Elfe Bêta : Mokonalex
Elfe assistante : Mirabelle31
Note de l'auteur : Je rappelle que c'est une suite. Pour comprendre dans quoi vous avez mis les pieds, il vous faut lire Poison auparavant.
Pour le chapitre suivant, on verra la semaine prochaine, l'Elfe Bêta est débordée.
Bonne lecture
Dès que Minerva McGonagall, la nouvellement nommée Directrice de Poudlard, était rentrée à l'école après sa visite à la morgue de Sainte-Mangouste, elle avait annoncé au repas du soir dans la Grande Salle qu'Harry Potter et le Professeur Rogue allaient être inhumés le lendemain au cimetière moldu de Godric's Hollow dans le Kent. Elle annonça également qu'une délégation de professeurs assisterait aux obsèques et que les élèves souhaitant les accompagner seraient les bienvenus, à condition d'avoir pour l'occasion un comportement absolument irréprochable. Il n'y avait aucune obligation pour quiconque et ceux ne désirant pas se déplacer ne se verraient rien reprocher. La cérémonie druidique étant prévue à quinze heures, il suffirait d'être en tenue correcte – c'est-à-dire un uniforme propre, voire une tenue de deuil – pour être du voyage. Des Portoloins ministériels seraient disponibles pour un départ programmé à quatorze heures quarante-cinq.
Aussitôt l'annonce terminée, la Directrice se rassit et débuta son repas. Elle avait pourtant l'estomac noué en voyant la place vide entre Ron et Hermione à la table Rouge et Or et celle aussi déserte près d'elle. Filius Flitwick n'avait pas voulu s'asseoir sur la chaise occupée habituellement par le défunt Maître des Potions qui prenait toujours place à la gauche d'Albus Dumbledore. Il faudrait certainement du temps avant que cette place ne soit de nouveau occupée.
Les murmures des élèves s'amplifièrent, tous voulant donner leur avis, interrogeant leurs camarades. Qui allait aller à l'enterrement d'Harry ? Ou de Severus Rogue ? Pour les Serpentards de toutes les années, le choix était vite fait. Les Préfets Vert et Argent avaient été très clairs et Drago Malefoy aussi : gare à ceux qui oseraient ne pas rendre un dernier hommage à leur Directeur de Maison. Horace Slughorn qui avait remplacé Severus au pied levé s'attendait donc à ce que l'ensemble de sa Maison soit présent aux obsèques, même si Harry Potter n'avait aucun intérêt pour eux.
Pour les Poufsouffles, leur loyauté leur commandait de faire l'effort de se déplacer et de se tenir tranquilles. On enterrait un de leurs professeurs et un de leurs camarades, qu'ils les aiment ou pas n'avait pour beaucoup pas d'importance. C'était ce qu'il fallait faire, par simple décence. Evidemment Zacharias Smith n'était pas de cet avis et n'hésita pas à encore faire des commentaires graveleux sur la relation Harry/Rogue et les conditions de leur trépas. Il insista même sur le fait que le monde magique se trouvait bien mieux sans ces deux crétins inutiles. Selon lui, Slughorn était bien meilleur prof de potions que Rogue et Potter un soi-disant Sauveur n'ayant rien sauvé du tout, vu que c'était un banal loup-garou miteux qui avait vaincu le Mage Noir. Inutile donc de faire autant de chiqué pour ces deux loosers. Pourtant, en pérorant ainsi entre deux bouchées de sa tourte au bœuf et aux rognons favorite, il lança quelques regards prudents vers la grande table professorale où Pomona Chourave, les yeux rouges et gonflés, picorait à contre-cœur le contenu de son assiette tout en écoutant le Professeur Slughorn. Celui-ci était sorti de sa retraite à l'annonce de la mort de Lord Voldemort et avait répondu dès le dimanche soir à l'appel de McGonagall qui avait besoin en urgence d'un professeur de potions pouvant gérer les Serpentards, du moins le temps qu'elle puisse trouver un bon remplacement pour Severus Rogue. Le gros sorcier à la fameuse moustache de morse avait donné ses cours dès le lendemain matin. Sa nonchalance et sa bonhommie avaient visiblement été appréciées par Smith et certainement par beaucoup d'autres. Les Préfets des Poufsouffles avaient aussitôt muselé le trublion en le menaçant de tout répéter à Chourave. Smith étant en disgrâce depuis ses commentaires déplacés lors de la découverte des corps, il avait intérêt à se faire oublier s'il ne voulait pas être suspendu, voire pire : renvoyé. La menace avait été très claire. Une partie donc des élèves de la maison Fourretout allait se déplacer, surtout les élèves proches de l'âge d'Harry et qui l'avaient bien connu ou côtoyé.
