Épilogue

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Draco soupira en parcourant du regard les plats et les ustensiles éparpillés dans la cuisine puis il entreprit de tout ranger. Ce soir, les enfants leur avaient fait la surprise de préparer le dîner et il y en avait un peu partout. Il vida les restes dans des boîtes de conservation et les mit au frigo avant de mettre les plats sales dans le lave-vaisselle. Harry, lui, était quelque part à l'étage, en train de faire l'auror de service pour obtenir le calme et mettre tout le monde au lit.

Un dîner de plus dans cette maison qui était aussi devenue la sienne…

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Le lendemain de cette nuit où la vérité avait éclaté au grand jour entre eux, Draco n'avait pas fait faux bond à Harry. Il était bien venu dîner, emmenant avec lui une boîte de chocolats, le peu de courage qui lui restait et une bonne dose d'appréhension. Et une bouteille de vin pour calmer toutes ses angoisses.

Avec la complicité discrète et incroyable des enfants, ce premier dîner en toute connaissance de cause s'était bien passé. Il avait fallu passer outre quelques hésitations, quelques maladresses, et puis rapidement, le naturel avait repris le dessus. Il était resté dormir, bien sûr. Dans le lit de Harry. Et avant cela, ils avaient fait l'amour, dans la pénombre et les chuchotements, avec douceur et un peu d'étrangeté…

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Avec le temps, Draco s'était installé chez Harry comme une évidence. Une brosse à dents, quelques vêtements, un ou deux livres par-ci par-là… Et puis le reste de ses affaires, mais sa vie se résumait à peu de choses.

Malgré tout, il avait gardé son appartement sur Lexington Street. C'était là qu'il travaillait, essentiellement, quand il n'avait pas besoin d'être à la boutique. Il y gardait parfois les enfants, quand il avait une potion sur le feu et que Harry était encore au travail. Ils aimaient bien cet appartement, la grande cuisine où ils pouvaient goûter tout en faisant leurs devoirs, l'immense écran de télévision et surtout la terrasse où ils s'installaient dès qu'il faisait un peu doux. Draco leur faisait des crêpes, ou des gaufres. Il avait fini par installer un jacuzzi aussi et ils adoraient barboter au soleil l'été…

Mais cet appartement, c'était également pour lui l'endroit où il venait avec Harry le vendredi soir. Une chambre calfeutrée et tiède à souhait. Un endroit neutre et plus impersonnel que la maison, où ils pouvaient inviter entre eux une certaine forme de jeu, d'offrande du corps, une pointe de douleur et une façon de sublimer leur amour…

Et parfois, ils restaient simplement à la maison, lovés sur le canapé, à regarder une comédie romantique.

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Au début, ils avaient écrit un contrat pour ces moments-là. Cela avait été l'occasion de savoir ce qu'ils aimaient l'un et l'autre en matière de sexe et de soumission, d'avouer leurs fantasmes, de se connaître mieux…

Draco s'était aperçu qu'il était peut-être au final celui qui avait le plus de limites, que ses réticences n'étaient pas exemptes de jugements de valeur et qu'il était le produit d'une éducation pleine de morale et de principes parfois étriqués. Et ce qu'il avait pu faire sur d'autres soumis, il ne pouvait pas le faire – ou le voir – sur Harry, parce qu'il était l'homme qu'il aimait. Il lui devait un minimum de pudeur, de considération et de loyauté.

À l'inverse de lui, Harry était bien plus curieux, bien plus ouvert. Plus libre, peut-être. Là où Draco voyait des humiliations, il voyait des expériences, du jeu, des sensations, de la découverte… Tant que la bienveillance et le respect étaient là, il était prêt à beaucoup de choses. Il avait même accepté les aiguilles… Il adorait toujours lui lécher les pieds… Ils avaient essayé bien des pratiques, dont certaines en y repensant, auraient encore pu le faire rougir, avant de revenir à ce qu'ils aimaient le plus…

Des cordes, des attaches, des liens. Des marques, également, parce que Draco aimait toujours laisser sa trace sur le corps de Harry. Et le choix était varié parce qu'ils appréciaient l'un et l'autre aussi bien le fouet que la badine ou le paddle. Tout était question d'humeur, de position et d'envie. Des jouets aussi, parfois, parce qu'au final, tout ça n'était que du jeu. De la complicité, du désir et du jeu…

