Chapitre 2. Passés troubles.

Les premiers rayons de soleil traversent les vitres du bureau et réveillent Draco qui s'est endormi dans un des fauteuils en cuir, un livre ouvert entre les mains. Il étire ses muscles endoloris par la position inconfortable et appelle Nucifera pour lui demander de dresser la table du petit-déjeuner dans la véranda.

- « Bonjour Maître. »

- « Bonjour à toi aussi Nucifera. Combien de fois devrais-je te répéter de ne pas m'appeler maître mais Mr Malfoy ? »

- « Encore une fois de plus apparemment. » répondit l'elfe en souriant. Son regard se pose alors sur la montagne de livres et parchemins étalés sur le parquet massif.

- « Souhaitez-vous que je fasse un peu de rangement ? »

- « Ne te préoccupe pas de ça. Pourrais-tu me prévenir quand notre invitée sera réveillée ? »

- « Oh Miss est déjà levée Maî… Mr Malfoy. Elle est partie se promener dans le jardin il y a une petite heure. »

Draco s'approche de la fenêtre. Au même instant, Cassiopeia monte les marches en pierre qui mènent à la grande terrasse. Il lui fait un signe de la main pour la saluer et la jeune femme lui répond par un sourire avant de passer la porte du Manoir. Sans décrocher son regard de l'endroit où elle a disparu, Draco demande à Nucifera d'inviter Cassiopeia à se rejoindre à lui dans la véranda. Il est en train de lire les nouvelles dans l'édition du jour de La Gazette du Sorcier quand la jeune femme entre. Draco l'invite à s'assoir à ses côtés et s'enquière de savoir comment elle se sent après cette nuit mouvementée.

- « Etrangement, bien. »

- « J'en suis heureux. Vous devez avoir faim après votre promenade matinale, servez-vous. »

- « Votre parc est impressionnant. Je n'ai pas pu résister à la tentation d'aller le découvrir ce matin, j'espère que cela ne vous ennuie pas … »

- « Pas le moins du monde. »

Draco pose son journal et se surprend à poser sa main sur celle de Cassiopeia. C'est comme si son corps parlait sans se préoccuper de son esprit.

- « Soyez ici comme chez vous. »

Il croise le regard vert émeraude de jeune femme et ne peut retenir ses doigts de caresser légèrement le dos de sa main. Quand il prend conscience de son geste, il la retire rapidement et attrape la première chose qui est à sa portée.

- « Je vous conseille la confiture de mûres, faites avec les fruits du jardin : un vrai morceau de paradis en bouche d'après mon fils. » débite-il en essayant de cacher son embarras.

Il se donne une claque mentalement devant le ridicule de la situation. Cassiopeia le remercie poliment mais il aperçoit un sourire en coin moqueur. Le reste du petit-déjeuner se déroule en silence, Draco ne cessant de s'interroger sur les raisons de son comportement envers la jeune femme. Elle le fascine, il veut tout savoir d'elle, de sa vie, des horribles choses qui ont pu lui arriver pour en trouver les responsables et les faire payer. Elle n'a pas eu peur de lui en apprenant son identité ce qui laisse supposer qu'elle ignore tout de lui, de sa famille, de son passé. Elle est une bouffée d'air frais dans sa vie, comme son fils l'est depuis ses premiers balbutiements.

- « Vous avez l'air songeur. »

Il sursaute en entendant la voix de la jeune femme et pose la première question qui lui vint à l'esprit.

- « Que représente cette marque que vous avez sur le poignet ? » Interroge Draco.

Cassiopeia relève la manche de son pull, ne cherchant même pas à savoir comment il a pu apercevoir son poignet.

- « Cette marque, comme vous dîtes, on appelle ça un tatouage dans le monde Moldu. » Explique-t-elle.

Devant l'air complètement perdu de Draco, Cassiopeia ne peut s'empêcher de rire et la réaction de la jeune femme le déstabilise. Draco se sent un peu honteux de ne pas savoir ce que cela signifie mais Cassiopeia l'éclaire.

