Texte 18 : Sherlock (John x Henry)
Contexte : post saison 4
Mot du calendrier Kinai : Jouet
Pour Melky,
La personne pour qui le choix du fandom a été le plus dur !
Parfois, John oubliait à quel point Sherlock pouvait être susceptible.
Ce qui était étonnant, vu qu'il avait passé ces dernières années en colocation avec lui. C'était pour cela qu'il avait développé une sorte de super pouvoir qui lui permettait de distinguer les sujets à éviter et les moments où il fallait mieux laisser Sherlock dans sa bulle.
Cette après-midi était un de ces moments. Noël approchant à grands-pas, le détective et lui-même avaient convenus qu'il était grand temps d'arrêter de repousser l'achat des cadeaux. D'ordinaire, Sherlock refusait cette corvée qu'il considérait comme indigne de son esprit, laissant à John la responsabilité de faire les courses à sa place. Cette fois-ci, pour la première fois dans l'histoire de leur cohabitation, il avait tenu à l'accompagner. La raison tenait en un seul mot : Rosie.
« Hors de question que je te laisse choisir le cadeau de ma filleul, tu lui prendras n'importe quoi et elle deviendra aussi idiote que toi »
Reconnaissant là toute la mauvaise foi Sherlockienne qui constituait à critiquer au lieu d'assumer un quelconque intérêt sincère, John laissa passer la pique. Deux heures après, le duo était parti dans les rues de Londres, à la recherche du présent idéal. Une boutique artisanale de jouets et jeux avait attiré leurs regards.
Cela faisait maintenant une heure qu'ils étaient piégés dedans. John avait vu au moins cinq jeux de société parfaits, mais Sherlock leur avait tous trouvé des défauts. Pour se calmer les nerfs devant tant de jeux idiots, ce dernier avait fini par aller vers les échiquiers. Comprenant que son ami avait besoin d'extérioriser la pression que représentait pour lui une foule dans un magasin de jeux à une semaine de Noël, le médecin l'avait laissé faire. Néanmoins, au bout de trente minutes, John décréta qu'il commençait à arriver au bout de sa propre patience.
Je croyais qu'on était venu trouver un jouet à Rosie, pas à toi, le taquina-t-il donc en désignant l'échiquier que Sherlock fixait.
Oui, John avait oublié la susceptibilité du détective.
Il s'en souvint toutefois très rapidement lorsque ce dernier leva sur lui un regard indigné.
- Un « Jouet » ? Un « JOUET » ?
- Pas besoin de crier, grommela John. Je...
- Tu considères les échiquiers comme de simples « jouets » ?
- Non je...
John tenta vainement de se défendre, mais Sherlock continua de le prendre à partie. Bien évidement, sa véhémence attira l'attention de tous les clients et ce fut à cet instant que le médecin craqua.
- Si je suis si con que ça, tu n'auras pas de mal à retrouver l'appartement tout seul. Et peut-être que je n'y reviendrais pas. Après tout quelqu'un incapable de comprendre l'art des échecs est bien incapable de trouver son chemin.
Il songea fugacement que cette fois-ci, c'était lui qui se montrait trop susceptible. Mais John ne chercha pas à s'excuser ; lui aussi avait le droit d'exploser de temps en temps.
Il quitta donc la boutique et ne chercha pas à se retourner quand Sherlock l'appela.
…
Le réveillon de Noël se déroula plutôt silencieusement.
Depuis leur dispute de la semaine précédente, John et Sherlock n'avaient pas discutés. Bien sûr, ils avaient parlé pour Rosie, mais l'abcès de l'incident n'avait pas éclaté. Une certaine tension restait palpable, même si en ce soir de Noël, ils faisaient tout pour la dissimuler à la petite fille, de toute façon bien trop occupée à se mettre du chocolat partout pour comprendre ce qui se jouait.
Quand l'heure des cadeaux fut arrivée, John se demandait donc à quoi s'attendre. Sûrement à rien. Mais Sherlock lui fit tout de même la surprise de lui tendre quelque chose.
- Ne t'énerve pas en l'ouvrant, prévint-il.
Voilà qui commençait bien, soupira intérieurement le médecin.
Son humeur ne s'améliora pas en découvrant ce que le paquet contenait : un jeu d'échec. Fidèle à sa promesse de ne pas s'énerver, John retint un « tu te fous de moi ? », se contentant plutôt de regarder Sherlock avec un air qui voulait dire « tu te fous de moi ? ».
- Je sais que j'ai tendance à dévaluer ta valeur personnelle, expliqua le détective. Et je sais que j'ai aussi tendance à mal réagir. Pour les échecs, j'aurais dû te convaincre de leur intérêt plutôt que simplement te reprocher de les considérer comme... comme... comme un jouet.
John pouvait sentir combien reprendre son expression demandait à Sherlock un effort incommensurable. Il sourit alors légèrement.
- Je t'offre donc cet échiquier non pas pour te montrer que j'avais raison, mais pour t'inviter dans mon monde. Pour que tu comprennes ce qui me plaît tant et qu'on puisse passer du temps ensemble. Et si jamais cela ne te plaît finalement pas... je t'ai aussi acheté ça.
Avec une mine dont il tâchait de dissimuler le dégoût, Sherlock lui tendit une autre boîte, comportant le jeu Jungle Speed. John avait toujours voulu y jouer, mais le détective trouvait ce jeu comme « l'incarnation la plus manifeste de la déchéance humaine ».
Quand il leva les yeux de ses paquets, John vit qu'il attendait sa réaction.
Celle-ci ne tarda pas à s'incarner en un franc sourire.
Certes, les excuses étaient maladroites – il s'agissait de Sherlock, après tout. Mais elles étaient sincères.
- Merci beaucoup.
…
Une fois Rosie couchée, les deux hommes se retrouvèrent donc autour de la table, le jeu d'échec au milieu d'eux.
Pour les pions, c'est facile. Ils avancent toujours en avant, tout droit ou en diagonale pour prendre une autre pièce. Ils avancent d'une case, sauf au début, ils peuvent bouger de deux. Les cavalier eux se déplacent en L...
Les explications s'enchaînèrent si rapidement que John fut rapidement perdu. Voilà pourquoi il n'avait jamais voulu apprendre les échecs et encore moins avec Sherlock : comment tenir la comparaison face à un tel génie ? Cependant, quand le détective remarqua qu'il l'avait perdu, il ne lui fit aucune remarque désobligeante. Il se contenta de lever légèrement les yeux au ciel, avant de reprendre les règles du début, manœuvrant en même temps les pièces pour illustrer ses propos. Une fois que John eu repéré les différentes composantes de son jeu, ils entamèrent la partie, Sherlock lui donnant des conseils au fur et à mesure.
Ils passèrent ainsi le restant de la nuit à jouer et, même si John se fit largement battre partie après partie, il lui sembla qu'il s'agissait de son meilleur réveillon depuis bien longtemps.
