Pfiou, j'ai bien cru que j'y arriverai jamais ! Heureusement la fièvre est définitivement de l'histoire ancienne aujourd'hui, mais la correction et relecture a été rapide, pardonnez moi pour les fautes restantes ! Pour rappel, ce texte reprend à minuit une ^^
Bonne lecture !
Dimanche 25 décembre
— Joyeux Noël !
En écho à l'exclamation joyeuse de Lestrade, il y eut la voix de John, soufflée à son oreille, et Sherlock frémit de la tête aux pieds. Il n'avait jamais envisagé de passer une soirée pareille, et pourtant il devait reconnaître que cela n'avait pas été si mal. John était bon cuisiner. Lestrade n'était pas si terrible. Et dès que son frère pensait qu'on ne le regardait plus, il observait son conjoint et son visage s'adoucissait. Sherlock prévoyait de le faire chanter avec cet état de fait pour le reste de son existence. Il nierait jusqu'à la mort avoir le même type d'expression quand il regardait John.
Au demeurant, Sherlock avait réalisé que la personne qui payait pour les frais médicaux de la mère de John, c'était son frère. La personne que Lestrade avait appelé, ce jour là lorsqu'il était caché dans les vestiaires de rugby, c'était forcément Mycroft. Il avait les mêmes intonations en lui parlant qu'au téléphone. Ce que Sherlock avait envisagé de faire, Mycroft s'en était chargé. Le cadet Holmes n'entendait pas rembourser son aîné pour autant, et il valait sans doute mieux que John continue de l'ignorer encore un moment, où il voudrait refuser leur aide, mais il était néanmoins reconnaissant à Mycroft de s'occuper de ça. Même si ce n'était que de l'argent pour lui, et qu'il n'en manquait pas (tant dans leur héritage que dans ses affaires personnelles, Sherlock savait que son frère était aisé. Il s'était payé un appartement ultra-sécurisé avec jardin en plein cœur de Londres, payé sur ses deniers personnels. Il n'avait même pas trente ans), ça restait un geste utile. Et qui permettait à John d'être ici, avec eux. Avec lui, Sherlock.
John était appuyé contre lui dans le canapé, et la chaleur de sa peau irradiait contre celle de Sherlock. John était son miracle personnel. Pour un peu, il en aurait remercié Eurus de s'être payé une petite virée on ne savait où. Ça avait permis à John d'être là, contre lui.
Sherlock avait encore quelque chose à lui avouer (ou plusieurs), mais rien qui ne pouvait attendre le lendemain. Pour l'instant, il voulait juste profiter de ce corps chaud et doux contre lui.
John avait insisté pour qu'ils déposent des chaussons au pied du sapin. C'était totalement stupide, puisqu'ils avaient ensuite déposé les paquets dans les chaussures des personnes concernées, tout ça pour les ouvrir que le lendemain matin, parce que les traditions de John étaient comme ça, un point c'est tout. Mais Sherlock avait obéi, et Greg en avaient fait de même alors Mycroft avait cédé.
Ils avaient laissé les adultes derrière eux, qui faisaient le tour du propriétaire pour vérifier les serrures et les accès du Manoir, tandis que John et Sherlock allaient se coucher. Fort heureusement, les chambres étaient bien isolées, y compris phoniquement. C'était encore plus vrai pour celle de Sherlock, refaite à neuf ou presque après l'incendie.
Ils n'avaient donc aucune honte à pouvoir se déshabiller lascivement l'un l'autre au milieu de la pièce, porte résolument fermée à clé.
Si Sherlock y avait pensé avant, il aurait pensé qu'il détesterait cela. Ça n'avait aucun sens, aucune logique, aucun intérêt. S'habiller ou se déshabiller avaient toujours été une fonction utile, nécessaire et pratique. Il n'y avait jamais mis le moindre autre sens que cela. Jusqu'à aujourd'hui.
Leurs deux corps chauds se pressaient l'un contre l'autre en avançant (pour lui, John reculait, par la force des choses) vers le lit et en ouvrant boutons, braguettes, fermeture éclair et faisant glisser les tissus le long des bras ou passer par-dessus la tête. Ils ne progressaient même pas vite, et en temps normal, Sherlock aurait dû détester cela. Détester la perte de temps, l'absence d'efficacité, le fait qu'il envisageait au moins trois solutions deux fois plus efficientes à la minute.
Pourtant, il adorait ça. Ils avaient laissé la lumière, et Sherlock vouait une adoration au corps petit et musclé qui se dévoilait lentement devant lui en riant. Il n'était pas capable de le laisser s'éloigner plus de trois secondes et le voulait contre lui, en permanence, agissant comme une bouillotte, embrasant le moindre centimètre carré de peau de Sherlock.
Une part de lui s'en voulait d'être aussi faible, aussi peu lui, de se laisser distraire si facilement dès que John poussait sur ses orteils pour venir appuyer ses lèvres au creux de son cou en laissant râper doucement ses dents contre la peau tendre. Tout le reste de sa personne ronronnait de plaisir. Ça ne l'empêchait pas de réfléchir. Ça ne l'empêchait pas d'utiliser son cerveau. Ça ne l'empêchait pas de construire son Palais Mental. Alors ça lui allait.
Quand ils butèrent dans le lit (enfin, John, qui ne savait de toute évidence pas calculer exactement les distances et le nombre de pas nécessaires pour les franchir. Sherlock savait, lui, et même les yeux fermés en train d'embrasser passionnément son petit-ami, il avait mis un bras protecteur au creux de ses hanches pour le retenir de tomber), ils n'avaient plus que leur boxer respectifs, et Sherlock se fascinait encore pour le phénomène d'érections.
Ce n'était pas vraiment comme s'il avait eu réellement l'occasion d'expérimenter avant. Il connaissait toute la théorie par cœur, ce n'était pas vraiment compliqué. Mais lui-même n'avait jamais vraiment bandé, ni pratiqué la masturbation, et il était fasciné de voir cette réaction biologique de son corps.
Et encore plus fasciné de voir que, même si c'était la même réaction biologique qui agissait chez John, eh bien c'était quand même différent d'une manière inexplicable.
Et, plus fascinant encore que tout le reste, il y avait tout ce que les études théoriques que Sherlock n'avait pas pu lui apprendre : le plaisir, la sensibilité exacerbée, le besoin de toucher, se frotter, la manière dont l'attente pouvait lui faire perdre la tête, alors que les deux sexes se frottaient, encore emprisonnés dans leur prison de tissu.
Ils rampèrent dans le lit, se blottissant sous les couvertures sans jamais cesser de se toucher, s'embrasser, se frotter. John avait une passion particulière pour les mamelons de Sherlock, qu'il avait identifié comme étant dû à ses relations passées avec les femmes. Mais le fait que sa poitrine soit plate ne semblait nullement déranger son amant, et Sherlock était extrêmement sensible de cet endroit-là, et les sons que John arrachait de sa gorge rien qu'en jouant du bout des doigts sur ses torses étaient presque gênants.
John était vaguement ensommeillé, et leurs mouvements étaient lents, tendres, plus câlins que passionnés.
Sherlock découvrit que ça lui allait aussi. Il voulait tout de John. Le sexe passionné sous la douche, celui en vitesse, sans même se déshabiller totalement ou pendant des heures au fond d'un lit, mais aussi le sexe lent et tendre, potentiellement sans orgasme, juste lascif et endormi. Il voulait les câlins, les disputes, les réconciliations, les baisers rapides et les baisers profonds, laisser l'autre vivre sa vie puis revenir contre lui et réclamer une caresse. C'était vertigineux.
— Hum, ça va pas le faire... marmonna John.
Il était installé derrière Sherlock, sur le flanc, et il fallait reconnaître qu'ils s'emboîtaient assez mal, dans cette position-là. Sherlock sentait l'érection de son amant contre son dos, ce qui était hautement frustrant, parce qu'il aurait nettement préféré qu'elle se situe bien plus bas.
— Quoi donc ? demanda Sherlock sans se retourner.
Recroquevillé en position fœtale, il avait la bouche de John contre son cou et ses mains autour de son torse, et même s'il n'aurait pas été capable de rester éternellement dans une telle position, il trouvait ça agréable.
— Te faire l'amour... T'es trop grand. J'suis trop petit, vois ça comme tu veux. On est pas raccord, dans cette position, avoua John. C'est dommage parce que bon...
Il poussa ses hanches en avant pour bien exprimer son propos, et combien il en avait envie.
Il avait assurément raison, et c'était purement physique. Leur différence de taille rendrait toute pénétration en cuillère particulièrement désagréable. Or il était évident qu'ils avaient tous les deux envie de faire l'amour, mais que John n'était pas assez réveillé pour un marathon et tenir au-dessus de Sherlock. Les possibilités défilèrent dans l'esprit du génie, l'avantage d'avoir un cerveau opérationnel nettement supérieur à la moyenne.
— Et... l'inverse ? suggéra Sherlock dans un souffle.
John se redressa si vivement qu'il cogna Sherlock, lequel laissa échapper une exclamation de douleur. Mais John ne sembla pas l'entendre, tandis qu'il surplombait Sherlock, les pupilles dilatées.
— Qu'est-ce... qu'est-ce que tu veux dire par là exactement ?
Dans un grand bazar de membres et de couverture, John franchit l'obstacle qu'était Sherlock, le repoussa au milieu du lit, et vint se positionner devant lui, ses yeux grands ouverts qui louchaient presque pour voir Sherlock nettement, tant il était près. Par réflexe, Sherlock vint emmêler leurs jambes ensemble, et il fut récompensé en voyant John fermer les yeux d'aise durant une seconde. De toute évidence, il aimait leur proximité et ces gestes anodins autant que Sherlock. Ce n'était même pas sexuel, parce qu'ils avaient toujours leurs boxers, et leurs entrejambes plus ou moins réveillés n'étaient pas en contact.
