Elfe Bêta : Mokonalex

Elfe Assistante : Mirabelle31

Disclaimer : Je ne suis pas JKR, ça se saurait. Ce que vous reconnaissez est à elle, le reste à moi.

Note de l'Elfe Bêta :L'Elfe Bêta s'excuse s'il reste des quelques coquilles dues à un trop plein d'eau dans ses yeux au moment de la correction.

Note de l'auteur : La fic est complète et à la bêta, donc vous aurez les autres chapitres dans pas trop longtemps. Il y en a quatre en tout.


Les pas des trois sorciers résonnaient sur les dalles de pierre du couloir menant à la morgue de Sainte-Mangouste, au dernier sous-sol de cet estimable établissement. Ron Weasley, engoncé dans sa robe de sorcier des dimanches, un peu trop étriquée d'ailleurs, suivait tristement Remus Lupin qu'Arthur Weasley soutenait par le bras.

On était mardi, et cela faisait déjà trois jours qu'Harry Potter et Severus Rogue gisaient dans des tiroirs à cadavres, sous un sortilège de conservation. L'enquête officielle avait confirmé le suicide des deux hommes et pourtant Remus n'était pas d'accord du tout. Pour lui, Severus Rogue ou plutôt Servilus, comme il s'obstinait à le nommer, avait assassiné le fils de son ami James, et rien ne le faisait démordre de cette idée saugrenue.

Depuis la veille, Remus Lupin vivait au 12 Square Grimmaurd dont il avait hérité grâce à Harry. Minerva l'avait obligé à se lier à l'Elfe libre Winky comme recommandé par Harry dans son testament et l'Auror Tonks comptait visiter les lieux deux fois par jour afin de vérifier que tout se passait bien et que Winky récupérait ses facultés. A sa grande satisfaction, ce matin-là, l'Elfe était parfaitement à jeun, propre sur elle et portait un grand torchon aux armes des Black -le même que Dobby- trouvé dans l'armoire de Walburga. Bien entendu, Remus était l'ombre de lui-même et, rongé par le chagrin, il enrageait sur le compte de l'immonde assassin Servilus. Tonks avait bien tenté de lui faire comprendre qu'Harry avait choisi seul de mourir, mais Remus s'obstinait.

Arthur, vêtu de noir et le visage fermé, tenait donc Remus fermement par le bras, s'attendant à ce qu'il s'effondre lors de la mise en bière, comme il n'était pas rare de le voir.

Derrière eux, Ron suivait en traînant les pieds. Il avait insisté pour venir avec eux, arguant qu'il s'agissait de son meilleur ami et que lui seul connaissait véritablement les dernières volontés d'Harry. Et puis, il devait aussi retrouver là-bas Drago Malefoy pour s'assurer que les deux suicidés ne soient pas séparés. Malefoy était d'accord, mais il n'allait pas être facile de faire avaler la pilule à Remus Lupin.

La lourde porte du service se referma derrière eux en claquant. Il faisait froid dans ce couloir éclairé par des orbes magiques flottants au plafond enduit de chaux. Un sorcier-funèbre les accueillit, un chapeau haut de forme à la main.

— Bonjour messieurs, lequel de nos défunts venez-vous chercher ?

— Harry Potter, marmonna Remus, en levant ses yeux injectés de sang vers le sorcier.

— Monsieur Potter se trouve en salle 3. Monsieur Malefoy est déjà là.

— Malefoy ? gronda le loup-garou en sortant sa baguette de sa manche gauche. Il n'est pas mort ou à Azkaban ? Qu'est-ce qu'il fout là ?

— C'est Drago, Remus, révéla Ron en soupirant. C'est pas Lucius ! Tu sais bien qu'il a été envoyé à Azkaban.

— Ah oui, c'est vrai, grommela Lupin en rangeant sa baguette. Mais ça ne nous dit pas ce qu'il fiche près d'Harry !

— Monsieur Malefoy est venu chercher le corps de son parrain, le Professeur Rogue, dit alors le sorcier-funèbre.

L'homme, grand et sec, regarda d'un œil critique le « proche d'Harry Potter » avec sa robe usée et raccommodée. Bien qu'il eût hérité, Remus n'avait pas encore songé à changer sa garde-robe malgré l'insistance de Tonks et celle de Winky.

Sentant un esclandre venir, Arthur resserra sa prise sur le bras de Remus.

— Ne me dites pas que vous avez mis mon pauvre Harry dans la même pièce que cet immonde Mangemort assassin ?

— Remus, ça suffit ! ordonna Arthur Weasley, agacé.

Le sorcier-funèbre leva un sourcil intrigué et sans un mot s'arrêta et leur désigna une porte qu'il ouvrit.

Sur deux tables carrelées installées côte à côte, il y avait deux corps. A gauche, Severus Rogue reposait, recouvert d'un simple drap blanc dévoilant son visage. Drago Malefoy se tenait près de lui, tout de noir vêtu : la traditionnelle robe de deuil bordée d'astrakan et fermée par des boutons de jais.

Ron regarda tout autour de lui, un peu surpris.

— Où est Dobby ?

— Dobby ? répéta l'employé de la morgue étonné.

— Oui, l'Elfe d'Harry. Il a été emmené avec eux.

— Oh oui… L'Elfe de Monsieur Potter se trouve dans un des tiroirs. Nous n'avons pas pour habitude d'exposer les Elfes-de-Maison avec leurs maîtres lorsqu'ils meurent au même moment. A dire vrai, nous ne recevons jamais les corps des Elfes. Les familles en disposent librement…

— Vous allez en faire quoi ? insista Ron qui ne voulait pas que Dobby soit éliminé comme les poubelles de la veille.

