Auteur : Akanezora

Genres : Romance, drame, suspens

Résumé : La pluie ne cesse presque jamais, sur l'île de Salaar où vivent Naruto et sa famille. Capitaine de l'équipe de basket du lycée, il rêve de rejoindre le continent pour jouer en professionnel et enfin, échapper au chagrin de ses parents et au fantôme oppressant de sa soeur. Et tout se déroulait comme prévu, avant que les Uchiwa ne reviennent s'installer ici, remuant avec eux les affres d'un passé beaucoup trop bien enterré. Schoolfic / Suspens. NaruSasu


The Island

Chapitre 1

Naruto Uzumaki avait tout d'un garçon banal. Capitaine de l'équipe de basket du lycée, populaire et adulé par la gent féminine ; sa renommée n'était plus à faire. Chaque saison, il se démenait sur le terrain pour tenter d'être recruté par une grande équipe. Pour vivre sa passion à fond, comme il aimait le dire. Pour briller, plus puissamment encore que le soleil. Pour atteindre les sommets, comme ses idoles avaient pu le faire avant lui. Et cette année particulièrement : Naruto donnerait le maximum pour se faire remarquer par-delà les frontières de leur petite île. Il s'en était vanté tout l'été.

Parce que Lundi, ils attaqueraient leur dernière année de lycée. La plus importante, pour ceux qui espéraient rejoindre le continent. Pour échapper au sort des habitants de Salaar, qui depuis des décennies, s'empâtaient sur ce petit morceau de terre, perdu au milieu de l'océan, reprenant les commerces de leurs aïeux. Pour continuer de faire vivre l'île, là où ils avaient grandi et ainsi, engendrer la future génération.

Ici, il n'était pas rare de finir marié à la fille des voisins, ou à cette camarade de classe, que l'on connaissait depuis toujours. Un mariage, souvent arrangé depuis des années par les parents ; heureux de pouvoir assurer la descendance de la lignée et faire perpétrer le nom de famille. Heureux de savoir que leur progéniture finirait par engendrer une nouvelle génération, qui, elle aussi, assurerait la survie de l'île.

Cela avait toujours fonctionné ainsi. Pas de place pour le véritable amour, pour celui qui n'avait pas la chance de le trouver sur l'île. Rares étaient ceux qui arrivaient à s'en échapper. Ils se comptaient par poignées, et il fut bien occasionnel de les croiser à nouveau par ici. Parce que la seule chance de sortir de cet engrenage : c'était bien de rejoindre le continent. D'exceller dans un domaine, comme Naruto Uzumaki cherchait à le faire depuis sa tendre enfance.

Percer dans le basket, c'était sa seule option. Les recruteurs se déplaçaient rarement sur l'île. Mais à force de jouer en extérieur sur le continent, Naruto avait fini par se faire remarquer. Devenu la coqueluche des médias sportifs, sa réputation n'avait fait que grandir jusqu'à lui tracer un avenir de plus en plus certain.

Un jour, il finirait par quitter l'île et vivre cette vie qu'il désirait tant. Loin d'ici et de ce maudit rocher qui lui avait pris tant de choses. Loin de ses parents, devenus esclaves de leur tristesse. Et bien plus près de son rêve, là-bas, sur le continent, où les opportunités le mèneraient droit vers le sommet.

- A notre dernière année ! cria Kiba en levant son verre. Et pour les Kyubi, hip, hip, hip !

- HOURRA ! répondit le reste de l'équipe.

Naruto se laissa porter par l'ambiance, sourire aux lèvres, animé par la hâte de commencer leur prochaine saison de basketball. A Salaar, les Kyubi prospéraient parmi les habitants. Ils étaient la fierté de ce peuple, qui vivait pourtant très en recul du reste du monde. L'équipe du lycée avait toujours eue bonne réputation. Et parce que Naruto la menait aujourd'hui, elle progressait de jour en jour vers la voie du succès.

- Et pour notre capitaine, continua son meilleur ami. Hip, hip hip !

- HOURRA !

Il y eut une hilarité générale dans le petit bar du port, tenu par le vieux Jiraya. Ce type était devenu un emblème de l'île, avec ses blagues salaces et sa bonne humeur exacerbée. On lui notait tout de même une attirance particulière pour les jeunes femmes, qui parfois, menait à quelques situations cocasses. Mais bon vivant, il était le seul bistrot du coin à laisser quelques privilèges aux mineurs qui souhaitaient venir se détendre avec un verre d'alcool et les Kyubi n'y faisaient pas exception.

