaitement, Draco eut la violente impression d'avoir été manipulé par les gamins de Potter.

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Il resta donc dîner, et durant tout le repas, il remarqua les sourires amusés des jumeaux et leur façon, parfois pas très discrète, d'emmener leur père sur le terrain des confidences un peu personnelles : des anecdotes drôles et tendres à la fois, des souvenirs piquants, un jour où Potter s'était retrouvé saoul et malade après deux coupes de champagne à un mariage, ou bien ils racontaient que leur père dormait tout nu et que le matin, il faisait son sport tout nu avant d'aller à la douche; qu'une fois, il avait triché à un jeu de cartes pour gagner le dernier carré de chocolat contre Lily; que parfois, il avait les yeux brillants et tout rouges quand il regardait un dessin animé émouvant avec eux; que tous les étés, ils attendaient la nuit des Perséides et qu'ils allaient à la campagne, loin de la ville, pour s'allonger dans l'herbe et regarder les étoiles filantes…

Et Draco buvait ces confidences comme du petit lait, émerveillé et attendri, se moquant gentiment et bénissant ces enfants qui rentraient si bien dans son jeu tandis que Potter riait et disait :

– Eh bien ! Qu'est-ce que vous avez, aujourd'hui ? C'est ma fête ou bien ?!

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– Je vais monter cinq minutes pour coucher les nains, annonça Potter en posant les mains sur les accoudoirs de son fauteuil pour se lever.

– Je… Je vais te laisser, fit Draco. J'ai déjà bien assez abusé de…

– Mais non, reste. Tu n'as même pas fini ton verre, fit remarquer Potter en souriant. Je n'en ai pas pour longtemps.

Ils étaient passés au salon, Potter lui avait servi un verre de whisky et il était bien confortablement installé dans le canapé.

– C'est ma tournée de bisous du soir ! sourit Potter avec un regard trop intense pour être honnête.

Draco ferma les yeux tandis qu'il montait l'escalier, presque ivre de satisfaction et de contentement. Pour un peu, il aurait voulu faire partie de la tournée de bisous du soir.

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Ils se dirent au revoir sur le pas de la porte, avec le froid glacial de la nuit qui s'invitait dans l'entrée et qui n'arrivait pourtant pas à faire baisser l'atmosphère brûlante qui existait entre eux. Ils étaient un peu trop près l'un de l'autre pour de simples connaissances, le regard de Potter étincelait dans la pénombre, il se rapprocha même pour réajuster les revers de son manteau… L'espace d'un battement de cœur, Draco crut que Potter allait les saisir pour le tirer vers lui et l'embrasser, mais il attendait visiblement un geste de sa part… Et c'était un crève-cœur, mais maintenant qu'il était certain de cette attirance réciproque entre eux, Draco avait décidé d'attendre leur prochaine rencontre.

Il avait la sensation d'avoir pris Potter dans ses filets, il avait bien conscience de tous ses regards, de son sourire conquis, de cette énergie qui vibrait entre eux dès qu'ils étaient proches l'un de l'autre, de cette effervescence qui les rendait ivres, qui les faisait bouillonner, de ces frôlements, de tous ces gestes encore retenus pour l'instant et qui ne demandaient qu'à jaillir pour qu'ils puissent enfin se toucher.

Mais il voulait que Potter le désire un peu plus, qu'il vienne faire le premier pas presque en suppliant, et il voulait être celui qui octroierait enfin son accord à cette relation.

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Mais Draco avait mal calculé son coup avec les séances du vendredi et d'une position de force, il bascula à une position de faiblesse en voyant Potter si malmené.

La soirée avait pourtant bien commencé. Par la caméra, Draco avait vu Potter se déshabiller dans le vestibule, dévoilant sans pudeur son dos large et sa taille fine. Et puis, en baissant son pantalon, était lentement apparue entre ses fesses comme une queue de renard, une fourrure soyeuse d'un rouge-brun chaud, longue et touffue, et qui descendait entre ses cuisses presque jusqu'au creux des genoux. Sans savoir pourquoi, cette vision l'excita brusquement.

Draco n'aimait pas particulièrement les jeux de rôle en matière de sexe, ni le pony play ou le puppy play… Ça ne l'excitait pas du tout. Lui, il aimait les hommes; il aimait le corps des hommes, immense, fier, conquérant… entravé dans des cordes, des menottes, des attaches, marqué par le fouet ou la badine, gémissant de douleur ou suppliant pour le plaisir… mais il aimait la peau, les muscles, les saillies osseuses des hanches, les fesses creusées par la crispation, les pommes d'Adam qui déglutissaient à toute vitesse sous la fellation, les mâchoires rugueuses de barbe naissante et les sexes droits, tendus, violacés et dégoulinants de larmes d'envie. Mais cette fourrure soyeuse entre les cuisses de Potter lui retournait les sangs.

Il se doutait bien qu'elle était attachée à un plug que Potter avait dû s'insérer entre les fesses, et que Tomas avait dû lui demander de venir ainsi, mais ce n'était pas le plus important. Lui, il voyait cette fourrure magnifique dont il rêvait déjà la douceur sous sa main, il se voyait la caresser, il imaginait la façon dont elle effleurait les cuisses de Potter, il se voyait frôler ses testicules avec, la glisser le long de son sexe jusqu'à ce que Potter bande comme un forcené, il la trouvait incroyablement sexy et diablement provocante, au point qu'il ne pouvait plus en détacher son regard. Et lorsque Potter apparut au milieu du salon, il dut se retenir pour ne pas se lever et caresser ces fesses d'où jaillissait cette fourrure extraordinaire.

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Potter réussit à traverser l'interrogatoire et l'examen de Tomas sans encombres, sans même récolter une punition. Tout entier à sa fascination pour cette queue de renard dense et touffue, Draco crut naïvement que le plus dur était passé. Mais Tomas, ce soir, semblait d'une humeur froide et son visage était fermé.

Avec des gestes secs et méthodiques, il lia ensemble les chevilles de Potter allongé sur le dos, avant de les tracter à l'aide d'une corde passée dans un anneau du plafond, jusqu'à ce que seules ses épaules et sa tête soient encore en contact avec le sol. Puis il attacha les menottes de ses poignets au collier qu'il portait autour du cou, laissant Potter à demi-suspendu par les pieds, avant de se diriger vers le buffet. Il resta devant un long moment, tardant à faire son choix, puis il revint avec un chat à neuf queues aux lanières longues et fines. Draco grimaça sous sa cagoule avant même de l'avoir entendu siffler dans l'air et résonner sur la peau de Potter.

Tomas laissa sa main glisser le long des jambes de Potter, appréciant la fermeté des mollets et des cuisses, puis il recula d'un pas et commença. Potter hoqueta sous la douleur. Et le cœur de Draco se tordit violemment.

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Tomas frappait à loisir ce qu'il pouvait atteindre du dos, des épaules, ou bien des fesses de Potter si bien offertes à sa vue, et bientôt de nombreuses traînées rouges vifs s'égrenèrent sur sa peau, en partie cachées par les poils de ses cuisses lorsque les lanières de cuir s'égaraient trop haut, parfois sanglantes même sur les rondeurs plus charnues de ses fesses. Et Potter gémissait, geignait, s'étouffait sur un cri de douleur, se tortillait, se crispait en contractant les abdominaux comme s'il voulait s'enrouler sur lui-même, soulevant sa tête du sol, les bras repliés protégeant son visage tourmenté par la souffrance. Il remuait tant et si bien en se tordant de douleur sous le fouet qu'il finit par se retourner et bientôt ce furent le haut de son torse et son visage tourné sur le côté qui furent en contact avec le sol. Et Tomas n'en fut que plus à l'aise pour cingler le dos et les fesses de Potter.

Cela durait. Son corps cambré à l'extrême sursautait à chaque fois que le fouet s'abattait sur sa peau puis il retombait presque amorphe, maintenu seulement par ses liens. Comme si Potter, les yeux clos, le visage tordu par la souffrance, les bords de ses paupières trop humides, le souffle hoquetant et syncopé, avait abandonné sous la douleur.