A la table des Serdaigles, Luna Lovegood était une loque, surveillée de près par Padma Patil à la demande de la Préfète de cette maison. La petite blonde n'avait même pas rempli son assiette et Padma tentait de lui faire avaler un bol de soupe afin qu'elle n'aille pas se coucher le ventre creux. Les autres élèves de la tablée était relativement silencieux par rapport à d'habitude et curieusement, pas un seul livre n'était posé contre un pichet afin de lire pendant le repas.
Chez les Gryffondors, le décès de la figure emblématique de leur Maison ainsi que l'attrapeur-vedette de leur équipe de Quidditch avait été un coup très dur. Il n'y avait pas un seul œil de sec parmi les années supérieures et les plus jeunes ne connaissant que peu Harry et détestant Rogue se taisaient, troublés par l'évènement. Aucun d'entre eux ne désirait visiblement se déplacer le lendemain parmi les élèves de la première à la troisième année. Un nouveau professeur de potions et une nouvelle Directrice de Maison (Professeur Babbling) étaient des bouleversements suffisants pour eux. Il fallait être honnête, presque aucun des élèves de la première à la troisième année des Maisons Gryffondor, Serdaigle et Poufsouffle n'allait se déplacer pour les obsèques à moins d'y être obligé par un hibou de leurs parents. Les Serpentards, ayant perdu leur Directeur de Maison et pour certains leurs parents emprisonnés suite à la défaite de Voldemort, n'avaient pas le choix.
Parmi les professeurs, Bathseba Babbling, Septima Vector et Sybille Trelawney allaient rester à Poudlard pour veiller sur les élèves restants avec Madame Pince qui s'était portée volontaire. Les autres membres du staff, y compris Hagrid, Bibine et Rusard, allaient aux obsèques. De même, Poppy Pomfresh qui les avait si souvent soignés, tenait absolument à être présente aux adieux.
A l'heure prévue par Minerva McGonagall, une foule d'élèves silencieux avait emprunté les Portoloins fournis par le Ministère de la magie : notamment une vieille botte en caoutchouc, une théière ébréchée, un vieil ours en peluche élimé auquel il manquait un bras, et même un exemplaire de la Gazette du Sorcier de l'année dernière tout jaune et déchiré. Ces détritus de transport furent déposés sans scrupule derrière une tombe moldue afin d'être réutilisés pour le retour à Poudlard à la fin de la cérémonie. McGonagall, le chapeau de sorcière vissé sur le crâne, fit des signes de la main aux élèves afin qu'ils se rangent dans un semblant d'ordre au milieu des tombes et des stèles moldues éparpillées sur la pelouse du cimetière. Le ciel était bleu, le temps clément et on entendait les oiseaux pépier dans les grands pins entourant l'église du village. Un employé du Ministère était venu à l'heure du déjeuner pour installer un puissant sortilège de Repousse-Moldus sur le cimetière, car une telle foule, réunie pour des obsèques non annoncées en ville, aurait attiré les habitants du lieu. Il n'était pas utile que le pasteur local se retrouve avec une cérémonie druidique très païenne aux portes de son église.
Filius Flitwick avait exigé la plus grande discrétion et donc le silence. Il était permis de chuchoter mais pas de papoter. Il leur avait rappelé que dans un cimetière on ne criait pas, on ne courrait pas et on ne se faisait pas remarquer.
Dix minutes avant le début de la cérémonie, une délégation de potionnistes de la Guilde Britannique en grande tenue transplana dans le cimetière. Quelques Aurors circulaient, baguettes en main, tandis que des Tireurs d'élite de baguette contrôlaient les grilles à l'entrée. La population civile magique était attendue, bien que la Gazette ait signalé que le Ministère ne souhaitait voir à l'enterrement que la famille proche et les amis, ceci afin d'éviter tout débordement. C'était quand même un cimetière moldu de petite taille, en plein centre d'un village, et il fallait absolument être discret et respecter le Code International du Secret Magique. Autant éviter l'intervention des Oubliators.
A quinze heures moins cinq minutes, les sorciers-funèbres apparurent avec les cercueils, popés par des Elfes-de-Maison en torchons noirs. Deux trous avaient été magiquement creusés, l'un près de l'autre à gauche de la tombe de James et Lily Potter. L'espace avait été magiquement agrandi car Ron et Hermione se souvenaient parfaitement que la pierre tombale noire du nommé Booth décédé en 1835 se trouvait à vingt centimètres de celle des Potter. Ils n'avaient visité ce lieu qu'une seule fois avec Harry pendant les vacances de l'année précédente et avaient tous trouvé l'endroit particulièrement sinistre.