Le patron leur avait encore fait une fleur, cette fois-ci, fermant les yeux sur leur consommation parfois excessive d'alcool. Ils s'étaient réunis pour fêter le début de la saison, et les retrouvailles après le retour des vacances de ceux qui avaient eu la chance de quitter l'île quelques semaines. C'était devenu commun, finalement, de se retrouver ici. Et lorsque leurs parents les cherchaient, ils n'avaient pas bien loin à aller, bien coutumiers des traditions de l'équipe.

Naruto leva son verre de soda pour trinquer avec ses coéquipiers. Il ne buvait de l'alcool qu'en de rares occasions, trop préoccupé par ses performances pour se laisser distraire. Et en début de saison, il ne pouvait pas se permettre de faiblir. Parce que chaque année, les Kyubi recrutaient de nouveaux joueurs qui souvent, cherchaient leur place parmi les autres. Et Naruto ne pouvait pas se permettre de perdre son titre de meneur.

- Les recrutements commencent dès la semaine prochaine ? demanda Lee, leur ailier, les joues rosies par quelques bières. J'ai tellement hâte de pouvoir bizuter nos petits nouveaux !

C'était un rituel rôdé depuis la nuit des temps, chez les Kyubi. Chaque nouveau membre devrait se soumettre à quelques épreuves initiatiques avant d'être officiellement accepté dans l'équipe. Ils y étaient tous passés, de Naruto le meneur jusqu'aux remplaçants qui ne jouaient quasiment aucun match. C'étaient les règles, et il fallait respecter la tradition.

- Mais le nouveau coach arrive quand ? demanda Neji en remettant l'une de ses longues mèches brunes derrière son oreille. Si ça se trouve, il ne nous laissera pas perpétuer la tradition…

D'un tempérament excessif, Kiba tapa sa bière contre le tonneau en bois.

- La tradition, c'est la tradition ! Rien à foutre du nouveau coach ! déclara-t-il, plussoyé par ses coéquipiers. Il manquerait plus que ça, un Salak qui fait la loi ici !

Les autres rirent pour valider ses dires. Un Salak était le nom peu affectueux donné par les locaux à ceux qui venaient du continent. Ils n'étaient pas très appréciés, par ici, davantage lorsqu'ils venaient s'installer sur l'île pour prendre le peu de travail disponible.

- Il paraît que ce n'est pas vraiment un Salak, rectifia Sasori, leur pivot. Notre mère dit qu'il a habité ici avec sa famille, il y a longtemps.

Gaara approuva d'un signe de tête. Leur mère dirigeait le lycée depuis des années maintenant, et il arrivait régulièrement qu'ils bénéficient d'informations avant les autres.

Naruto fronça les sourcils.

- Et vous savez qui c'est, du coup ?

Sasori désapprouva. Leur mère avait tenu à garder le secret durant tout l'été.

- Non, mais elle a dit qu'il a fait partie des Kyubi, à l'époque, ajouta Gaara. Il paraît que c'était un joueur excellent, en son temps.

Il y eut quelques exclamations intriguées mais les deux frères n'en savaient définitivement pas suffisamment pour satisfaire la curiosité de leurs coéquipiers. Alors Naruto resta silencieux un moment, pensif. Salak ou non, il s'en fichait bien, lui. Ses origines lui importaient peu, tant que le coach saurait les emmener vers la victoire.

Il n'avait qu'un seul but en tête, cette année, et rien ne saurait l'en éloigner. Et même s'il vouait une amitié sans faille à ses coéquipiers, il ne quitterait son chemin sous aucun prétexte, même s'il devait être le seul à soutenir le nouveau coach.

- Et toi, t'en penses quoi ? lui demanda Chôji en terminant le bol de saucisson. Capitaine ?

- Hm ? Quoi, du coach ?

Son ami enrobé approuva et comme toujours depuis trois ans, l'équipe parut pendue à ses lèvres. Parce que Naruto avait ce pouvoir, comme s'il était à la fois le cœur et le cerveau des Kyubi.

