Chapitre 1 - L'inconnue du Chemin de Traverse

La nuit est tombée sur le Chemin de Traverse et seul le bruit des serveurs rangeant les terrasses vient rompre le silence. Parmi les quelques sorciers restants qui se hâtent de rentrer retrouver la chaleur de leur foyer, un homme descend tranquillement l'allée pavée. Il s'arrête quelques instant pour observer les étoiles dans le ciel Londonien et profiter du calme qui règne dans la rue d'ordinaire animée par la multitude de sorciers et sorcières venus y faire leurs achats ou se détendre autour d'un verre.

Draco Malfoy a purgé sa peine pendant quelques années à Azkaban avant d'être relâché la veille de ses vingt et un ans. Après la Bataille de Poudlard, le Mangenmagot a mis plusieurs mois avant de statuer sur le sort des jeunes sorciers endoctrinés par Lord Voldemort. En attente de jugement, les adolescents ont été enfermés à Azkaban. Après de longues semaines de recueil de témoignages et de discussions, les juges ont réalisé que la plupart de ces jeunes n'étaient finalement que des enfants qui avaient suivi les idéaux de leurs parents, s'en avoir réellement conscience de leurs actes, et c'est pourquoi ils ont finis par être innocentés. Les amis de Draco sont sortis de prison l'année qui avait suivi la Bataille. Il les a tous vus passer devant sa cellule le jour de leur sortie mais aucun ne lui a adressé un regard. En colère mais surtout blessé, Draco a finalement compris que c'est dans les jours les plus sombres que l'on reconnait ses véritables amis.

Draco a espéré pendant plusieurs jours qu'un de ses geôliers vienne ouvrir les grilles de sa cellule pour lui annoncer que lui aussi pouvait quitter les murs d'Azkaban. Sa mère, Narcissa Malfoy, lui manquait terriblement et il se sentait coupable vis-à-vis d'elle. Pour son aide dans la Forêt interdite, elle avait été graciée de ses actes et assignée à résidence mais avec son fils en prison, Draco savait que l'incertitude de le voir repasser un jour les portes du manoir familial devait la ronger un peu plus chaque jour. Contrairement à ses anciens amis, Draco était le seul à porter de la marque des Ténèbres alors sa peine avait été rallongée, à titre d'exemple, et il ignorait si son châtiment prendrait fin un jour. Il lui fallut attendre trois longues années avant qu'Harry Potter ne témoigne en sa faveur et ne rapporte aux juges l'aide qu'il lui avait apporté lors de la rafle, mais aussi son refus de tuer Dumbledore.

A sa sortie, Draco est revenu vivre au manoir Malfoy avec sa mère avant d'épouser Astoria Greengrass. Draco et Astoria étaient destinés à s'unir, Lucius ayant souhaité pour son fils une femme digne de son rang. Naturellement, et malgré l'absence de Lucius enfermé à Azkaban, Narcissa avait poursuivi ce projet. A croire que la guerre et ses conséquences n'avaient aucun écho dans l'esprit de ses parents… Mais les années de détentions avaient permis à Draco de se détacher totalement de l'emprise que Lucius et de ses convictions. Il n'avait alors consenti à accepter l'arrangement avec la famille Greengrass que pour rassurer sa mère qui craignait de le voir finir ses jours seul.

Le mariage avait été célébré dans l'intimité de leur famille proche. Draco avait vingt-deux ans et Astoria à peine vingt. Les journalistes de La Gazette du Sorcier avaient bien essayé de publier un article sur l'évènement mais Draco s'était chargé de les faire taire en leur proposant une grosse somme d'argent. Il avait eu recours à ce type de pratique à contrecœur mais il ne voulait plus faire la une. A présent, Draco Malfoy n'aspirait plus qu'à être un sorcier parmi les autres.