— Nous avons reçu un hibou du Professeur McGonagall. Elle souhaite récupérer le corps de cet Elfe-de-Maison afin qu'il soit enseveli par ses congénères, dans le cimetière des Elfes de Poudlard.

— Bien, affirma Ron en hochant la tête.

Son regard se posa alors sur le corps se trouvant à droite du Professeur Rogue. Lui aussi était allongé sur sa table carrelée, juste recouvert d'un drap blanc. Debout près d'Harry, Remus sanglotait, tête baissée, une main d'Arthur sur son épaule droite.

Le jeune sorcier rouquin poussa un grand soupir et regarda le visage paisible et détendu de son meilleur ami. Il bénissait Merlin qu'Arthur et lui aient réussi à empêcher Molly et Hermione de les suivre en ce lieu sinistre empestant le formol et autres potions de conservation.

Ron avait pris sa mère à part et lui avait recommandé de veiller sur Hermione, disant qu'il n'était pas certain qu'elle tienne le choc car la jeune sorcière était particulièrement effondrée. Molly avait aussitôt acquiescé, et s'était empressée auprès de la brunette dans les minutes suivantes. Pendant que Ron parlait à Molly, Arthur disait la même chose à Hermione. Elle devait veiller sur Molly car il craignait qu'elle ne se laisse sombrer.

Evidemment, Hermione aussi avait marché et sans le savoir, les deux sorcières se soutenaient mutuellement sans se douter de la combine. De la même façon, il avait été facile de les faire rester à la maison « ne sachant pas comment l'autre allait le supporter ». L'autre étant, bien entendu, Hermione ou Molly…

Le sorcier-funèbre s'approcha alors de Drago Malefoy et s'inclina respectueusement, désolé de troubler son recueillement.

— Monsieur Malefoy, les Pompes Magico-Funèbres vont arriver dans un instant. Vous pourrez choisir le cercueil de votre parrain sur catalogue et régler les détails de la cérémonie. Vous avez prévu un lieu de dernier repos ?

Drago lança un regard à Ron qui lui fit alors un discret signe de tête.

Le rouquin croisa les doigts derrière son dos, priant Merlin de calmer Remus qui – il en était quasi certain – n'allait pas manquer de faire un scandale.

— Oui. Je souhaite que mon parrain soit enseveli à Godric's Hollow auprès de Potter. Je pense que c'est ce qu'il aurait aimé… étant données les circonstances, murmura le blondinet éploré.

Mais Remus avait l'ouïe très fine, loup-garou oblige, et il se retourna violemment, les yeux soudain jaunes.

— Hors de question que cet immonde Mangemort, cet assassin, soit enterré avec Harry ! tempêta-t-il, furieux.

Apeuré, Drago se saisit alors de sa baguette, en tremblant et en jetant un regard horrifié vers Ron Weasley.

— Remus ! Du calme ! tenta Arthur, un peu surpris par la demande de Drago.

— J'ai dit qu'il n'en était pas question ! poursuivit le loup-garou, indifférent à la demande de son ami. Servilus a tué Harry ! Il ne sera pas enterré avec lui !

— Mais arrête, Remus ! Malefoy n'a pas dit qu'il voulait le mettre dans la même tombe, enfin ! protesta Ron soudainement inquiet.

— J'ai dit non ! Pas question ! Harry ne le voudrait pas de toute façon ! insista l'ancien Professeur Lupin.

— C'est là où tu te trompes, Remus, répondit Ron en secouant la tête. Harry était mon meilleur ami et… je sais ce qu'il voulait…

— Comment ça, ce qu'il voulait ? Servilus l'a attiré dans un piège et l'a tué ! Harry ne pouvait pas avoir prévu où et comment il voulait être enterré !

— SI, JUSTEMENT ! s'énerva le jeune rouquin tandis que son père tentait de raisonner Remus. Harry s'est suicidé, Remus ! Il s'est suicidé ! Rogue ne l'a pas tué !

— Je n'y crois pas ! gronda le loup-garou en secouant la tête, les deux poings serrés.

— C'est là où tu as tort, Remus, fit alors une voix de basse bien connue.

Les sorciers présents se tournèrent vers le nouveau venu, alors qu'une seconde personne entrait également dans la pièce. Kingsley Shacklebolt, après une petite discussion avec Minerva McGonagall, avait décidé d'accompagner la vieille femme à la morgue.

Minerva voulait dire un dernier adieu à son élève favori, ainsi qu'à son cher vieil ami et confrère Severus, et pour finir, récupérer le corps de Dobby comme l'avait souhaité humblement Crocus, le chef des Elfes du château.

— Remus… les conclusions de l'enquête sur la mort de Rogue et d'Harry sont absolument formelles. Ils se sont tous deux suicidés, à la même heure et à la même minute, dans les bras l'un de l'autre, comme la photo volée par cette punaise de Rita Skeeter l'a prouvé au Monde Magique dans son entièreté. Fol Œil dirigeait l'enquête et il a lui-même établi le rapport définitif. Dumbledore voulait les séparer et ils s'y refusaient. C'est tout. D'ailleurs, s'il y a un responsable c'est Dumbledore. Il voulait que Severus tue Harry pour ça, sinon il le renvoyait à Azkaban. Severus a préféré mourir plutôt que de tuer Harry et Harry a choisi de le suivre, ne voulant pas être séparé de lui. Sa lettre à la Gazette est authentique, nous l'avons récupérée auprès de Barnabas Cuffe et les analyses sont formelles. C'était bien la signature magique d'Harry ainsi que son écriture.

— Je le confirme, révéla alors Minerva McGonagall tristement. Je l'ai eue entre les mains, et c'est bien Harry qui l'a écrite.