- « Un tatouage, c'est de l'encre injectée sous la peau à l'aide d'une aiguille. On choisit un symbole, un mot ou tout autre chose qui a une signification à nos yeux et on se le fait marquer sur notre peau, à vie. »

- « Je ne suis pas sûr de bien comprendre, vous avez choisi d'être marquée ? » demande Draco, la voix grave.

Cassiopeia acquiesce d'un signe de tête.

- « Etrange… Mais vous n'avez pas répondu à ma question : que signifie ce … tatouage ? »

- « C'est un caducée, l'un des symboles d'Hermès, le dieu Grec et père fondateur de l'Alchimie. »

- « Ce que pratiquait Nicolas Flamel, l'inventeur de la Pierre Philosophale ? » s'étonne Draco.

- « Exactement. Les Moldus connaissent cette histoire, même si ils ignorent la nature sorcière de Nicolas Flamel. » Cassiopeia fit une courte pause et inspire avant de reprendre. « Ce caducée, c'est pour moi le symbole des deux mondes auxquels j'appartiens : mes parents sont moldus, et je suis une sorcière. »

- « Oh … » Commente Draco en fixant la jeune femme de son regard gris acier.

- « J'espère que cela ne vous dérange pas ? » Interroge Cassiopeia, la voix emplie d'une réelle inquiétude.

- « Non, bien sûr. Je me demande juste auquel de vos parents vous deviez ces magnifiques yeux ? »

Deuxième claque mentale. Draco a envie de s'arracher sa propre langue et de l'avaler. Il semble qu'après avoir perdu la maitrise de ses gestes, ce soit son esprit qui soit prêt maintenant à révéler à Cassiopeia tout ce qui le traverse. Cassiopeia doit ressentir sa gêne car elle ne répond pas et change de conversation en lui demandant quand sa femme et son fils rentreraient.

- « En fin de matinée. »

- « Dans ce cas, je ne vais pas vous déranger plus longtemps vous et votre famille. Encore merci pour tout Draco, je vous suis redevable. »

Cassiopeia se lève et va quitter la table quand Draco la retint par le poignet.

- « Restez, j'insiste. »

- « Et nous aussi. » intervient la voix d'une femme.

Cassiopeia lève la tête vers la voix qui provient de l'entrée de la véranda pour se retrouver face à une magnifique femme brune qui tient par la main un jeune garçon de six ans aux cheveux aussi blonds que ceux de son père. Scorpius se dirige dans les bras que Draco lui tend sans prêter attention à l'inconnue qui se trouve dans la pièce. Cassiopeia s'incline alors pour saluer Astoria Malfoy.

- « Madame Malfoy. »

- « Appelez-moi Astoria. Nous allons nous côtoyer encore quelques temps, et personne ne m'appelle Madame Malfoy dans cette maison. »

Devant le regard perdu de Cassiopeia, Astoria s'explique.

- « Nous n'avons pas eu le temps d'en discuter réellement mais je pense que Draco sera d'accord avec moi. Vous ne quitterez pas cette maison tant que nous ne serons pas surs que vous êtes remise et que le coupable n'a pas été puni. »

- « Astoria a raison Cassiopeia. Votre agresseur court toujours et il serait irresponsable de vous laisser partir. »

Cassiopeia ouvre la bouche pour répondre mais Astoria lui fait signe qu'aucune négociation n'est envisageable. Elle se tourne ensuite vers son fils et lui sourit.

- « Scorpius, tu dis bonjour à notre nouvelle amie ? Comme maman te l'a expliqué, elle va rester vivre ici quelques temps. »

Le petit garçon de six ans saute des genoux de son père pour courir vers Cassiopeia. Il tire sur la robe de la jeune femme et lui demande de se baisser. Cassiopeia ne peut résister au sourire de l'enfant et une fois à sa hauteur, Scorpius l'attrape dans ses bras, sous les regards étonnés de ses parents. Elle répond tendrement à l'étreinte de Scorpius avant de se relever et de se tourner vers le couple Malfoy pour les remercier de leur hospitalité.

- « Et si nous commencions déjà par nous tutoyer ? » répondit Astoria en souriant.

Impatient de faire connaissance avec Cassiopeia, Scorpius la tire par le bras pour lui faire visiter le manoir. Draco commence à s'interroger sur la réaction de son fils, d'ordinaire si réservé avec les autres, mais surtout sur Cassiopeia, dont l'attitude, les gestes et les paroles semblent si naturels.

