Ah ça y est, je n'ai officiellement plus de chapitre d'avance corrigés à publier, et il me reste encore 100 pages à corriger (oui, les derniers chapitres sont LONGS), alors si j'y parviens pas ce soir à avancer, je sais pas à quelle heure je publierai demain, désolée !
Bonne lecture !
Mardi 20 Décembre
John se réveilla sans difficulté, presque le sourire aux lèvres. Alors que tous ses camarades, hier, avaient pesté après les examens, l'angoisse et le stress occasionnés (alors que c'était juste un entraînement), lui l'avait très bien vécu. Il avait toujours eu confiance en ses capacités au cours de ses années d'études, et il avait toujours aimé l'école, mais avant des tests, il avait toujours eu une petite appréhension.
Mais pas cette année. Parce que cette année, il avait Sherlock Holmes. Ils avaient tellement révisé ensemble (John révisait, Sherlock corrigeait et soupirait, mais ça fonctionnait plutôt bien quand même) que John avait l'impression d'absolument tout savoir. C'était sans doute faux, parce qu'il n'avait pas le cerveau de Sherlock, et sa capacité de mémorisation hors du commun, mais il en savait suffisamment pour réussir haut la main ses examens.
Il s'était surpris, la veille, à répondre à toutes les questions sans difficulté, totalement confiant, rassuré, et presque extatique à la fin de la journée. Il avait cependant préféré le cacher. Mike était content de lui aussi, et plutôt souriant, mais Peter ne partageait pas leur passion pour les études, et il était maussade et grognon. Joshua, qui d'habitude le rejoignait, avait manifestement beaucoup révisé et s'en était bien tiré, mais aucun n'avait osé le dire frontalement à Peter, de peur de le déprimer.
John espérait que cette deuxième journée se passerait mieux pour son ami. En ce qui le concernait, il n'était pas du tout inquiet. Aujourd'hui, il avait l'examen d'anglais, matière où il avait toujours été bon, et chimie, l'après-midi. Il serait à côté de Sherlock, et ça rendrait la chose encore plus parfaite encore.
— Imbécile, se marmonna-t-il à lui-même quand la pensée traversa son esprit.
Il essayait d'admettre qu'il était amoureux, que ça arrivait à des tas de gens et que ça n'avait rien de grave. Ça aurait pu être simple, mais John se faisait l'effet d'un idiot les trois quarts du temps, à sourire comme un abruti dès qu'il pensait à Sherlock ou mieux, le voyait, même de loin dans les couloirs ; et il doutait que ça arrive à des tas de gens de tomber amoureux de Sherlock Holmes. Ce qui, de facto, en faisait quelque chose de grave.
Comme les enfants aiment s'amuser à parier contre eux-mêmes du genre « si je ne marche sur aucun trait sur le chemin de l'école, alors j'aurais une bonne note à mon prochain contrôle » ou « si j'arrive à sauter par-dessus toute la flaque, alors les autres me laisseront jouer au foot avec eux à la récré », John avait pris un pari stupide dans sa tête : s'il réussissait tous ses examens et était fier de lui vendredi midi, il parlerait à Sherlock au bal. C'était depuis toujours ce qui était prévu, mais John avait prévu le grand déballage. Pas simplement l'aveu du petit crush léger qu'il se traînait depuis leurs huit ans, mais la totale : qu'il était Inconnu, qu'il était désolé pour l'horreur de l'enfance de Sherlock, qu'il était prêt à être son ami pour toujours même si sa sœur semblait se passionner dans l'assassinat des amis de Sherlock, et qu'il était tombé entièrement, totalement et irrémédiablement amoureux de lui.
Il n'en attendrait aucune réponse positive, mais il arrivait presque à se convaincre que ça lui ferait du bien. Greg l'encourageait en ce sens.
Et se mettre le défi de réussir tous ses examens, c'était sa garantie à lui-même qu'il ne se défilerait pas. C'était peut-être pathétique, mais il faisait ce qu'il pouvait. Et ça lui permettait de gérer les choses. Et de continuer à être joyeux, prêt à affronter sa semaine, et presque impatient que Noël arrive.
Même si Sherlock le repoussait, John resterait son ami. Il y avait bien réfléchi, il n'y avait aucune chance pour que ça foire. Sherlock était rationnel, il le disait tout le temps. Les sentiments, il ne maîtrisait pas. Or d'un point de vue rationnel, il n'y avait aucune raison qu'ils arrêtent de se voir parce que John confessait ses sentiments.