— Oui, fit alors Ron, pour enfoncer le clou. C'est vrai. Elle nous était adressée, à moi et Mione, et c'est Dobby qui nous l'a remise, juste avant d'aller… retrouver Harry.

— Peut-être ! insista Lupin, mais je refuse qu'ils soient dans le même trou ! Mettez-le un peu plus loin.

— La tombe juste à côté ira très bien, fit Ron en hochant la tête. Harry ne voulait pas être séparé de Rogue.

— Comment ça ? Ne voulait pas être séparé de lui ? Qu'est-ce que tu savais de leur relation, hein ? s'énerva encore une fois le loup-garou.

— Si tu veux savoir si Hermione et moi, on savait qu'ils couchaient ensemble, c'est oui ! mentit Ron avec aplomb. Harry nous avait dit qu'il l'aimait et qu'il était heureux de l'avoir « trouvé » selon son expression, et aussi qu'il ne voulait pas être séparé de lui. Et visiblement, s'ils ont choisi de mourir ensemble, c'est qu'aucun des deux ne voulait être séparé de l'autre.

Ron remarqua le visage stupéfait de Drago Malefoy qui le regardait bouche bée et les yeux écarquillés. Par Merlin, Granger et Weasley étaient au courant de ça et pas lui ? Son parrain avait toujours été très secret, mais quand même ! Et puis, il réfléchit alors quelques secondes. Non, Oncle Sev' n'aurait rien dit, c'était évident. Il savait que cela serait remonté aux oreilles du Seigneur des Ténèbres et il l'aurait payé de sa vie. Potter aussi, sûrement… Sans compter que leur relation était interdite par la loi et le règlement de Poudlard…

Et quand il regardait ce sorcier misérablement vêtu et semblant mal portant, il n'en revenait pas que ce soit lui le vainqueur du terrible Mage Noir.

Alors que Minerva McGonagall, les larmes aux yeux, s'approchait à pas lents du corps d'Harry, le sorcier-funèbre poursuivit sa mission.

— Monsieur Malefoy, avez-vous prévu des vêtements pour habiller le défunt ?

— Oui, monsieur, répondit Drago en sortant un petit paquet miniaturisé de la poche de sa robe.

D'un coup de baguette, il lui redonna sa taille normale et le tendit au sorcier-funèbre qui attendait. Celui-ci le prit et le posa sur une desserte en inox brillant et immaculé. Puis, il alla tirer un lourd rideau de plastique blanchâtre en s'excusant de la manœuvre.

Les deux tables furent alors séparées par la cloison de fortune et Drago fut invité à passer de l'autre côté. Machinalement, il alla se positionner non loin de Ron Weasley, la personne la plus amicale se trouvant dans la pièce. Nul ne devait assister aux préparatifs, visiblement.

D'un œil distrait, le Gryffondor regarda les adultes qui se lamentaient sur le corps de leur ex-Sauveur, Remus étant le nouveau tenant du titre, puis son regard vagabonda autour de lui.

La pièce glaciale était vaste et propre. Les murs carrelés de blanc jusqu'à mi-hauteur étaient enduits de chaux jusqu'au plafond. Celui-ci était couvert d'arcs de pierre, tout comme l'infirmerie de Poudlard. Des orbes lumineux, stratégiquement dispersés, éclairaient la pièce d'une lumière froide et triste. Le long des murs, couraient quelques placards bas, un évier de pierre blanche avec sa paillasse encombrée de fioles et tout au fond, un immense placard d'inox brillant attirait l'œil avec ses petites portes alignées, portant toutes une grande poignée du même métal. Ron compta six portes. Nul besoin d'être diplômé de Sainte-Mangouste pour comprendre que c'étaient les portes des fameux tiroirs dont avait parlé le sorcier-funèbre. Là où ils rangeaient les morts, comme Molly la vaisselle propre dans le buffet de la cuisine du Terrier.

Ron frissonna, plus de dégoût et de peur que de froid et, machinalement, remonta le col de sa robe des dimanches. Malefoy n'avait pas quitté le rideau fermé des yeux et il ne fut donc pas surpris lorsque le sorcier-funèbre réapparut et le replia de nouveau contre le mur.

Ses pieds chaussés de cuir de Dragon Noir des Hébrides raclèrent le sol de pierre lorsque Drago s'approcha à pas mesurés du corps à présent habillé.

On avait vêtu le Professeur Rogue de son habituelle tenue bleu nuit presque noir, qui était aussi légendaire que lui. Le tissu, non lustré, semblait totalement neuf, ainsi que la chemise d'un blanc immaculé qu'on apercevait sous son menton. Sa cravate noire en satin luisait discrètement et Ron remarqua une petite épingle en diamant piquée dessus. Sans nul doute, un cadeau de Malefoy…

Les chaussures du mort étaient celles qu'il portait habituellement car la semelle avait des traces d'usure, mais elles étaient impeccablement cirées. Les cheveux du cadavre étaient propres et bien peignés. Son visage blanc et figé était curieusement serein et les rides précoces qu'on connaissait à l'irascible Maître des Potions avaient totalement disparu, le faisant paraître bien plus jeune que de son vivant.

Ron regarda le Professeur McGonagall s'approcher, un mouchoir sur la bouche pour étouffer ses sanglots. Remus, l'œil tueur, la toisa d'un air méprisant.

Comment pouvait-on supporter la vue de cet infâme suborneur ? Au moins, ce sale Mangemort pourrissait en Enfer à présent !

Le sorcier-funèbre s'approcha d'Arthur Weasley et, avec déférence, s'enquit de la question des vêtements pour Harry. Le sorcier roux remonta ses lunettes sur son nez et se tourna vers son fils.