Il était vrai que rien ne respirait la gaieté dans ce lieu. Les chapelles, stèles, pierres tombales, sarcophages, cénotaphes et autres monuments cinéraires étaient tous disposés n'importe comment et dans tous les sens, dans l'anarchie la plus totale au milieu d'une herbe verte et drue d'ailleurs un peu trop longue. Hermione avait remarqué, lors de leur visite, qu'il n'y avait quasiment aucune fleur nulle part. Seules une ou deux tombes récentes et situées près du portail d'entrée étaient fleuries. Ron, lui, s'était étonné que la tombe des Potter, décédés en 1981, se trouve entre deux vieilles sépultures du XIXème siècle. Le village de Godric's Hollow abritait plusieurs familles sorcières, d'ailleurs c'était dans ce cimetière que les parents de Dumbledore étaient enterrés, tous comme les défunts de la famille Abbot et le célébrissime Ignotus Peverell qui selon Luna Lovegood était un ancêtre direct d'Harry.
Les deux cercueils reposaient sur des trépieds métalliques, chacun devant son trou et recouvert du drapeau prévu pour lui. Le cercueil d'Harry, avec celui du Ministère, était le plus proche de la tombe de ses parents. La bière de Severus, arborant le drapeau de Poudlard et l'écusson de Serpentard, était à gauche de celle de l'ancien Sauveur.
Le Ministre fit une entrée remarquée. Il transplana près des trous creusés par les Elfes fossoyeurs et failli tomber dans celui de Severus. Il ne dut sa grâce qu'à l'intervention rapide et aux réflexes imparables de Kingsley Shacklebolt.
— Zut ! J'ai bien cru qu'il allait se gameller dans le trou de Rogue, murmura Ron à l'adresse de Neville qui se trouvait près de lui au premier rang. Dommage, je suis sûr qu'Harry aurait adoré !
— Chut ! Ron ! C'est pas le moment de faire de l'esprit ! pesta Hermione, le nez dans son mouchoir rose à petites fleurs.
Neville donna alors un petit coup de coude à son condisciple aux cheveux roux et lui indiqua d'un signe de tête qu'une petite foule silencieuse en tenues de deuil faisait son entrée par les grilles près de l'église.
— Ah, voilà les parents… se dit Ron en remarquant Arthur et Molly en grand deuil, soutenus par Percy et Bill.
Arthur avait mis la robe noire et le chapeau pointu qu'il portait aux obsèques du grand-père Weasley et Molly disparaissait sous les lourds voiles de deuil bien opaques et démodés chez les Moldus depuis une bonne centaine d'années et une bonne trentaine chez les sorciers. Les deux Malefoy les suivaient de pas trop près, histoire de bien montrer que malgré tout, ils n'avaient rien à faire avec ces gens-là. Narcissa et Drago allèrent se positionner tout près du cercueil de Severus Rogue, et tout le monde remarqua qu'ils étaient bien les seuls. Ni Harry, ni Severus n'avait de famille. Si l'un avait été adulé de son vivant, le second avait été détesté et honni par quasiment toutes les personnes l'ayant un jour connu. En voyant les deux blonds seuls devant le cercueil noir, Ron eut envie de ricaner, mais après un coup d'œil craintif vers McGonagall et un autre vers Hermione, il choisit la prudence et pensa à autre chose.
Il plissa les yeux de suspicion en repérant la chevelure rousse flamboyante de sa sœur Ginny qui se trouvait au milieu d'un groupe de filles que Ron détestait particulièrement. Romilda Vane, Cho Chang et Marietta Edgecombe étaient ce qu'il nommait « affectueusement » des morues mal dessalées et se demanda ce que Ginny pouvait bien encore mijoter. Elle n'avait pas versé une larme alors qu'elle affirmait partout depuis l'âge de dix ans qu'elle épouserait un jour le Sauveur du Monde Magique. Il surprit même un rictus amusé sur son visage dur.
Le regard du Gryffondor balaya la foule. Le cimetière était maintenant noir de monde et un retardataire se fit encore remarquer. L'Auror Tonks, en tenue officielle de cérémonie comme tous ses collègues, transplana en tenant par le bras Remus Lupin, décoiffé, un mouchoir à la main et vêtu d'une robe de sorcier marron à carreaux, propre mais copieusement ravaudée et avec des empiècements aux coudes pour cacher usure et trous.
Il était beau le Sauveur du Monde Magique ! Le regard d'Hermione croisa ceux, aussi outrés que le sien, de Ron et ensuite de Neville.
— Comment ose-t-il se présenter dans cette tenue alors qu'il a hérité plein d'or d'Harry, entendit-on dans le rang derrière eux.