Ils avaient abandonné en revanche quasiment toutes les pratiques de domination et de soumission que Tomas adorait, toutes ces humiliations dont Draco avait eu beaucoup de mal à chasser les images de son esprit. Il aimait Harry à genoux devant lui, mais pas avili; il aimait torturer un peu son corps mais pour lui donner du plaisir, pour le faire jouir…

Une année, Harry avait même voulu refaire un Locktober, mais ça avait été pour mieux pimenter leur vie, pour attiser le désir entre eux, pour savourer avec délectation la frustration et le plaisir de l'attente. Frôler cette cage cachée sous le tissu des sous-vêtements et du pantalon tandis que les enfants s'éparpillaient dans la maison, exciter Harry jusqu'à voir son sexe prisonnier durcir et incapable de se déployer librement, le regarder se masturber, jouir parfois, mais sans pouvoir se toucher correctement… et au bout du mois, le libérer, le faire bander enfin dans toute sa magnificence et le sucer jusqu'à la délivrance.

Aujourd'hui, leur relation était à l'image de ce qu'ils étaient : profonde et enjouée à la fois; joyeuse et effervescente comme Harry, mais également intense de tout le désir et la fascination que Draco avait pour cet homme qui était devenu son compagnon. Un mélange d'amour et de luxure, de clair et d'obscur…

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– Encore perdu dans tes rêves..., gloussa Potter.

Draco sursauta en manquant de faire tomber le verre entre ses mains et lui lança un regard noir.

– Bon sang ! grogna-t-il. Ça y est, les enfants sont couchés ?

– Presque… Je suis venu chercher le bouquin de Lily et James a oublié un cahier à mettre dans son sac pour demain.

Draco grimaça, pris d'une étrange excitation issue de sa frayeur – et d'un petit désir de vengeance – et quand Harry fit mine de s'éloigner, il le retint par le bras.

– À genoux.

Harry leva les yeux au ciel, un sourire moqueur sur les lèvres, mais quand il revint vers lui et s'agenouilla à ses pieds, son visage avait cet air lubrique et incroyable que Draco adorait.

– Est-ce que tu portes ce que je t'ai demandé ?

– Oui. Monsieur

Et Draco frémit de désir, autant de ce petit ton bravache de Harry que d'imaginer ce bijou, lové entre ses fesses et remplissant son cul, là où il s'immiscerait tout à l'heure pour le faire jouir.

– Depuis quand ?

– Avant le dîner, sourit Harry en venant frotter son visage et sa bouche entrouverte contre la grosseur qui déformait déjà son pantalon.

Draco se mordit la lèvre pour retenir un juron et son sexe tressauta d'impatience. Avant le dînerPendant le dîner ! Et si Harry continuait comme ça, le tissu de son entrejambe allait finir humide de salive et de liquide séminal.

– Et ça ? fit Draco en approchant ses doigts du téton droit de Harry où une petite protubérance soulevait à peine sa chemise.

Il fut aussitôt chassé par une légère tape.

– Tu n'y toucheras pas tant que ce ne sera pas cicatrisé !

Le nouvel objet des fantasmes de Draco… Il n'avait voulu imposer aucune marque de soumission à Harry, ni collier, ni chaîne, ni épilation, mais un jour, il avait évoqué ça : un piercing au téton ou sur le périnée, et quelques semaines plus tard, Harry était revenu avec un petit bijou brillant qui avait éveillé un démon de luxure – et de fierté – dans son ventre.

– Suce-moi, ordonna-t-il en défaisant d'une main le bouton de son pantalon tandis que l'autre maintenait la tête de Harry près de son érection.

– Les enfants m'attendent…

Et dans la voix de Harry chantaient l'ironie, la provocation et la luxure.

– Suce-moi si tu veux jouir ce soir.

Il avait beau être à genoux, Harry le regardait droit dans les yeux, avec ce sourire mordant qui dansait dans son regard. Sa langue s'enroula lentement autour de son érection, joua un moment avec lui, puis il le prit brusquement tout au fond de sa gorge jusqu'à poser ses lèvres sur sa peau, avant de se relever souplement.