— Ron ? Tu as les vêtements pour Harry, je crois.

— Oui, P'pa. Hermione a tout préparé.

Arthur hocha la tête et tendit la main. Ron y déposa un minuscule paquet semblable à celui que Malefoy avait sorti de sa poche, dix minutes auparavant. D'un geste de baguette, la pile de vêtements retrouva sa taille normale et Arthur la tendit à l'employé de la morgue qui la posa sur la desserte, comme la tenue de Severus. Puis, de nouveau le rideau fut déployé et les visiteurs se massèrent de l'autre côté, non loin du corps de Severus Rogue.

Ce fut à ce moment-là que l'employé des Pompes Magico-funèbres fit son entrée. C'était un vieil homme à barbichette blanche et cheveux mi-longs blancs également. Il portait une robe noire et une cape dans le dos de laquelle sa fonction était inscrite en lettres jaunes. Ses lunettes ovales à montures dorées, quasiment identiques à celles – usées – d'Arthur Weasley scintillèrent un instant sous la lumière blanche des orbes magiques. Il posa sa canne contre un meuble de bois laqué de blanc et tendit un catalogue relié de cuir noir à Drago Malefoy.

— Bonjour, Monsieur Malefoy, si vous voulez bien faire votre choix. Je vous ai coché les équipements donc nous avons précédemment parlé par cheminette.

Drago hocha la tête poliment et se saisit du livre qu'il ouvrit aussitôt. Il ne mit pas longtemps à faire son choix.

— Enterrement de Première Classe, évidemment. Je veux ce cercueil de chêne laqué noir avec poignées d'argent. Garniture intérieure de soie blanche plissée. Pour les fleurs, des lys orange. Oncle Sev' aimait beaucoup les lys orange.

Le sorcier-funèbre, plume et parchemin en main, hochait la tête en prenant note des désirs de Drago.

— Et pour la pierre tombale ?

Malefoy tourna fébrilement les pages jusqu'à l'onglet en question. Sans un mot, il examina les photos avec attention.

— Marbre noir, inscriptions dorées et vous rajoutez l'écusson de la Maison Serpentard.

— C'est noté, Monsieur Malefoy. Quelles inscriptions souhaitez-vous ?

— A la mémoire de Severus Rogue, Maître des Potions, 1960 – 1996.

— Très bien. L'écusson Serpentard et le titre de Maître des Potions seront invisibles pour les Moldus. C'est compris dans le prix.

— Parfait.

— Et pour la cérémonie, Monsieur Malefoy ? Si je peux me permettre, je vous recommande la cérémonie druidique. C'est plus cher, mais plus traditionnel, et les sortilèges de protections que le druide lancera sur le cercueil sont inclus dans le prix.

— Je me moque du prix, annonça fermement l'héritier de Lucius. Je veux ce qu'il y a de mieux. Donnez-moi juste le bon à signer pour Gringotts et ce sera parfait. Pour la date, je verrai avec Monsieur Ronald Weasley dès que Potter sera prêt.

— Bien, Lord Malefoy, répondit le sorcier en s'inclinant.

Le prix non demandé et extrêmement élevé par ailleurs méritait bien l'hypocrisie d'appeler Drago par un titre qui ne serait le sien qu'à la mort de Lucius. Malefoy se rengorgea, très satisfait et inclina la tête aimablement.

Ron le regarda avec envie. C'était donc cela que d'avoir de l'or plein ses coffres… On pouvait choisir ce qu'il y avait de mieux et ne pas se soucier du prix ? Le pied ! Mais, une minute ! Il était riche maintenant, lui aussi ! Par la barbe de Merlin, il allait lui aussi dépenser sans compter pour son meilleur ami ! La tenue de Remus et sa parcimonie habituelle étaient des indices sérieux que le pauvre Harry n'allait certainement pas avoir droit au même traitement.

L'attention de Ron fut attirée par le bruit du rideau que le sorcier-funèbre repoussait de nouveau. Aussitôt les quatre Gryffondors et le Serdaigle qu'était Kingsley s'approchèrent du corps d'Harry Potter. Le jeune sorcier décédé portait une somptueuse tenue de soirée, semblable à celle qu'il avait portée lors du bal du tournoi des Trois Sorciers. Ses souliers noirs vernis étincelaient sous la lumière de l'orbe situé juste au-dessus de lui. Ils étaient neufs tout comme la tenue, commandée sans nul doute chez Madame Guipure ou GaiChiffon, Ron ne le savait pas. On avait coiffé Harry et on lui avait remis ses lunettes. Dans ses mains croisées, on voyait sa baguette, comme il était habituel lors d'obsèques de sorciers. Il n'y avait que dans les familles pauvres qu'on gardait les baguettes des défunts afin de les réutiliser éventuellement. Ce qui expliquait que Fred et George avaient hérité des baguettes des oncles Fabian et Gideon Prewett et lui-même l'ancienne de Charlie pour leur entrée à Poudlard.

Ron regarda Harry qui semblait dormir paisiblement et il ressentit un poids énorme au niveau de l'estomac. Il avala difficilement sa salive, un nœud douloureux dans la gorge et ses yeux le piquèrent alors. Il les essuya d'une main lasse. Près de lui, Arthur, pâle, était figé et regardait Remus et Minerva qui sanglotaient. Par Merlin, il avait bien fait de laisser Molly, Hermione et Ginny à la maison, sinon elles auraient noyé la morgue…

Le sorcier des Pompes Magico-Funèbres s'approcha alors de lui discrètement.

— Monsieur Weasley ? Nous devons prendre des dispositions pour les obsèques de Monsieur Potter.