Ron n'avait pas besoin de se retourner pour savoir que c'était soit Fred, soit George qui avait parlé. Les jumeaux avaient raison. Remus portait une vieille tenue qui n'était d'ailleurs même pas un vêtement de deuil. Elle était tellement usée qu'elle ne méritait que le rebut. Même les Weasley, famille connue pour son extrême pauvreté, n'avaient pas osé se présenter aussi mal vêtus. D'accord, ses parents avaient des tenues de deuil anciennes et démodées, mais elles étaient propres et en parfait état, non usées ni décolorées. Lui-même n'en possédait pas, il était donc comme la quasi-totalité des élèves en uniforme scolaire, impeccablement repassé. Drago Malefoy, lui, portait une robe noire, aux boutons de jais et avec des bordures d'astrakan. Sa mère était comme toujours du dernier chic de chez Tissard et Brodette.
Le Ministre, avec un air suffisant, sortit sa montre de sa poche en se penchant pour murmurer quelque chose à son Auror garde du corps personnel. Ce fut à ce moment-là que les druides firent leur entrée.
Venant du portail du cimetière, une file indienne de dix druides en robes longues blanches et saies[1] rouges s'avança. Leurs longs cheveux blancs étaient ornés de couronnes en rameaux de pommier et ils avaient tous des grands bâtons noueux qu'ils frappaient sur le sol à intervalles réguliers. Une mélopée lancinante sortait de leurs bouches, dans un langage ancien que beaucoup ne comprenaient pas. Hermione se pencha vers Ron comme si elle devinait sa pensée.
— C'est du vieux saxon, révéla la jeune fille dans un murmure.
La cérémonie débuta alors et les témoins la suivirent avec attention, surtout les nés-moldus et les sangs-mêlés n'ayant jamais assisté à ce genre de rituel peu commun. Les druides firent sept fois le tour des cercueils et des trous, un peu gênés par la présence des tombes agglutinées les unes contre les autres. Ils chantèrent, firent des tas courbettes, brandirent des rameaux de pommier et pour terminer lancèrent quelques sorts très mystérieux sur les cercueils et même les trous. Puis, ils se placèrent côte à côte en une ligne blanche et rouge, juste derrière lesdits trous.
Luna Lovegood avait rejoint Hermione et Neville et tenait la main de la jeune sorcière. Ron, le visage figé, ne quittait pas des yeux le cercueil de son meilleur ami. Neville fit un signe de tête en direction de sa grand-mère Augusta dont le chapeau rocambolesque, brillant par son absence totale de discrétion, la faisait repérer dans la foule.
Filius Flitwick avait dû conjurer une chaise afin de faire asseoir Pomona Chourave, très affectée. Près d'elle, Aurora Sinistra pleurait à chaudes larmes, le nez dans un mouchoir. Les trois Gryffondors et la petite Serdaigle entendirent encore Zacharias Smith émettre des commentaires désobligeants.
— Nan, mais vous avez vu cette conne de Sinistra ? Il paraît qu'elle en pinçait salement pour ce fumier de Rogue ! Comment c'est même possible d'avoir aucun goût comme ça ? Franchement, en pincer pour ce Mangemort graisseux ! Ch'croyait qu'y avait que ce nabot de Potter pour avoir envie de se faire troncher par ce minable !
Furieuse, Hermione se retourna brutalement, baguette à la main et lança un puissant Maléfice Cuisant au désagréable personnage, tandis que Ron lui jetait un Bloclang dans le même temps.
Que fichait cet idiot ici ? Il détestait Harry et Rogue ! Jamais les Préfets de Chourave n'auraient dû le laisser venir aux obsèques. C'était encore une combine pour faire un ou plusieurs sales coups !
Quelques éclairs de magnésium aperçus du coin de l'œil les firent se retourner. Colin et Dennis Crivey, tous deux munis d'appareil-photos, prenaient cliché sur cliché depuis leur arrivée. On vit Minerva McGonagall grimacer et leur faire les gros yeux, mais elle ne leur demanda pas de cesser. Les journalistes avaient été refoulés par les Aurors et les Tireurs d'élite de baguette, par conséquent, les photos prises par les deux petits bozos seraient les seuls souvenirs de ce jour funeste.
Le sorcier-funèbre qui officiait à la bonne marche de la cérémonie se lança un Sonorus et demanda que les personnes ayant désiré faire l'éloge funèbre des défunts se manifestent.
— Eloge ? Ils les ont payés combien ? entendit-on encore Smith dire, mais d'une voix bien moins forte que précédemment.
Cette fois-ci, ce fut Neville qui se retourna. D'un sortilège informulé (le seul qu'il était capable de lancer ainsi), il rabattit le caquet du personnage qui se retrouva couvert de furoncles bien dégoûtants.
— Ton Bloclang n'a pas tenu, Ron…
— Merci pour eux, Nev'. Je suppose qu'un imbécile lui a jeté un Finite.
— Je suis certaine qu'Harry et le Professeur Rogue sont très contents que vous protégiez leur mémoire, fit la petite voix de Luna, étouffée par la cape d'Hermione.