– Papaaa ! T'as trouvé mon livre ?!

– J'arrive, ma puce !

Et Potter s'échappa avec un sourire narquois que Draco aurait voulu effacer en l'embrassant. Il n'avait plus qu'à se rhabiller pour finir de ranger la cuisine.

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Après les révélations qui avaient précédé leur mise en couple, Harry n'avait revu Tomas qu'une fois ou deux. Seul. Et Draco lui avait fait confiance. De toute évidence, il avait davantage été question d'un adieu en bonne et due forme que d'autre chose. Et à chaque fois, Harry était revenu sans marques d'aucune sorte, même camouflées par un glamour.

Draco, lui, n'avait jamais revu Tomas. Ils avaient échangé quelques SMS et ils s'étaient longuement parlé au téléphone mais il n'avait pas souhaité le revoir en face – pas certain de supporter encore son petit sourire moqueur et son regard ironique.

Malgré tout, ils avaient échangé, et entre les lignes des paroles de Tomas et certaines confidences que Harry avait laissé échapper, il avait compris beaucoup de choses, et en particulier qu'il avait été manœuvré d'une main de Maître.

Au cours d'une discussion avec Harry pour reparler de leur contrat de soumission, Tomas avait senti que ses aspirations changeaient peu à peu. Qu'il avait de plus en plus envie de rencontrer quelqu'un, de construire une relation et que certaines exigences, en particulier la chasteté, lui poseraient problème. Mais Harry avait aussi besoin des séances du vendredi soir et Tomas avait voulu faire d'une pierre deux coups. Et le choix de Draco s'était imposé comme un pari amusant – risqué mais délicieux.

Tomas avait tout fait pour provoquer sa curiosité, sa fascination, son admiration pour Harry. Pour le troubler. Il avait merveilleusement joué avec le chaud et le froid, attisant tantôt son désir et tantôt son envie de le protéger, quitte à en passer parfois par des séances un peu extrêmes. Il avait tout fait pour le faire réagir, pour qu'il s'attache, organisant ses absences pour que Draco puisse se retrouver seul à seul avec Harry de temps en temps jusqu'à nouer des liens différents. Et Draco avait sauté dans le piège – tout autant que Harry – à pieds joints. Avec bonheur et fascination.

Et quand Harry avait compris qui il était, lui aussi avait doucement œuvré pour jouer avec ses désirs, pour l'attirer, pour se rapprocher de lui...

Au final , Draco ne regrettait rien. Ou du moins, pas le résultat. Il reprochait à Tomas beaucoup de choses, beaucoup d'excès, ses manipulations sordides, son côté vicieux et sournois; il se reprochait sa propre naïveté, mais le résultat était inespéré. Merveilleux. Quelque part, il devrait peut-être le remercier mais il était hors de question de lui faire ce plaisir-là.

Aujourd'hui, ils étaient heureux et leur relation paraissait simple et évidente.

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Harry était toujours instructeur chez les aurors, il adorait son boulot et maintenant qu'ils partageaient le quotidien, l'organisation de leur vie était plus facile. Excepté quand il avait des potions très complexes à faire, Draco était plus disponible pour prendre en charge les enfants à la sortie de l'école, pour faire les courses ou préparer le dîner. Leurs quelques sorties publiques ensemble dans le monde sorcier avaient fait beaucoup parler et amené une clientèle supplémentaire au magasin, mais Draco avait pris un potionniste pour le suppléer et il ne gardait que les commandes qui nécessitaient une vraie expertise. Des potions d'orfèvre, subtiles et délicates, et cela lui suffisait. Et étonnamment, James le rêveur semblait marcher sur ses traces…

Sa relation avec les enfants de Harry s'était mise en place d'une façon incroyablement simple et facile. En réalité, ils avaient été extraordinaires, ils l'avaient intégré à leur vie de famille comme si tout coulait de source, avec une évidence désarmante et avec cette joie de vivre contagieuse qui en faisait les dignes enfants de leur père.

Draco avait bien surpris parfois les sourires amusés et un brin manipulateurs des jumeaux, leur façon de poser des questions embarrassantes ou au contraire de les laisser seuls avec un regard complice quand il voulait partager un moment avec Harry, mais ils étaient d'une bienveillance merveilleuse avec leur père.