Ils étaient amis, John éprouvait déjà lesdits sentiments, et ça n'empêchait rien. Que Sherlock soit au courant ne changeait rien du tout. Les situations délicates et gênantes après ce genre d'aveu, c'était pour les gens capables de comprendre les émotions, et de les ressentir.
Sherlock n'était pas sociopathe, il ressentait les choses comme tout un chacun, mais sa manière de vivre et comprendre les émotions était déconnecté des situations classiques. Alors ils resteraient amis. John en souffrirait, mais sans doute pas davantage que maintenant. Il saurait aussi gérer l'aveu de la culpabilité de sa double identité.
Et ainsi, il pourrait sans doute espérer passer Noël ensemble, au moins une partie de la journée ou juste avant le réveillon. Et une partie des vacances. John était tout à fait disposé à passer plus de temps à Musgrave que dans sa petite maison en solitaire. Et ça rendrait la tristesse d'un Noël seul nettement plus supportable.
John avait un plan, et rien ne pourrait l'en détourner. Ainsi, motivé, il se leva et entama sa journée.
Mike avait réussi avec brio son examen du matin, John aussi, et Peter était de meilleure humeur, ce matin-là, ce qui avait apaisé leur repas tous ensemble. Tarek et Joshua étaient satisfaist aussi, et ils avaient passé plus de temps à parler du bal que se dévouer à des révisions de dernière minute, qui n'auraient jamais été utiles.
John avait été très content. Il adorait ces moments passés avec ses amis d'école. Au hasard des déménagements et des emménagements de leur famille respective, ils s'étaient tous connus depuis plus ou moins longtemps, John étant le seul à avoir vécu à Forest Hill depuis sa naissance. Ils s'étaient vu grandir mutuellement, muer, parler à demi-mot des changements de leur corps, et évoquer sans trop oser le dire les rapports sexuels, la masturbation, et la taille de leurs engins respectifs (encore que ça n'avait pas été une discussion très longtemps : pour certains d'entre eux, ils étaient devenus rapidement des coéquipiers de l'équipe de rugby, et les douches communes avaient éteint leur pudeur et leurs discussions avec facilité).
Ils avaient suivi les amours et les ruptures des uns et des autres, des déboires aux chagrins, des premiers baisers aux relations stables, en passant par LA première fois qu'ils avaient évoqué entre eux, toujours en se vantant, jamais en osant avouer qu'au final, c'était plutôt décevant.
Ils avaient beau traîner majoritairement entre mecs, ils étaient capables de relations amicales avec les filles sans se placer dans un rapport de sexualité et de séduction, surtout grâce à Tarek et Favian, quand ils avaient affiché leur homosexualité. Alors à force d'entendre des discours féministes, ils avaient appris à faire des efforts et se considéraient désormais comme des hommes modernes et déconstruits, ce qui faisaient légèrement pouffer de rire leurs amies.
Ils avaient envisagé leur avenir, s'étaient soutenus mutuellement dans leurs projets à venir, s'étaient encouragés, réconfortés.
Ils avaient évoqué certaines choses difficiles, avaient demandé conseil, avaient eu honte, avaient été rassurés.
John aimait sincèrement ses amis, et même s'ils leur restaient plusieurs mois avant la fin de l'année, il aimait ce temps passé avec eux à parler de tout et de rien à midi, parce qu'il avait conscience que ça ne durerait pas. S'il avait pu faire ses études à Londres, il aurait pu garder le contact facilement avec Mike, qui projetait aussi d'y faire médecine, et avec Tarek qui voulait y faire du droit. Favian avait des projets flous qui n'incluaient pas la fac, mais il aurait suivi Tarek, de cela ils étaient tous certain.
Mais John allait partir pour l'armée, et il regretterait sans doute cette ambiance. Un coin de cantine, une table bruyante et joyeuse de ses meilleurs amis, de son petit groupe de potes avec qui il avait traversé l'existence jusque-là. Et à dix-sept ans, l'existence paraît à la fois si longue et si courte. John ne doutait pas qu'il se ferait des amis à l'armée. Il était doué pour ça, il l'avait toujours été. Même Sherlock, en quelques semaines, avait fini par craquer et devenir son ami. John était rodé pour s'intégrer partout. Il l'avait toujours été, il ne savait pas exactement à quoi ça tenait.