Ron avait prévu de faire l'éloge funèbre de son meilleur ami. Il s'était arrangé par cheminette avec Taylor Green, le maître de cérémonie, mais il passerait en second, après Horace Slughorn qui avait souhaité faire celui de Severus. Le Professeur Slughorn interviendrait en premier, privilège de l'âge… Rogue étant plus âgé qu'Harry. Ron n'avait pas demandé la raison exacte, il s'en fichait totalement, c'était juste une supposition.
— Ils vont faire leurs éloges ? s'étonna Hermione dont c'était le premier enterrement magique. C'est qui pour Harry ? Professeur McGonagall ?
— Non, moi ! annonça le rouquin d'une voix légèrement étranglée.
Hermione écarquilla les yeux, stupéfaite. Personne ne lui avait rien dit ! Est-ce que Ron allait savoir quoi dire ? Si elle avait été prévenue, elle lui aurait écrit son discours ! Allait-il s'en sortir ?
Près du cercueil d'Harry, Remus s'agita. L'Auror Tonks, visiblement peu ravie, lui disait on ne savait quoi, mais vu sa tête, ce n'étaient pas des compliments.
— Tais-toi, Remus ! Ça suffit ! Rogue a le droit à son éloge aussi !
— Non ! Ce sale Mangemort assassin n'a aucun droit ! Je n'aurais jamais dû accepter qu'ils soient enterrés ensemble ! Je ne comprends pas comment Ron et Hermione ont voulu ça ! Et ce petit con de Malefoy avec sa salope de mère ! Famille de dégénérés !
— Tu parles de ma tante et de mon cousin, Remus ! Merci de dire que ma mère et moi sommes aussi des dégénérées ! Mais au moins, ils se tiennent correctement et sont vêtus pour la circonstance ! Dignement ! On ne peut pas en dire autant de tout le monde ! Tu me fais honte ! Pourquoi tu n'es pas allé t'acheter une robe noire correcte ?
— Ça coûte cher et c'est une dépense inutile !
Surprise, Tonks, bouche bée, allait protester mais un toussotement se fit entendre. Horace Slughorn se tenait sur une petite estrade avec un support pour y poser livre ou papiers, mais il n'avait rien en main. Il pointa sa baguette sur son cou et se lança un Sonorus.
— Vous me connaissez tous, ici… Je vous ai tous eu comme élèves à un moment ou un autre, certains dans ma Maison, d'ailleurs… Avant d'être le Professeur Rogue que vous connaissez tous, Severus a été un de mes élèves, et l'un des plus brillants que j'ai eu l'occasion de voir de toute ma vie. Et je ne dis pas ça parce qu'il était un de mes serpents, non. D'ailleurs, mes collègues sont d'accord avec moi. Je me souviens de le voir à sa répartition, émerveillé comme tous les autres, pressé de faire ses preuves, d'apprendre tout ce qu'il pouvait car c'était un élève studieux et assidu. J'ignorais alors qu'il avait hérité du génie de sa mère qui était l'une des plus brillantes potionnistes que j'ai rencontrée de toute ma vie. Je me souviens de le voir attendant son tour pour passer sous le choixpeau… Il donnait la main à une petite fille rousse née-moldue qui n'était pas très rassurée et qui était sa meilleure amie depuis des années. Lily Evans… qui deviendrait plus tard Lily Potter. La répartition les ayant malheureusement séparés, Severus a poursuivi son brillant cursus, tout en se débattant avec certains éléments de ma Maison dont je ne suis pas fier du tout et qui sont tous devenus Mangemorts. Ils ont entraîné beaucoup de pauvres enfants dans les griffes de Vous-Savez-Qui. Isolé, peu populaire car étant un sang-mêlé et pauvre de surcroit, Severus était une proie facile. Son amour de l'étude, du savoir et de la recherche lui a d'ailleurs coûté sa meilleure amie qui désapprouvait ses centres d'intérêt particuliers. A cette époque, une grande partie de mes Serpentards étudiait la Magie Noire en cachette et nous l'ignorions. Depuis, nous avons mis des détecteurs, donc n'espérez pas suivre ces traces-là ! Severus Rogue était si brillant et avait tant de connaissances qu'il aurait pu passer ses BUSEs à onze ans, mais il était très discret aussi et nous ne l'avons compris que trop tard. Il dût aussi subir les assauts et agressions répétées des Maraudeurs, une bande de Gryffondors agressifs et que le Professeur Dumbledore protégeait éhontément, même quand l'un d'eux tenta de tuer Severus Rogue pendant ses BUSEs…
A cet aveu, les murmures enflèrent parmi l'assistance. Dumbledore avait laissé des Gryffondors aller jusqu'au crime et s'en tirer ? Une honte ! Remus leva la tête et toisa Slughorn d'un air furieux. Il n'avait pas intérêt à dire du mal des Maraudeurs.