— Je sais, Monsieur Green, répondit Arthur qui connaissait l'homme. Un instant, voulez-vous ?

Arthur s'approcha de Remus, se racla la gorge et se pencha pour lui murmurer quelques phrases à l'oreille. Minerva tapota alors l'épaule du loup-garou afin de l'encourager. Lupin soupira, se redressa et essuya son visage dans un mouchoir propre conjuré par le grand rouquin presque chauve.

— Allons-y ! Qu'avez-vous besoin de savoir, monsieur ? demanda-t-il, peu habitué à préparer des funérailles.

Il n'avait pas oublié que c'était Albus Dumbledore qui avait tout organisé et choisi pour James et Lily. Sirius était à Azkaban, Queudver censé être mort et lui-même pas vraiment en état. Pour être honnête, il ne l'était pas beaucoup plus en ce jour, mais il n'avait pas le choix.

— Je crois savoir que Monsieur Potter sera inhumé à Godric's Hollow auprès de ses parents, mais il nous faut choisir le cercueil, alors si vous vouliez bien jeter un petit coup d'œil sur le catalogue…

Remus hocha la tête sans un mot et prit machinalement le livre des mains de Taylor Green qui s'inclina cérémonieusement et recula dans la pièce, les laissant choisir tranquillement. Après tout, il ignorait ce qu'ils souhaitaient pour Harry Potter, n'ayant pas eu de conversation avec aucun d'eux sur le sujet, a contrario du jeune Lord Malefoy qui avait, lui, tout de suite su ce qu'il désirait. Un coup de baguette avait bien entendu effacé toutes les marques et annotations précédemment faites pour le Serpentard. Il n'avait plus qu'à attendre.

— Pas de noir ! pesta Remus en examinant les pages consacrées aux cercueils. Hors de question qu'il ait le même que cette enflure de Servilus !

— REMUS LUPIN ! gronda McGonagall, furieuse. Un peu de respect !

— Minerva, si vous n'êtes pas contente, je vous suggère de récupérer votre cadavre d'Elfe et de retourner à Poudlard. Je n'ai pas besoin de vous pour choisir !

Les yeux étincelants de rage de la vieille Ecossaise lui firent bientôt regretter ses paroles imprudentes.

— Allons, Remus, du calme ! temporisa Arthur Weasley. Ce n'est ni le lieu, ni le moment !

Le loup-garou se replongea dans l'étude du catalogue, mais bien vite il protesta.

— C'est hors de prix ! Cent gallions pour un misérable cercueil de premier prix ? Comment peut-on dépenser des sommes pareilles ? Ah non, il y en a un en pin à soixante gallions. C'est mieux.

— Et pourquoi pas une malle en osier, hein ? gronda Ron, furieux. Après tout, autant recycler ! C'est ça que tu vas faire pour tout ? Discuter les prix, choisir au rabais ? Après tout l'or que tu as hérité d'Harry ? Tu me fais honte ! Si tu veux pas payer, je le ferai, et Hermione aussi j'en suis sûr !

— Je ne te demande rien, Ron ! s'offusqua Remus un peu vexé.

— Monsieur Green ? appela alors le meilleur ami d'Harry.

— Monsieur Weasley ?

— Monsieur Green, je vais prendre pour Harry le même cercueil que le Professeur Rogue, mais couleur chêne foncé, avec garniture de soie blanche également. Et les poignées d'argent aussi, hein ! Et puis… je veux le druide aussi, comme Malefoy a choisi. En fait, je veux tout pareil.

— C'est entendu, Monsieur Weasley. Et pour le règlement ?

— C'est moi qui paye ! Je signe tout de suite le bon à payer pour Gringotts. Si je laisse faire Remus, Harry sera enterré comme un indigent dans une fosse commune de l'Allée des Embrumes. Et il n'en est pas question ! Harry mérite ce qu'il y a de mieux, tout comme le Professeur Rogue !

Taylor Green griffonnait rapidement une nouvelle feuille de parchemin accrochée à une planchette servant de support.

— Pour la stèle funéraire, que souhaitez-vous ?

— La même que le Professeur Rogue mais en blanc, vous avez ça ?

— Bien sûr, marbre de Carrare de premier choix. Je vous le note ?

— Notez ! Avec les inscriptions en doré aussi. Et vous marquez « à la mémoire de Harry Potter » avec les dates 1980-1996. Et un écusson Gryffondor ! Faut pas oublier… l'écusson…

— Aucun problème, Monsieur Weasley.

— Harry devra être enterré dans la tombe la plus proche de celles de ses parents, et si vous pouvez, vous mettez celle du Professeur Rogue près de lui. Je sais pas si y a la place… c'est un cimetière moldu…

— Ne vous inquiétez pas. S'il n'y a pas de place, nous en créerons magiquement. Tout sera fait comme vous le désirez. Vous avez une date en tête ?

— Malefoy ? Viens par-là ! Tu es libre demain ?

— Oui.

— Toute la journée ?

— Oui.

— Ok. Bon, je propose demain après-midi, vers… disons quinze heures. C'est possible ?

— C'est possible, Monsieur Weasley. Monsieur Malefoy ? Vous désirez quelle heure pour votre parrain ?

Drago regarda fixement Ron, attendant un signe. Lorsque celui-ci hocha la tête, le Serpentard répondit.

— Même heure. Double cérémonie. Ils sont morts ensemble, ils partiront ensemble. Ils ne voulaient pas être séparés, donc nous ne les séparerons pas.

— C'est ça ! C'était la volonté d'Harry, donc on fait comme il voulait ! termina Ron victorieusement.