Un médicomage est venu ausculter Cassiopeia en début d'après-midi. Après avoir laissé la jeune femme se reposer dans sa chambre, il redescend dans le petit salon où Astoria et Draco l'attendent.

- « Rassurez-vous, elle n'a aucune séquelle physique de l'agression, mais vous aviez raison Mr Malfoy, le sort qu'elle a reçu hier soir est bien un sort d'Oubliettes. »

- « Que nous conseillez-vous ? » Demande Astoria, inquiète.

- « Malheureusement, ni vous ni moi ne pouvons rien faire. »

Draco se raidit. Il sent la main d'Astoria se poser sur son épaule et la serrer pendant que le médicomage reprend.

- « Mais grâce à votre intervention, l'agresseur n'a pas pu aller jusqu'au bout de son projet. Je pense donc qu'avec le temps, les souvenirs reviendront. L'inconscient est encore bien mystérieux, même dans le monde des sorciers. »

- « Merci. Nous allons vous raccompagner. » Conclut Astoria en invitant le médicomage à sortir du salon.

Sur le pas de la porte du manoir, Draco qui n'a pas ouvert la bouche de tout l'entretien, pose enfin la question qui l'obsède depuis hier soir.

- « Combien de temps lui a-t-il enlevé ? »

- « Difficile à définir. Elle se souvient de l'agression et de certaines choses qui se sont produits ces dernières années mais elle est incapable de dire à quoi ressemble son ravisseur. »

Draco déglutit difficilement.

- « Son … ravisseur ? »

- « L'homme que vous avez aperçut hier, il semblerait que ce soit le même homme qui la retenait captive depuis plusieurs années. Sans vous, Mr Malfoy, cette jeune fille serait très certainement retournée dans la prison d'où elle s'est échappée. »

Draco passe le reste de l'après-midi assis dans le fauteuil de son bureau, encore sous le choc de la nouvelle. Il ne comprend pas. Le comportement de Cassiopeia n'a jamais laissé supposer qu'elle avait été captive pendant des années. Elle sourit, est sociale et semble même avoir confiance en lui alors qu'ils ne se connaissent pas. Si elle a été retenue captive pendant des années, ne devrait-elle pas essayer de partir ? De plus, elle se porte bien physiquement, hormis sa blessure à la clavicule liée au sort qu'elle a reçu, mais elle ne semble pas faible physiquement comme on aurait pu s'y attendre. Tout chez Cassiopeia le perturbe et il compte bien en apprendre un peu plus ce soir au diner.

Contre toute attente, la jeune femme préfère rester dans sa chambre. Draco insiste auprès de Nucifera pour venir lui apporter lui-même son repas. Il ne sait pas comment aborder avec elle ce qu'il a appris alors il opte pour la confrontation directe.

- « Nous retrouverons ton ravisseur Cassiopeia, je te le promets. Mais pourquoi ne nous as-tu rien dit ? »

- « Exactement pour ça. » répond-t-elle en faisant volte-face.

Le ton de Cassiopeia est très froid et elle sembla presque hostile envers Draco. Elle se dirige vers la fenêtre de la chambre et croise les bras. Draco veut s'approcher d'elle et poser une main sur son épaule, comme pour lui signifier qu'elle peut avoir confiance en lui et se confier, mais elle se déplace pour éviter tout contact.

- « Je n'ai pas besoin de ta pitié Draco car je ne la mérite pas. Oui, j'ai été captive durant des années, mais mon ravisseur m'a toujours bien traitée, sauf quand je me suis échappée hier soir apparemment. »

Draco reste interdit. Le médicomage a dû se tromper, Cassiopeia souffre d'importante séquelle du sort, comment pourrait-elle parler de son ravisseur en ces termes si elle avait toute sa tête ? Il semble presque ressentir une certaine affection de la jeune femme envers son ravisseur.