Mais perdre le lien avec ses amis actuel le rendait nostalgique, alors même qu'il leur restait du temps. Mais la semaine d'examens (blancs) et le bal à la fin de la semaine, dont ils discouraient avec passion, allant de suppositions farfelues (Peter prédisait l'arrivée de la direction en hélicoptère, et portant une robe de mariée) en questions existentielles et sérieuses (« Hé, on sait à quelle heure ça finit ? Ils nous mettent dehors à un moment ? ») donnant un avant-goût de fin.
— Hé, John ! Tu nous écoutes ou quoi ?
— Pardon les gars, vous disiez quoi ?
Les ricanements en retour auraient dû l'alerter, mais John continua de sourire, parfaitement inconscient du traquenard à venir.
— T'étais dans la lune, dis donc ! J'ai peut-être un truc qui te ramènera sur Terre ! Pas vrai, Mary ?
Peter avait parlé suffisamment fort pour que la jeune femme, à la table à côté, qui finissait de déjeuner avec son groupe d'amis également, se retourne vers eux, sourire aux lèvres.
Ce fut à ce moment-là que John réalisa que c'était prévu. Ses potes s'étaient installés à dessein proche de Mary et son groupe, et ne cherchaient qu'une excuse pour provoquer la discussion avec la jolie blonde, toujours et encore convaincus que John aurait dû aller au bal avec elle.
Il grimaça un sourire en réponse à celui de Mary, tandis qu'elle s'approchait et qu'ils entamèrent les échanges de banalités obligatoires dans ce genre de cas : entre la météo, il était prévu de la neige bientôt ; le lycée, comment se sont passé tes examens jusque-là ? ; et le bal, tu penses y aller en solo ? ils avaient de quoi faire.
Bien sûr, ses copains ne le laissèrent pas passer d'un sujet banal à un autre, et dès qu'il fut mention du bal, ils sautèrent sur l'occasion, pour demander à Mary (et ses amis) comment et avec qui ils prévoyaient d'y aller.
Mary répondait volontiers, tout comme ses camarades, même s'il était clair pour tout le monde que c'était bien à elle qu'étaient destinées toutes les questions, et à John qu'étaient tendues toutes les perches.
Sauf qu'il ne pouvait pas y répondre, et se mit en retrait, soudainement maussade et grinçant, n'ayant aucune envie d'être là. La sonnerie indiquant qu'ils devaient rejoindre leur salle pour poursuivre les examens blancs le sauva, et il sauta sur ses pieds, se pressant pour quitter la salle.
— Hé, John, attends !
John était bien élevé et poli, et à contrecœur, il ralentit et attendit Mary, qui lui avait emboîté le pas à toute allure. À quelques mètres derrière, Mike et Peter levaient les pouces en direction de John, dans une attitude parfaitement claire. John se retint de rouler les yeux dans ses orbites d'exaspération, Mary ne méritant pas ça. Et de toute manière, seul Sherlock parvenait parfaitement à faire ça avec l'air exact de mépris et de suffisance nécessaire.
— Je suis désolée pour ça, John. Mais ça ne nous empêche pas de faire le chemin jusqu'à notre salle ensemble, non ?
— Désolée pour quoi ? demanda d'un ton faussement ingénu John.
— Le piège dans lequel tes potes t'ont plongé avec moi. Je ne t'intéresse pas pour aller au bal, n'est-ce pas ?
— Ce n'est pas...
John s'interrompit, embarrassé. Ils marchaient dans les couloirs, et autour d'eux se pressaient des dizaines de lycéens pressés de rejoindre leur salle respective, tout comme eux. Personne ne les écoutait, et surtout pas Sherlock Holmes et pourtant John en cet instant précis, ne pouvait pas s'empêcher de penser à lui. C'était parfaitement absurde. Il ne devait rien à Sherlock, et il ne lui devrait jamais rien, puisqu'il ne pourrait jamais rien y avoir entre eux. Il pouvait discuter avec Mary, reconnaître qu'elle était jolie, intelligente, désirable, et que quelques mois plus tôt, John aurait été capable de la draguer. Il pouvait, mais il en était incapable.
Tout comme il était incapable de lui proposer d'aller au bal avec lui. Ça n'aurait pourtant rien changé au fait que John entendait confesser ses sentiments et désirs à Sherlock pour mieux se faire jeter, mais Mary ne méritait pas ça. Personne ne méritait ça. John ne pouvait pas envisager d'aller au bal avec quelqu'un tout en ayant des sentiments pour quelqu'un d'autre, qu'il ne voulait pas oublier de sitôt. Personne ne méritait d'être une relation pansement, ou du moins de l'être sans en avoir conscience.