— Et ils n'ont même pas été renvoyés ! Juste une petite semaine de retenue avec Monsieur Rusard ! Vous comprenez maintenant pourquoi certains des enfants de cette époque avaient choisi de se réfugier dans les robes de Vous-Savez-Qui, afin d'être protégés de certains sorciers dits lumineux et plus cruels que des Mangemorts. Ils avaient même poussé la persécution jusqu'à séparer Severus Rogue et son amie Lily par leur harcèlement. Et pourtant, sa loyauté envers elle n'avait jamais faibli. Il avait tout tenté pour la sauver de Vous-Savez-Qui, et malheureusement échoué comme vous le savez tous. Et pourtant, je sais qu'il avait juré à Dumbledore qu'il protègerait Harry Potter et ceci jusqu'à son dernier souffle et qu'il donnerait sa vie pour lui si nécessaire. Il en fit même le serment magique ! Severus Rogue était la loyauté incarnée, il a préféré se tuer plutôt que de faire du mal à Harry Potter comme Dumbledore l'exigeait. Bien sûr, qu'il ait… une affection particulière pour lui explique aussi cela. Affection très secrète et partagée par Monsieur Potter comme nous le savons tous. Il était également un homme extrêmement courageux, ce qu'il a prouvé maintes fois au cours des années de guerre. En fait, il aurait pu aller dans n'importe quelle Maison de Poudlard sans démériter. Et moi, je suis fier de l'avoir eu dans ma Maison car il nous a fait honneur. Il a prouvé qu'on pouvait être un Serpentard et avoir pourtant toutes les qualités des autres Maisons. Je suis fier d'avoir été son professeur, de l'avoir vu créer des dizaines de potions miraculeuses que vous connaissez tous et que vous employez tous depuis des décennies sans savoir qu'il en était le créateur, car il était la discrétion même. Il était aussi connu pour avoir inventé de nombreux sorts comme le Bloclang que j'ai entendu tout à l'heure et l'Assurdiato que vous employez toutes et tous largement et d'autres encore. Eh bien, ce sont ses créations !
Tous virent Flitwick et McGonagall hocher la tête avec assurance pour confirmer les dires du vieil homme à moustache. Même Drago hocha la tête sans pour autant la lever pour regarder autre chose que le cercueil noir de son parrain. Il n'avait pas souhaité faire son éloge. Il s'en estimait bien incapable, persuadé qu'il ne tiendrait pas et s'effondrerait comme un château de cartes au bout de trois mots. Alors quand le Professeur Slughorn lui avait demandé la permission de le faire lui-même, Malefoy n'avait pas hésité une seconde et avait accepté.
— Il était aussi un parrain bienveillant et protecteur pour son filleul Drago Malefoy qui lui vouait une affection sans bornes. Malgré ses abords froids et sinistres mêmes, Severus Rogue était capable d'amour, d'affection, et surtout de le montrer dans l'intimité, comme me l'a confié le jeune Monsieur Malefoy. Les Moldus disent qu'il faut vivre avec les gens pour les connaître, et aucun de vous, ni même moi, n'a véritablement connu toutes les facettes du Professeur Rogue. Monsieur Potter, peut-être… et encore… Je regrette que sa vie ait été aussi courte, poursuivit Slughorn, il avait tout l'avenir devant lui. Il avait trouvé l'amour, un compagnon, peu importe son sexe ou son identité. Qui sommes-nous pour juger des préférences personnelles de chacun ? Severus Rogue et Harry Potter auraient pu être heureux ensemble. Ils auraient dû l'être ! Aucun d'eux ne méritait cette triste fin. Ils nous manqueront, mais moi… je peux dire que Severus Rogue me manquera et à beaucoup d'autres aussi…
Les membres de la Guilde des Potionnistes hochèrent tous la tête avec assurance. Ils avaient perdu un de leur membres les plus brillants et prometteurs. Aucun des élèves présents ou des professeurs, hormis certainement Horace Slughorn, n'avait la plus petite idée de la perte que le trépas de Rogue était pour la profession. La présence discrète au fond du cimetière du Professeur Helbert Spleen, Directeur de Sainte-Mangouste était une indication. Lui aussi savait ce qu'ils avaient perdus.
— Adieu, Maître des Potions Rogue. Veillez bien sur Monsieur Potter, là où vous êtes, et soyez heureux ensemble pour l'éternité.
Malgré sa bedaine de sénateur moldu, le Professeur Slughorn descendit de l'estrade et s'inclina profondément devant les deux cercueils. Puis il annula le Sonorus par un Sourdinam et reprit sa place auprès de Minerva McGonagall qui se tamponnait les yeux de son mouchoir écossais.