— Et si je ne suis pas d'accord ? menaça Remus Lupin.

— Je m'en fous ! répliqua Ronald.

Kingsley choisit alors de se manifester, sentant bien que le climat s'assombrissait dans la sinistre pièce. Et se déchirer ainsi devant les corps des défunts, c'était vraiment mal venu.

— Eh bien moi, ça m'arrange, annonça-t-il sereinement. Cornélius m'envoyait pour vous dire qu'il désire que le cercueil d'Harry soit recouvert du drapeau blanc et pourpre avec le M du Ministère de la Magie.

Tous retinrent leurs souffles de stupeur. Le drapeau du Ministère… il n'y avait que les Aurors tombés au Champ d'Honneur qui y avaient le droit, ou alors le Ministre mort en exercice. Mais pour un civil, c'était du jamais vu. Arthur s'essuya les yeux en proie à une vive émotion.

— Bien ! se radoucit alors Remus Lupin. Servilus n'aura pas de drapeau, c'est très bien !

— Il aura celui de Poudlard, gronda alors Minerva, excédée. En tant que professeur, il y a droit. Le drapeau de l'école avec les armes de Serpentard en plus, car il était un Directeur de Maison !

Drago Malefoy hocha la tête de satisfaction et Ron n'ajouta rien. Si c'était le cérémonial pour un professeur et même un Directeur de Maison, alors il n'y avait rien à critiquer. Tout était pour le mieux.

Kingsley sortit alors de la poche de sa robe d'Auror un drapeau soigneusement plié qu'il remit au sorcier des Pompes Magico-Funèbres. Voyant cela, Minerva appela aussitôt un Elfe particulier.

— CROCUS !

Un léger pop de transplanage elfique se fit entendre, et le vieil Elfe voûté apparut, se tenant à sa canne.

— Directrice McGonagall, Madame. Vous avez besoin de Crocus ?

— Oui. J'ai besoin du drapeau de Poudlard, celui pour les obsèques des Professeurs, pour recouvrir le cercueil. Mais celui avec l'encart Serpentard… Tu sais où il est ?

— Crocus sait, Directrice McGonagall, Madame. Crocus va le chercher.

— Attends, Crocus. Lorsque tu reviendras, tu repartiras avec le corps de Dobby. Si tu as besoin d'or ou de quelque chose – quoi que ce soit – pour ses funérailles, viens me le demander. Ce sera accordé d'office. Tous les Elfes du château auront un congé exceptionnel demain après-midi pour l'inhumation de Dobby.

— Merci, Professeur, Madame.

L'Elfe s'inclina et disparut comme il était venu, d'un simple claquement de ses vieux doigts noueux.

— Vous pouvez sortir le corps de Dobby du tiroir, Monsieur Scott, exigea la féroce Ecossaise, d'un ton sans appel.

Nelson Scott ne put qu'obéir et s'approcha du tiroir inférieur gauche. Il tira sur la poignée de métal et ouvrit au large la porte en inox. Il fit coulisser le plateau se trouvant à l'intérieur et tous purent voir une petite forme bosseler à peine le sac en tissu dans lequel elle se trouvait. Le sorcier-funèbre conjura une petite table carrelée, la même que celles déjà présentes mais d'une taille très inférieure, puis il tira sur la fermeture éclair et le corps froid et rigide de Dobby apparut. Un Wingardium Leviosa le fit léviter et Scott déposa l'Elfe sur la table. Il conjura un drap blanc et en recouvrit le corps. La table fut roulée dans un coin de la pièce, prête pour le dernier voyage de son occupant.

Le discret pop de l'arrivée de Crocus brisa le lourd silence hostile qui s'était installé dans la pièce. Oubliant son chagrin, Remus toisait Drago Malefoy comme s'il était une crotte de noueux et osa même un rictus satisfait en lorgnant le cadavre du Maître des Potions, ce que ne manquèrent pas de remarquer Minerva, Arthur et Ron.

En son for intérieur, Ron poussa un soupir las. Il appréhendait à présent la cérémonie prévue pour le lendemain. Il était quasi certain que Remus allait faire du cinéma -comme disait si bien Hermione -, Ron ne savait pas ce que c'était ce fichu « cinéma » mais assurément rien de bon.

Le « pop » du retour de Crocus avait donc troublé le silence et Minerva lui prit des mains le drapeau bien repassé et plié. Elle le tendit au sorcier responsable de la morgue puis conduisit Crocus vers la petite table où gisait Dobby.

— Crocus, si Dobby est enterré avant quinze heures demain, je pourrai être présente à son inhumation. Je ne sais pas quelle heure tu as choisi.

— Aucun humain ne peut assister aux obsèques des Elfes de Maison, Directrice McGonagall, Madame. Mais c'est gentil d'y avoir pensé. Les Elfes seront honorés de cette attention.

— Oh ! Je l'ignorais… Eh bien, faites selon vos traditions. Et je réitère ce que j'ai dit précédemment : si tu as besoin d'or pour acheter le nécessaire, c'est accordé.

— Merci, Directrice McGonagall, Madame, mais nous n'avons besoin de rien nécessitant de l'or.

— Comme tu voudras, Crocus, soupira Minerva. Tu peux emporter le corps de Dobby, maintenant.

Le vieil Elfe s'inclina et claqua des doigts. Le corps de Dobby disparut alors de la petite table, laissant intouché le drap conjuré.

Ron avait suivi discrètement l'opération, du coin de l'œil. Lorsque Minerva revint vers les deux corps des sorciers, il ne put s'empêcher de se dire que c'était une bonne chose de faite. Dobby était en sécurité à présent. Il allait être enterré dignement par les Elfes de Poudlard. Ron pensa alors à Winky qui était l'amie de Dobby.