Et John ne voulait pas d'une relation pansement, au demeurant, parce qu'une part assez effrayante de lui, qu'il avait du mal à accepter pour l'instant, voulait rester amoureux de Sherlock. Sans aucun espoir, sans aucune attente, sans expectative. Juste un fait, ses sentiments demeureraient. Quels que soient les personnages qu'ils rencontreraient, les relations qu'ils noueraient, les sentiments qui l'animeraient, John voulait rester amoureux de Sherlock. Pour aussi longtemps que possible, peut-être même toujours.
Il voulait bien, à terme, vivre sa vie, aimer, espérer, blesser et être blessé, profiter et jouir de l'existence, mais il ne voulait pas se remettre de Sherlock. Il ne voulait ni l'oublier, ni guérir des sentiments qu'il avait pour lui. C'était sans doute absurde, à son âge, de réfléchir ainsi, de se convaincre de cette éternité des sentiments alors qu'il avait à peine dix-huit ans, mais il se sentait empreint de cette certitude.
Sans doute qu'un jour, il pourrait inviter une fille au bal, au resto, au cinéma, ou Dieu savait où, sans que ses sentiments pour Sherlock le fassent souffrir, mais sans disparaître pour autant, mais actuellement, ce n'était pas le cas.
John refusait d'être malhonnête. Ce n'était pas lui. Même s'il avait menti à Sherlock sur son identité par téléphone. Même s'il ne lui avouait pas la vérité sur sa famille.
— Ce n'est pas ça, reprit-il après un bref instant de silence. T'es très jolie, et pour ce que j'en sais, t'es une fille géniale, mais je trouverai pas correct d'aller au bal avec toi en pensant à quelqu'un d'autre.
— Tes potes avaient pas l'air de savoir de savoir qu'il y avait quelqu'un d'autre.
— Ils ne savent pas tout...
— Pourquoi tu ne vas pas au bal avec lui, alors ?
John tressaillit. Mary marchait en regardant devant elle, et elle ne pouvait pas voir le visage et les réactions de John, mais son sourire en disait long. En quelques phrases, elle avait cru comprendre que si John n'avait pas parlé à ses amis de la raison pour laquelle il ne voulait pas inviter Mary, c'était parce que ladite raison n'était pas de sexe féminin.
— Ce n'est pas si simple.
— Considérant comme Favian et Tarek vomissent de niaiseries et de mièvrerie dans tout le lycée et qu'on continue de les trouver adorables, je doute que ça pose le moindre problème à tes amis, tu sais.
John ferma les yeux, juste une seconde, parce qu'il ne pouvait pas marcher dans le noir plus longtemps, et qu'ils arrivaient bientôt à leur salles — celle de français de Mary étant à côté de la salle de chimie de John.
Il ne pouvait décemment pas lui expliquer que l'homosexualité n'était clairement pas le problème de cette histoire. Sherlock aurait pu être une femme que ça aurait été la même galère. Parce que Sherlock, c'était Sherlock.
— Ce n'est pas si simple, répéta-t-il.
Elle le regarda sans paraître le moins du monde convaincue, mais elle n'ajouta rien. Ils avaient atteint leur salles, et leur professeur respectif les enjoignait à entrer le plus rapidement possible. Ils eurent à peine l'habitude de se souhaiter bonne chance (John pouvait entendre la voix arrogante de Sherlock dans sa tête arguer que la chance n'avait rien à voir avec la réussite, surtout académique) qu'ils franchirent les seuils, et John aperçut immédiatement Sherlock, assis à leur table habituelle, les yeux dans le vague. Dès que ses pupilles croisèrent celles de John, il sembla remonter à la surface et ses yeux brillèrent. John en oublia absolument tout le reste, Mary, le bal, ses potes, les examens. Tout ce qu'il voulait, il l'avait sous les yeux.