- Je m'en fous, du moment qu'il est bon.

Il y eut quelques instants de silence, comme si Naruto dénotait du reste du groupe. Alors il reprit son sourire jovial habituel et décida de satisfaire son assemblée.

- Et si c'est un con, on le remettra à sa place !

Cette fois-ci, sa déclaration fut accueillie de rires et de sifflements dont il se délecta. Il avait toujours été un garçon populaire, depuis l'enfance et son jeu au basket n'avait fait que le propulser vers l'avant. Aujourd'hui meneur de l'équipe et adulé par les médias, il sentait combien il pouvait être invincible. Qu'il était à un cheveu seulement d'atteindre son rêve. Et qu'il ne laisserait rien ni personne lui barrer la route. Sous aucun prétexte.


Le Lundi arriva trop vite et comme tous les écoliers du pays, Naruto partit de la maison la mort dans l'âme et la tête encore ensevelie de sommeil. Son seul réconfort résidait dans le fait que les entraînements reprendraient le soir-même et il se réjouissait déjà de fouler à nouveau le terrain du gymnase auprès de ses coéquipiers. Alors il traversa la moitié de l'île avec son vélo, bravant les bourrasques qui soufflaient impunément sur les points culminants du rocher.

Naruto habitait la rive ouest, entre les hautes falaises et le bois perdu. C'était un coin reculé de l'île où le nombre d'habitants s'était amoindri depuis la grosse tempête, huit ans plus tôt. Elle avait été la plus forte enregistrée à Salaar depuis ces trente dernières années. La plupart des habitations avaient été détruites de ce côté de l'île, rasées simplement par la force de la brise et emportées par les vagues déchaînées jusque dans les profondeurs marines. Alors il avait fallu reconstruire, et pour éviter ce genre de désagréments, la population s'était rapprochée du centre de l'île, davantage protégé car il se situait plus en contrebas.

Les tempêtes étaient régulières, ici, à Salaar. La population vivait une majeure partie de l'année sous les crachins d'une pluie incessante, souvent portée par les vents qui venaient de l'océan. Cependant, les parents de Naruto n'avaient jamais voulu quitter leur petite barraque de pêcheurs, miraculeusement épargnée par la grosse tempête, huit ans plus tôt. Minato, son père, l'avait construite de ses mains, aidé de son propre père, pour mettre leur famille à l'abri du besoin. Et ils y avaient vécu de nombreuses années, réparant en allant fuites et autres dégâts inconvenants, parce qu'ils n'avaient simplement pas les moyens de déménager.

Mais si la tempête avait épargné leur maison, elle avait pourtant causé d'autres ravages. Bien plus graves, et bien plus irréversibles. Des dommages irréparables par la force des clous ou d'un marteau, que seul le temps pouvait encore tenter d'apaiser. Sans jamais réellement guérir, parce que la mort laissait des traces indélébiles à ceux qui restaient pour la contempler. A ceux qui devaient continuer à vivre, en subissant l'absence de l'être aimé.

Et Naruto en savait quelque-chose, parce que le soir de cette fameuse tempête avait aussi marqué un tournant dans leur vie de famille. Un virage en épingle qu'aucun parent ne serait jamais prêt à endurer, peu importe les circonstances. Une épreuve, dont Minato et Kushina Uzumaki ne s'étaient jamais vraiment remis, parce que c'était ce soir-là, que leur bien aimée fille avait disparu sans laisser de trace.

Ino Uzumaki avait été une jeune fille pleine de vie, joueuse et toujours un peu taquine. Elle avait rendu ses proches heureux par la force de son caractère et s'était toujours rendue disponible sur l'île, pour donner un coup de main ou embellir la journée d'un voisin. Elle avait été une gamine ordinaire et sans histoire, plutôt populaire à l'école et bonne élève, jusqu'à ce tragique soir de tempête, alors qu'elle n'avait que quinze ans.

« Disparue sans laisser de trace », « Mais où est donc passée la fille des Uzumaki !? », « Fugue amoureuse ou emportée par les flots ? », tels avaient été les gros titres du journal local de l'époque, donnant lieu à des battues à travers l'île et des recherches en mers, menées de front par Minato et son modeste bateau de pêche. Sans succès. Les semaines passantes, les habitants avaient fini par se résigner, trop occupés à réparer leurs propres dégâts liés à la tempête. Il ne resta donc finalement plus que les investigations du petit commissariat de l'île qui, petit à petit, se firent aussi de plus en plus rares jusqu'à classer le dossier dans les archives poussiéreuses des mystères non résolus.