— Qu'est-ce que tu as en tête quand tu dis l'inverse ? redemanda John.
— Je veux dire... hésita Sherlock. Que... je suis... derrière ? Je suis plus grand que toi, alors... ça ne... enfin, ça poserait moins de souci.
Il sentait ses joues devenir écarlates, et comme ils avaient laissé la lumière de chevet, John devait le voir distinctement. Sans doute aussi bien que Sherlock pouvait observer le lent mouvement de la pomme d'Adam de John, alors qu'il déglutissait avec peine.
— Échanger nos positions, Sherlock ? C'est bien ça que tu as en tête ? Tu veux... me prendre ?
John avait clairement moins de mal que lui à formuler l'idée. Sherlock tenta de refouler les images qui lui venaient en tête, mais c'était plus fort que lui. Il aimait tester. Expérimenter. C'était dans sa nature. Et il adorait le sexe avec John. Il n'en avait pas discuté, la première fois, parce qu'ils avaient cru que parler était superflu, et ils avaient failli se briser mutuellement le cœur sans même le savoir. Mais l'aspect physique avait été naturel entre eux, et Sherlock ne le reniait pas. Il aimait ça, et il voulait continuer.
Mais s'imaginer l'inverse. S'imaginer pénétrer John, lui offrir le même plaisir que celui que lui ressentait quand il était pris, c'était quelque chose qui faisait s'enflammer ses entrailles. Il voulait trouver sa prostate, jouer avec, le faire jouir. John passait un temps incroyable à dormir. Ça laissait beaucoup de temps à Sherlock pour se documenter, ces derniers temps.
— C'est... l'idée ? hésita-t-il en réponse à son amant. Enfin, si... si tu veux. Si tu en as envie.
Il essayait de ne pas paraître trop pressant, mais les images dans son cerveau, générées par toutes ses recherches récentes, n'aidaient en rien.
— Seigneur Sherlock, gémit John. Tu en as sacrément envie, hein ? Sale petit pervers.
Il avait posé sa main sur le boxer tendu de Sherlock tout en le disant, et ne pouvait que constater à quel point Sherlock était dur sous sa paume, rien qu'à l'idée de ce que cela le ferait. Il ne maîtrisait pas encore très bien ses propres réactions corporelles. Avant John, il n'aurait jamais cru que simplement penser à quelque chose pouvait le stimuler.
— Je ne veux pas te forcer, répondit-il avec honnêteté.
— Oh, en aucun cas, je t'assure. Je dis pas que ça va être simple. Et que j'angoisse pas un peu, mais... bordel, Sherlock, j'en crève d'envie aussi, tu sais ? Tes réactions... quand je te prends... ça me fascine. Ça a l'air tellement intense. Ça me fait un peu peur, d'accord ? Mais l'envie... ouais, carrément.
Avec un grand sourire, John pressa un peu plus sa main contre le boxer de Sherlock jouant avec la lisière de l'élastique. Son autre main vint chercher celle de Sherlock pour la poser contre son propre sexe.
— T'es tellement bien membré, en plus... ajouta-t-il pensivement en glissant sa main dans le boxer pour effleurer le sexe turgescent de son amant.
— Euh... merci ? répondit Sherlock, incertain de ce qu'il devait réellement dire.
Il craignait que John ne le perçoive comme un désavantage, que ça puisse être plus qu'il ne pouvait en supporter. Sherlock n'avait jamais pensé à mesurer la taille de son sexe, et encore moins pensé à complexer sur la question. Maintenant, il avait appris des tas de données sur lui-même, et John, et un jour, il entendait bien passer une journée complète au lit avec John à le mesurer et l'apprendre par cœur, centimètre par centimètre, pour en créer l'image mentale la plus proche possible de la réalité.
Avec un rire, John le bâillonna de sa bouche pour toute réponse, et Sherlock choisit de prendre cela comme un compliment. La langue de John vint caresser la sienne, et il y répondit avec ferveur, s'appliquant à rendre autant de plaisir qu'il en recevait. Il aimait les baisers encore plus que le sexe.
Au bout d'un long moment à s'embrasser et se frotter sans vergogne contre l'autre, entièrement dénudés, leurs sous-vêtements abandonnés au fond des draps, John finit par se retourner, présentement son dos à Sherlock et se collant contre lui. Ses fesses se logèrent contre le sexe dressé de Sherlock, et il sentit le liquide préséminal suinter encore davantage.
— Beaucoup de lubrifiant, d'accord ? murmura John. Je vais en avoir besoin.
Sherlock hocha la tête, embrassant l'épaule offerte.
Ils avaient jeté le lubrifiant qui se trouvait dans la table de nuit de Sherlock, même s'il était presque plein, à partir du moment où le jeune génie avait indiqué qu'il avait été plus que probablement posé là par Mycroft, John avait regardé le tube comme s'il l'avait personnellement insulté et qu'il pouvait prendre feu à tout instant.
Fort heureusement, John avait amené le sien, et sa boîte de préservatifs, suffisamment pleine pour leur permettre de tenir quelques jours. Par la suite, Sherlock avait clairement le projet de s'en passer... mais pour cela, il fallait qu'il parle à John. Mais ça attendrait demain. Ou aujourd'hui plus tard, quand John aurait dormi. Quand ils se seraient — enfin — échangé leurs cadeaux, et qu'il serait de meilleure humeur pour accepter les révélations de Sherlock.
Pour l'heure, il avait quelque chose de beaucoup plus important à faire. La sensation du lubrifiant sur ses doigts n'était pas franchement agréable. Froid, humide un peu gluant. Ça n'avait pas d'odeur particulièrement, comme un vague gel pour les blessures ou les entorses. John était toujours sur le flanc, dos à lui mais s'était un peu éloigné pour permettre à Sherlock de le préparer.
Sherlock se permit de prendre une minute pour observer John dans cette position. Sa chute de reins était relativement fantastique, de son point de vue, et ses fesses... Sherlock déglutit difficilement, et sentit son sexe se durcir un peu plus. Même l'aspect non-hygiénique de la chose — ils s'étaient douchés, évidemment, mais quand même — ne le dégoûtait plus vraiment.
Il introduisit un premier doigt, lentement, doucement. John l'accueillit sans difficulté. Sherlock le prépara doucement, un doigt, puis un deuxième, écartant le muscle fessier, le détendant avant d'ajouter un troisième doigt. De son autre main, il caressait le corps de John, doucement, ses hanches, son dos, aussi loin qu'il pouvait sur son torse, et son sexe.
— Tu vas me rendre fou, Sherlock... gémit John.
Il appréciait totalement ce qui se produisait, comme s'il avait été fait pour ça, pour les doigts de Sherlock. Un éclair de jalousie traversa le corps du jeune génie. Il savait qu'avant lui, John n'avait couché qu'avec des femmes. Il n'en avait pas été spécialement jaloux jusque-là, c'était un fait établi, et Sherlock aimait les faits. Les faits ne mentaient pas, jamais. Les faits étaient des faits. Il n'avait pas d'opinion à avoir sur la question.
Mais ce qu'ils étaient en train de faire, c'était inédit pour John... et Sherlock découvrit avec brutalité qu'il voulait qu'il soit le seul avec qui John ferait ça. Qu'il serait le seul à pénétrer John. C'était une pensée vertigineuse, probablement malsaine, puisque John ne lui appartenait pas, et encore moins son corps.
Mais Sherlock ne pouvait pas s'en empêcher.
Il rajouta un troisième doigt, et mit à profit toutes ses recherches récentes, et ses connaissances anatomiques. Il tordit le doigt, et chercha ce point particulier dans le corps de l'homme, destiné au plaisir et rien d'autre.
Le cri de John, à moitié un sanglot, le renseigna efficacement quand il le trouva.
— Ohmondieu, encoreencoreencore,mondieuSHerlock,encore...
La litanie de John était incohérente, et il frémissait des pieds à la tête, spectacle absolument fascinant pour le jeune génie. Il appuya de nouveau, tentant de masser la petite boule de nerfs qui mettait son amant à l'agonie.
— Personne d'autre que moi, murmura-t-il à son oreille. Je veux qu'il n'y ait personne d'autre que moi...
— Tu es le seul, Amour, balbutia John.
— Pour toujours, insista Sherlock. Je veux être le premier et le dernier à te pénétrer de la sorte.
Il n'était sans doute pas très doué pour les mots crus et ce genre de choses, mais il savait exactement ce que je disais.
Mais les hochements de tête de John avec ferveur en disaient long sur combien il était d'accord avec Sherlock.
Il finit par ôter ses doigts, refusant de tenir compte du feulement de colère de John, qui en voulait plus. John lui avait appris comment mettre un préservatif, et Sherlock avait été un élève attentif. Il déroula la protection de plastique sur son sexe, trouvant cela beaucoup plus désagréable que le lubrifiant, mais John avait été très clair là-dessus : c'était non négociable. Sherlock l'aimait pour cela.
Il lubrifia de nouveau son sexe, puis vint se coller contre John, le serrant dans ses bras.
— Tu es prêt ? demanda-t-il pour s'en assurer.
— Je crois que j'étais prêt le jour où je t'ai rencontré, répondit John avec amusement.
C'était totalement absurde, parce qu'ils avaient moins de six ans, qu'ils étaient des gosses, et qu'aucun des deux n'avait alors entendu parler de sexe anal à ce moment-là, mais Sherlock apprécia la réponse.
Lentement, il entama sa pénétration, guidant son sexe en érection de ses doigts. La position ne favorisait pas spécialement l'insertion, mais c'était ce qu'ils voulaient, ça et rien d'autre, et il insista, attentif aux bruits que John laissait échapper.
— C'est plus gros que tes doigts, marmonna John, qui faisait de son mieux pour se détendre.
