Texte 19 : The Wilds (Tony x Shelbi)

Contexte : UA post série

Mot du calendrier Kinai : Bougie

Pour Angie,

La personne si fabuleuse que la résumer est impossible


Les habitudes avaient la vie dure. C'était pour cela que malgré de très longues semaines passées sur une île déserte, morte aux yeux du monde, Shelby avait rapidement retrouvé ses marques une fois rentrée à la maison. Elle avait certes des crises de colère, des cauchemars récurrents, des difficultés à retrouver un rythme normal. Mais tous les rites qui étaient plus profondément ancrés en elle revinrent presque immédiatement : le bénédicité avant chaque repas, la messe le dimanche, les prières avant d'aller se coucher.

En voyant ces réflexes lui revenir, elle cru pendant quelques jours que tout pourrait rentrer dans l'ordre. Qu'elle pourrait oublier l'île... et surtout Toni.

Toni et ses baisers.

Toni et ses caresses.

Toni et ses Je t'aime murmurés sur le sable.

Toni, tout simplement.

L'aimait sur l'île était si simple qu'un instant, Shelby avait cru qu'un avenir entre elles était possible. Mais les secours étaient arrivés, elle avait retrouvé ses parents et elle s'était rendue compte qu'il n'en était rien. Elle ne pouvait aimer Toni et redevenir la Shelby d'avant. Elle se demandait bien comment elle allait pouvoir choisir, mais ses parents avaient choisit pour elle :

Le psychologue pense que pour laisser cette histoire derrière toi, tu ferais mieux de ne plus avoir de contacts avec tes camarades d'infortune.

Ils l'avaient ainsi empêché de prendre les numéros de Fatin, de Leah... et de Toni.

C'était pour le mieux, avait tâché de se consoler Shelby.

La vie va reprendre son cours normal. Et moi... je redeviendrais celle que je dois être.

...

Trois mois étaient passés depuis leur sauvetage.

Et durant ces trois mois, Shelby n'avait pas réussi à oublier l'air mutin de Toni. Ce n'était pas faute d'avoir essayé d'exorciser ce fantôme qui la hantait, en vain.

Elle pensait à elle en se réveillant. Elle pensait à elle en se couchant. Elle pensait à elle au lycée, au sport, même à l'église.

Et surtout, elle pensait à elle en ce réveillon de Noël.

Le soir du 24 décembre, juste avant de partir à l'église, sa famille avait prit l'habitude d'allumer des bougies ; une pour chacun. Les Goodkind faisaient alors chacun un vœu, silencieusement, avant de souffler sur celle-ci. La fumée qui s'échappait était censée guider leur souhait vers le Ciel. Chaque année, Shelby faisait le même souhait : celui d'avoir enfin des dents normales. Si ses parents ne voulaient pas voir à quel point elle pouvait souffrir du regard des autres, peut-être que Dieu la comprendrait ? Sans jamais se décourager de Son silence, elle recommançait, année après année.

Ce Noël-ci, toutefois, elle ne songea pas une seule seconde à prier pour sa dentition.

Son vœu était clair depuis longtemps, depuis le moment où elle avait posé pied sur l'aéroport les ramenant chez elles : elle voulait oublier Toni.

Pourtant, quand son père alluma sa bougie, elle fut incapable de formuler ce souhait.

Je veux...

Il ne lui manquait que deux mots – ce n'était donc pas si compliqué, n'est-ce pas ? Pourtant, elle n'arrivait pas à les invoquer.

Shelby, dit son père doucement, tu devrais te dépêcher. Nous allons être en retard à la messe, sinon.

Un regard vers sa famille lui apprit qu'il ne restait en effet plus qu'elle. Elle s'empressa alors de formuler son vœu. Peut-être était-ce à cause de la précipitation, peut-être à cause de la pression qui l'empêchait de réfléchir... quoi qu'il en soit, elle murmura à la bougie ce qu'elle avait véritablement sur le cœur.

Je veux Toni.

Et, avant qu'elle ne puisse se rétracter, elle souffla sur la bougie.

Quand la flamme s'éteignit et qu'elle vit la fumée monter, Shelby sentit son cœur se serrer. Elle avait utilisé une tradition chère à sa famille pour formuler un vœu contre-nature... et pourtant, elle ne regrettait rien. Au contraire, elle sentit un poids s'enlever de ses épaules.

Ce fut alors que son portable sonna.

- Qui peut bien appeler maintenant ? S'étonna sa mère.

Shelby ne connaissait pas le numéro.

- C'est ma psychologue, mentit-elle. Elle doit avoir quelque chose d'important à me dire.

Dans ce cas, décroche, répondit son père. Nous commençons à avancer, tu n'as qu'à nous rejoindre quand tu as finis.

La blonde acquiesça et, une fois seule, décrocha d'un hésitant « allo ? »

- Enfin ! S'exclama la voix au téléphone.

Un seul mot.

C'est tout ce qui lui fallu pour la reconnaître.

- To... Toni ? Demanda-t-elle, surprise, affolée mais... heureuse.

- Tu te souviens de moi, j'en suis ravie ! Ironisa la brune.

- Comment tu as eu mon numéro ?

- J'ai contacté ton église pour l'avoir. J'ai dit que j'étais une survivante du crash et que je voulais faire un témoignage avec les autres pour expliquer combien notre Seigneur était miséricordieux et merveilleux de nous avoir maintenu en vie. Les conneries habituelles, quoi.

Shelby aurait dû s'énerver devant un tel manque de respect. Ou tout du moins lever les yeux au ciel. Cependant, elle ne sourit qu'encore plus béatement.

- Je suis contente de t'entendre.

- Vraiment ?

- Oui. Je... tu m'as manqué.

- Alors pourquoi tu n'as pas cherché à me joindre ?

- Je... j'ai essayé de... de reprendre ma vie.

- Je vois. Tes parents ?

- Mes parents, soupira-t-elle. Mais... je n'y arrive pas, Toni. Je peux pas t'oublier. Et surtout... je ne veux pas.

- Ça me rassure que tu dises ça. Je ne savais pas très bien comment tu allais prendre cet appel. C'est juste que... moi non plus je ne t'ai pas oubliée. J'ai souvent hésité à t'appeler mais... c'est Noël et... je suppose qu'à Noël, il faut dire aux gens qu'on aime qu'on les aime.

- Tu m'aimes toujours ?

- Évidemment que je t'aime toujours. C'est pour cela que je suis prête à n'être qu'une correspondante, tant que tu es quelque part dans ma vie. Mais... je dois savoir... qu'est-ce que tu attends de moi ?

C'était une question légitime. Il y avait certes sa famille... mais il y avait aussi Toni. C'est ainsi que fichue pour fichue, elle murmura :

- Reviens-moi Toni, c'est tout ce que je te demande.

- Et tes parents ?

Ses parents deviendraient fous, Shelby en était certaine.

Mais Toni l'avait appelée deux secondes après qu'elle n'ait soufflé sa bougie. N'était-ce pas un signe que Dieu l'encourageait ? Après tout, celui-ci ne se manifestait que pour les vœux très importants, lui murmuraient ses parents à chaque nouvelle déception dentaire. Et Toni... ça c'était important.

Alors ses parents pouvaient bien aller au diable.

Elle avait Dieu et tout l'amour du monde à ses côtés.

Et surtout, elle avait désormais Toni.