Comprenant que son passé ferait toujours entrave à leur bonheur, le couple avait préféré s'installer loin de Londres pour élever leur jeune fils Scorpius, né un an après leur union. Draco et sa femme voyaient leur petit garçon s'épanouir de jour en jour dans leur manoir du Hertfordshire et ne regrettèrent pas un instant leur choix de s'éloigner. Scorpius avait le droit à quelques années de répit avant d'être confronté au jugement des autres parce qu'il portait le nom de Malfoy. Draco lui-même ne supportait plus le regard des sorciers qu'il croisait dans les rues, mais tenant à conserver le peu d'amis qui lui restait, il revenait de temps en temps à Londres. Cependant il ne s'aventurait que rarement dans les rues en journée, l'obscurité de la nuit lui offrant l'anonymat qu'il avait toujours souhaité.

Ce soir-là, Draco se dirige vers l'appartement de son ami Blaise Zabini quand il ressent une violente douleur au niveau de la clavicule et entend un cri déchirer le silence de la nuit. Instinctivement, il saisit sa baguette dans la doublure de sa cape et se dirige d'un pas pressant vers l'endroit d'où proviennent à présent des gémissements. Il s'arrête quelques secondes pour analyser la situation et distingue les ombres de deux personnes au bout de l'allée sombre. L'une d'elle est étendue sur le sol et l'autre penchée au-dessus. Cette dernière est vêtue d'une cape avec une capuche empêchant de voir son visage. Lorsque l'ombre approche sa baguette du visage de sa victime, un fin filet de lumière bleue argenté se dessine entre la tempe de la personne au sol et la baguette de son agresseur. Laissant à nouveau parler son instinct, Draco lance un sort d'attaque en direction de ce dernier et le propulse contre le mur situé à plusieurs mètres. L'agresseur semble sonné et Draco en profite pour s'approcher de la victime.

En s'accroupissant auprès d'elle, Draco découvre une jeune femme qui doit avoir à peu de choses près son âge, sorcière à en juger par ses vêtements et sa cape. Draco repousse une mèche de cheveux du visage de la jeune femme et croise deux prunelles vert émeraude. Elle est consciente mais semble mal en point, certainement les conséquences du premier sort qui était à l'origine du cri qui avait conduit Draco jusque dans la ruelle. Il ne réussit à se détacher du regard de la femme que lorsque son agresseur se relève pour prendre la fuite.

- « Espèce de lâche ! » Hurle Draco en direction de l'ombre qui s'évanouit dans la nuit.

Il songe un instant à se lancer à sa poursuite mais sent la jeune femme essayer de se relever. Il attrape son bras pour l'aider mais à peine s'est-elle appuyée sur ses jambes qu'elle s'effondre à nouveau. Draco amortit sa chute avec son propre corps et la réceptionne avant que sa tête de touche le sol. Un vent de panique souffle dans son esprit quand il réalise la situation dans laquelle ils se trouvent. Si quelqu'un d'autre a entendu le cri et arrive, il est en mauvaise posture. La scène portant à confusion, son passé et le dernier sort qu'il a lancé avec sa baguette se chargeraient de lui offrir un second, et définitif, séjour à Azkaban. Draco songe à lancer un sort de localisation pour alerter les sorciers aux alentours et prendre la fuite à son tour mais la jeune femme s'agrippe désespérément à lui. Il ne peut finalement pas se résoudre à l'abandonner. Sa baguette toujours en main, il regarde tout autour d'eux, l'agresseur pourrait revenir à tout moment. Le plus logique serait de transporter la jeune femme jusqu'à l'hôpital Sainte Mangouste, mais même là-bas il doute que l'on ne croit en sa version des faits si il débarque avec une femme blessée dans les bras. Une seule solution s'offre à lui, à eux, alors Draco décide de transplaner.

Arrivés dans le salon du manoir qu'Astoria et lui avait acheté quelques années plus tôt, Draco dépose l'inconnue sur un divan. Sa peau est glacée et elle est inconsciente. Il la couvre d'un plaid et allume un feu dans la cheminée.