— Remus ! Demain, faudra que tu donnes du congé à Winky pour qu'elle assiste aux obsèques de Dobby à Poudlard. C'était son ami. Il ne faut pas qu'elle manque à l'appel. Tous les Elfes de Poudlard y seront.

— Même Kreattur, ajouta alors Drago Malefoy. Je lui donnerai congé pour l'évènement également.

— Il se comporte comment avec toi ? demanda Ron avec curiosité. Parce que c'est pas un cadeau, je te préviens, tu vas dérouiller. Il a donné une fois des asticots à bouffer à Harry quand il lui a demandé un repas. Sirius était fou de rage…

— J'ai déjà un Elfe, Weasley. Je l'ai donc refilé à ma mère et comme il est en extase devant elle et embrasse presque le sol sur lequel elle marche, je ne pense pas que nous aurons un seul souci avec lui.

— Harry s'en doutait, pour ça qu'il te l'a donné.

Drago Malefoy hocha sobrement la tête sans rien ajouter. Remus Lupin avait entendu la demande de Ron mais n'avait pas jugé bon d'y répondre. Winky pouvait bien aller où elle voulait, il s'en fichait totalement. Tant qu'elle rentrait pour faire le dîner… ce n'était pas important.

Le bruit de la porte du service qui s'ouvrait fit tourner la tête des occupants de la morgue. Deux sorciers, baguettes aux poings faisaient léviter deux cercueils afin de les faire entrer dans la pièce. Leurs tenues indiquaient qu'il s'agissait de deux collègues de Taylor Green, le représentant des Pompes Magico-Funèbres. L'homme avait fait diligence ! La commande à peine passée, les cercueils étaient déjà prêts. Nelson Scott, l'employé de la morgue, habitué au protocole en vigueur, conjura aussitôt deux cadres métalliques avec des grands pieds et les deux sorciers funèbres, après un signe de tête poli aux visiteurs, déposèrent les deux bières sur leurs supports.

— Messieurs, annonça Scott. Nous allons maintenant procéder à la mise en bière. Je vous propose de commencer par Monsieur Potter.

Ron hocha la tête et l'œil aux aguets scrutait le moindre geste des employés du lieu. Il fallait que tout soit parfait. Et il fallait aussi que Remus se tienne tranquille. Par Merlin ! Mais qu'est-ce qu'il lui passait donc par la tête en ce moment ? Il était agressif, il était radin, limite odieux ! Non, pas limite odieux, franchement odieux ! Non mais, il avait besoin de s'en prendre ainsi à Rogue ? D'accord, personne n'aimait ce type, sauf Malefoy, mais il avait une excuse, c'était son parrain. Il n'avait pas vraiment le choix. Enfin, quand même ! Le type était mort ! Qu'on lui fiche la paix ! Il avait eu la décence de refuser de tuer Harry. Il avait préféré se suicider. Bon, l'embêtant c'était qu'Harry avait eu l'idée bizarre de vouloir le suivre. Et à ça, on ne pouvait rien changer. Ron était persuadé que même s'il avait eu un retourneur de temps et qu'il l'avait utilisé pour sauver son meilleur ami, ledit meilleur ami se serait suicidé aussitôt à la première occasion. Le jeune Weasley était persuadé qu'ils n'étaient pas au bout de leurs peines avec Remus Lupin… Et vu la tête d'Arthur, il n'était pas le seul à le penser.

Ron s'approcha du cercueil de chêne foncé. Il était quand même super beau, il fallait être honnête. Un coup d'œil sur celui d'à côté lui appris qu'en noir, il était encore mieux. La chose allait faire rugir Remus…

Le cercueil qui allait contenir la dépouille du Garçon-Qui-Avait-Survécu était d'un beau bois massif, avec des sculptures, des moulures et un couvercle légèrement pyramidal avec un effet d'escalier très cossu. Les poignées d'argent massif était encadrées de colonnettes de bois tourné. Le vernis luisait et la lumière froide des orbes magiques se reflétait dessus. Mais, elle se reflétait encore plus sur celui de Rogue. Ça devait être à cause de la laque noire qui le recouvrait. D'un coup de baguette, Monsieur Green, visiblement le Maître de Cérémonie, ouvrit le cercueil dont le couvercle pivota lentement sur d'invisibles charnières. La garniture matelassée recouverte de soie blanche plissée se déroula automatiquement sous le sortilège et vint garnir les rebords de la bière. Le petit oreiller bien dodu se redressa seul, prêt à accueillir la tête du défunt. L'intérieur du couvercle était aussi capitonné. Le plissé formait un décor étoilé.

Ron ne put s'empêcher de s'avouer extrêmement satisfait. C'était un très beau cercueil et il se félicita de son choix. Être riche avait quand même des avantages… Le cercueil de Grand-père Prewett n'avait pas été aussi beau, loin de là, mais sa famille n'était pas riche et Tante Muriel une pingre de la pire espèce.

Les visiteurs s'alignèrent sans un mot contre le mur, laissant la place aux sorciers-funèbres. Le corps d'Harry lévita doucement de la table carrelée et flotta dans la pièce jusqu'à atteindre son cercueil. La chose avait été faite si discrètement que Ron ne sut pas quel sorcier-funèbre avait lancé le sort. Aussi lentement qu'il avait lévité, Harry descendit dans la bière capitonnée. Sa tête se posa sur l'oreiller de soie blanche et Taylor Green recouvrit la partie inférieure de son corps d'une couverture de soie plissée également matelassée et bordée d'un petit volant.