Il avait mal, c'était une évidence, mais rien d'insurmontable, et il participait activement à l'action.
— C'était prévisible, d'un point de vue biologique... commença Sherlock.
— Stop ! le coupa John. Contente-toi de me faire l'amour, abruti de géniiiiiiii...
La fin de sa phrase devint totalement incohérente, alors que Sherlock, enfin, le pénétrait tout entier.
La sensation était incomparable. Sherlock n'aurait pas été capable de trouver les mots pour la décrire, et il se targuait pourtant d'être un fin orateur, lettré et dont le vocabulaire dépassait celui du commun des mortels, le tout dans plusieurs langues, dont au moins une morte, le latin. Et pourtant face à la sensation d'être entièrement à l'intérieur de John, ses muscles enserrant naturellement le sexe de Sherlock, plus rien n'avait de sens. Le soleil aurait pu se lever à l'ouest, la pluie remonter dans les nuages et les pôles s'inverser qu'il aurait encore trouvé cela normal et plus explicable qu'être en John.
— Sherlock... gémit John.
Paniqué par le ton lancinant, il s'apprêtait aussitôt à tout arrêter, et commença à se retirer, tout en espérant le faire assez doucement pour ne pas faire souffrir son amant quand celui-ci poursuivit :
— Bouge... gémit John.
Et ça sonnait comme un ordre. C'était un ordre. Sherlock obéit. Et John gémit de nouveau, longuement, et Sherlock ne le confondit plus avec une plainte de douleur. Son rythme cardiaque s'emballa, et son corps s'embrasa, alors qu'il bougeait, encore et encore, de plus en plus vite et fort, perdant toute conscience de ce qui n'était pas le corps de John entre ses bras, le bruit de ses gémissements de plaisir, l'odeur de la sueur de peau, et le goût de sa nuque contre sa bouche, tandis qu'il l'embrassait lascivement au creux du cou au rythme de ses reins.
John bégayait, psalmodiait le nom de Sherlock, et ce dernier aurait été bien en peine de se moquer de lui : tous les mots du monde l'avaient déserté, ne lui laissant que des soupirs et des cris de plaisir, presque inarticulés et animaux.
Quand il réalisa que John essayait de se masturber, son sexe pourtant délaissé gonflé à bloc, hyper sensible et suintant, il mit à profit ses talents de violoniste et ses doigts agiles pour remplacer la main de John par la sienne, et accorder les mouvements de ses hanches avec celui de ses doigts. Il adorait ça au-delà du possible. Il savait déjà qu'il aimait, contre toute attente, tenir le sexe de John et le sentir peser dans sa paume, mais le masturber au même rythme que sa pénétration, c'était encore meilleur.
Il fallut moins de cinq minutes pour que John tente de prononcer une phrase qui prévenait Sherlock qu'il n'en pouvait plus. Au temps pour leur étreinte lente et calme en cuillère qu'ils avaient prévu, leur peau glissaient de sueur et la chambre empestait le stupre et la luxure, tandis que John jouissait dans un cri, et dans la main de Sherlock.
Naturellement, le corps tendu par la jouissance resserra tous les muscles de John, y compris ceux de ses fesses dans lesquelles se mouvaient Sherlock. La sensation fut absolument incomparable et l'orgasme faucha le jeune génie dans la seconde qui suivit, dans un hurlement que même la sonorisation de sa chambre aurait probablement du mal à contenir.
Il lui fallut plusieurs longues minutes avant d'être capable de se retirer, ôter le préservatif. Ses yeux se fermaient déjà tout seuls. John, après l'orgasme, semblait nourri à la décharge d'adrénaline et capable d'agir, alors que Sherlock s'endormait presque aussitôt. Mais il avait bien appris ses leçons : toujours se retirer, toujours ôter et nouer la capote.
Il sentit John bouger contre lui, ouvrir les draps pour faire passer de l'air frais, les nettoyer sommairement, mais il resta la, les yeux clos, profitant de ses sensations incroyables qui faisaient encore vibrer son corps et ronronner de plaisir son esprit, tout en écoutant John s'affairer dans la pièce.
Quand il revint contre lui dans le lit, Sherlock dormait presque déjà.
— Bonne nuit Amour, murmura John. C'était incroyable. Tu étais incroy...
Le reste de la phrase de John ne parvint jamais aux oreilles de Sherlock.
— Hey ! Joyeux Noël !
Sherlock lança un regard désabusé à John, qui venait d'ouvrir les yeux après une nuit de plus de dix heures, et dont c'était de toute évidence la première pensée au matin. Sherlock était déjà réveillé depuis presque quatre heures, et il avait eu le temps d'avancer plusieurs projets, tout en restant bien à l'abri de sa chambre, pour ne surtout pas croiser son frère ou Lestrade.
— C'était déjà Noël quand nous sommes allés nous coucher, sais-tu ? Lestrade l'avait si subtilement souligné que je croyais que tu l'avais remarqué.
— Rabat-joie ! s'amusa John. Il faut aller ouvrir les cadeaux ! Viens ! Tu crois que le père Noël est passé ? Est-ce que tu as été sage, Sherlock ?
John avait bondi hors du lit, manifestement oublieux qu'il ne portait qu'un boxer pour dormir et que si Sherlock appréciait fortement la vue, il était cependant hors de question qu'il sorte de la chambre dans cette tenue.
— Je n'ai jamais cru au père Noël, observa-t-il. Tu ferais mieux de mettre des vêtements quand même.
— Moi je pense que tu as été un très vilain garçon... surtout hier soir... s'amusa John avec un sourire salace.
Il s'approcha du bureau où travaillait Sherlock sur son microscope, manifestement parfaitement conscient de sa tenue et du rougissement intempestif des joues de Sherlock.
— Et des vêtements ? Pourquoi faire ? acheva-t-il en embrassant son amant.
Sherlock reconnue qu'en effet, les vêtements étaient totalement inutiles en réalité.
Quand ils descendirent finalement, pas si longtemps après, mais surtout après une bonne douche (et pas ensemble, sinon ils avaient remarqué que c'était relativement contre-productif), la maison semblait déserte. La porte de la chambre de Mycroft, cependant, était fermée quand ils étaient passés devant, et ils n'avaient pas cherché à en savoir plus. Quelqu'un devait cependant s'être levé ce matin, puisque toutes les guirlandes électriques, celles du sapin de l'extérieur et d'autres que John avait installées ici et là, étaient branchées et illuminées.
— C'est pas écolo, soupira John d'aise en apercevant le spectacle. Mais qu'est-ce que c'est joli...
Sherlock rajouta mentalement une note dans son Palais Mental, dans la pièce si facile d'accès, si évidente et si solide, qui s'appelait « John Watson », et dans laquelle il punaisa un post-it : John aime les guirlandes illuminées et cela le rendait heureux. Sherlock dormait moins que lui. Il était tout à fait disposé à se lever avant, et aller éclairer les guirlandes, si ça pouvait faire sourire John ainsi par la suite.
Le jeune génie était surpris de la solidité de son Palais Mental, depuis qu'il avait John dans sa vie. Il travaillait activement sur ce projet depuis désormais plusieurs mois, et malgré ses efforts acharnés, il y avait encore des fragilités, des pièces qu'il voulait créer mais ne parvenait pas à fixer, des choses qui disparaissaient, des souvenirs qui finissaient par s'atténuer. Il comprenait très bien le principe du Palais Mental, l'avait poussé à son extrême limite, avait tenté de bâtir quelque chose de plus immense que quiconque, mais se heurtait à ses propres limites, son échec.
Mais John, ça avait une évidence totale. Il lui avait créé une pièce, il aurait pu créer une aile entière que cela aurait été pareil : ça ne vacillait pas. Ça ne tremblait pas. Ça ne bougeait pas. C'était dur comme un roc, et sans la moindre hésitation, Sherlock était capable d'en retrouver tous les détails, tous les mots qu'ils avaient échangés, tous les regards de John sur lui, toutes ses expressions de joie, de doute, de tristesse, de doute, son air de concentration quand il révisait, et son sourire qui déchirait ses joues quand il se réveillait à côté de Sherlock.
Depuis, Sherlock avait décidé d'ajuster son Palais Mental. En le construisant à partir de cette pièce de John. En le prenant pour centre de son esprit comme il avait pris la place au centre de son existence.
— On ouvre les cadeaux ? trépigna John en l'entraînant vers le sapin, peu concerné par les multiples pensées qui traversaient son petit-ami à la seconde.
Il se comportait exactement comme un enfant, et ça avait quelque chose de charmant, à sa manière.
— Tu sais que le Père Noël n'existe pas ? demanda Sherlock, juste pour en être sûr.
La conversation était absurde, parce que la veille (ou plus tôt dans la même journée, techniquement) John les avait forcés à mettre leurs chaussures au pied du sapin, et ils avaient ensuite déposé leurs paquets sous les branches en plastique. Il n'y avait pas plus de cadeaux apparus mystérieusement dans la nuit, c'est-à-dire quasiment aucun. Greg et Mycroft se faisaient probablement des cadeaux, mais il n'était pas vraiment prévu que John soit là, et ils n'avaient rien pour lui, et réciproquement. Sherlock était sans doute celui qui recevait le plus de choses, puisque Mycroft lui faisait des cadeaux (la réciproque n'était pas vraie, par pure puérilité, et parce que son frère ne manquait de rien), ainsi que ses parents, et que John avait apporté plus de paquets que l'unique qu'ils auraient dû, par hasard, s'offrir mutuellement au secret santa de l'école.
— Bien sûr que si ! s'amusa John.
— Non, répliqua Sherlock prosaïquement. Ce sont les cadeaux que nous avons déposés nous-mêmes avant d'aller nous coucher.