A présent, c'était au tour de Ron. Les élèves et les adultes réunis regardaient tous Remus Lupin, attendant qu'il se dirige vers le petit podium. Mais celui-ci fulminait, ne digérant pas que Servilus, son ennemi juré, ait eu un éloge funèbre le faisant presque passer pour un saint. Ce sale type vicieux était un Mangemort de la pire espèce ! Il avait tué, torturé et violé aussi certainement, de malheureuses victimes innocentes. Et on mettait tout sur le dos des Maraudeurs ?
— J'espère qu'il pourrit en Enfer ! grommela-t-il dans sa moustache. Et que James et Siri vont lui faire payer son crime.
Rien de ce que Tonks, Ron, Hermione, Arthur ou Kingsley voire Fol Œil lui avaient dit à propos du suicide des deux amants n'avait été accepté comme la vérité. Non, rien… Et pour le loup-garou, Harry ne pouvait pas être amoureux de Servilus, et donc ne pouvait pas être son amant de plein gré.
Remus ne bougea pas de sa place. Personne ne lui avait demandé de faire l'éloge funèbre d'Harry Potter parce que tous savaient qu'il aurait raconté n'importe quoi, emporté par sa haine de Severus Rogue. Ce fut donc à l'étonnement de tous que Ron, d'un pas lent, le cœur serré, se dirigea vers l'espèce de petit oratoire étrange installé au milieu d'une allée étroite. Le Gryffondor n'avait rien préparé. Il avait bien tenté de le faire, mais face à une feuille vierge de parchemin, une plume et un encrier devant lui, il avait été complètement bloqué. Pourtant, il savait que s'il laissait parler son cœur, les mots viendraient tout-seuls. D'où il était perché à présent, il pouvait voir la foule éparpillée au milieu des croix, stèles et colonnes de pierre. Il vit le rictus moqueur sur le visage déplaisant de Zacharias Smith -mais il faisait quoi ici, hein ? – et la mine dégoûtée aux yeux durs de Ginny -attends un peu que je l'dise à M'man et aux jumeaux et tu vas voir – et détourna son regard pour regarder Hermione lui faisant un signe de tête encourageant.
— Harry Potter était mon meilleur ami, débuta Ron après s'être lancé discrètement un Sonorus. On s'était rencontrés dans le train à notre premier voyage pour aller à Poudlard en 1ère année. Je me souviens de le voir, tout seul sur le quai de la gare, côté moldu, ne sachant pas où aller, car personne ne lui avait expliqué comment trouver le quai 9 ¾. Si on n'était pas passés par là à ce moment-là, je ne sais vraiment pas comment il aurait pris le train. Et ça, je le dis aux responsables présents, ce n'est pas normal. Aucun né ou élevé-moldu ne devrait être abandonné comme ça à son sort ! Harry ne savait pas qu'il était un sorcier un mois avant ! Et personne ne lui avait rien expliqué ! C'est pas normal du tout ! Il y a des choses à améliorer là !
Ron vit Cornélius Fudge froncer les sourcils et se pencher pour glisser quelques mots à son assistant.
— Vous avez tous remarqué que la famille moldue d'Harry n'est pas présente. Rien d'étonnant, ils le détestaient et détestaient la magie. Ils ont refusé de réclamer son corps et de payer les obsèques, déclarant que la fosse commune était bien suffisante pour lui. Un des sauveurs du Monde Magique, traité comme ça ! Il y a vraiment des choses à changer. Harry a été réparti à Gryffondor avec moi, et Hermione… et Neville entre autres… On était une bonne équipe. On a fait les quatre cents coups ensemble. On a combattu un troll, un filet du diable, un échiquier géant, trouvé la chambre des secrets et son basilic… On est arrivé à Poudlard en voiture volante, tous les deux, une fois. Pétard ! C'était un sacré voyage ! Vous connaissez tous nos autres aventures, je sais. Pas la peine d'y revenir. On a joué au Quidditch ensemble et fichu des pâtées aux Serpentards sur le stade… Le meilleur attrapeur qu'on ait vu depuis longtemps à Poudlard. Je suis sûre qu'Harry aurait pu devenir un pro ! Mais bon… il voulait être Auror. On devait aller à l'Académie des Aurors ensemble. Mec… ça sera pas pareil sans toi ! Comment on va faire, pour vivre toutes ces années à venir sans toi dans les parages ? Pour toi, on aurait fait un effort, j'aurais même accepté Rogue dans ton sillage pour les repas de famille. Et là, vieux… j'ai du mérite. Y avait que toi, hein ! Pour tomber amoureux de la chauve-souris des cachots… J'aurais jamais pensé que ça ait pu être réciproque. Tu m'as bluffé, Ry, sur ce coup-là. Tu vas nous manquer, mec… et ton Elfe infernal qui te suivait partout également. C'est dégueulasse ce que Dumbledore vous a fait. Il aurait dû vous foutre la paix, vous auriez été heureux ensemble. Tout le monde a le droit au bonheur. J'espère que tu es heureux là où tu es, avec celui que tu as choisi et ton fidèle Dobby. Je te dis à plus, Ry, on se reverra un jour lointain… Je suis fier d'avoir été ton ami, et Mione aussi. Adieu, mon pote.