Ainsi, Ino Uzumaki tomba dans les profondeurs de l'oubli. Devenue un sujet tabou, on ne parla rapidement plus d'elle et surtout en présence de ses parents. Par égard pour eux mais aussi parce qu'il était difficile, de regarder droit dans les yeux la peine de cette famille. Parce que cet événement rappelait à tous leur propre fragilité. Leur vie éphémère qui d'un jour à l'autre, pourrait bien finir par s'arrêter. Alors on détournait le regard, lorsqu'on croisait la pauvre Kushina, toujours persuadée que sa fille était encore bien vivante, quelque-part sur le continent. Et on souriait tristement à Minato qui, chaque jour, partait en mer aux aurores pour vendre son poisson sur les étals du marché du port.

Naruto n'avait que dix ans, lors des événements qui avaient emportés sa sœur, là où on ne la retrouva jamais. Il en avait fait le deuil, forcé d'admettre qu'il ne la reverrait probablement jamais – contrairement à sa pauvre mère qui gardait encore espoir. Alors il avait appris à vivre sans elle, même s'il avait dû côtoyer le chagrin de ses parents, qui prenait finalement tout autant de place qu'elle dans la famille. Mais c'était ainsi et pour y échapper, Naruto s'était enfermé dans sa passion du basketball. Parce que c'était la seule façon pour lui d'échapper, durant quelques heures au moins, au fantôme envahissant qu'était celui d'Ino Uzumaki.

- Salut mec, le héla Kiba en enfourchant son vélo. Prêt pour l'entraînement de ce soir ?

- Tellement hâte, mon pote !

Le rituel était ficelé depuis l'école élémentaire. A huit heures tapantes chaque matin, Naruto dérapait dans la boue devant le portail de la ferme des Inuzuka, ne manquant jamais de l'éclabousser pour faire enrager sa mère. Et Kiba le rejoignait, capuche sur la tête et sac de sport jeté sur le dos et ainsi, ils continuaient le reste du trajet ensemble jusqu'au lycée pour ne revenir que tard le soir, après les entraînements.

Alors ce matin-là n'échappa pas aux autres, heureux malgré la reprise des cours, de reprendre leurs petites habitudes et ils pédalèrent sur les sentiers,sous la bruine incessante afin de rejoindre le reste de la bande, devant le lycée. Ainsi débuta la rentrée de leur dernière année qui, ils se l'étaient promis, serait la plus mémorable. Parce qu'ils gagneraient la finale du championnat et qu'enfin, ils quitteraient cette île de malheur et cette foutue pluie, qui ne cessait jamais.


A la cafétaria, Naruto fut heureux de retrouver ses amis pour profiter du déjeuner. La pièce aux grandes baies vitrées donnait une vue imprenable sur l'océan déchaîné, en contrebas des falaises. L'établissement accueillait toutes les classes depuis la petite section jusqu'à la terminale, et l'heure de la pause repas était souvent synonyme de foutoir et de brouhaha. Ce n'était pas moins de mille cinq cents élèves qui se bousculaient en même temps au réfectoire, plateau à la main, à la recherche désespérée d'une petite place où se restaurer.

Naruto n'avait jamais eu ce problème. Populaire depuis ses classes de l'école élémentaire grâce à ses performances au basketball, il avait toujours eu droit à la table privilégiée où seule l'élite du lycée pouvait prétendre s'asseoir. L'équipe des Kyubi et leurs bien aimées cheerleaders, que tout le reste de l'établissement admirait avec tant de ferveur -et tous les débordements que cela pouvait engendrer. Parce qu'il n'y avait pas que des âmes sympathiques, assis à cette table.

Positionnée sur une estrade, leur grande table surplombait le reste du réfectoire et ils avaient par conséquent une vue imprenable sur les autres élèves. Comme s'ils dominaient le monde, et que même l'établissement faisait en sorte de les mettre en avant. Comme une tradition, que l'on incitait à perpétuer, pour instaurer une sorte de hiérarchie même au sein des élèves.