— Ça oui, répondit John sur un ton d'évidence, et reniflement méprisant et supérieur qui n'était pas sans rappeler Sherlock. Mais le Père Noël m'a apporté un très joli cadeau, le plus beau et sexy petit-ami de toute la Terre, voire de tout l'univers, et ça, c'est un miracle de Noël et c'est incomparable !
Il était totalement sérieux, et Sherlock se sentit rougir. Il n'arrivait pas encore à se remettre de ce genre de déclarations, ni à s'y habituer. Et au fond, il espérait bien qu'il ne s'y habituerait jamais.
— Allez viens, rabat-joie, ouvrons les cadeaux ! Joyeux Noël, Sherlock !
Il prit un paquet au pied du sapin, et le tendit à son amant avec un grand sourire.
— C'était celui qui était prévu pour le secret santa, à l'école, celui-là. Je sais que j'aurais dû t'en offrir qu'un, et ça aurait été celui-là... Les autres... je sais pas vraiment. J'espérais rien. J'avais juste envie de te faire plaisir, peut-être. Ça me faisait penser à toi, et voilà. Je ne sais même pas vraiment quand et comment je pensais te les offrir, mais... ça tombe plutôt bien, au final.
Quand il parlait autant, c'était parce qu'il était nerveux, et Sherlock le fit taire en l'embrassant. Après avoir vérifié qu'il n'y avait personne dans la pièce, pare qu'il refusait de se donner en spectacle devant son frère.
— Je comprends, affirma-t-il. J'ai fait presque la même chose.
John le regarda, surpris. Il ne s'était pas attendu à un tel comportement de Sherlock, manifestement, et ce dernier se fit la promesse de continuer à surprendre John. Ça leur éviterait la routine et l'ennui.
— Ouvre le, demanda John.
Sherlock obéit, méticuleusement, comme il le faisait toujours, décachetant le scotch et défaisant les plis grossiers du papier coloré. Il se promit d'apprendre à John à faire des paquets, par la suite. Il oublia ses pensées parasites à propos de l'origami et du pliage du papier sous toutes ses formes quand il découvrit le paquet, floqué d'un logo d'une marque de vêtement qu'il connaissait, parce que Mycroft avait des goûts de luxe depuis l'enfance, mais n'avait réellement les moyens financiers de ses ambitions que depuis peu. Pendant longtemps, Mycroft avait affectionné ce genre de marque, chère et luxueuse, sans pour autant être très connue ou ce qui se faisait de mieux sur le marché. Sherlock avait choisi de ne pas respecter la règle stupide du prix maximum qui leur avait été imposé par l'école, mais John avait fait de même, apparemment.
Le jeune génie ouvrit la boîte, le cœur palpitant, et il sombra dans le bleu sombre de l'étoffe qui reposait sagement pliée, comme il serait noyé dans la mer.
— C'est de la soie, indiqua John, son ton trahissant sa nervosité. Je sais que tu ne supportes pas... enfin, j'ai compris... que tu ne peux... certaines matières, tu n'aimes pas ça. Je sais. Mais je sais pas trop lesquelles, pas exactement, je ne suis pas aussi génial que toi, pardon. Mais la soie... la soie, c'est une valeur sûre, tes pyjamas sont en soie, alors...
Il bégayait, tentant de se justifier, probablement terrifié à l'idée que son cadeau ne plaise pas à son petit-ami, mais Sherlock ne l'écoutait que d'une oreille, caressant le tissu soyeux d'un bleu profond, et dépliant l'écharpe fluide pour mieux l'apprécier.
— Tu n'as... enfin, tu n'avais jamais d'écharpe, et j'ai pensé que... ça... te... tiendrait... chaud ?
— Elle est magnifique, murmura Sherlock, mettant fin à l'agonie angoissée de John.
— Vraiment ?
— Je l'adore, souffla le génie.
Il la noua aussitôt, dans un mouvement fluide, autour de son cou, et redressa le dos et la tête pour pavaner devant John.
— Magnifique, laissa échapper John, mais il ne parlait clairement pas que de l'écharpe. La couleur est parfaite... avec tes yeux.
— C'est drôle, j'ai eu une idée très similaire.
Sherlock tendit un paquet à John, qui le déchira en quelques secondes, jetant le papier au sol, là où Sherlock avait plié le sien et déposé délicatement sur la table basse à proximité, puisque John l'avait forcé à s'installer en tailleur au pied du sapin, comme des enfants.
— Sherlock, ils sont splendides ! Waoh !
Avec l'empressant et la joie d'un gosse, John enfila aussitôt un de ses nouveau gant flambant neuf, en cuir et fourré, tactile pour qu'il puisse continuer d'utiliser son téléphone même à l'extérieur, à la taille parfaite des mains de John. Et s'ils n'étaient pas tout à fait sur mesure, Sherlock les avait fait broder d'un discret JW au poignet, parce que les Holmes étaient un peu snobs sur les bords.
Ils continuèrent leur distribution de paquets, s'offrant des menus présents sans aucune autre importance que la valeur sentimentale qu'ils leurs octroyaient, des livres de médecine de John aux nouvelles partitions de violon pour Sherlock en passant par une mini-loupe, un traité d'apiculture appliqué et un porte-clé en forme de stéthoscope. Ils avaient eu beau faire les magasins ensemble, et acheter certaines choses ensemble, ils n'avaient jamais réellement vu exactement tous les achats de l'autre, et ils avaient gardé une forme de surprise inconsciente, et c'était joyeux et léger.
Puis Sherlock tendit une enveloppe à John.
— C'est... particulier, précisa-t-il.
John lui sourit, sortant de la poche du sweat qu'il portait par-dessus son pyjama une enveloppe similaire
— Nous avons beaucoup en commun, faut croire.
— La mienne d'abord, exigea Sherlock. Je ne sais pas ce que contient la tienne, mais je ne suis pas certain que tu voudras toujours me la donner, après.
— Tu m'inquiètes.
— Je t'ai dit, c'est particulier.
John repoussa sa nouvelle coque de téléphone de ses genoux, et prit religieusement l'enveloppe, qu'il ouvrit avec beaucoup plus de soin que tous les papiers déchirés jusque-là, pour en sortir une liasse de papiers qu'il parcourut des yeux.
— Je ne comprends pas...
Sherlock inspira, ferma les yeux une seconde.
— Je ne veux pas que tu partes à la guerre, énonça-t-il.
— Je ne pars pas à la guerre, Sherlock. Je m'enrôle dans l'armée pour être médecin.
Ils n'en avaient pas rediscuté, et Sherlock craignait réellement que sa proposition soit très mal accueillie.
— C'est pareil pour moi. Je ne veux pas que tu partes. Je ne veux pas être séparé de toi. Je te l'ai dit, le soir du bal... s'il n'y avait eu que moi, il y a longtemps que j'aurais fini la fac et que je vivrais à Londres...
— Vantard, murmura John avec amusement.
— ... mais je voulais rester où tu te trouvais. Et c'est toujours le cas aujourd'hui. C'est encore plus le cas aujourd'hui. Je veux que tu viennes avec moi à Londres, et qu'on vive ensemble. Si tu veux faire l'armée parce que tu en as envie, je ne m'y opposerai pas. Jamais. Mais si c'est uniquement pour des raisons financières... tu as le business plan complet et détaillé sous les yeux.
John rebaissa les yeux sur les feuilles couvertes de tableau, de chiffres, de dates et de ratios divers.
— Mes parents financeront partiellement mon indépendance, si je ne suis pas seul. Je ne manque pas d'argent. Et non, je ne te fais pas l'aumône. Tout est calculé et budgétisé sur dix ans, le temps que tu finisses ta spécialisation de médecine. Tu participeras aux frais, moi aussi. J'ai déjà des options, pour un appartement.
John regardait sérieusement les papiers, désormais.
— Ça a l'air... bien pensé, commenta-t-il en tournant une liasse.
— Évidemment, répliqua Sherlock. Ça a été pensé par moi.
John pouffa.
— Je dois y réfléchir, Sherlock, d'accord ? Ce n'est pas... quelqu'un chose à prendre à la légère. Ce n'est pas un refus, d'accord ? Je m'étais fait à l'idée de l'armée, et une part de moi avait envie d'y aller, également. Une autre part ne veut pas me séparer de toi, soyons clairs. Moi aussi, j'ai envie d'habiter avec toi. Mais... je vais y réfléchir. C'est un engagement important, et je ne veux pas te haïr.
— Me haïr ?
— Admettons que je te dise oui. Qu'on règle tout maintenant et dans les prochains mois, et qu'en juin, on se sépare. Alors tout le plan s'écroule, et je me retrouve à la rue, sans plus aucun avenir, et je te haïrai pour ça.
Sherlock fronça les sourcils, mais John poursuivit.
— Bien sûr, ça ne veut pas dire que je pense qu'on va se séparer dans quelques mois, mais j'essaye d'être lucide, Sherlock. On a dix-huit ans. Bien sûr que y'a des couples qui survivent à leur adolescence, mais pas tous. Et même si on y survit. Si on arrive à vivre ensemble sans s'entretuer pendant un an, deux ans, cinq ans. Et qu'ensuite, tout se détraque, et que je me retrouve coincé à cause de mes études de médecine et que je ne puisse pas te quitter et que je mette à te haïr et à lentement dégrader notre relation en me sentant obligé de rester... Je ne veux pas que ça arrive, tu comprends.
— Je comprends ton point de vue, mais je le trouve improbable. Mon business plan ne prévoit pas la moindre séparation.
Sherlock était totalement sérieux. Il comprenait les angoisses de John, et ne le percevaient pas comme une future séparation, une menace, ou un manque de confiance en leur couple si récent, mais il était suffisamment rationnel pour savoir que les possibilités existaient. Cependant, il savait que de son point de vue, ses sentiments ne changeraient jamais. C'était intrinsèquement lié à sa personne. Il était fidèle, à tous les points de vue. Il aimait John sans le savoir depuis plus de dix ans. Ce n'était pas le fait de partager un appartement qui allait changer quoi que ce soit.