Et sans attendre, Ron lança le contresort au Sonorus et quitta aussitôt son piédestal pour retourner à sa place parmi ses condisciples. Son éloge improvisé avait surtout été un dernier message d'adieu pour son ami et un rappel au staff de Poudlard et au Ministère qu'il y avait des choses à grandement améliorer dans la gestion des élèves nés ou élevés moldus. Si au moins ça pouvait servir à quelques futurs élèves, ça serait ça de gagné.
Hermione et Luna, effondrées toutes les deux, s'accrochèrent à sa robe en sanglotant désespérément. Ron poussa un soupir à fendre l'âme et laissa couler sur ses joues deux rigoles de larmes jusqu'alors péniblement retenues.
La petite estrade de bois fut retirée et les druides revinrent sur le devant de la scène, se faufilant entre les stèles.
Ils entamèrent un chant funèbre lancinant, absolument sinistre, de l'avis de Ron et d'Hermione. Pendant ce temps, les sorciers-funèbres s'activaient. Les drapeaux furent retirés et repliés puis mis de côté en attendant d'être rendus à McGonagall et à Fudge. Les cercueils lévitèrent de concert, quittant leurs supports métalliques pour se positionner au-dessus de leurs trous respectifs.
Le cercueil noir de Severus Rogue reflétait comme un miroir les lueurs du soleil et celui d'Harry avait pris des couleurs chaudes. Le sorcier-funèbre officiant abaissa doucement sa baguette et les deux bières descendirent dans les trous puis disparurent à la vue des spectateurs. La terre, déposée en tas un peu plus loin lévita, elle aussi, et alla reboucher les trous magiquement creusés. Une herbe verte et drue repoussa en un clin d'œil. Personne n'aurait pu imaginer que des cercueils venaient juste d'être ensevelis à cet endroit. Les couronnes identiques de fleurs de lys oranges prirent leur place au-dessus et les deux pierres tombales choisies se matérialisèrent aux bons endroits. La noire de Severus Rogue était à gauche et la blanche d'Harry Potter à droite, près de celle de ses parents.
Alors que les spectateurs commençaient à se déplacer pour rejoindre les Portoloins, on entendit un grondement sourd dans le cimetière et la terre trembla légèrement. Il y eu quelques petits cris de stupeur et d'angoisse et tout le monde s'immobilisa, les yeux rivés sur les sépultures fraîches.
Sous leurs regards ébahis, les deux pierres tombales se rapprochèrent seules et fusionnèrent, gardant leurs deux côtés noir et blanc. Les deux couleurs s'étaient mélangées au centre pour devenir un gris anthracite, puis un gris pâle.
Une phrase gravée en doré comme les épitaphes apparut alors dans le bas de la pierre unique devenue bicolore : «Ensemble pour l'éternité».
Des cris de stupeur et d'étonnement se firent entendre. Les druides et les sorciers-funèbres s'agitèrent. Qui était responsable ? Quelques sorts lancés par des Aurors et un sorcier-funèbre donnèrent des résultats négatifs. Aucune baguette n'était responsable de ça…
Ron entendit alors Drago Malefoy bredouiller à sa mère cette constatation.
— Par Merlin, ils ne voulaient vraiment pas être séparés.
Remus, lui, pestait et vociférait, arguant qu'il fallait séparer les deux pierres tout de suite, mais un des druides secoua la tête en le regardant.
— On ne peut pas séparer ce que la magie pure a réuni. Aucun sorcier n'est responsable. Nous devons respecter ce cadeau unique de la magie. C'est un miracle.
— Un miracle ? Je t'en ficherais du miracle, moi !
Et alors qu'il brandissait sa baguette, les yeux exorbités de fureur, l'Auror Tonks, plus qu'excédée le stupéfixa et appela Winky afin qu'elle ramène son maître au Square Grimmaurd. Remus s'était bien assez fait remarquer et pas pour le mieux. Il était temps de mettre fin à sa comédie.
Alors que Neville, Hermione et Luna regardaient bouches bées la nouvelle stèle et son inscription imprévue, Ron eut ce dernier mot.
— Harry, mec… Par Merlin, y avait que toi, hein, pour faire un coup d'éclat pareil ! Tu voulais vraiment être enterré avec lui.
1 Cape arrivant aux genoux, portée par les Celtes et les Gaulois.