Une chance pour lui, Astoria et Scorpius sont partis en week-end en France avec Narcissa, ce qui évite à Draco de devoir s'expliquer directement avec sa femme sur la présence de cette inconnue dans leur maison. Astoria a confiance en Draco et il ne doute pas qu'elle soit compréhensive sur les circonstances mais il a quand même du mal à l'imaginer rester de marbre en le voyant rentrer à une heure tardive avec une personne blessée dans les bras. Draco sourit en pensant à sa femme. Astoria et lui s'étaient persuadés pendant des années qu'ils étaient amoureux l'un de l'autre mais après la naissance de Scorpius, ils avaient dû se rendre à l'évidence : seule une profonde et sincère amitié était née entre eux. Ils n'avaient cependant pas pu se résoudre à se quitter officiellement et même si ils avaient souhaité être honnêtes avec leurs amis et leur famille, le couple avait décidé d'un commun accord de continuer à vivre sous le même toit en attendant que Scorpius soit en âge de comprendre et que chacun puissent envisager de suivre son propre chemin.

Scorpius va avoir six ans cette année. Bien que très jeune, il est doté d'une grande intelligence et d'une perspicacité redoutable. Il connait l'histoire de son père et à son retour de vacances, il posera des questions quand il découvrira la nouvelle habitante de la maison. Draco ne voulant pas que son fils s'inquiète, il prend le soin d'écrire à sa femme pour lui raconter les évènements de la soirée et l'informer que la jeune femme passerait la nuit au manoir en attendant qu'elle retrouve ses esprits et puisse expliquer elle-même sa version des faits, évitant ainsi les soupçons qui pourraient se poser sur lui.

Draco appelle un elfe de maison et lui confie le parchemin. La réponse d'Astoria est rapide et il ne peut s'empêcher de sourire en lisant les mots de sa femme. Au fil des années passées ensembles, Astoria est devenue son plus fidèle soutien et est la personne qui le comprend certainement le mieux.

« Je me charge d'expliquer à Scorpius que son père a invité une amie à passer quelques jours à la maison. Installe-la dans la chambre qui donne sur le parc, elle aura besoin de calme. Je t'envoie Nucifera, elle t'aidera à prendre soin d'elle. Elle a eu de la chance que tu sois un oiseau de nuit.

Affectueusement, Astoria. »

Draco relève les yeux du parchemin et aperçoit la jeune femme bouger. Il s'approche d'elle et l'empêche d'essayer de se lever.

- « N'ayez crainte, vous êtes en lieu sûr. » la rassure-t-il.

- « Qui êtes-vous ? » l'interroge-t-elle, paniquée.

Draco hésite quelques secondes avant de répondre. Doit-il être honnête ? Elle a été victime d'une agression mais lui cacher son identité pourrait le faire passer pour l'agresseur lui-même alors il inspire profondément avant de se lancer.

- « Draco Malfoy. Vous êtes chez moi. » Répond Draco d'une voix grave.

La jeune femme lève un sourcil et son regard s'adoucit.

- « Mr. Malfoy, vous m'avez sauvé la vie. »

Elle pose une main sur le bras de Draco qui s'est accroupis pour être à sa hauteur et ce dernier ne peut cacher sa surprise. Il s'attendait à toutes les réactions sauf à ça.

- « Je vous en prie, appelez-moi Draco. Je vais vous conduire dans une des chambres, vous avez besoin de repos. » Il se lève et lui tend une main que la femme accepte sans hésitation.

- « Si vous voulez bien me suivre Miss … ? » Demande Draco.

- « Cassiopeia. »

- « Hum…un prénom peu commun. » murmure-t-il, plus pour lui-même qu'à l'attention de la femme.

- « Tout comme le vôtre. » se contente de répondre Cassiopeia en acceptant le bras que Draco lui propose.

Draco réprime un rire et se contente de sourire à son invité, surprenante cette jeune femme.