Sherlock avait fini depuis une bonne demi-heure. John pouvait le dire, parce qu'il sentait le regard de son camarade posé sur lui depuis tout ce temps. Ce n'était pas franchement surprenant que Sherlock achève un questionnaire d'examen en trois fois moins de temps que prévu. Même John le trouvait relativement facile, mais il prenait son temps pour relire chaque question lentement et être sûr de ne pas faire de contre-sens, et poser ses calculs convenablement quand cela était nécessaire. Dans les autres matières, il espérait un A+ mais pas une copie irréprochable. Autant en chimie, il aspirait au 100 sur 100, la perfection absolue, la bonne réponse à chaque question. C'était la matière qu'il avait le plus travaillée avec Sherlock, même s'il était loin d'égaler le niveau du jeune génie. Bizarrement, il voulait le rendre fier.
Sherlock avait donc fini de remplir son polycopié depuis un moment, et il aurait sans doute pu partir, mais il restait là, et il regardait John. John, en retour, faisait de son mieux pour ne surtout pas le regarder. Il avait senti son visage chauffer et devenir écarlate, et c'était déjà assez gênant comme ça. S'il croisait les yeux de Sherlock, il ne répondrait plus de rien.
Au début de l'épreuve, John avait perdu un peu de temps, parce qu'il avait bée d'admiration quand Sherlock avait attrapé son crayon et s'était mis à griffonner les réponses à une allure qui défiait la physique. Depuis qu'il avait fini le questionnaire, Sherlock n'avait pas lâché le crayon, et il le faisait tourner dans ses grandes mains pâles, parfois tapotant le bord de la table dans un geste machinal, tout en conservant l'intégralité de son attention sur John.
C'était à la fois incroyablement flatteur, profondément gênant, vaguement érotique, et John ne savait pas très bien comment y réagir.
De toute évidence, leur professeur, qui surveillait qu'ils ne trichent pas, ne savait pas non plus. Un élève qui ne faisait rien, et en fixait un autre n'avait en théorie rien à faire dans une salle d'examen, mais il était si évident pour tout le monde que Sherlock Holmes n'était pas en train de copier sur John Watson en cours de chimie qu'après une vague tentative pour formuler une phrase incohérente, il avait arrêté et laissé Sherlock où il était, faire ce qu'il voulait. Et Sherlock restait là, à regarder John qui rougissait de l'attention et tentait de rester concentré sur son formulaire.
— Tu veux venir à la maison ? demanda Sherlock immédiatement après que la sonnerie eut retenti.
John avait rendu son questionnaire avec beaucoup de fierté. Il espérait vraiment la note maximale et parfaite, mais il avait eu un doute à deux questions néanmoins. Autour d'eux, les élèves se pressaient pour sortir dans un brouhaha soulagé. Les épreuves étaient finies pour aujourd'hui.
— Tu as attendu pour me demander ça ? interrogea John, ahuri.
Sherlock haussa les épaules.
— Tu aurais pu m'envoyer un texto, tu sais.
Le génie grimaça, sans que John ne comprenne pourquoi. Certes, ils échangeaient peu de messages, mais Sherlock aimait l'instantanéité des SMS.
— Je n'avais rien de mieux à faire, répondit-il néanmoins. Alors, tu viens ? Je te ferai réviser tes matières des jours prochains, si tu veux.
Il y avait un tel dévouement dans la proposition que John eut mal au cœur. Sherlock n'était pas aimé au lycée, il ne l'avait jamais été. On l'utilisait pour son intelligence, mais on le traitait de Taré par derrière, mais aussi de psychopathe, ou de sociopathe, qu'il était incapable d'avoir une relation, ou même des sentiments, et que c'était un grand malade. John avait toujours entendu les rumeurs, même s'il n'y avait jamais participé.
Mais tous ces gens n'auraient pas pu affirmer une telle chose, s'ils l'avaient vu en cet instant précis. Il se moquait de ses propres révisions, examens, matières à passer. Il ne s'intéressait qu'à celles de John, et sa réussite à lui. Même dans les matières que Sherlock ne suivait pas, il faisait réviser John avec efficacité, le meilleur de tous les professeurs. C'en était presque trop, à supporter, une telle abnégation.
C'était encore plus difficile de devoir refuser.
— Je ne peux pas... Je voudrais, sincèrement, mais j'ai déjà quelque chose de prévu, ce soir.
— Oh.
— Rien de fou, hein, ajouta précipitamment John, ne voulant pas que Sherlock se méprenne. J'ai un dernier entraînement de rugby dans quelques minutes, histoire de se défouler et s'amuser une dernière fois avant que les vacances plutôt que réellement s'entraîner s'il faut être honnête. Ensuite Gr... Coach Lestrade nous a prévu une petite soirée, avec l'accord du lycée. Bon, on a encore des exams demain, et y'aura pas d'alcool parce qu'on reste dans l'enceinte du lycée, mais ça va occuper ma soirée, après faudra que j'aille me coucher... Je suis désolé !