Et Draco sentait bien ses propres yeux trop humides, la boule enflée dans sa gorge qui le gênait pour déglutir, la tension qui habitait son corps et ses muscles tétanisés de se retenir d'intervenir… Ce n'était pas comme ça qu'il fallait aimer Potter. Ce n'était pas l'honorer que de le faire souffrir ainsi, sans tendresse, sans douceur, sans sentiments. C'était une douleur sale, vile et abjecte. Et Draco, lui, ne rêvait que de le prendre dans ses bras, de l'enlacer, de caresser sa peau suppliciée, de lui offrir ce baiser qui n'avait pas eu lieu quelques jours plus tôt, sur le pas de sa porte. Il voulait revoir ses yeux briller de joie et de chaleur plutôt que de larmes de douleur, il voulait revoir son sourire omniprésent plutôt que ces lèvres tordues pour ne pas crier, il voulait entendre son rire plutôt que ses gémissements sanglotants.

Brusquement, il se leva et se dirigea vers son manteau suspendu dans l'entrée pour récupérer ses cigarettes. Mais en traversant le salon, il fit en sorte de s'interposer entre le corps de Potter et le fouet de Tomas. Celui-ci le regarda longuement, le bras en l'air, prêt à frapper… une fraction de seconde, Draco crut qu'il allait le frapper lui…

Puis Tomas baissa son bras, le regard inexpressif, et sans un mot il partit dans la cuisine pour aller boire un verre d'eau. Draco prit ses cigarettes et sortit fumer sur le balcon.

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Il avait dû en fumer deux. Peut-être trois. Allumées une à une sur la cendre incandescente de la cigarette qui se terminait.

Quand il rentra dans le salon, il était transi de froid, mais il ne tremblait sans doute pas autant que Potter. Tomas avait détaché ses chevilles et il était là, recroquevillé sur le tapis, frissonnant, la peau écarlate et parsemée de traces sanglantes. Ses poignets menottés toujours accrochés à son collier, il tenait ses bras repliés devant lui, presque joints par les coudes, protégeant et cachant son visage. Sa respiration avait repris un rythme plus mesuré mais il semblait encore dans une sorte d'état de sidération que Draco détestait.

Sans même y réfléchir, il s'accroupit près du corps de Potter et posa sa main sur son épaule. Potter sursauta de surprise, d'inquiétude et se recroquevilla un peu plus sur lui-même, achevant de crisper le cœur de Draco. Il ne voulait pas que Potter le craigne… Un instant, il caressa son visage, glissant ses doigts dans ses cheveux comme il rêvait de le faire depuis des semaines, puis il se redressa, prit sa baguette et lui lança un sortilège de réchauffement et de soin.

Assis dans le canapé, Tomas l'observa faire sans un mot puis ils s'affrontèrent du regard de longues secondes durant, avant qu'il ne finisse par se lever pour aller dans la cuisine faire réchauffer leur dîner.

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Ils mangèrent dans un silence de plomb, empli de confrontation et d'enjeux muets. Potter ne bougeait pas, recroquevillé sur le côté sur son tapis, et Tomas semblait lui accorder un répit. Il ne le nourrissait pas pour autant mais au moins, il lui foutait la paix quelques minutes. Draco se demanda même si Potter ne s'était pas endormi, épuisé de douleur et maintenant qu'il était baigné de chaleur. Sur ses fesses, une goutte de sang avait roulé pour aller se perdre dans la fourrure soyeuse de cette queue de renard à présent saugrenue.

Draco soupira en silence et reposa son assiette encore à moitié pleine sur la table basse. Cette séance jusqu'au petit matin, et une autre plus courte la semaine prochaine, et ce serait terminé. Il aurait Potter dans la vraie vie et il ferait en sorte qu'il arrête de venir ici tous les vendredis soirs. Tomas ne pourrait plus poser la main sur lui.

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Lentement, dans l'atmosphère lourde et silencieuse de l'appartement, Draco sentait à nouveau la tension monter entre eux. À présent qu'il était intervenu, il ne s'agissait même plus de Potter, mais de lui et Tomas. Leurs attentes, leurs volontés, leur besoin de s'accaparer la puissance et de posséder. Potter n'était plus qu'un prétexte, un bien qu'ils réclamaient l'un et l'autre. Sans un mot, sans un geste, mais la confrontation était bel et bien présente.

Et parce qu'ils en étaient là, Tomas devait bien se douter qu'ils approchaient de la fin, que les séances n'allaient pas continuer, que l'un d'entre eux – et sans doute Draco – allait finir par partir. Et cette fin imminente ne concernait pas que les séances du vendredi soir. C'était aussi la fin d'une époque, de ce qu'ils avaient pu être l'un à l'autre, de ce qu'ils avaient pu partager.

Une résignation mêlée de regrets et de refus d'abandonner régnait dans la pièce. Des regards durs et secs, des lèvres pincées. Même sous son éternelle cagoule, Tomas devait deviner son visage sévère et intransigeant.

Et puis Tomas eut un petit sourire plein de mépris et il se leva à nouveau pour aller secouer Potter d'un coup de pied.

– À genoux !

Et péniblement, Potter se redressa tant bien que mal pour se mettre à genoux, les poignets bloqués au niveau de son cou, et des mèches de cheveux collées par la sueur sur son front.

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L'intermède n'avait été que de courte durée.

Tomas sembla pendant quelques instants être revenu à des dispositions plus « humaines » envers Potter. Il lui caressa longuement les cheveux, la tête contre son ventre, tandis qu'une jalousie sourde naissait dans celui de Draco. Il embrassa ses lèvres, ce qu'il ne faisait jamais. Il se pencha à son oreille et murmura des paroles inaudibles auxquelles Potter répondit par un « Oui, Maître » qui l'inquiéta brusquement. Tomas lui apporta même un verre de lait qu'il lui fit boire comme à un enfant… Il semblait doux et attentionné, mais Draco savait que sa vengeance serait sournoise.

Il y eut un deuxième verre de lait et il sentit son instinct de danger s'allumer. Il crut un moment que Tomas voulait faire boire Potter jusqu'à ce qu'il finisse par s'uriner dessus, comme il l'avait déjà fait des semaines plus tôt, mais en le voyant déboucler sa ceinture, il comprit qu'il avait une autre envie en tête. Ou bien, il n'avait pas la patience d'attendre.

Tomas sortit son sexe et ses couilles par l'échancrure de son pantalon et regarda Draco avec un sourire suffisant. Il glissa ses doigts dans les cheveux de Potter, longuement, langoureusement, faisant frotter son visage contre son bas-ventre. Puis il l'obligea à prendre son sexe dans sa bouche et la « punition » commença… Il allait juste salir tout ce que Draco aimait.

Tomas avait bien entendu fait semblant de commencer doucement, mais à présent, il donnait de grands coups de reins entre les lèvres de Potter, jusqu'à s'enfouir tout au fond de sa gorge, et quand l'envie le prenait, il maintenait de ses deux mains la tête de Potter contre son bas-ventre, au point qu'il finissait par hoqueter, par tousser, par s'étrangler, par secouer la tête. Mais la poigne de Tomas était si forte que les haut-le-cœur soulevaient peu à peu le corps et les épaules de Potter, et le lait qu'il venait de boire remontait, mêlé de salive, coulait sur son torse, jaillissait par sa bouche, par son nez, maculant de liquide blanc son visage et le bas-ventre de Tomas.

Tomas souriait, le laissait respirer quelques secondes, baisait sa bouche et finissait invariablement par s'enfoncer et maintenir sa tête jusqu'à ce que Potter vomisse encore et encore ce lait immaculé.

Et Tomas regardait Draco avec ce petit sourire méprisant…

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Il finit par jouir au fond de la gorge de Potter mais ce ne fut pas suffisant. Dans son buffet, il partit chercher un gode pas très épais mais très long, et en se mettant dans le dos de Potter, en maintenant sa tête en arrière, renversée contre son ventre, il introduisit peu à peu ce gode dans la bouche de Potter, dans sa gorge, la pilonnant de ce jouet de plastique, encore et encore, descendant de plus en plus loin, jusqu'à ce que Potter vomisse encore et encore, crache, s'étrangle, s'étouffe, les yeux pleins de larmes, jusqu'à ce que le lait lui sorte par le nez, mêlé de salive, de morve, de bile, jusqu'à ce que son visage soit maculé de toutes ces substances mousseuses et dégoulinantes, sordides, et si ça ne suffisait pas assez, Tomas prit toutes ces substances dans sa main et les étala consciencieusement sur le visage de Potter avant de s'essuyer les doigts dans ses cheveux.

Salir.