- Devinez qui se présente à la présidence du comité des élèves cette année ? demanda Sakura en posant son plateau. Hm, non ? Vous ne voyez vraiment pas ?

Elle embrassa la joue de Naruto avec habitude et il lui tira sa chaise pour qu'elle prenne place à côté de lui. Comme depuis toujours, parce que ç'avait été rôdé ainsi, entre eux. Leurs parents avaient toujours tout fait pour qu'ils se mettent ensemble. Pour qu'ils finissent par se marier et qu'ils continuent de peupler l'île, d'ici quelques années.

- C'est toi, Sakura, soupira Shikamaru en s'adossant nonchalamment contre le dossier de sa chaise. Comme chaque année.

Elle sourit de toutes ses dents, fière d'être si populaire et Naruto lui coula un regard doux. Ils étaient ensemble depuis le collège et leur vie future semblait déjà réglée comme du papier à musique. Elle lui sourit en retour, bien loin d'imaginer ce qui courrait dans la tête de son petit-ami depuis des lustres. Parce qu'il n'avait jamais trouvé la force de lui dire combien il était désireux de quitter cette île, sans jamais se retourner.

Il détourna le regard, pour reprendre son repas, amusé par la joute verbale de Lee et Kiba qui se disputaient pour savoir lequel d'entre eux marquerait le plus de paniers ce soir, à l'entraînement.

- Ça va ? demanda Sakura en s'approchant à son oreille. Je t'ai trouvé un peu distant, cet été.

Il lui sourit pour la rassurer et fit mine de ne pas voir le regard que Kiba posa sur lui. Son meilleur ami était le seul à être au courant de ses projets. Ni ses parents, ni sa petite-amie n'avaient été avisés du départ qu'il envisageait, pour rejoindre le basketball en professionnel sur le continent.

- Tout va bien, ne t'inquiète pas.

Il passa une main sur son genoux dénudé, sous sa robe de cheerleader et elle lui rendit un petit clin d'œil coquin. Sakura avait une forte personnalité -elle s'était même teint les cheveux en rose poudré pour embêter sa pauvre mère !- et Naruto ne savait pas comment elle réagirait à l'annonce de ses ambitions. Le suivrait-elle, malgré tout ce que leurs parents avaient envisagé pour eux ici ? Quitterait-elle son île natale pour vivre une vie dont elle ne s'était jamais souciée auparavant ? Non, probablement pas. Et Naruto redoutait cette conversation qu'ils finiraient tôt ou tard par aborder et les conséquences qui en découleraient fatalement.

- Tu viens chez moi, après l'entraînement ? Mes parents seront encore à la boutique, on sera tranquilles.

Elle lui offrit un sourire empli de sous-entendus et à bientôt dix-huit ans, Naruto devait bien avouer que ses hormones le chatouillaient un peu trop régulièrement. Ils n'avaient jamais passé le cap, malgré toutes ces années et récemment, Sakura devenait de plus en plus insistante. Et il comprenait, même si jusque-là, il ne s'était jamais vraiment trop senti prêt.

Il attendait le bon moment, même s'il ne savait pas lui-même ce que cela signifiait réellement.

- Hum, ok… souffla-t-il, forçant un peu sur son sourire. Si tu veux.

Elle l'embrassa du bout des lèvres, heureuse de se sentir ainsi aimée. Alors Naruto détourna une nouvelle fois la tête, mal-à-l'aise.

- Tu as révisé tes enchaînements, cet été ? demanda-t-elle à la timide Hinata. Il faut que tu sois prête, le championnat reprend bientôt et il faut que l'on soit les meilleures pour accompagner nos joueurs !

Hinata était la dernière arrivée dans l'équipe des cheerleaders, réservée et gênée en public, tout le monde se demandait bien pourquoi elle s'infligeait tant de mal dans ce sport où il fallait faire preuve de beaucoup de facultés sociales. Elle était la cousine de Neji, qui jouait comme remplaçant dans l'équipe de Naruto. La ressemblance entre eux était troublante ; et si Kiba se chamaillait souvent avec Neji, il n'en demeurait pas moins des plus silencieux devant la jolie Hinata. Il en pinçait pour elle, assurément, et elle semblait bien être la seule à ne pas s'en rendre compte.