— En outre, si cela peut te rassurer, l'une de mes options d'appartement a deux chambres. On peut avoir chacune la sienne. Être ensemble, mais vivre comme des colocataires, si ça peut t'aider à l'envisager.
John hocha lentement la tête. Il venait d'en arriver aux propositions d'appartement de la liasse détaillée que Sherlock lui avait remise. L'appartement à deux chambres était situé à Baker Street, et il avait la préférence de Sherlock.
— D'accord, Sherlock. Je vais étudier ta proposition très sérieusement. Promis.
C'était tout ce que Sherlock demandait. L'espoir d'avoir John près de lui l'année prochaine, et toutes celles qui suivraient, sans devoir le voir partir sur une base militaire puis dans un pays en guerre quelconque. Mais si John, in fine, choisissait cette proposition par envie, il l'accepterait. La douleur que cela lui occasionnerait ne regardait que lui.
Il se pencha en avant, comblant l'espace entre eux, et ferma les yeux avant de poser ses lèvres sur celles de John. Embrasser John était devenu sa nouvelle activité préférée au monde, devant le violon, résoudre des énigmes et faire fonctionner son cerveau.
— À toi, réclama John en rompant le baiser.
Il tendit son enveloppe à son tour, moins épaisse que celle de Sherlock (un business plan sur dix ans, étayé de tous les documents justificatifs nécessaires, ça prenait de la place), mais quand même lourde. Le jeune génie était très curieux de ce qu'elle pouvait bien contenir. Il était évident que John avait dépensé de l'argent pour lui, plus qu'il n'aurait dû vu l'état de ses finances, et que ce cadeau n'avait rien de monétaire. Ce n'était pas un bon pour un voyage de rêve, une croisière aux caraïbes ou un saut en parachute (au demeurant, Sherlock aurait détesté les trois), mais quelque chose de personnel et intime.
Il décacheta proprement l'enveloppe, et en tira plusieurs feuilles, dont celles sur le dessus semblaient plutôt vieilles et abîmées.
Il aperçut la date, en haut à droite, de l'écriture de John. Son écriture enfantine, quand il avait sept ou huit ans. Quand il venait de rencontrer Sherlock, de jouer avec lui tout un été sans vraiment parler des choses importantes, et pourtant en se comprenant mieux que jamais. Sherlock venait de perdre Victor, et John lui avait sauvé la vie. Il n'avait jamais réellement compris pourquoi Eurus ne s'était jamais intéressée à John, mais il en était reconnaissant. Il avait fait survivre cette relation qui n'en était pas une durant des années, jusqu'au mois de septembre où ils avaient entamé leur rapprochement, le début de ce mois où ils étaient devenus amis, et deux jours plus tôt où ils étaient devenus tout.
Sherlock balaya rapidement des yeux le papier, sentant sa gorge se nouer. Il déglutit difficilement.
— Je t'ai écrit durant des années, murmura John. Chaque fois que je ressentais quelque chose de trop pour toi, je t'écrivais une lettre. Pour tout te dire ce que ma voix ne pouvait pas prononcer. Je ne les ai jamais envoyés, bien sûr. J'aurais eu l'air stupide. Et ça m'évitait d'affronter la réalité de mon amour pour toi, depuis toujours. Je jetais mes sentiments sur le papier, je cadenassais mon amour dans l'encre, et je pouvais me convaincre que ce que je ressentais alors, c'était une simple attirance, un petit crush sans importance qui finirait par passer. Sauf qu'à force d'apprendre à vraiment te connaître, ce dernier mois, j'ai réalisé que tu n'étais pas tout à fait celui que j'idéalisais dans mes fantasmes et dans mes lettres, mais ça ne changeait rien. Je t'aimais quand même, comme tu étais.
Sherlock écoutait attentivement les mots de John, tout en parvenant à lire ceux inscrits sur le papier, maladroitement tracés par un petit garçon qui ne savait pas encore bien écrire. Il fit défiler la liasse de papier. Il y avait plus d'une douzaine de lettres, parfois courtes, parfois longues, écrites de différentes couleurs, sur différents papiers. Elles étaient toutes datées et commençaient par les mêmes mots : Cher Sherlock, et se concluaient sur la signature de John. L'écriture avait évolué avec le temps, devenait moins incertaine, et pourtant toujours brouillonne à sa manière, typique de celle d'un médecin.
— Tu me pardonneras mes sentiments immatures d'enfants, j'espère, dit John d'un ton qu'il essayait de rendre léger. Je ne prétends pas que tout ce que j'y racontais était vraiment intelligent, à l'époque.
Sherlock en arriva à la dernière, la date accrochant ses yeux. 24 décembre 2022. Il releva lentement le visage, le regard interrogateur.
— Oui, répondit John en déglutissant. Je l'ai écrite avant-hier, avant le bal. Je l'ai complétée hier. Je comptais pas te l'envoyer, franchement, mais comme au bal, j'avais prévu de tout te dire, j'ai tout voulu coucher sur le papier avant, même si ce n'est pas... enfin, ce n'est pas bien écrit, je crois pas. Tu as toute mon âme, Sherlock. Depuis l'enfance jusqu'à aujourd'hui, si tu lis ces mots, je serais totalement à nu devant toi. Tu sauras absolument tout de moi.
Sherlock sentit sa salive le brûler, tandis qu'il avalait, incapable de prononcer un mot, sentant son cœur tambouriner si fort dans sa poitrine que cela lui faisait mal. Il voulait lire ces pages avec une envie brûlante, irrépressible, mais il ne voulait pas le faire là, devant tout le monde (entendu qu'il n'y avait personne avec eux, mais le salon n'était pas sa chambre, son sanctuaire privilégié) ; et surtout, il se devait d'avoir de la réciprocité avec John. Il devait tout lui dire, lui aussi. Ils se regardaient mutuellement, les yeux plongés dans les prunelles de l'autre, indifférents à leur environnement, perdu dans les mots que leur regard envoyaient et que l'autre comprenait. Sherlock hurlait je t'aime en silence et John y répondait avec la même ferveur.
— Hey les jeunes ! Bien dormi ?
La voix de Greg fit exploser leur bulle en plein vol, et ils reculèrent instinctivement, recréant entre eux la distance qu'ils avaient tenté de combler en se penchant l'un vers l'autre.
John fut le premier à se relever, ses mains encore serrées sur l'enveloppe de Sherlock. Lestrade venait de rentrer dans la pièce, manifestement après une séance de footing, à voir son air rougeaud et en sueur.
— Salut Greg, ça va, et toi ? Tout va bien ? demanda John d'une voix qui aurait été normale pour quiconque ne le connaissait pas aussi par cœur que Sherlock.
— Tout va bien ! Tes parents arrivent à quinze heures, Sherlock. Si c'est possible, ils proposent d'attendre leur arrivée pour qu'on déjeune tous ensemble pour Noël. Ta mère a envoyé sa, hum, enfin, une liste assez détaillée de ce qu'il faut faire en cuisine d'ici là. Je vais avoir besoin d'aide. Je comprends rien, et Mycroft a dit que ce n'était pas son problème.
— Je n'y connais rien en cuisine, répondit Sherlock en se relevant à son tour.
Naturellement, il cacha les lettres de John dans son dos. Elles n'appartenaient qu'à lui. Il refusait que quiconque les voit, même si Lestrade était à l'autre bout de la pièce, séparé d'eux par plusieurs mètres et au moins un canapé.
— Où est mon frère ? ajouta-t-il.
Greg haussa les épaules.
— En train de travailler dans son bureau, j'imagine. Où d'autre pourrait-il bien être un jour férié, voyons ? ricana-t-il. Et ce n'est pas une question de cuisine, pour les indications de ta mère. C'est un problème mathématique. Et d'écriture. Je ne déchiffre pas grand-chose. J'imagine que ça doit aller dans le packaging de la médaille Fields.
— Ah ça. Je comprends les théorèmes de ma mère, oui.
— Parfait, tu me traduiras tout ça. Oh, au fait, je suis allé courir et faire le tour de la propriété, pas de danger à l'horizon, normalement, j'ai inspecté le maximum de terrain au cas où, et tout va bien. En ce qui me concerne, je pense que vous pouvez sortir et agir librement ! Je vais prendre une douche, soyez sages !
Il les planta là sans aucune autre forme de procès, parfaitement détendu et à l'aise. Il était clairement la personne la plus tranquille de la maison dans leur situation inédite.
— Oooooh Sherlock, tu crois qu'on pourrait essayer de faire un bonhomme de neige dans la forêt ? demanda John avec un empressement enfantin.
Il n'y avait aucun moyen pour que Sherlock soit capable de lui dire non.
En attendant de pouvoir sortir, John avait pris très au sérieux le fait qu'ils devaient cuisiner avant l'arrivée des parents Holmes, et avait donc entraîné Sherlock à l'étage, pour qu'ils rangent leurs affaires, s'habillent correctement (manifestement, John voulait faire bonne impression. Il aurait pu rester en pyjama que ça n'aurait rien changé pour Sieger et Violet, mais il ne voulait pas l'entendre) et se préparent à retourner aux fourneaux.
Sherlock n'avait pas le cœur de lui dire que ça ne servait à rien, et qu'il ne comprendrait sans doute pas le premier mot des instructions de Violet. Personne n'y avait jamais rien compris, en tout état de cause, sauf Eurus. Sherlock, tout comme Mycroft, étaient capable de traduire les formules mathématiques, et les appliquer d'un point de vue théorique, mais pas voir la finalité de la cuisine avec.
