Texte 20 : Hunger Games (Katniss & Prim)

Contexte : post livre 1

Mot du calendrier Kinai : Manger

Pour BA,

La plus grande écrivaine de fics


Quand elle était enfant, Katniss se demandait comment les gens du Capitole pouvaient-ils bien fêter Noël.

Avaient-ils de grandes fêtes ? De succulents repas ? Des cadeaux à outrance, tous plus merveilleux les uns que les autres ? L'idée de telles merveilles dispensées pour un seul jour lui paraissait aberrant, mais quand elle voyait l'opulence des envoyés du Capitole, cette pensée lui semblait plausible.

Elle s'était donc mise à rêver qu'un jour, elle aurait de quoi offrir à sa famille un repas de Noël digne de ce nom, remplit de présents emballés sous un sapin enguirlandé. Mais l'élément qui revenait le plus dans son fantasme, c'était bien la nourriture : des fruits, des légumes, de la viande, de quoi les rassasier pour la semaine à venir. Quand elle se laissait à divaguer d'avantage, elle imaginait des montagnes de pâtisseries ou des bonbons, autant de choses qu'elle voyait à la boulangerie des Mellark sans jamais pouvoir se l'acheter.

Toutefois elle chassait très rapidement de son esprit ces rêves. La réalité de ses Noël serait la même que tous les autres jours de l'année : un morceau de pain rassi et un vieux biscuit à se partager en trois.

La table était pleine de victuailles.

Fidèle à ses rêves d'enfant, Katniss avait utilisé sa rente indécente de gagnante pour pouvoir dévaliser les rares magasins du district. Primrose avait passé la journée à cuisiner, sous la supervision de leur mère. Lorsque celle-ci était montée à l'étage pour passer une tenue digne de ce repas de fête, Katniss avait levé les yeux au ciel. Le regard réprobateur de Primrose l'avait néanmoins convaincue de s'abstiendre de tout commentaire.

- Tu devrais aussi mettre une tenue plus habillée, lui enjoint même sa petite sœur. Après tout, ce n'est pas tous les jours Noël.

Pour faire plaisir à Prim, elle avait accepté de jouer le jeu.

C'était donc chacune parées de leur seule robe que les trois femmes Evergreen s'étaient rejointes autour de la table. À l'exception de l'exposé enthousiaste de Prim à propos de sa chèvre, le dîner était plutôt silencieux. Toutefois, l'atmosphère n'était pas pesante comme elle avait pu l'être par le passé. Ce soir-là, si Katniss et sa mère ne se parlaient pas, ce n'était pas qu'elles étaient en froid. Elles profitaient simplement de voir la joie dans les yeux de Prim, tout en espérant que celle-ci ne s'éteigne jamais.

La jeune adolescente ayant d'ailleurs terminé de parler de sa compagne à quatre pâtes, elle sembla se rappeler qu'il y avait de la nourriture à disposition. Elle en profita pour reprendre quelques bouchées, avant de demander à Katniss :

- C'est vrai que au Capitole, ils ont autant de nourriture tous les jours ?

- Oui, répondit sobrement l'ex gagnante.

Elle n'osait pas raconter à sa sœur si ébahie de pouvoir manger à sa faim le soir de Noël que chaque jour, les gens du Capitole ingurgitaient des potions vomitrices pour pouvoir se gaver indéfiniment.

- Leurs fêtes doivent être si belles dans ce cas..., murmura Prim, des étoiles dans les yeux.

- Elles sont affreuses, la coupa Katniss.

- C'est impossible ! Ils ont à manger, ils ont à boire et ils ont chauds ! Que demander de plus ?

À une époque, Katniss aurait sûrement raisonné comme Prim. Ses rêves d'enfants n'étaient-ils après tout pas uniquement composés de ventres repus et de corps apaisés ? Mais son expérience lui avait montré que malgré tout le faste du Capitole, leur petite demeure était bien plus riche.

Car dans leur maison, il y avait Prim, qui riait aux éclats et qui parlait avec amour d'une chèvre.

Il y avait aussi sa mère, qui pour tous les défauts qu'elle pouvait lui trouver, avait su aimer un homme avec une force que personne au Capitole ne pourrait égaler.

Il y avait elle-même, une adolescente fracassée par un monde trop cruel mais qui avait été prête à tout sacrifier pour les siens.

Il y avait même un abruti de chat qui feulait dès qu'elles approchaient mais qui se languissait d'elles quand elles n'étaient pas là.

Chacun des murs de cette maison regorgeait d'amour. Un amour brisé, tordu, plein d'amertume et de rancœur, mais un amour fort et puissant tout de même.

Alors oui, Katniss avait longtemps jalousé les fêtes du Capitole.

Mais face aux deux femmes de sa vie, elle pouvait affirmer sans hésiter qu'elle passait certainement un meilleur Noël que toutes les âmes solitaires et hypocrites du haut monde.