James, avec le temps, s'était montré très curieux de ce qu'il faisait et il avait toujours aimé le suivre dans son laboratoire quand ils venaient à l'appartement de Lexington Street. La précision et la rigueur des mélanges, le résultat étonnant qui s'ensuivait; cette façon, à partir de rien, de créer des remèdes ou des contrepoisons… tout cela le fascinait et il semblait parti pour suivre des études de potionniste.

Quant à Lily, Draco adorait cette gosse. Sa simplicité, son naturel et sa force de caractère… Elle le manipulait, bien sûr, et parfois de façon éhontée, s'attirant les regards moqueurs de ses frères et les réprimandes de son père, mais Draco s'en amusait plus qu'autre chose.

Il y avait eu des anicroches, évidemment. Des engueulades, des portes qui claquent, des mots dits trop haut avec la verve de l'adolescence… surtout avec les jumeaux. Draco laissait Harry gérer l'éducation de ses enfants comme il l'entendait. Il se contentait d'être là pour éponger ses blessures et ses failles, et d'être une oreille attentive si les enfants avaient besoin de parler… Mais les conflits passaient vite et le soleil était toujours rapidement revenu éclairer leur maison et leurs cœurs.

Même le fait que leur père se mette en couple avec un autre homme n'avait soulevé que des vagues dérisoires. Ils en avaient parlé avec eux mais les enfants avaient été élevés avec cette idée de liberté d'aimer qui ils voulaient et qu'une relation de couple n'était pas forcément hétérosexuelle. Les copains des enfants avaient continué à venir à la maison, Draco allait parfois les chercher à l'école, il avait même rencontré quelques-uns de leurs professeurs… Les voisins continuaient à venir chercher des œufs ou du sucre quand ils étaient à court, ils recevaient les amis de Harry ou les siens à dîner le samedi soir et un beau jour son nom s'était rajouté sur la boîte aux lettres… Et il soupçonnait même les jumeaux d'avoir fait cela.

Et aujourd'hui, il rangeait la cuisine en attendant que Harry revienne et en songeant à toutes les façons licencieuses dont il allait profiter de lui cette nuit, dès qu'ils seraient certains que les enfants dormaient, et avec peut-être un sortilège de silence en plus… On ne savait jamais.

Parce que mine de rien, Draco se souviendrait toute sa vie du premier matin où les enfants les avaient trouvés au lit ensemble. Les premiers temps, ils s'étaient fait discrets; il faisait semblant de dormir dans la chambre d'ami, ou bien il se rhabillait au petit matin ou à la première insomnie pour partir et rentrer chez lui. Et puis, avec le temps, et peut-être un sommeil plus profond qu'il n'avait eu depuis des années, l'inévitable était arrivé. Les enfants avaient voulu sauter sur leur père, un dimanche matin, et Draco était là. Pas trop près du corps de Harry, pas enlacés, mais manifestement dans le même lit. Décoiffé par la nuit et avec les traces de l'oreiller sur sa joue. Et sans doute avec des traces d'autre chose un peu plus bas sous la couette, mais les enfants n'avaient pas besoin de savoir ça.

Au pied du lit, James avait levé un sourcil en les considérant tour à tour puis il avait poursuivi la phrase qu'il était en train de dire sans s'attarder sur leur position, les jumeaux s'étaient tapé dans la main à la manière d'un pari avec cet air jubilatoire d'avoir eu raison, et Lily, avec la candeur de son âge, avait demandé à son père pourquoi Draco était tout nu dans son lit. Enfoui sous la couette, les cheveux hirsutes, Harry avait bougonné « Il avait froid et je l'ai réchauffé », mais le sourire dans sa voix démentait ce sommeil feint.

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Et finalement, quand Draco regardait sa vie, ce qu'elle avait été avant Harry et ce qu'elle était maintenant, tout se résumait peut-être à ces quelques mots :

Il avait froid et je l'ai réchauffé

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Merci à tous de votre lecture. Je vous souhaite un Joyeux Noël et de belles fêtes de fin d'année, et de trouver un jour celui ou celle qui vous réchauffera ;)