Il n'y avait absolument aucune chance pour que John parvienne à satisfaire Violet quand elle arriverait, personne ne le pouvait, mais Sherlock n'avait pas le cœur d'entamer l'enthousiasme de son petit-ami. Il espérait simplement que sa mère serait plus gentille et attentive qu'elle ne l'avait été ce mois dernier pour lui. Il ne s'inquiétait pas de son père. Sieger n'avait pas toujours approuvé ses choix, mais il ne l'avait jugé, contrairement à Mycroft ou Violet.
En arrivant à l'étage, ils entendirent en fond sonore le bruit de l'eau qui coulait, et une voix qui chantait faux une vieille chanson des Beatles, indiquant que Lestrade était toujours sous la douche. Et qu'il n'avait aucune oreille musicale.
John se mit à fredonner la même chanson. Sherlock grimaça.
— Tu as aussi peu d'oreille que lui, indiqua-t-il.
— Pardon ?
— Tu chantes faux. Lestrade aussi.
John rit.
— Sans doute ! Je ne l'entends pas, alors je m'en fiche absolument.
— Moi je l'entends. C'est très désagréable, grinça Sherlock.
— Grincheux ! s'amusa John en entrant dans leur chambre.
Il avait totalement pris ses aises dans le Manoir désormais, mais encore plus dans la chambre de Sherlock, qu'il arpentait comme si elle était sienne. Sherlock en oubliait presque qu'ils étaient ensemble depuis moins de quarante-huit heures quand John se comportait en propriétaire. Il venait d'ôter son sweat pour se changer quand il se retourna alerté par le cliquetis de la serrure.
— Non, Sherlock, annonça John avec un froncement de sourcils. On n'a pas le temps pour ça. On doit redescendre, je veux juste me changer, et toi aussi, mais...
— Ce n'est pas pour ça, le coupa Sherlock.
— Quoi ?
— Je serais entièrement disposé à faire l'amour si tu le souhaitais, évidemment, mais ce n'est pas pour ça que j'ai fermé la porte.
John savait que par habitude, Sherlock verrouillait systématiquement sa porte, qu'il soit ou non dans sa chambre, habitude héritée de sa vie avec Eurus. Non pas que cela changeait quoi que ce soit, au final. Tous les enfants Holmes savaient crocheter une serrure en cas de besoin, mais cela donnait une impression fugace de protection.
Depuis que les deux garçons étaient ensemble, Sherlock fermait à clé pour être sûrs de ne pas être dérangés quand ils s'envoyaient en l'air, plusieurs fois par jour.
— Pourquoi alors ? demanda John.
— Parce que je voulais te parler de quelque chose d'important, et je veux que nous soyons seuls pour cela.
John avait l'air inquiet.
— Tu... me fais un peu peur, là, Sherlock. C'est grave ?
Le jeune génie soupesa le poids de ses révélations.
— Ça l'a été. Ça ne l'est plus. Mais c'est important. Je comprendrais que tu ne veuilles plus jamais me parler après cela.
John ouvrit des grands yeux surpris.
— Ce n'est peut-être pas à ça que tu voulais t'engager avec moi. Mais tu m'as offert... tu as dit que tu étais totalement à nu, avec ces lettres.
Il secoua doucement l'enveloppe épaisse qu'il tenait toujours dans sa main, alors qu'il avait posé le reste de ses affaires au hasard dans sa chambre. John, nettement plus ordonné que lui, avait déjà rangé ses cadeaux bien à leur place dans son sac à dos.
— Je dois faire de même, je crois. Te dire la vérité à propos de moi.
— Maintenant ? Je veux dire, tu me dis ça maintenant, alors même que tu as monté un business plan qui, je cite, « ne prévoit pas de rupture » ?
John n'avait pas l'air spécialement fâché, simplement abasourdi, et Sherlock baissa la tête. Il avait raison. Sherlock était ridicule.
— Sincèrement, je crois que rien de ce que tu pourras dire ne changera mon opinion sur toi, tu sais ? Mais vas-y, dis-moi. Je t'écoute. Tu me fais flipper.
— Tu ferais peut-être bien de t'assoir.
John soupira, mais après un long regard inquiet en direction de Sherlock, il abandonna l'idée d'enlever son pyjama, et grimpa sur le lit, s'installant en tailleur au milieu.
Lentement, Sherlock s'approcha, défaisant d'une main les boutons de son haut de pyjama.
— Pourquoi tu te déshabilles, au juste ? Je croyais que tu voulais me parler.
— C'est le cas, assura Sherlock en ôtant la veste en soie, révélant son torse nu. Tu as déjà remarqué des irrégularités sur ma peau ? Des cicatrices ?
John fronça les sourcils, manifestement perdu dans cette conversation absurde. Il avait déjà vu Sherlock entièrement nu, dans le noir et à la lumière, et n'avait jamais tiqué sur quoi que ce soit. Sherlock avait déjà appris par cœur la cicatrice d'appendicectomie de John, et la blessure au genou, souvenir d'une chute de vélo, mais il pouvait voir dans le regard de son amant qu'il ne trouvait rien de semblable en retour.
— Aucune, Sherlock, tu es parfait, tu le sais bien... répondit John, perplexe.
Sherlock secoua la tête, se rapprochant définitivement du lit et attrapant la main de John, de force. Il vint la poser sur son corps, à un endroit très précis de son anatomie. Presque invisible à voir, peu évident au toucher, mais que le jeune homme connaissait par cœur.
Il fit lentement courir les doigts de John sur l'intérieur de son bras, presque au creux du coude. Quand, enfin, les doigts de John perçurent les toutes petites cicatrices — il y en avait trois — les petits points bosselés sur la peau pâle, il fronça encore plus les sourcils.
— Qu'est-ce que... commença-t-il, mais Sherlock fut plus rapide.
— Je suis drogué.
— HEIN ?
John le relâcha brutalement, et son corps fit de lui-même un mouvement en arrière. Sherlock resta stoïque, hurlant à son cœur que ce n'était rien, et que ça ne voulait rien dire, mais ça ne faisait rien de mal.
— Je suis clean, rajouta-t-il. Depuis plusieurs mois. Totalement clean. Même plus de substitut, fini la méthadone.
— La métha...done ? bégaya John.
Il n'était pas encore médecin, mais Sherlock savait qu'il avait des connaissances théoriques sur certains points. Suffisamment pour savoir que la méthadone était prescrite pour pallier le manque chez les cocaïnomanes ? Ce n'était pas certain.
Lentement, Sherlock s'assit à son tour sur le lit, restant volontairement le plus loin possible de John pour ne pas l'effrayer, et tant pis si c'était inconfortable.
— Je ne me trouve pas d'excuses, je te le promets. J'ai commencé à fumer à l'âge de douze ou treize ans, mais rapidement, ça n'a pas vraiment suffi à m'aider.
— T'aider à quoi ?
— Deux choses : gérer mon cerveau. Et gérer Eurus.
— Je ne suis pas sûr de comprendre.
Sherlock inspira lentement.
— Eurus... a toujours voulu jouer avec moi. Jouer avec mon intelligence, vérifier qu'elle était plus intelligente que moi. Victor est mort parce que je n'ai pas su répondre à une de ses énigmes à temps. Elle a mis le feu à ma chambre et a tenté de me tuer, mais elle m'avait prévenu. C'est moi qui n'avais pas compris l'information à temps.
— Sherlock, ce n'est pas de ta faute ! s'exclama John. Tu ne peux pas t'en vouloir pour ça !
Sans même réfléchir, il se pencha cette fois en avant, se rapprochant de son amant, posant une main sur son bras. Il ignorait sans doute à quel point le geste bouleversait Sherlock.
— Peu importe. Je t'explique simplement le contexte. Eurus jouait, et je n'étais pas au niveau. J'avais besoin de quelque chose pour m'aider à réfléchir, tout en, paradoxalement, aidait à canaliser mon cerveau. Je t'ai parlé de mon Palais Mental.
John hocha la tête. Ils en avaient même beaucoup discuté. John trouvait cela fascinant, félicitait régulièrement Sherlock à ce sujet.
— Quand j'étais plus jeune, tout était tellement plus fouillis, plus compliqué. Je ne savais pas le gérer, je retenais absolument tout, depuis toujours, tout ce que je voyais ou presque, tous les codes d'accès, les numéros de téléphone, les plaques d'immatriculation, les horaires. J'aurais pu être capable de te donner l'horaire d'un film au cinéma quatre ans après sa sortie, sans même avoir voulu le retenir. Et c'était... épuisant. J'avais besoin de quelque chose pour le gérer, et devenir plus brillant dans le même temps.
— Et la... cigarette t'a aidé ?
— Oh non, pas vraiment. Un peu. Mais très peu. Ça n'a pas suffi longtemps. À quatorze, j'ai commencé à fumer autre chose.
John avait l'air horrifié, mais il resta exactement là où il était, penché vers Sherlock, le touchant.
— C'est absurde. Comment cela a pu t'aider ? Le shit, ou l'herbe, je ne sais pas ce que tu prenais... enfin, ça rend euphorique, ça fait planer, mais ensuite ça engourdit, ça endort...
— Tu as déjà testé ? demanda Sherlock, réellement curieux.
— Une fois, en soirée. De la weed. J'ai détesté. J'avais jamais fumé de clope non plus, et depuis plus jamais. Je n'aime pas ça. On avait quinze ans, et on s'était incrustés avec les mecs dans une soirée de mecs qui en avaient presque vingt. On a juste voulu faire comme tout le monde. Tarek a été le seul à résister, sinon on a tous testés. Favian a été malade, Mike a détesté autant que moi. Josh et Peter n'ont pas franchement détesté, mais pas aimé non plus. On n'y a plus jamais retouché.
Il n'y avait pas de culpabilisation dans le discours de John. Il ne jugeait pas Sherlock, et pourtant ce dernier se sentit mal. Il aurait aimé être comme les amis de John, être capable de résister après le premier joint, se dire qu'il ne recommencerait plus, être dégoûté. Ça n'avait pas du tout été son cas. Au contraire.