Et sur son canapé, aux premières loges, Draco bouillait, bouillonnait, ivre de colère, de fureur, d'humiliation, le ventre noué de tensions, la baguette à portée de main et les nerfs à fleur de peau, écumant de rage, de dégoût et d'indignation.

Il avait envie de crier, de se battre, de prendre Potter dans ses bras et de le serrer contre lui, de lancer à Tomas des sortilèges cuisants, des sortilèges de découpe, et d'autres plus noirs, plus sombres encore, pour le faire souffrir autant que Potter avait souffert et autant qu'il souffrait lui-même, il avait envie de lui faire mal, de le voir ramper par terre, de le voir supplier et de prendre plaisir à l'écraser comme il avait écrasé Potter à coup de douleurs et d'humiliations.

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Quand Tomas lâcha enfin sa gorge, Potter s'affaissa assis sur ses talons, haletant, hoquetant, toussant, les menottes de ses poignets toujours attachées à son collier. Ses yeux rougis ne regardaient personne mais fixaient le plafond comme s'ils cherchaient de l'air pour retrouver un souffle normal; son torse maculé de lait et de salive se soulevait et s'abaissait trop rapidement; sa bouche entrouverte aux lèvres gonflées laissait entendre une respiration un peu rauque…

Un bruit sec claqua dans l'air et Potter s'effondra en avant dans un cri étouffé. À trop l'examiner pour juger de son état, Draco n'avait pas vu Tomas reprendre le chat à neuf queues puis l'abattre sur le dos de Potter.

Il ferma les yeux en serrant les dents. Et agita légèrement sa baguette.

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Le coup suivant fut arrêté par une barrière intangible et Tomas tourna vers lui un regard aigre et victorieux en même temps. Draco se leva et vint lentement lui faire face, s'interposant physiquement entre lui et Potter, après avoir déjà interposé son sortilège de protection.

Ils se regardèrent longuement, Tomas avec son fouet à la main et Draco avec sa baguette, conscients l'un et l'autre que quelque chose venait de s'achever sous leurs yeux.

Quelque part, Tomas avait gagné. Il l'avait obligé à intervenir, à faire cesser complètement le « jeu », il l'avait obligé à agir et à protéger Potter. Mais la victoire était aigre parce que Tomas savait qu'il avait aussi « perdu » Potter. Draco viendrait à toutes les séances s'il le fallait, mais plus jamais il ne le laisserait aller aussi loin. Plus jamais il ne le laisserait toucher à Potter de cette façon. Plus jamais.

Draco agita à nouveau sa baguette et lança plusieurs sortilèges à Potter. Soin, propreté, chaleur… Juste de quoi lui rendre sa dignité.

Un claquement sec retentit dans le silence du salon et la douleur mit quelques secondes à monter à son cerveau. Draco fronça les sourcils sans laisser échapper un son. Les lanières enroulées autour de son poignet retombèrent lentement puis il sourit et leva sa baguette. Sous la douleur du sortilège cuisant, Tomas lâcha son fouet.

Quelque chose comme un match nul mais qui laissait Draco en position de force.

Et puis tout s'enchaîna brusquement. Un bruit incongru et vibrant qui s'avéra être le portable de Potter; la façon dont il se redressa brusquement, blême et tendu; la baguette dans la main de Tomas qui le libéra aussitôt de ses entraves et de cette queue de renard si soyeuse; le téléphone à son oreille pour écouter le message sur son répondeur et son regard, inquiet, urgent, troublé… droit dans les yeux de Tomas.

– Je dois partir. Renvoie-moi.

Le « jeu » était suspendu, la séance terminée. Potter était redevenu cet « autre » qu'il était dans la vraie vie.

Tomas posa sa baguette sur le lourd collier de cuir et Potter disparut.

Et Draco se sentit brusquement vaciller. Bouleversé et effrayé. Il ne pouvait pas transplaner chez Potter pour savoir ce qui se passait, pour l'aider peut-être, il ne pouvait rien faire parce que Potter ne savait pas qui il était, et il allait devoir rester à se ronger les sangs sans comprendre. Et le regard de Potter le hantait déjà.

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Il partit de chez Tomas quelques minutes plus tard, encore sidéré et dans un état second. Ils ne s'étaient pas dit un mot, pas un son, pas un geste. D'un sortilège, Tomas avait simplement renvoyé tous les instruments qui traînaient au sol dans son buffet, puis ils s'étaient longuement regardés, à mi-chemin entre la résignation et l'inquiétude partagée.

– Je te dirai s'il m'envoie des nouvelles par message, fit simplement Tomas en le raccompagnant à la porte et Draco acquiesça, toujours muet.

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ooOOoo

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Il ne réussit pas à dormir, cette nuit-là. À vrai dire, Draco n'essaya même pas de se coucher. Deux ou trois fois dans la nuit, il avait transplané non loin de chez Potter mais la maison était sombre et vide, silencieuse et dépourvue de toute présence. Les enfants dormaient chez les Weasley comme tous les vendredis soirs et c'est là que Potter avait dû aller.

Par correction, Draco devait attendre quelques heures pour lui envoyer un message, anodin et dérisoire par rapport à ses inquiétudes. Au moins patienter jusqu'à une heure raisonnable… et un petit matin blême et humide se leva alors qu'il tournait encore en rond dans son appartement. Il n'avait même plus de cigarettes. Il finit par aller prendre une douche et s'endormit sur son canapé une fois habillé de propre.

Il se réveilla vers dix heures du matin, froissé et chiffonné, et attrapa aussitôt son téléphone portable. Aucun message de Tomas ou de Potter, mais il tapa frénétiquement sur son clavier pour envoyer un SMS. Potter était parti vers une heure du matin et Draco se foutait qu'il n'ait peut-être pas dormi du tout ou qu'il soit fatigué. Il se foutait d'avoir l'air de supplier ou de mendier. Il avait besoin de réponses.

« Tu vas bien ? Dispo pour un café ou autre chose aujourd'hui ? Dis-moi ce qui te convient ».

La réponse vint rapidement; pas celle que Draco souhaitait mais au moins Potter était « vivant » : « Je ne serai pas dispo aujourd'hui, trop de choses à faire, mais je te fais signe très vite ! » avec un petit smiley aux yeux fermés mais qui souriait paisiblement.

Très vite… Il s'accrocha à ces deux mots toute la journée.

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La soirée s'annonçait longue et morne. Draco n'avait envie de voir personne qu'il connaissait, il envoya un message d'excuses là où il était invité et préféra sortir dans un club. Des lumières rougeoyantes et tamisés, un verre d'alcool seul au fond d'un canapé, observer ces corps, cette chair qui s'offrait à ses yeux et parfois laisser traîner sa main, refuser poliment une sollicitation parce qu'il n'avait pas la tête à ça, et rêver à autre chose.

Il n'avait envie que d'une seule personne, que d'un seul corps, et qui lui était pour l'instant inaccessible… Très vite, avait dit Potter.

Un homme vint pourtant s'agenouiller par terre, à côté de lui, et poser son visage sur sa cuisse. De grands yeux sombres implorant pour une caresse, pour une main glissant dans les cheveux. Il y eut même une fellation, un peu plus tard, dans une alcôve, toute en douceur et en tendresse… mais cet homme-là n'était pas Potter.

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« Soirée pizzas, ça te dit ? »

Les pizzas du dimanche soir… et Draco soupira en fermant les yeux, partagé entre le soulagement et une émotion ridicule. Il n'irait pas jeter un coup d'œil à son allure avant de partir au risque de se trouver avec des yeux trop brillants devant le miroir. Des heures à patienter, à s'inquiéter, à se ronger les sangs et cette délivrance au bout du dimanche soir.

« J'ai des potions sur le feu, je ne pourrai pas longtemps, mais ça me dit. Vers quelle heure ? »

« Dix-neuf heures. Des trucs que tu n'aimes pas ? »

« Je ne suis pas difficile, j'aime tout »

« Je saurai me souvenir de cette phrase ! ^^ »

Draco ne put s'empêcher de sourire devant son téléphone, le cœur serré et piqué d'émotions. Bon sang ! Une adolescente devant un message de son flirt ! Mais c'était trop bon pour lutter contre ça et Draco se laissa aller à sourire un peu plus. Tant qu'il faisait bonne figure devant Potter, il pouvait tolérer son côté bêtement sentimental le reste du temps.