- « Es-tu absolument certaine de ces souvenirs ? Le sort les a peut-être modifiés également ? »

- « Je ne me souviens pas du visage de mon ravisseur ni de l'endroit où j'étais, c'est un fait. Mais je me souviens de beaucoup de chose et surtout de la manière dont il était avec moi. Il était gentil, me faisait la conversation et m'apportait tout ce dont j'avais besoin pour passer le temps. »

- « Sais-tu pourquoi il te retenait captive ? »

- « Je l'ignore mais je pense qu'il me la révélé un jour. C'est la seule chose qui puisse expliquer pourquoi je n'ai pas cherché à m'enfuir avant hier soir. »

- « Pourquoi hier soir ? »

- « Mon père. J'ai appris par les journaux qu'il était décédé dans un accident de voiture. Je ne voulais pas que ma mère pense qu'elle avait tout perdu. Elle devait savoir que j'étais en vie, que j'allais bien. »

- « Tu as eu accès à la presse pendant toutes ces années ? » s'étonne Draco.

- « Oui, moldue et sorcière. J'étais privée de contact avec les autres mais je n'étais pas pour autant totalement coupée du monde. J'ai pu suivre l'actualité. »

Draco sent ses mains commencer à trembler. Il les fourre dans les poches de son pantalon de costume pour dissimuler les preuves de son angoisse. Elle sait donc qui il est. Il ferme les yeux et inspire profondément.

- « Je peux te poser une dernière question Cassiopeia ? »

Il voit un léger sourire s'afficher sur le visage de la jeune femme qui regarde toujours par la fenêtre.

- « Tu veux savoir pourquoi je n'ai pas cherché à m'enfuir quand tu m'as dit ton nom ? »

Draco ne peut retenir sa surprise. Comment a-t-elle pu lire dans ses pensées ?

- « Oui, j'ai haï et je hais encore les Mangemorts. Ils s'en sont pris aux personnes comme moi, comme mes parents mais sous quel prétexte ? Notre infériorité ? Voldemort lui-même était un sang-mêlé ! »

- « Douce ironie… » Murmure Draco, qui note cependant que la jeune femme parle à la troisième personne et ne semble curieusement pas l'inclure dans ceux qui avaient été aux côtés de Voldemort durant la guerre.

- « C'est peu dire. Mais vous, toi et tes amis, vous n'étiez que des enfants pendant cette guerre. Si j'avais été à votre place, je ne sais pas comment j'aurai réagi. Je ne peux pas vous juger sans savoir. N'aviez-vous d'autre choix que de suivre les décisions de votre famille ? Vous étiez aussi des victimes. »

Draco sent son cœur se serrer en entendant les paroles de Cassiopeia. Il détourne le regard de la jeune femme et sous le poids des mots et de son passé, s'assoit dans un des fauteuils de la chambre.

- « Une victime qui a pourtant fait des choix lourds de conséquences à l'époque. J'aurai pu fuir, on m'a même tendu la main pour m'aider, mais j'ai refusé et je suis resté aux côtés des mauvaises personnes. »

Sans comprendre pourquoi, un frisson parcoure le corps de Cassiopeia à l'évocation de Lucius Malfoy. Elle se concentre sur Draco, dont la douleur semble alourdir ses épaules et assombrir le regard.

- « Tu m'as demandé pourquoi j'ai accepté de rester alors que je savais qui tu étais ? A cause de ton regard, ce regard, le même que celui que tu avais sur la photo qui faisait la une à la sortie de ton procès.»

Cassiopeia s'approche de lui et pose une main sur son épaule. Si ce geste si familier entre la jeune femme et lui devrait le déstabiliser, la chaleur qui émane du contact de sa paume sur lui l'apaise.

- « Dans ton regard, je vois non seulement de la sincérité mais aussi de la peur et du regret. Tu regrettes tes actes Draco, et un homme capable d'éprouver sincèrement du regret ne peut pas être une mauvaise personne. »

Ces mots, ces simples mots, il les a déjà entendus de la part de sa mère et de sa femme mais venant de la part d'une inconnue, qui aurait été la première victime de la folie de cette guerre, ils paraissent plus forts. A tel point que Draco doit quitter la pièce. Seul dans sa chambre, les paroles de Cassiopeia tambourinent toujours dans son esprit mais est-ce seulement leur écho ou également les battements de son cœur ?

Fin du deuxième chapitre