Texte 21 : Sandman (Morpheus & Hob)
Contexte : saison 1
Mot du calendrier Kinai : Coup
Pour Cactus,
Celle qui a toujours de bons ships
Quand on sonnait à votre porte à trois heures du matin, ce n'était jamais bon signe. Cette règle, Hob avait eu l'occasion de l'expérimenter au cour de sa nombreuse vie : que ce soit pour annoncer un décès, une épidémie ou une guerre, la règle voulait que cela soit fait à une heure indécente de la nuit.
Ainsi, quand il fut réveillé par des coups vigoureux assénés sur la porte, Hob se prépara au pire. Une bombe avait-elle explosé quelque part ? L'immeuble devait-il être évacué à cause d'un incendie suspect ? Les hypothèses les plus folles tournaient dans son esprit alors qu'il se dirigeait tant bien que mal vers l'entrée. Toutefois, à aucun moment il n'avait imaginé qui allait se tenir de l'autre côté de sa porte.
Morpheus.
Les badauds du monde entier l'imaginaient avec des auréoles et des ailes, un sac de sable à la main. Hob ne savait trop bien qu'il n'en était rien. Même si il ne l'avait pas vu depuis plus d'un siècle, il se rappelait avec précision de l'apparence du roi des rêves : un homme sombre, longiligne, l'air toujours plus absent que présent, les poches pleines d'objets dangereux mais les mains aussi vides que son cœur. Ce fut en formulant cette dernière pensée amère que Hob comprit que malgré les années, il n'avait pas réussi à pardonner le lapin que lui avait posé le puissant.
Il allait donc lui claquer la porte au nez, quand il croisa son regard. Celui-ci était las, souffrant... presque humain. Hob en fut si saisit qu'il ne dit aucun mot, mais ouvrit la porte en grand pour faire comprendre à Morpheus qu'il l'autorisait à rentrer. Ce dernier le suivit, lui aussi sans parler, et ils restèrent ainsi plusieurs minutes à se jauger silencieusement.
Finalement, comme toujours dans leur relation, ce fut Hob qui fit le premier pas :
- Qu'est-ce que vous faites là ?
Il aurait sûrement dû être plus respectueux envers une entité surpuissante. Mais contrairement à ce que pouvait bien affirmer Morpheus, ils se connaissaient depuis bien trop longtemps pour en rester au stade des révérences mièvres. Le roi des rêves ne sembla pas s'en formaliser puisqu'il se contenta de pousser un soupir découragé devant son ton irrévérencieux, sans toutefois chercher à le punir.
- C'est Noël, répondit-il laconiquement.
- Ça, je sais. La question c'est pourquoi débarquer ce soir là après tout ce temps ?
- Je... je ne sais pas vraiment.
- Ah. Je vois. Vous allez me dire maintenant que vous ne savez pas pourquoi vous m'avez laissé en plan la dernière fois ?
À l'ombre qui passa dans le regard de l'immortel, Hob comprit que celui-ci avait eu une bonne raison pour son absence. Cela le conduit à se radoucir.
- Racontez-moi ce qui vous est arrivé.
Le roi des rêves prit alors la parole, tissant un récit effrayant où se mêlaient captivité, humiliations, souffrance et désespoir. À chaque mot prononcé par Morpheus, Hob pouvait sentir sa peine et sa douleur. Il se sentait alors terriblement coupable de lui avoir reproché son absence ; il avait prit leur rendez-vous manqué comme une preuve que le seigneur se fichait bien de leur amitié alors qu'en réalité... c'était lui qui avait échoué dans son rôle d'ami.
- Je suis désolé... murmura Hob.
- Vous n'y êtes pour rien.
- Si. J'aurai dû... faire quelque chose.
- Et pourquoi donc ? Même si vous l'aviez apprit, j'ai été horrible avec vous la dernière fois que nous nous sommes vus. Vous ne me deviez rien.
- Bien sûr que si. Les amis se disputent, mais restent présents l'un pour l'autre.
Cette fois-ci, Morpheus ne chercha pas à contester ce titre qu'il lui avait imposé. Hob se risqua toutefois à insister :
- Car nous sommes amis, n'est-ce pas ?
Il ne savait pas bien ce qu'il espérait en poussant le bouchon aussi loin. Sûrement la confirmation qu'il n'avait pas mal interprété ces derniers siècles, que sa vie d'immortel n'avait pas été un mensonge... Mais, comme bien souvent qu'on lui posait une question, Morpheus ne répondit pas.
- Beaucoup de choses ont changé pendant ma captivité. Notamment l'importance donnée à Noël. Il faudrait passer cette fête avec sa famille. J'ai beaucoup de frères, sœurs ou adelphes. Mais à chaque fois que je m'imaginais me plier à cette tradition humaine, je n'envisageais que le faire avec vous.
En entendant ces mots, Hob fit un large sourire. Bien évidemment, le roi des rêves l'interpréta comme un signe de moquerie.
- C'est ridicule, je sais, marmonna-t-il en se levant.
- Pas du tout, contesta Hob en le retenant. Je souris simplement car je suis heureux d'entendre cela.
- Oh, fit Morpheus.
En voyant sa gêne teintée de soulagement, Hob se leva à son tour, tâchant d'apporter un peu d'entrain à cette conversation.
- Allez, venez. Mon repas de Noël n'a pas été extraordinaire mais j'ai des restes de dindes. On devrait donc arriver à fêter cela dignement.
- Vous qualifiez la naissance d'un dieu par « cela » ? s'étonna l'immortel.
- Non, je fête le fait que vous ayez admit que j'avais raison. Nous sommes amis.
Quand il vit Morpheus lever les yeux au ciel, Hob laissa échapper un rire franc, avant d'aller s'attaquer au réchauffement des restes. En près de cinq-cent ans d'existence, ce repas de Noël était peut-être bien l'un des meilleurs.