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La porte s'ouvrit sur les traits tirés et le visage fatigué de Potter, mais comme d'habitude, Draco le trouva juste à croquer.

– Salut ! Entre…

– Ça va ? T'as l'air crevé…

– Le week-end a été mouvementé, avoua Potter avec une grimace.

– Qu'est-ce qui s'est passé ?!

Draco accrocha son manteau sur une patère et suivit Potter dans le salon où six boîtes de pizzas à emporter patientaient déjà au milieu des assiettes et des verres.

– Les nains, à table ! appela Potter d'une voix forte avant de se tourner vers lui. Installe-toi. Le dimanche soir, c'est à la bonne franquette… En fait, Lily s'est cassée le bras…

– Cassé le bras ?! s'exclama Draco.

– On n'est pas des nains ! cria une voix à l'étage tandis que les marches de l'escalier résonnaient de leurs pas précipités.

– …Les enfants dormaient chez Molly comme tous les vendredis soirs, reprit Potter. Lily connaît la maison mais elle est parfois un peu somnambule… Elle est tombée dans les escaliers. Et comme c'était son bras atrophié, Molly a préféré l'emmener à Sainte-Mangouste et me prévenir.

– Et… ça va ? s'inquiéta Draco en cherchant la fillette des yeux parmi les enfants qui arrivaient.

Il la vit brusquement, le visage aussi fatigué que celui de son père, le bras en écharpe et la partie atrophiée de son bras, juste après le coude, enveloppée d'un bandage blanc qui lui fit mal au cœur. Merde ! Pour un peu, il avait envie de la serrer dans ses bras.

– Elle va bien, sourit Potter. Plus de peur que de mal… Mais comme c'est ce bras-là, les médicomages se sont montrés prudents.

– Tu n'as pas trop mal ? demanda Draco directement à la fillette.

– Au début, oui. Maintenant, pas trop… J'ai des potions à prendre, expliqua Lily en montrant une rangée de fioles alignées sur la table de la cuisine.

Draco fronça les sourcils et se dirigea vers les potions sur lesquelles il reconnut l'étiquette et le logo de Sainte-Mangouste. Il prit une fiole et la déboucha avant de la sentir longuement. Puis il en fit couler un peu sur son doigt avant de la goûter. Correcte, mais sans plus.

Appuyé contre le montant de la porte, les bras croisés sur son torse, Potter souriait d'un air amusé.

– On a dû y retourner hier soir parce qu'ils n'avaient plus de Poussos, ajouta-t-il. D'ici deux ou trois jours, l'os devrait être consolidé et elle pourra se servir à nouveau de son bras…

– Pourquoi tu ne m'as appelé ?! reprocha Draco d'un ton dur. Mes potions sont de meilleure qualité. Et j'avais de la Poussos au magasin !

Sans savoir pourquoi, il se sentait bizarrement affecté. Écœuré et meurtri. Que Lily ait pu souffrir alors qu'il avait tout ce qu'il fallait chez lui ou à la boutique… Alors qu'il était à portée de téléphone…

– Et je t'aurais appelé samedi à quatre heures du matin ? gloussa Potter.

– Je n'étais pas couché, grogna Draco d'un ton buté.

– Tu mènes une drôle de vie, Draco Malfoy, gloussa Potter en le prenant par l'épaule. Allez, viens manger… Tout ça n'est presque plus qu'un mauvais souvenir.

Il aurait pu savourer ce bras autour de ses épaules, la présence souriante de Potter tout contre lui, mais Draco était encore contrarié. Savoir enfin pourquoi Potter avait dû partir pendant la séance n'était qu'une maigre consolation par rapport à ce qu'il aurait voulu pouvoir faire.

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Il lui fallut le repas pour s'adoucir un peu sous le sourire amusé et délicat de Potter, ses yeux verts qui le regardaient avec… tendresse ?, et sa douceur… Mais Draco devait partir tôt et cela semblait le chagriner.

– Tu es sûr que tu ne veux pas rester un peu ?…

Ils étaient dans l'entrée, à côté de la porte, trop près l'un de l'autre pour que ce soit anodin. Et Potter faisait ses yeux de chien battu.

– J'adorerais, avoua Draco, mais je ne peux pas. J'ai une potion complexe sur le feu et qui rentre en phase finale. Je dois ajouter un ingrédient toutes les heures jusqu'à demain soir… Je ne peux pas perdre un mois de travail à la préparer…

Et Potter s'approchait encore, presque collé contre son torse, au point que Draco pouvait sentir son souffle contre son visage. Il était un peu plus petit que lui, pas beaucoup, mais quand Potter levait la tête, comme maintenant, ses lèvres n'étaient pas si loin.

– C'est dommage, fit-il avec ses grands yeux verts et un petit sourire résigné.

La main de Potter se leva doucement, mais n'atteignit pas sa bouche ou son visage, comme Draco l'aurait souhaité. Elle s'arrêta sur le revers de son manteau et le réajusta, machinalement, pour s'empêcher de faire plus, de glisser sur son pull, sur son torse, pour s'empêcher de s'égarer en caresses…

– Alors… bonne nuit. Ou bon courage…

Draco sourit, rêvant de passer un bras autour des reins de Potter pour le coller brusquement contre lui. Mais s'il faisait ça, il ne partirait jamais… Cela n'empêchait pas les milliers de papillons qui dansaient la sarabande dans son ventre.

Sa main vint se poser sur la main de Potter et la décrocha doucement du revers de son manteau. Il la pressa quelques secondes et esquissa une caresse du pouce sur sa peau soyeuse. C'était doux, et il aurait voulu ne plus la lâcher. La saisir et le tirer vers la chambre pour enfin l'embrasser et lui faire l'amour comme il le méritait…

– Bonne nuit…

Le froid humide de la nuit l'enveloppa mais il avait encore chaud à l'intérieur.

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ooOOoo

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« On est dans ton quartier… Tu viens manger une gaufre avec nous ? ».

Draco écarquilla les yeux devant le message en le relisant encore une fois. Il n'avait plus eu de nouvelles de Potter depuis le dimanche soir… depuis cette caresse fugace, main dans la main. On était mercredi; c'était presque une aubaine.

« Vous êtes où ? »

« On sort du magasin Liberty »

« Venez à la maison, je ferai des crêpes aux enfants ». « Au croisement de Lexington St et de Broadwick St. L'immeuble moderne en face du John Snow. Dernier étage »

Avant qu'ils n'arrivent, il avait même le temps de préparer la pâte à crêpes.

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Draco était dans la cuisine mais il entendit les murmures excités dans le couloir du palier puis frapper doucement. Cela le fit sourire que ni Potter, ni ses enfants n'osent entrer malgré la porte qu'il avait laissée entrebâillée; cette espèce de politesse un peu pudique…

Il s'avança et leur ouvrit la porte en grand, découvrant un Potter moins à l'aise qu'il ne l'aurait cru et des enfants curieux aux grands yeux avides.

– Salut, fit Potter d'une voix un peu rauque.

– Salut. Entrez, invita Draco avec un grand sourire.

Il y eut une ribambelle de « Salut, Draco » et de « Bonjour », des enfants qui s'éparpillaient déjà dans la vaste pièce et un Potter qui semblait hésiter sur un geste, une poignée de main, un frôlement… Draco le prit par l'épaule, le fit entrer un peu plus dans l'appartement et referma la porte derrière lui.

Et puis la vie reprit le dessus :

– Eh ! Ne touchez à rien ! avertit Potter.

– Papa ! Viens voir la super terrasse !

– La télé, elle est géante !

– Alors, t'as fait des crêpes ?

Et Draco gloussa. Ravi.

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– C'est vrai que la terrasse est immense, constata Potter en s'approchant des baies vitrées.

– J'ai acheté l'appartement pour ça, avoua Draco. Le quartier, la surface et le toit-terrasse…

– Ça a dû te coûter une fortune !

– Clairement. Mais ça les vaut. L'été, on peut manger dehors… J'aurais même pu installer un jacuzzi mais à moi tout seul, je n'en aurais pas eu beaucoup l'usage…

Potter eut un sourire délicieux tandis que leurs bras se frôlaient d'un peu trop près.

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– Et mademoiselle Lily, elle va mieux ? demanda Draco à la fillette.

– C'est tout guéri ! fit-elle avec un sourire réjoui en levant son bras qui n'avait plus ni bandage, ni écharpe.