— Moi, j'ai tout testé. Pas seulement le cannabis. Lentement mais sûrement, j'ai étendu mon champ de compétence. Tous les noms de drogue qui peuvent te venir à l'esprit, j'ai essayé. Et pour la plupart, j'ai aimé. Jusqu'à la cocaïne.
John frémit. Sherlock s'obligea à poursuivre.
— J'aimais beaucoup la cocaïne. J'ai testé l'héroïne, mais ça a moins été mon truc. Mais la cocaïne... ça faisait exactement ce dont j'avais besoin. Le sentiment d'éteindre mon cerveau tout en le faisant briller. J'égalais Eurus. J'étais accroc, j'étais heureux. Je manipulais mes doses pour attendre une solution pure à 9% que personne à part moi n'a pu égaler, et qui avais ma préférence. Les cicatrices sur mes bras, ce sont les seringues qui les ont laissés.
Le regard de John se décala légèrement, et Sherlock savait qu'il regardait le matériel de chimie d'une gamme professionnelle qui était posé sur le bureau de Sherlock.
— Il n'y a rien de dangereux dans ma chambre, précisa-t-il. Je te l'ai dit, je suis clean aujourd'hui.
— Quel âge avais-tu ? demanda John.
— Tu le sais déjà, je pense.
— Quand je trouvais que tu avais l'air malade, que tu étais souvent absent, réalisa John. Tu n'étais pas malade. Tu étais addict. Tu étais drogué. Quand je pensais que t'avais choppé un truc grave qui te rendait malade, ce n'était pas entièrement faux…
Sherlock hocha lentement la tête.
— Mon Dieu, Sherlock... murmura John.
Et juste après, il se jeta dans les bras de son amant, le serrant contre lui de toutes ses forces, à la grande surprise du premier concerné.
— Comment tu as fait pour t'en sortir ? demanda John à son oreille. Puisque tu as dit que tu étais clean ?
Sherlock le serre brièvement contre lui, par réflexe. Il ne s'était pas attendu à ça. Il n'y avait aucun dégoût dans le regard de John, ni de mépris ou de jugement. C'était pourtant ce que les gens pensaient des drogués. Qu'ils n'étaient, en outre, pas fiables, et le risque de rechute était important. Pour Sherlock, c'était d'autant plus vrai. Il lui suffirait d'une seringue pour replonger aussitôt dans ses travers. Sa famille le savait parfaitement, au demeurant, expliquant pourquoi sa mère préférait faire tester son sang tous les quatre matins plutôt que discuter avec lui pour savoir s'il s'était drogué de nouveau. Sherlock savait manipuler les gens, ses parents y compris. Ils y résistaient mieux que la moyenne, mais ils avaient aussi suffisamment faire avec leur travail quotidien, et passer voir Eurus sur chaque seconde de leur temps libre. Ils n'avaient pas le temps de se préoccuper des états d'âmes de leur cadet.
Sherlock desserra son étreinte, repoussant légèrement John pour pouvoir le regarder en parlant.
— Mes parents ont fini par s'en rendre compte. Et avoir un dealer décent, dans cette ville, c'est compliqué. J'allais régulièrement à Oxford, épisodiquement à Londres pour trouver mes doses.
John frémit. Il se souvenait sans doute de leur virée à Oxford pour faire les magasins, et se rappelait de combien Sherlock connaissait la ville par cœur. Et il avait raison, le jeune génie l'avait appris en long, en large et en travers quand il cherchait de la drogue. Sherlock préféra cependant ne pas parler d'Alessandro. Inutile de le mêler à tout cela.
— Je n'avais jamais intéressé par des virées en ville avant, donc c'était louche. Plus j'étais drogué, plus j'étais capable de répondre à Eurus, qui augmentait le niveau des jeux cinglés qu'elle inventait pour moi. Pour me faire jouer avec elle. Elle était heureuse, et plus elle était heureuse, moins elle était prudente. J'étais en train de planer la moitié du temps et plus je planais, moins j'étais prudent. Mycroft s'en serait sans doute rendu compte plus vite, mais il venait de finir Cambridge, et était un peu trop occupé dans son coin. Mais Papa et Maman ont fini par réaliser que quelque chose n'allait pas... Bien sûr, Eurus et moi avons alors fait front commun pour le leur cacher.
John avait l'air tellement horrifié que Sherlock préféra fermer les yeux. C'était ce qu'il avait redouté depuis le début.
— Je te l'ai dit au début, je ne me trouve pas d'excuses. Je sais ce que j'ai fait, j'ai aimé cela. La cocaïne, j'aimais réellement ça. C'est Eurus qui m'y a initié, comme à tout le reste, parce que ça faisait partie de son plan, ça lui permettait de me garder avec elle, de jouer avec moi. Mais j'en suis autant responsable qu'elle. J'ai accepté de jouer, je me suis cru plus fort. Plus fort qu'elle, plus fort que la drogue, plus fort que la dépendance. J'ai eu tort, et je le reconnais.
— Je ne suis pas déçu de toi, Sherlock.
La voix de John le fit brutalement rouvrir les yeux. Le regard posé sur lui était difficilement compréhensible, pour Sherlock. Mais il ne semblait n'y avoir rien de négatif. Juste de la douceur. Doucement, John leva une main, la posa sur le visage de Sherlock, caressa sa joue, retraçant de la pulpe du doigt le tracé de la mâchoire.
— Je crois que je te connais suffisamment pour savoir que c'est ce que tu penses, en ce moment. Que je suis déçu, que tu n'es pas l'homme que je pensais, que je suis dégoûté, que je veux plus de toi, que je vais partir en courant parce que je ne veux pas de ça dans mon existence. Mais tout ça, c'est faux.
Sherlock déglutit lentement, son visage bougeant sous la caresse légère de la main de John.
— Je suis... effaré, effrayé, ça c'est vrai. De tout ce que tu as déjà vécu. T'as dix-huit ans, Sherlock, bientôt dix-neuf, et tu en as déjà vécu plus qu'un adulte de quarante. Ta sœur est psychopathe, elle a tué ton meilleur ami, elle a manqué de te tuer, elle a voulu jouer avec toi d'une manière odieuse et cruelle, opposant vos deux intelligences hors normes... t'es tombé dans la drogue ? Dans ce contexte, je pense qu'on aurait tous pu le faire, franchement. Mais la plupart des gens en seraient morts, Sherlock. Ou bien seraient toujours camés jusqu'à la moelle, dans un caniveau ou une ruelle. Pas toi. Tu t'en es sorti. Tu es clean. Tu es admirable, Sherlock. Je suis choqué de connaître ta vie, c'est vrai, parce que je me doutais pas vraiment, pas assez, et je m'en veux de n'avoir rien vu, ou ne rien avoir voulu voir. Mais je suis... tellement, tellement, tellement admiratif de toi, de ta force, de ton intelligence, de ta perfection. Je t'aime, Amour. Je t'aime depuis tellement longtemps. Je t'aime avec ton passé, tes cicatrices, ton manque de tact et ton trop gros cerveau.
— Je ne suis pas admirable, murmura Sherlock. Je ne m'en suis pas sorti seul. Quand mes parents ont compris, ils ont pris des mesures. Enfermer Eurus. Moi, ça a été plus compliqué. J'ai commencé à me désintoxiquer seul, mais je rechutais. J'ai été hospitalisé tout l'été dernier pour achever ma cure et réussir à me sevrer.
John attrapa ses joues à deux mains, collant son front contre le sien. Leur position n'était pas évidente, ni confortable, mais ils ne reculèrent pas.
— Je m'en fous que tu ne le penses pas encore. Je te le répéterai tous les jours de notre vie jusqu'à ce que tu l'acceptes : Tu. Es. Admirable.
Sherlock le regarda, louchant totalement pour réussir à croiser son regard malgré leur visage si proches. Il n'avait jamais envisagé, pas une seule seconde dans son existence, qu'on puisse le trouver admirable d'avoir cédé à des chimères chimiques et de le vouloir, encore aujourd'hui.
— Vraiment ? murmura-t-il. Même si j'en ai encore envie ? Même si je pourrais y céder si facilement ? Même si parfois, quand je bloque sur un problème, mon premier réflexe est de me dire « je vais me faire un shoot et ça ira mieux » ?
John encaissait chacun des mots que Sherlock lui assénait avec une violence calculée.
— Oui, répondit-il. Parce que tu as dix-huit ans, et que c'est normal que tu en aies encore envie, je pense. Ça fait quatre mois que tu es totalement sorti de désintox, c'est ça ? Alors ouais, je trouve ça normal. Je crois. Je pense. J'en sais rien. Mais je m'en fous, je sais ce que je ressens, et c'est tout ce qui compte. Je t'aime, Sherlock. C'est bon, tu as fini, là ? D'essayer de me dégoûter, de me faire partir ? Parce que j'ai soixante pages de business plan à étudier pour savoir si je veux vivre avec toi, et je tends de plus en plus à dire oui, clairement. Rien ne peut me faire changer d'avis quant à mes sentiments pour toi.
— Ça ne fait pas soixante pages, répondit Sherlock absurdement, mais parfaitement logiquement.
— Sherlock, gronda John.
C'était aberrant que ce simple son, son nom qui roulait sur une voix grave, faisant vibrer la gorge de John, si proche de Sherlock que lui aussi tremblait, assèche à ce point la gorge du jeune génie et lui donne envie de John.
— Pardon, souffla-t-il. Oui, j'ai fini. Je t'ai tout dit. Si tu veux encore de moi, tu sais tout.
— Parfait, conclut John.