Près de Ron, Minerva sanglotait désespérément dans son mouchoir, le nez et les yeux rouges. Arthur tenait fermement Remus, livide, par le bras, tout en serrant les dents et en poussant des soupirs à fendre l'âme. Drago Malefoy avait rangé sa baguette et se tenait droit comme un i, les mains croisées dans le dos. Son visage n'exprimait aucun sentiment particulier, pas même une once de curiosité. Il était là, comme au spectacle, mais au moins, il se tenait dignement et ne faisait pas le dixième des élucubrations de Lupin.

Le couvercle du cercueil fut laissé ouvert et Monsieur Green s'approcha alors de Drago.

— Lord Malefoy, nous allons maintenant procéder à la mise en bière de votre parrain, pendant que les proches de Monsieur Potter se recueillent.

Ron, dans un souci de décence qui aurait fait plaisir à Hermione, murmura à son ennemi juré qu'il allait l'accompagner, vu qu'il était tout seul. Il ajouta que Rogue comptant beaucoup pour Harry, il pouvait bien faire ça pour lui.

Malefoy hocha la tête sans répondre et avala sa salive. Son parrain avait été toute sa vie une figure constante et une personne sur laquelle il avait toujours pu compter. Jamais il ne l'avait battu, menacé, ou lui avait jeté de mauvais sorts. Il ne pouvait pas en dire autant de Lucius qui avait un caractère de cochon et était dans l'intimité, parfois violent lorsqu'on le contrariait ou qu'on ne lui obéissait pas illico. Severus avait été son refuge et souvent aussi, son confident. Perdre ce parrain tant chéri était un coup bien plus dur pour lui que de voir son père expédié manu militari à la prison d'Azkaban.

Le couvercle du cercueil noir s'ouvrit lentement tout comme celui d'Harry quelques minutes auparavant. Ron et Drago tournèrent la tête pour voir le corps de Rogue léviter et aller se placer dans son dernier lit de repos. Ron, cette fois-ci, vit que le geste de baguette avait été effectué par le sorcier-funèbre blond qui avait accompagné les cercueils. Green, là aussi, étala la même couverture sur le corps de Severus. A présent les deux défunts reposaient l'un près de l'autre dans leurs cercueils respectifs.

— Nous allons vous laisser vous recueillir un moment devant les corps de vos défunts. Ensuite, nous reviendrons pour la fermeture des bières et lancer les sorts de protection. Le druide viendra avant la cérémonie demain pour finaliser ces protections.

Les sorciers présents hochèrent sobrement la tête et distraitement virent les employés de la morgue et des services funèbres sortir en silence de la pièce.

Ron soupira, une sourde angoisse lui étreignant le cœur. Dans quelques minutes, on allait refermer pour l'éternité le cercueil de son meilleur ami et il ne lui serait plus jamais possible de voir son visage. Sa pomme d'Adam fit l'ascenseur sur son cou et il avala avec peine sa salive tout en papillotant des yeux pour en chasser les larmes menaçant de s'en échapper.

Et puis, le moment tant redouté arriva. Taylor Green revint et lança un sort. Alors, les couvercles des deux cercueils s'abaissèrent lentement et en même temps. Juste avant, la garniture de satin blanc qui recouvrait les bords des bières s'était enroulée sur elle-même le plus discrètement du monde et avait disparu à l'intérieur. Au fur et à mesure que le couvercle se rabattait, Ron vit son ombre dissimuler petit à petit le visage de son meilleur ami. Lorsque deux claquements secs indiquèrent que les deux couvercles de bois venaient de s'emboiter pour l'éternité, il sentit un froid intense l'étreindre et retint à grand peine un sanglot. Remus ne fut pas aussi discret et il poussa des gémissements éperdus. Le jeune Gryffondor lança un regard vers Malefoy qui tête baissée pleurait discrètement, une main posée sur le couvercle noir dissimulant son parrain pour toujours.

Près de Ron, Arthur, pâle et la bouche pincée, fixait le cercueil d'Harry Potter sans un mot. Il ne tenta pas de consoler Remus dont l'attitude l'exaspérait énormément depuis leur arrivée. Plus discrète que le dernier Maraudeur, Minerva qui se tenait entre les deux cercueils, pleurait en silence, le nez dans un mouchoir écossais.

— Nous allons maintenant emporter les défunts, afin de lancer les sorts de protection sur les cercueils et puis les remettre au druide qui officiera. Il doit finaliser les sorts en vue de la cérémonie d'adieu de demain après-midi. Nous nous retrouverons au cimetière de Godric's Hollow à quinze heures comme convenu. Votre présence n'est plus requise d'ici là, vous pouvez vous retirer. Nous vous présentons nos plus sincères condoléances pour ces pertes très cruelles, annonça Taylor Green, en inclinant légèrement le buste.

— Venez, Monsieur Weasley, nous rentrons à Poudlard, décida Minerva McGonagall. Arthur, je compte sur vous pour ramener Miss Granger et Miss Weasley. Bien entendu, nous serons tous présents demain pour les obsèques. Monsieur Malefoy ? Vous rentrez aussi à l'école ou vous allez prévenir votre mère ?

— Je rentre au Manoir pour donner à ma mère les horaires et le lieu d'inhumation. Ensuite je retourne à Poudlard, oui… répondit le blondinet, les yeux rouges et gonflés.

Le Serpentard semblait très éprouvé et presque hagard, si Ron était honnête. Y avait que lui pour pleurer ce triste sire. Enfin presque… Harry l'aurait pleuré également, s'il n'avait pas choisi de le suivre.

Ron alla serrer la main des employés présents, fit un signe de tête à Arthur, un autre à Malefoy et à Kingsley, ignora superbement Remus et suivit sa Directrice sans un mot.