– On est retournés faire un contrôle à Sainte-Mangouste hier soir et tout va bien, confirma Potter.

Il servait un jus de fruits à chacun de ses enfants dans les verres que Draco avait préparés, tandis qu'il commençait à faire cuire les crêpes. Ils étaient tous installés autour de la table à le regarder faire avec de grands yeux admiratifs et Potter souriait autant que lui. De toute évidence, après quelques minutes de flottement, il avait retrouvé son sourire et son assurance habituelle.

– Et qu'est-ce que vous faisiez dans le quartier ?

– On est venus voir les lumières de Noël ! clama Lily d'une voix enjouée.

– Noël ?

– Eh bien, oui, se moqua gentiment Potter. On vient de passer en décembre et Noël est dans quelques semaines !

Draco sourit à la délicieuse chaleur qui lui chatouillait le ventre. Il ne savait que trop bien que l'on était le premier décembre; cela faisait des semaines qu'il attendait ça, mais pas pour les mêmes raisons que les enfants. Ou plutôt, si; vendredi soir, il allait faire un cadeau merveilleux à Potter : son premier orgasme depuis plus d'un mois et il s'était promis que ce serait beau à en pleurer.

– On a vu les illuminations sur Regent Street ! fit l'un des jumeaux.

– Et sur Carnaby Street ! compléta l'autre.

– Et comme chaque année, ajouta Potter, on va acheter quelques décos de Noël pour le sapin au magasin Liberty… C'est le petit plaisir de Lily. Elle adore ce magasin depuis toute petite…

– Et toi, il est où ton sapin ? fit la fillette.

Draco la regarda d'un air surpris puis détourna les yeux avant que la crêpe ne brûle au fond de la poêle.

– Je n'en ai pas. Je ne fais pas de sapin.

– Mais pourquoi ? C'est triste s'il n'y a pas de sapin !

– Parce que… je n'ai pas d'enfants, je suis tout seul, je ne fête pas vraiment Noël.

Lily tourna son regard désemparé vers son père qui lui sourit gentiment.

– Alors, on va décorer ta maison, fit-elle brusquement. Et tu viendras fêter Noël avec nous !

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Drago contempla la fumée de sa cigarette qui s'évanouissait, dispersée par un petit vent froid qui pénétrait vicieusement à travers les mailles de son pull. Il faisait sombre, les réverbères et les décorations lumineuses scintillaient et la nuit avait un petit côté féerique. L'esprit de Noël, certainement… Ou l'effet des nains de Potter qui dévoraient des crêpes dans sa cuisine.

– Je ne savais même pas que tu fumais…

Potter venait de s'accouder à la balustrade qui ceinturait la terrasse, juste à côté de lui.

– J'avais arrêté quand j'étais aux États-Unis, fit Draco en observant la lueur rougeoyante dans la pénombre. J'ai repris depuis quelques mois… Une mauvaise habitude.

Avec un petit sourire, il ferma brutalement les yeux. Potter se tenait si près de lui qu'il pouvait sentir sa chaleur et même ses frissons.

– Tu devrais rentrer…

– Oui… On va y aller. C'est adorable de leur avoir fait des crêpes, mais je sais que les enfants sont un peu envahissants…

Draco tourna brusquement un regard noir vers lui.

– C'est moi qui vous ai invités, imbécile ! Et je ne disais certainement pas ça pour que tu partes mais parce que tu grelottes ! Va te mettre au chaud à l'intérieur…

Il songeait bien à d'autres manières de le réchauffer, mais même en étant seuls sur la terrasse, les enfants étaient présents pas loin, à les regarder, à les observer, à les épier, à guetter le moindre geste… Impossible d'être vraiment seuls et de faire à Potter tout ce qu'il avait envie de lui faire.

– Et tes nains sont mignons, ajouta Draco avec un sourire.

Il porta la cigarette à sa bouche, bien conscient du regard de Potter qui suivait ses doigts, s'attardait sur ses lèvres et il se permit même de les lécher du bout de sa langue. En relâchant la fumée comme un soupir, Draco frissonna à son tour. Ce n'était pas le froid mais plutôt le désir qui le faisait trembler. L'envie insidieuse de mettre autre chose entre ses propres lèvres : les lèvres de Potter, sa langue, le lobe de son oreille ou son sexe. Tout ça à quelques centimètres de lui et inaccessible.

Et Potter se tourna à demi vers lui, encore plus près si c'était possible, trop près pour être honnête. Son sourire était à croquer et ses yeux verts accrochaient les siens comme un aimant. Il pouvait y lire toute l'envie de Potter de s'approcher encore, de franchir les quelques centimètres qui les séparaient, de venir lécher sur ses lèvres le goût du tabac, de venir partager le même souffle chaud et vaporeux. Draco frissonna encore, presque effervescent à l'idée d'un geste qu'ils ne pouvaient pas se permettre.

C'était une torture de deviner qu'ils se désiraient l'un l'autre, que Potter ressentait dans son ventre, comme lui, ce petit feu d'artifice impatient et pétillant, de savoir qu'il allait se passer quelque chose entre eux, qu'ils finiraient par se toucher, s'embrasser, et coucher ensemble mais qu'ils étaient encore condamnés à attendre.

– Tu viens dîner samedi ? murmura Potter.

Dîner… et puis ? Une fois les enfants couchés et endormis… Quelques heures sombres et obscures à partager tous les deux.

– J'ai déjà quelque chose de prévu, samedi soir, répondit Draco avec une moue contrariée avant de tenter sa chance : Vendredi soir ?

– Jamais le vendredi soir.

Draco grimaça. S'il allait vraiment se passer quelque chose entre eux, il était normal qu'il soit un peu jaloux de ces mystères qui cachaient peut-être un autre homme… Et Potter se reprit rapidement :

– … Pas encore. Mais bientôt… J'arrêterai…

Potter baissa son regard troublé tandis que sa main se levait pour glisser le long de son bras et agripper discrètement ses doigts. Draco lui rendit cette étreinte infime mais son cœur jubilait déjà. Si Potter arrêtait les séances du vendredi soir, il ne serait plus sali par les mains de Tomas et il en ressentit un soulagement brusque et massif.

– Ça a l'air d'être drôlement important pour toi, ce club de bridge ! ricana-t-il. Je vais voir ce que je peux faire pour me libérer samedi soir…

Et Potter releva vers lui des yeux verts plein de gratitude et des lèvres qui ne demandaient qu'à l'embrasser.

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– Allez, rentre, fit Draco en ouvrant la porte-fenêtre. Avant qu'on meure congelés de froid sur cette terrasse.

Pour inciter Potter à passer en premier, il glissa un bras autour de ses reins et il le sentit vibrer avec délectation. Et peut-être qu'il vibra un peu plus quand sa main glissa incidemment sur ses fesses.

Et de toute évidence, Potter s'attarda un peu plus longtemps que nécessaire à essuyer ses chaussures sur le petit paillasson jusqu'à ce que Draco ne se presse contre lui en refermant la porte-fenêtre.

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Potter et ses nains étaient partis et l'appartement semblait trop grand, trop froid, trop silencieux. Les meubles étaient trop modernes, la décoration trop épurée, l'ensemble trop vide. Tout ça manquait de vie et de chaleur et Draco regretta brusquement de ne pas avoir une cheminée comme chez Potter pour y faire brûler un grand feu de joie qui puisse le réchauffer. Mais il savait bien que cela ne suffirait pas.

À la place, il contemplait d'un regard absent la guirlande de Noël blanche et duveteuse qui serpentait sous l'écran de télévision. Incongrue et… émouvante. Lily lui avait laissé au moins la moitié des décorations qu'elle avait choisies au magasin. Des guirlandes de plumes, des boules de Noël pleines de neige qu'elle avait accrochées aux poignées de porte, de petits animaux en bois posés sur la table basse… Un renne, une petite chouette et une biche couchée aux pattes repliées. Une touche de grâce et de légèreté dans sa vie trop morne.

Sans savoir pourquoi, cette gamine l'émouvait. Déraisonnablement. Tout comme son père l'émouvait, lui retournait l'esprit et les sens, remuait des choses étranges et pétillantes au fond de son ventre, lui serrait le cœur, parfois, quand ses grands yeux verts et son sourire désarmant le touchaient et l'attendrissaient.