Et il poussa en avant pour l'embrasser. Sherlock oublia tout, tant il avait l'impression que sa cage thoracique allait exploser. Il ne pensait pas pouvoir aimer davantage John, et pourtant. Il le surprenait encore, et ça l'embrasait totalement. Il sentit la langue de John taquiner ses lèvres entrouvertes, quémander l'accès, et Sherlock l'accepta sans la moindre hésitation, adorant la sensation que cela lui procurait de sentir la langue de John pousser dans sa bouche, caresser sa langue en retour. C'était, là encore, si étrange pour lui, qui réfléchissait tout, rationalisait tout. Il n'avait jamais rationalisé les baisers. Il n'y réfléchissait même pas. Il se contentait de les vivre, sans calculer quand changer, comment bouger, dans quel sens tourner, ou ce genre de choses.
Ils respiraient difficilement, incapables de s'arrêter de s'embrasser à en perdre haleine, haletant dans la bouche de l'autre. Sherlock avait les yeux clos, et serrait John si fort contre lui qu'il avait l'impression qu'il essayait de le fondre dans sa poitrine, de fusionner avec lui.
Un tambourinement contre la porte les fit sursauter et se séparer.
— Les garçons ! Vous avez promis de m'aider ! résonna la voix de Greg. Mycroft m'a envoyé bouler, alors si vous voulez manger un truc aujourd'hui et ne pas mourir de faim, il n'y plus que vous !
Le regard encore brillant d'envie, le souffle court et les lèvres gonflées, les deux garçons se regardèrent, John pouffa, Sherlock resta stoïque.
— On arrive, Greg ! On finissait de s'habiller et de ranger nos affaires ! cria John à l'attention de la porte fermée.
— Je peux survivre sans manger de la journée et ne pas mourir de faim, releva Sherlock.
— Eh bien pas moi. Et je veux aider Greg, pour être prêt à rencontrer tes parents, et qu'ils n'aient rien à redire sur moi.
— Ils n'ont rien à redire sur toi et ils t'aiment déjà, nota le jeune génie. Tu es avec moi. C'est sans doute plus qu'ils n'avaient espéré voir arriver.
John explosa de rire.
Les théorèmes de sa mère n'avaient pas été si compliqués, cette fois. Ça aurait été rendu plus simple si Lestrade ne mangeait pas la moitié des ingrédients au hasard, et que John le soutenait, au motif fallacieux qu'il n'avait rien pris au petit-déj, et qu'il avait faim et que le déjeuner était prévu au milieu de l'après-midi. Désespéré, Sherlock en avait été réduit à aller chercher son frère, pour faire pression sur Lestrade.
Mycroft s'était installé, ordinateur inclus, à la table de la cuisine, leur promettant de les surveiller.
Bien évidemment, cela n'avait eu absolument aucune utilité, sinon dégoûter Sherlock. Mycroft s'absorbait dans son écran, totalement indifférent à ce qui se passait autour de lui, et ne relevait la tête que lorsque Lestrade, dans un élan de folie, venait l'embrasser.
John avait explosé de rire, la première fois, tant Sherlock s'était brusquement figé à cette vue. Entre deux éclats de rires qu'il ne parvenait plus à retenir, il avait expliqué que la tête de Sherlock était parfaitement impayable, et il en pouffait encore parfois, d'un coup, sans raison, deux heures plus tard.
Rapidement, la cuisine se transforma en champ de bataille où tout avançait plus ou moins, et rien ne se produisait en même temps.
Ce fut dans ce contexte que ses parents débarquèrent, au début de l'après-midi. Et à la grande surprise de Sherlock, sa mère ne jeta pas tout le monde hors de sa cuisine, bien au contraire. Elle salua Lestrade comme si c'était un membre de la famille depuis toujours (« C'est le cas, Sherlock, ça fait six ans qu'ils sont ensembles, même si tu ne le savais pas » rappela charitablement John avec un coup de coude dans ses côtes) et John, nerveux, eut le droit au même traitement ou presque. Sieger alla même jusqu'à serrer le jeune homme dans ses bras avec un immense sourire. Ses parents semblaient tellement contents que Sherlock ait enfin une relation qu'ils en devenaient embarrassants, et Sherlock maugréait dans sa barbe. Si sa mère sortait des albums photos de quand il était petit, comme elle promettait de le faire depuis dix minutes, il ne répondait plus de rien. (« Non mais ça c'est des parents, c'est normal, ils sont tous comme ça, même sans autisme, intelligence supérieure ou sœur psychopathe, je t'assure Amour », l'avait informé John)
Avant même que Sherlock ait pu réellement comprendre l'enchaînement des évènements, il s'était retrouvé assis à la table du salon, plus de nourriture qu'il n'en pensait possible posée devant lui, son père à sa droite et John à sa gauche. En face de lui, Mycroft s'était installé avec Lestrade, qui insistait pour que Violet s'assoie et qu'il fasse le service, mais sa mère ne cessait de se relever pour aller chercher autre chose en cuisine. Elle avait réussi le tour de maître de remettre de l'ordre dans la cuisine et de la logique dans toutes les préparations en un tour de main.
C'était le milieu de l'après-midi, le sapin brillait, la maison embaumait la clémentine et les effluves de nourriture, John avait une couronne en papier sur la tête, trouvée dans un cracker. Il avait l'air ridicule. Il avait l'air magnifique.
Il discutait avec Sieger par-dessus Sherlock, comme si tout était parfaitement normal et banal. Et parce qu'il avait vu que Sherlock était totalement déconnecté de leur réalité, la main droite de John était posée sur sa cuisse, prenant sa main et entrelaçant leurs doigts et en caressant doucement la paume pour rappeler qu'il était là.
C'était bizarrement réconfortant, d'une certaine manière. Ça ressemblait presque à quelque chose que Sherlock aurait pu désirer.
— Ça va ? lui chuchota John à l'oreille.
Sieger s'était retourné en direction de sa femme pour lui dire de s'assoir et de laisser Greg faire le service, qu'elle avait bien le droit de se reposer un instant, et plus personne ne faisait attention aux deux garçons.
— Je ne sais pas, répondit Sherlock très honnêtement. Je n'ai jamais ressenti ça.
— Ça quoi ?
— Je ne sais pas, répéta-t-il. Ça.
Il engloba toute la scène de la main.
— Ça me gêne pas. Je trouve ça presque agréable, même. C'est bizarre.
— Vous n'avez jamais eu de Noëls comme ça ?
— Si. Au début. Puis Mycroft travaillait, Eurus faisait une crise ou me posait une énigme et tentait de me blesser si je n'y répondais pas, Maman devait répondre à un mail ou à un appel quelconque — ne cherche pas d'où Mycroft tient sa passion pour le travail — Papa gérait Eurus, j'étais seul et j'allais me faire un fix.
John eut un pauvre sourire, qui ressemblait davantage à une grimace. Il lui faudrait encore du temps pour totalement digérer l'addiction de son petit-ami, de toute évidence.
— Eh bien ce que tu ressens, c'est juste du bonheur de découvrir qu'aussi dysfonctionnelle que peut être ta famille, parfois vous êtes juste normaux.
Sherlock eut un reniflement méprisant. Normaux était bien le dernier terme qu'il aurait employé pour décrire sa famille. Mais dysfonctionnel était parfaitement adéquat.
— Je suis heureux aussi, Sherlock, souffla John. Ta famille est cheloue, et tu verras, la mienne est pas mieux. Enfin, si tu la vois un jour vu que la meilleure définition de la mienne est inexistante. Ce sera jamais parfait, les repas de famille et les fêtes. Mais... on sera tous les deux, hein ? C'est ça pour moi, le plus important. Ta mère cuisine divinement bien, et ça a l'air quinze fois meilleur que ce qu'on a fait hier...
Dès qu'elle était arrivée, Violet avait repris en main les choses dans la cuisine, et avait traité tous les autres personnes présentes comme des commis corvéables. Mycroft n'avait pas daigné lever les yeux de son ordinateur, Sherlock avait prudemment fui à l'entrée de la cuisine pour ne pas être dans le passage, mais John et Lestrade avaient complaisamment obéi, et leur bazar ambiant s'était transformé en nourriture appétissante en un rien de temps.
— ... ton père est adorable, je l'aime beaucoup, ton frère est flippant au possible mais il suffit qu'il regarde Greg pour avoir l'air niais et stupide. Mais le seul truc important pour moi de Noël... c'est toi.
Il souriait, ses yeux bleus plus clairs que jamais pétillaient et ses cheveux blonds prenant des reflets étranges à la lumière des guirlandes électriques du sapin, derrière lui. Sherlock n'avait pas le cœur de lui détruire les illusions qu'il se faisaient sur les parents Holmes, pas aussi géniaux que John semblait les trouver. Il l'apprendrait bien assez tôt.
— Pour moi aussi, déclara Sherlock. Ce sera toujours toi.
Le reste de la famille ne faisait toujours pas attention à eux. Une dispute quelconque absurde sur la découpe de la dinde ou l'ordre dans lequel les plats devaient être mangés. Alors John resserra ses doigts autour de ceux de Sherlock, et se pencha pour l'embrasser. Et tout le reste n'avait alors plus aucune importance.
FIN
Et voilà, c'est fini ! J'aurais pu écrire encore des pages et des pages sur ce chapitre, sur leur ambiance de Noël, sur le fait d'aller faire un bonhomme de neige... Mais ce genre de choses, je l'ai déjà écrit plusieurs fois, j'avais pas envie de redite, et là on a fini les choses importantes ! On se revoit fin décembre ou début janvier pour le chapitre de remerciements/introspection personnelle, et courant janvier pour les réponses à reviews !
Je vous souhaite d'excellentes fêtes de fin d'année, à vous et vos proches, en espérant que la vie vous soit douce et belle ! Merci d'être encore présents, de me lire, de laisser des si gentilles traces de votre passage !
Reviews ? :)