John avait conscience que ce qu'il disait sonnait un peu pathétique. Vu de l'extérieur, Sherlock était juste un pote qui lui avait proposé une soirée, quelques heures de révision en toute ingénuité.
Et John, en retour, balbutiait comme un idiot en essayant de se justifier de toute ses forces alors que franchement, ça n'en valait pas tant.
— Ce n'est pas grave, répondit Sherlock. Ce n'était qu'une proposition.
John ne pouvait pas en jurer, mais il eut l'impression que Sherlock était blessé. Plus sec ? Plus froid ? Il détourna le regard, et s'apprêtait à rassembler ses affaires (ou plutôt à récupérer les deux stylos à peine qu'il sortait pour prendre des notes ou, comme aujourd'hui, remplir les formulaires d'examen. Il ne barrait jamais rien, ne corrigeait pas ses fautes, ne gommait pas) quand John l'interrompit brutalement.
— Demain ? proposa-t-il désespéramment. Je n'ai des épreuves que le matin. On peut déjeuner ensemble, chez toi ? Réviser l'aprem ?
Sherlock interrompit son mouvement.
— Oui, accepta-t-il sans délai, sans même paraître réfléchir si lui avait une matière à passer l'après-midi.
Ça n'aurait pas été si étonnant. John savait, grâce à ses camarades qui ne préparaient pas les mêmes matières que lui, que le lycée avait sacrément galéré pour leur fournir un emploi du temps cohérent à tous, et qui respectait les mêmes horaires, à peu de choses près, pour tout le monde. Mais il était connu que Sherlock préparait trois ou quatre matières supplémentaires qu'un élève lambda pour ses A-level. Contrairement au reste de ses condisciples, il n'avait pas fait de choix de matières au fil des années. Il avait tout gardé, de la musique à l'anglais en passant par toutes les matières scientifiques. Et il était en classe avancée pour tous, ou du moins tous ceux que l'administration avait réussi à caser dans son emploi du temps.
Ce qui n'avait pas beaucoup d'importance vu le nombre d'heures de cours qu'il séchait sans rendre de compte à quiconque, et en restant meilleur que le professeur, au demeurant.
— Tu restes dormir ? rajouta Sherlock. Tu commences plus tard jeudi. Je n'aime pas dormir seul.
C'était à peine une question. C'était une supplique, et les arguments de Sherlock étaient édictées de manière très péremptoire, comme si le jeune génie défiait son ami de trouver une excuse pour y échapper.
Mais John n'entendait pas y échapper.
— Oui, s'entendit-il répondre avant même d'y avoir réfléchi. Oui. Bien sûr que oui, si tu le proposes. Avec plaisir.
Il était totalement sincère. Sa tête tournait à l'idée de passer une nouvelle nuit à Musgrave. Il préférait ça à sa maison vide et triste. Même si c'était mieux depuis qu'il savait qu'il était seul parce que sa mère était hospitalisée et avait signé les papiers pour se faire admettre en cure, et pas parce qu'elle cuvait son alcool sur le sol d'un bar, il n'en oubliait pas que sa sœur avait disparu dans la nature. Et même avec l'horreur des récentes révélations de Sherlock sur sa sœur, et les incendies, John aimait le manoir des Holmes. La chambre de Sherlock, le frigo plein, la chaleur douce qui se diffusait par le sol, il s'y sentait bien.
Son esprit dérapa en direction du lit de Sherlock, et ses joues s'embrasèrent. Il était trop tard pour faire marche arrière. Il avait déjà accepté, et Sherlock n'accepterait pas un refus. Et John n'avait pas envie de renoncer. Au temps pour ces sentiments grandissants, il saurait se contrôler. Il l'avait déjà fait, après tout.
— Parfait, sourit Sherlock, et le cœur de John se fissura un peu plus. Tu devrais y aller. Tu vas être en retard pour le rugby.
Autour d'eux, la salle était désormais vide, et leur professeur semblait attendre qu'ils s'y aillent à leur tour, mais sans oser les déranger (l'effet Sherlock Holmes), et John regarda sa montre, avant de jurer.
— Pardon ! À demain, Sherlock ! s'exclama-t-il en bondissant sur ses pieds.
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