Et quand Lily, en fouillant dans les sacs de leurs achats, avait sorti une paire de chaussons en tissu Liberty « Draco, on t'a pris des chaussons aussi, pour quand tu viens à la maison ! », il avait bêtement eu les yeux un peu trop brillants.

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Il restait trois jours à patienter avant d'aller dîner à nouveau chez Potter et peut-être d'y passer toute la nuit… Et avant cela, la séance du vendredi soir où il se ferait un plaisir de lui donner un orgasme mémorable pour le délivrer enfin de ce mois de privation après un premier mois d'enfermement dans la cage de chasteté.

Bien sûr, Tomas serait là, et sous son regard, Draco ne pourrait pas se permettre autant qu'il l'aurait voulu, mais il tenait à ce que ce soit lui. Sa main, sa langue, il ne savait pas encore – sans doute pas son sexe, parce qu'il se voyait mal lui faire l'amour devant Tomas – mais la jouissance viendrait de lui. Pure et belle, même si Potter ne saurait toujours pas qui il était. Et puis le lendemain, l'aimer à nouveau, mais dans la vraie vie. Sous son vrai visage. Avec sa vraie voix. Et peut-être pouvoir tisser d'autres liens…

Il se fichait bien que sa relation avec Potter ne comporte ni menottes, ni cordes, ni fouet, qu'il n'y ait pas de jeu de pouvoir, ni le plaisir de la souffrance, qu'il ne puisse plus jamais orner son corps de jouets ou de marques, qu'il n'existe plus cet abandon si particulier de la soumission… Leur relation était au-delà de ça. Elle était joie et complicité, fascination et confiance, et un peu de ce charme subtil de Potter. Sa force. Son enthousiasme. Sa simplicité…

Et peut-être, tout au bout, une ébauche de sentiments.

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ooOOoo

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Draco était venu jusque chez Tomas comme un automate, presque pressé de traverser cette soirée pour être au lendemain et au dîner chez Potter. Il en était à se demander s'il devait emmener quelque chose… Des crêpes pour les nains aurait été redondant et presque vénal, des fleurs ridicule, du vin inutile puisque Potter ne buvait pas d'alcool… Des chocolats, peut-être, puisqu'il adorait ça…

Il se creusait encore la tête quand il tomba sur un post-it jaune collé sur la porte de Tomas. « Joyeux Noël ». Un peu tôt dans la saison puisqu'on n'était que le trois décembre.

Draco prit le post-it et le retourna sans rien découvrir derrière. Dubitatif, il le recolla sur la porte puis l'ouvrit. Le salon était vide, l'appartement désert et silencieux, et seule la lueur bleutée de la télévision diffusait dans l'obscurité les images de la caméra de surveillance du vestibule. Potter y était déjà, à genoux, nu et avec son collier, et Draco tressaillit de désir et d'impatience rien qu'à le voir.

Il accrocha son manteau dans l'entrée, retira ses chaussures puis vérifia machinalement son portable. Aucun message de Tomas pour expliquer son absence. Qu'importe. Il enfila sa cagoule, se jeta le sortilège pour modifier sa voix puis partit s'asseoir sur le canapé, ravi d'observer à loisir l'homme qui serait sien demain et qui chatouillait si délicieusement son ventre.

Au bout de quelques minutes, Potter apparut au milieu du salon, son beau regard vert inexorablement baissé, et Tomas n'était toujours pas là.

– Va poser ton téléphone et reviens ici en position de repos.

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Tandis que Potter obéissait, Draco hésitait. Il ne voulait pas se montrer trop magnanime si Tomas arrivait d'un instant à l'autre, de crainte qu'il ne se venge sur Potter, mais cette absence momentanée était peut-être l'occasion de le récompenser et de lui donner enfin cet orgasme tant attendu. Seuls, tous les deux. Et malgré tout, il ne voulait pas faire les choses dans la précipitation.

– As-tu reçu des consignes particulières pour venir ce soir ?

– Non, Monsieur.

– Sais-tu pourquoi Tomas n'est pas encore là ?

– Oui, Monsieur.

Draco lâcha un soupir agacé devant le mutisme de Potter mais il ne faisait que ce qu'on lui avait appris.

– Eh bien ! Parle !

Mais à voir l'infime sourire de Potter, il se demanda brusquement qui manipulait l'autre.

– Il ne sera pas là ce soir, Monsieur. Il a dû partir à l'étranger pour ses affaires hier matin.

Hier. Tomas avait prévenu Potter mais pas lui. Qu'est-ce qui était de la manipulation ou de la vérité derrière tout ça ? Mais c'était un joli cadeau de Noël, assurément.

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– Bien. As-tu respecté les consignes, cette semaine ? Pas d'orgasme, pas de masturbation ?

– Non, Monsieur. Mais des érections nocturnes…

Des ?!

Et à nouveau, cet imperceptible mouvement aux coins des lèvres de Potter qui formait l'ébauche infime d'un sourire.

– Trois ou quatre fois, Monsieur.

Draco haussa un sourcil surpris. Ou l'abstinence commençait à lui peser sérieusement ou Potter avait eu des raisons d'être plus excité que d'habitude. Des… rêves ? Ou des tentations particulières ?

Il ne voulait pas imaginer que Potter avait songé à lui pour être aussi réactif mais quelque part, l'idée germait dans son cœur…

– Tu ne t'es pas touché ? interrogea Draco avec une nuance de menace dans la voix.

– Non, Monsieur, assura Potter.

Et son visage aux yeux clos avait l'air apaisé de ce petit smiley qu'il lui avait envoyé une semaine plus tôt après avoir disparu au milieu de la séance. Très vite

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Draco fit un pas pour s'approcher de Potter, puis poursuivit finalement pour passer derrière lui. Il était censé dire quelque chose, une remontrance, une réprimande, le punir éventuellement pour ces érections intempestives, mais en réalité, il n'était pas Tomas et il s'en fichait. Pire, il en était même amusé et presque satisfait. Fier. Potter avait mérité cette liberté de son corps et s'il pouvait en être à l'origine…

Dans son dos, sans que Potter ne puisse le voir, il s'approcha un peu plus. Dans la pénombre et la lumière bleutée de l'écran, sa peau avait des reflets étranges qui soulignaient les angles et les creux de son corps. Ses épaules, larges et musclées. Son dos puissant. Et puis cette taille, si fine pour un homme qu'il rêvait de poser ses mains dessus. Et juste en-dessous, ces fesses rondes, sublimes. Draco mourrait d'envie de le toucher.

Il posa la main sur son épaule nue, presque à la base de son cou, et ce fut comme un déchaînement de sensations dans son ventre. Une crispation si violente, si bouillonnante que son sexe durcit brusquement et qu'il dut fermer les yeux pour se contenir.

Potter également avait frémi, mais il avait aussi très légèrement penché la tête en arrière, comme s'il voulait s'appuyer contre lui et offrir sa gorge, son visage aux yeux clos figé dans l'attente d'une caresse, ses lèvres entrouvertes qui n'espéraient qu'un baiser.

Et brusquement, Draco posa sa main sur le front de Potter, collant sa tête contre son ventre, puis ses doigts glissèrent le long de son visage jusqu'en haut de sa gorge, agrippant son menton pour le maintenir en place tandis que son pouce caressait ses lèvres… Et son autre main était déjà sur son torse, envahie d'un désir possessif.

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Mais si c'était leurs dernières heures sous cette identité-là, Draco voulait de Potter davantage que de simples caresses et un rapport sexuel, aussi désiré soit-il. Il voulait une forme différente de partage, d'abandon, cette docilité devant les exigences, quelles qu'elles soient, et cette confiance ultime de pouvoir s'offrir sans craintes.

– Passons sur ces érections nocturnes, fit Draco avec un petit sourire. Tu sais quel jour nous sommes aujourd'hui ?

– Oui, Monsieur. Le trois décembre.

– Tu sais donc ce que je vais te donner… ?

– Oui, Monsieur.

La voix de Potter contenait cette petite certitude arrogante et souriante qu'il aurait pu vouloir lui faire ravaler et qui l'amusait plutôt qu'autre chose.

– Et qu'est-ce que tu vas m'offrir de toi en échange de cet orgasme ?

– Tout ce que vous voudrez, Monsieur…, souffla Potter, les yeux fermés.