Ils se dirigent vers une chambre située à l'étage. Il ouvre la porte et laisse Cassiopeia passer devant lui. Un feu brule déjà dans la cheminée et a réchauffé la pièce qui ne sert que très rarement. Draco observe la jeune femme découvrir les lieux. Elle fait le tour de la chambre en passant ses mains sur les meubles et les tissus du lit à baldaquin. Elle s'approche de la cheminée avant de se tourner vers Draco le regard paniqué.

- « Votre baguette se trouve dans le premier tiroir de la table de nuit. » précise-t-il.

Elle sourit et son sourire réchauffe encore un peu l'atmosphère. Elle incline légèrement la tête pour remercier Draco qui s'interroge sur comment il a pu savoir ce que voulait la jeune femme alors qu'ils ne se connaissent pas. C'est étrange, c'est comme si il avait lu dans son esprit sans le vouloir. Il secoue la tête pour chasser les questions qui commencent à germer dans son esprit et se dirige vers la seconde porte de la chambre.

- « Vous avez une salle de bain à votre disposition, juste ici, et des vêtements dans l'armoire. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, Nucifera est à votre disposition. »

L'elfe de maison passe la porte de la chambre avec un plateau sur lequel se trouve un service à thé. Elle le dépose sur la desserte près de la cheminée avant de s'éclipser. Draco verse une tasse et la donne à Cassiopeia. Ses doigts effleurent ceux de la jeune femme et Draco ressent une nouvelle vague de chaleur envahir la pièce. Il s'incline pour saluer Cassiopeia et lui souhaite une bonne nuit. Il va franchir le seuil de la porte quand elle l'interpelle.

- « Pourriez-vous la laisser ouverte s'il vous plait ? Je n'aime pas être enfermée… »

Le regard de Cassiopeia le supplie et son cœur se serre en voyant tant de peur dans ses yeux.

- « Vous êtes en sécurité ici Cassiopeia. » Assure-t-il.

- « Je n'en ai jamais doutée un seul instant. » répond la jeune femme en souriant.

Draco remercie intérieurement la politesse de son invitée de ne pas exprimer le fond de sa pensée : qui se sentirait pleinement en sécurité, seule dans un immense manoir en présence de Draco Malfoy, ancien Mangemort et prisonnier d'Azkaban ?

Etendu sur son lit, Draco ne trouve pas le sommeil. Il attend un temps qu'il estime raisonnable pour que Cassiopeia se soit endormie avant de sortir de sa chambre. Il essaye de résister mais ne peut s'empêcher de jeter un regard quand il passe devant la chambre de la jeune femme, comme pour vérifier qu'elle y est toujours. Il sourit en voyant sa baguette toujours posée sur la table de nuit. Apparemment elle n'a pas menti et se sent assez bien ici pour ne pas dormir avec. Son comportement est réellement déroutant pour Draco qui est habitué à inspirer de la crainte chez les inconnus qu'il croise. Comme attiré par une force invisible, il s'avance vers le lit et le contourne pour lui faire face. Le feu de cheminée est éteint et seuls les rayons de la pleine lune illuminent la pièce de reflets argentés. Cassiopée dort paisiblement dans les draps en coton blanc et Draco prend quelques minutes pour observer la jeune femme.

Ses cheveux noir ébènes tombent en ondulant sur l'oreiller et entourent son visage fin marqué par la fatigue. Couchée sur le côté droit, ses bras sont croisés et rapprochés de son corps comme si elle essayait de se protéger. Il admire la finesse de ses doigts avant d'apercevoir une marque sur son poignet droit. Le symbole imprimé à l'encre noire sur sa peau légèrement halée représente ce qu'il reconnait comme une baguette de sorcier surmontée d'une paire d'aile et entourée par deux serpents entrelacés. Instinctivement, il passe sa main sur son avant-bras gauche, marqué lui aussi. Draco est intrigué, il n'a jamais vu ce dessin. Il quitte alors la chambre pour rejoindre son bureau où il passe, sans trop savoir pourquoi, le reste de la nuit à chercher dans ses livres une représentation de la marque que porte Cassiopeia.

Fin du premier chapitre.