Et l'abandon ultime était là, dans ces quelques mots, dans son visage renversé en arrière contre lui, dans l'attente qui faisait vibrer son corps et qui avait dressé son sexe sans même que Draco ne s'en rende compte.

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La peau écarlate de Potter était brûlante sous sa main. Une couleur uniformément rouge, parsemée de quelques traces plus appuyées, et une chaleur torride, embrasée, aussi ardente que le désir que Draco sentait pulser dans son pantalon.

Il était dur depuis longtemps, depuis qu'il avait commencé à marquer Potter sans doute, et bien qu'il se retienne le plus possible du moindre geste, il ne pouvait empêcher sa main d'aller agripper son propre sexe de temps en temps, les doigts crispés à la limite de la douleur pour contenir ses pulsions de le baiser sauvagement.

Tranquillement, il posa le martinet sur le dos de Potter, les lanières éparpillées sur ses épaules, et il s'accroupit près de ses fesses. Un long moment, il avait fouetté Potter à genoux sur le sol, ramassé sur lui-même, le torse posé sur ses cuisses et les bras en avant, jusqu'à ce que sa peau flambe de partout, de rougeur, de chaleur, de douleur… en écoutant avec délice ses halètements et ses gémissements.

Et quand sa peau avait été incandescente de désir, Draco avait étiré ses poignets liés vers l'avant en l'obligeant à lever les fesses pour en faire sa nouvelle cible. Et maintenant qu'elles étaient aussi rouges que son dos, il mourait d'envie de les embrasser, de les lécher et de les rafraîchir de sa langue…

Et bientôt, sans même l'avoir décidé, sa langue parcourait le sillon si délicieux entre ses fesses écartées et les gémissements de Potter étaient devenus pure luxure. Il rêvait tellement de s'enfoncer là, entre ces petits plis palpitants sous sa langue, qui s'ouvraient déjà à la moindre pression, d'y introduire ses doigts, son sexe, de lui donner du plaisir en allant cajoler sa prostate jusqu'à ce que Potter éclate en sanglots et en jaillissements de sperme…

Pour l'heure, ses soupirs et les sons affolés de désir qu'il produisait faisaient déjà monter la fièvre dans son propre corps, mais Draco ne voulait pas encore céder. D'abord lécher, embrasser, sucer, apposer sa marque sur ces fesses par une morsure lente qui fit gémir Potter outrageusement, puis glisser sa main entre ses cuisses pour aller jouer avec ses testicules qui n'avaient pas été malmenés depuis trop longtemps.

Et les bruits de Potter s'amplifiaient, gutturaux ou aigus suivant ce qu'il touchait, indécents, extatiques, suppliants parfois, sauvages et presque animaux, et puis survenait un gémissement presque sanglotant, éperdu, et qui ravageait son esprit.

Draco n'y tint plus. Il se releva brusquement, se mit face à lui et ordonna :

– Redresse-toi !

Et Potter avait à peine redressé son torse qu'il se rapprochait déjà, rampant à genoux pour venir frotter son visage contre la bosse de son pantalon. Draco n'avait rien exigé que les mains habiles défaisaient rapidement sa ceinture, sa fermeture éclair et son sexe libéré fut aussitôt avalé par la bouche de Potter.

La divine bouche de Potter… Et Draco ferma les yeux et rejeta la tête en arrière.

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C'était une torture mais Draco posa sa main sur la tête de Potter, agrippa ses cheveux et les tira légèrement jusqu'à ce qu'il comprenne et s'arrête. Il se pencha alors pour l'embrasser, comme il rêvait de le faire depuis si longtemps. Et l'un et l'autre avaient les yeux clos et le souffle court, et un désir furieux qui serpentait sous leur peau.

Lentement, Draco rompit le baiser puis il poussa légèrement Potter par l'épaule afin qu'il bascule en arrière et s'allonge sur le dos sur le tapis. Il était déjà à genoux entre ses cuisses, la main caressant ce sexe qui n'avait pas cessé de bander et de larmoyer depuis leurs premiers effleurements une heure plus tôt. Il y posa ses lèvres, sa langue, la chaleur humide de sa propre bouche pour essayer de lui rendre un peu de ce plaisir, de ce bonheur qui dansaient dans son ventre, mais l'envie de le posséder, de le faire sien était plus forte que tout. Et même Potter insistait de ses mains pour qu'il vienne à sa hauteur et il écartait les cuisses pour lui laisser toute la place de le pénétrer.

Et quand Draco s'enfonça lentement dans ce corps, quand il put enfin faire l'amour à Potter, dans l'obscurité et la lumière bleutée de l'écran de télévision, il fut pris d'une émotion inexplicable qui lui mit les larmes aux yeux.

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Négligemment, du bout des doigts, Draco caressait le dos de Potter. Il ne se souvenait plus à quel moment ils avaient migré vers la chambre, vers le lit, mais ça n'avait pas d'importance. Seul comptait à cet instant Potter, allongé sur lui et la tête posée sur son torse. Son poids. Sa chaleur voluptueuse. Son odeur… le parfum suave et délicieux de sa peau, et l'odeur plus lourde, plus musquée d'après le sexe : la sueur, le sperme, l'animalité des corps.

Potter ne s'était pas endormi, Draco sentait ses cils effleurer régulièrement son torse, mais il profitait sans doute comme lui de la léthargie qui suit la jouissance, de cet abandon encore différent de celui de la soumission, de cette tendresse qui suit l'amour physique…

Un moment qu'il connaîtrait peut-être aussi demain soir, mais celui-ci avait des accents précieux qu'il ne voulait pas renier. Un goût d'achèvement et de renoncement à la fois. Une consécration mais aussi la fin prochaine de cette forme de relation où Potter lui offrait son corps jusqu'au bout de la douleur, jusqu'au bout de la confiance, une sorte de communion que Draco vénérait avec dévotion.

Ce qu'il gagnerait dans la vraie vie était différent, mais il ne pouvait pas s'empêcher de maudire ce collier épais autour du cou de Potter, la cagoule qui recouvrait son propre visage, et qui les empêchaient de s'ouvrir l'un à l'autre aussi loin qu'ils étaient capables de s'aimer.

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– Je dois te dire quelque chose…

Devant l'énormité absurde de ses propres paroles, les doigts de Draco s'immobilisèrent brusquement sur la peau de Potter. Il ne savait même pas ce qu'il avait l'intention d'avouer, mais pour lui, Potter et l'homme du vendredi soir avaient si bien fusionné dans son esprit qu'il ne faisait plus de distinction entre ce qu'il pouvait dire et ce qui devait rester secret.

La main de Potter se déplaça fugacement pour venir se poser sur ses lèvres et faire taire les mots qu'il avait eu l'intention de prononcer.

– Chuttt, murmura-t-il. Je sais qui tu es, tu n'as pas besoin de le dire…

Et le monde de Draco bascula dans un vide sidéral et sidérant.

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Il restait figé dans le silence. Paralysé. Tétanisé. Effrayé, aussi, de tout ce que ça impliquait.

Cela pouvait sembler plus facile, parce qu'il n'avait rien besoin d'avouer, mais en réalité ça ne l'était pas du tout. Parce que loin, tout au fond, Draco avait abominablement honte.

– Depuis quand ? murmura-t-il.

– Depuis longtemps…, répondit Potter sur le même ton. Depuis la fois où j'avais fait un malaise… Tu m'avais donné des potions et sur ta sacoche, il y avait ton monogramme…

Draco ferma les yeux, la nausée au bord des lèvres. Potter savait qui il était depuis des semaines. Depuis cette fameuse séance où ils n'avaient pas pu lui enlever sa cagoule et à la suite de quoi il avait décidé de dévoiler son identité. De lui faire confiance.

Et depuis, il y avait eu Locktober, et puis ce mois de novembre de privations, et des séances horribles où Tomas s'était amusé à humilier Potter toujours davantage, à l'emmener aux confins de la souffrance, à l'écraser, et où lui il n'avait pas réagi.

Il avait été farouchement dérangé par certaines pratiques, par certaines humiliations, par une douleur qui allait trop loin, et il n'avait pas réagi. Tomas l'avait empêché de le faire jouir, et il n'avait pas réagi. Il avait baisé la bouche de Potter jusqu'à le faire vomir, il avait sali tout ce qu'il représentait aux yeux de Draco, et il n'avait pas réagi. Il l'avait laissé recroquevillé sur le tapis, sanglotant, sanglant, et il n'avait pas réagi…

Et aujourd'hui, la honte de ce qu'il n'avait pas fait pour protéger Potter était telle que Draco avait les larmes aux yeux et une masse énorme de culpabilité qui étranglait sa gorge.

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– Je suis désolé, suffoqua-t-il.

– Mais de quoi ? murmura Potter en caressant doucement son torse.

– De ne pas avoir empêché Tomas de…

Sa voix lui paraissait tellement implorante et au bord des sanglots qu'il en avait honte.

– Hey ! Tout va bien… Je te rappelle que j'étais consentant et que je l'ai toujours été… Si j'avais voulu, j'aurais pu tout arrêter d'un seul mot et je ne l'ai jamais fait…

Mais quand même… Draco referma brusquement ses bras autour du corps de Potter et enfouit son visage dans ses cheveux.

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– Pourquoi… ?

– Pourquoi quoi ? fit délicatement Potter. Pourquoi Tomas ou pourquoi ce qu'on pratique ensemble ?

– Pourquoi… lui ?!

Et pourquoi des pratiques aussi sales et aussi abjectes ?!… Draco avait pourtant vu beaucoup de choses, et il en appréciait aussi beaucoup, mais pourquoi Potter au milieu de tout ça ?!

– Depuis des années, commença Potter en caressant doucement sa peau du bout des doigts, j'ai toujours fait en sorte d'avoir une soirée de libre chaque semaine. Sans les enfants. Une soirée où je puisse souffler et vivre un peu pour moi. Une soirée pour picoler au pub ou m'envoyer en l'air et ne pas finir frustré comme un vieux con, gloussa-t-il. Molly et Arthur ont toujours accepté gracieusement de les prendre le vendredi soir et je ne sais même pas si les enfants ont connu autre chose… De sortie en sortie, j'ai fini par rencontrer Tomas, et ce qu'il m'a proposé comme pratiques… ça m'a fait un bien fou.

Draco frissonna sous les caresses légères de Potter et il resserra ses bras autour du corps chaud allongé sur lui. Potter ne cherchait pas à le regarder en parlant et pour une fois, il en était heureux. Et sa propre cagoule, qui cachait encore ses traits et son visage sans doute bouleversé, lui apparaissait comme une protection salutaire.

– Pourquoi ? fit-il encore. Pourquoi avoir besoin de ça… ?

– Parce que pendant quatre heures, ou parfois toute une nuit, je peux poser mon cerveau dans un coin et ne plus penser à rien. Avec Tomas, je ne suis personne, je ne suis rien. Je n'ai plus besoin de me soucier des devoirs des enfants, de mon cours de demain, des copies de mes stagiaires à corriger, de l'exposé de sciences à préparer avec Sirius, des courses à faire, du prochain repas où je n'ai plus d'idées pour faire à manger, des factures à payer, de prendre un rendez-vous médical pour Lily ou de la conduire à son cours de sport, de penser à acheter un cadeau pour l'anniversaire où James est invité, de surveiller les bêtises des jumeaux ou de mettre une lessive à tourner, de me dire qu'il faut encore leur acheter des chaussures ou que tous leurs pantalons sont trop courts… Quand je viens ici le vendredi soir, je n'ai plus besoin de penser. Je pose toutes ces choses qui sont dans mon esprit et c'est comme faire le vide… Pendant quatre heures, quelqu'un pense à ma place, quelqu'un me dit quoi faire et je ne suis plus en charge… Je me contente d'obéir, de ressentir – mon corps, la douleur, ou parfois le plaisir – et je me sens bien… Apaisé.

Potter s'interrompit quelques instants mais sa voix et son attitude transpiraient cet apaisement, cette sérénité qui venaient peu à peu le tranquilliser lui aussi. Draco tira un peu plus la couette sur eux, appréciant de façon insensée la présence de Potter sur lui, le contact de son corps tout au long du sien. Le fait qu'il soit encore là.

Même si cette confession représentait un bouleversement monstrueux entre eux, Potter ne fuyait pas. Au contraire… Et Draco soupira de dépit envers lui-même en comprenant que le seul qui voulait fuir ici, c'était lui.

Quand Potter avait découvert qui il était, il avait décidé en toute confiance de lui dévoiler son identité. Et quand Draco l'avait revu, il avait été si choqué de cette révélation qu'il avait failli fuir et qu'il lui avait fallu bien du temps pour reprendre un comportement normal avec lui.

Quand Draco l'avait croisé ce premier jour dans la vraie vie, dans l'épicerie, c'était Potter qui l'avait abordé, qui l'avait invité à boire un café, qui lui avait laissé son numéro de téléphone, tandis qu'il ne cherchait qu'un moyen de s'échapper du magasin…

Et alors qu'il savait déjà qui il était, Potter l'avait invité à dîner, il l'avait même hébergé parce que Draco avait trop bu, il avait proposé ce moment inoubliable et sucré à la patinoire, il l'avait invité pour partager les pizzas du dimanche soir, pour manger une gaufre, les enfants l'avaient invité pour Noël et Potter avait souri, il lui avait même acheté des chaussons pour quand il restait chez eux… Et de nouveau, Draco avait les yeux trop humides.

Et maintenant que Potter lui avouait connaître son identité, Draco était encore celui qui avait le plus de mal à assumer.

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Loin de ses tourments, Potter recommença à parler, doucement, d'une voix presque feutrée comme s'il ne voulait pas le brusquer.

– Tu dois sans doute trouver que Tomas va trop loin, qu'il a des pratiques avec moi qui sont trop… excessives… Mais ça ne me dérange pas. Au début, nous avons longtemps « débattu » de ce que j'acceptais. Ou pas… J'ai imposé beaucoup de restrictions, celles qui pour moi étaient essentielles : la confidentialité, le huis-clos, l'absence de marques visibles…

– Mais toutes ces marques dans ton dos, l'interrompit Draco. Avec les enfants ?

– Un simple glamour et un peu de discrétion, sourit Potter sur sa peau. Et en deux jours, il n'y a plus rien… Avec Tomas, reprit-il, nous avons signé un contrat très strict et il a prêté un serment qui le tient au silence. Et nous réévaluons ce contrat et toutes les pratiques que j'ai acceptées au moins deux fois par an… Mais à l'intérieur de ce cadre, il est libre de faire ce qu'il veut de moi. Et d'une certaine façon, je suis libre aussi…

Doucement, dans la chaleur de la couette et de leurs corps enchevêtrés, Draco se remit à caresser doucement le dos et les reins de Potter. Il connaissait ce genre de contrat; il en avait signé deux ou trois quand il était aux États-Unis, mais qui n'avaient jamais duré plus de quelques mois. Il se lassait vite et il n'avait jamais éprouvé pour ces hommes le millième de l'attachement et de la fascination qu'il éprouvait pour Potter.

Et de toute façon, il aimait bien plus le contact, le toucher, le plaisir et le sexe que Tomas, et la soumission n'allait jamais aussi loin…

– Tomas a beaucoup d'imagination, reprit Potter en gloussant. Bien plus que je ne l'aurais soupçonné au départ. Mais… ça me va. J'ai une certaine tolérance à la douleur. Et ici, entre nous, je n'ai aucune dignité, aucun personnage à défendre. C'est un moment privilégié, hors du temps, où nous sommes présents l'un à l'autre de façon très essentielle. Pendant ces quelques heures, il n'est là que pour moi et je ne suis là que pour lui. Cet espace protégé, hors de la société, est sans doute le plus grand espace de liberté que je connaisse. Je suis ce qu'il veut de moi et… ça me va. Parce qu'il est sans doute ce que je veux de lui.

– Alors, tu n'arrêteras pas ? murmura Draco.

– J'arrêterai. Parce que je te veux, toi.

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Un long moment, Potter l'avait laissé à ses réflexions et ils s'étaient contentés de partager cette étreinte tendre et silencieuse, bien au chaud sous la couette, dans l'appartement de Tomas, dans le lit de Tomas et avec la lumière bleutée de la télévision.

Et puis, brusquement, Potter se redressa à quatre pattes au-dessus de lui et planta un long baiser sur ses lèvres.

– Je t'attends pour dîner demain soir. Dix-neuf heures. Et ne me fais pas faux bond… !

Et Potter disparut tandis que le froid s'insinuait sur la peau de Draco et dans son cœur.

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Épilogue demain... ;)