- Oh putain, les gars ! brailla Kiba en attrapant le bras de Sasori à sa droite et celui de Deidara à sa gauche. Regardez qui est là !

Dos au reste de la salle, Naruto joua du cou pour regarder en contrebas l'amas d'élèves qui s'agglutinait avec leurs plateaux.

- Quoi, où ? s'enquit Lee. Tu parles de la petite Moegi ? Elle a pris une sacrée paire de loches, cet ét…

Tenten lui administra une claque derrière la tête.

- Mais quoi !?

- Ferme-là, grogna-t-elle.

Naruto plissa les yeux, cherchant à trouver la personne que Kiba tentait de leur montrer. Il rencontra différents regards, notamment celui admiratif des filles qui rêvaient toutes d'être pendue à son bras ou encore celui de certains garçons aussi, souvent plus jeunes, qui l'admiraient pour ses talents.

- Mais de qui tu parles ? s'agaça Neji, lui aussi en train d'inspecter la cafétaria.

- Mais là ! répondit Kiba en pointant un endroit précis parmi la foule. Ce serait pas cette pédale d'Uchiwa !?

Naruto agrandit les yeux, se mettant à chercher frénétiquement parmi la foule. Puis lorsque son regard croisa celui du jeune homme en question, son cœur cessa un instant de battre. Alors il entrouvrit la bouche, déconcerté, la gorge subitement sèche.

Parce que Sasuke Uchiwa était assis plus bas dans la cafétaria, son regard charbonneux transcendant la foule pour plonger dans le sien. Naruto resta muet, pantois de revoir ce garçon que le temps avait fini par lui faire oublier. Déstabilisé par l'intensité de ses yeux qui semblaient défier les siens.

- Si, c'est bien lui, conclut Gaara en terminant sa bouchée.

Sakura soupira alors que tous cessaient de l'observer pour se concentrer à nouveau sur leur table.

- Pourquoi tu le traites de pédale ? demanda-t-elle, les sourcils froncés, toujours prête à rendre justice. C'était juste une rumeur, non ?

Sasuke détourna le regard de celui de Naruto et troublé, celui-ci rejoignit les yeux inquisiteurs de Kiba.

- Il a été vu en train d'embrasser un autre mec à l'école élémentaire, ajouta Sai, son éternel sourire factice collé sur les lèvres. Puis sa famille a quitté l'île quelques temps après, juste après la tempête d'il y a huit ans. Tu ne te souviens pas, Sakura ?

Fébrile, Naruto la vit hocher la tête avec hésitation.

- Mais c'était qui, le garçon qu'il a embrassé ? demanda-t-elle, pour tenter d'éclaircir la situation. Ce ne sont peut-être que des ragots ! Et qui est-ce qui les a soi-disant vus ?

Kiba et Naruto échangèrent à nouveau un regard furtif et même si ce dernier appréciait le grand sens de la justice de sa petite-amie, il voulut qu'elle cesse ses questions trop pointues.

- Personne, répondit-il froidement. On s'en fout, d'Uchiwa. Une pédale, c'est une pédale, alors qui s'en soucie ?

Sakura ouvrit la bouche, étonnée, puis la referma doucement. Il était rare de voir Naruto parler si sèchement mais elle cessa par conséquent ses questions et l'autre en fut satisfait.

Troublé, Naruto jeta un dernier regard par-dessus son épaule pour retrouver celui de Sasuke, mais celui-ci avait disparu et il expira longuement, la respiration tremblante.

L'année promettait d'être plus compliquée que prévu.


Après les cours vint enfin le moment tant attendu par l'équipe de se retrouver dans le gymnase. Dehors, il faisait déjà nuit et la pluie tombait à torrent contre le toit en tôle, résonnant sur tout le terrain jusque dans les vestiaires. Le mois de Septembre était particulièrement pluvieux à Salaar -encore plus que d'habitude !- ne rendant que plus déprimante encore cette nouvelle année scolaire. Et pour se divertir, l'équipe des Kyubi avait instauré une petite tradition des plus amusantes : faire courir les possibles recrues sous la pluie et dans la boue, juste avant le début des sélections.

Cela avait toujours été toléré. Depuis la nuit des temps, il fallait apprendre à être bizuté pour prétendre à être pris dans l'équipe. Et les coachs précédents n'avaient jamais rien trouvé à y redire… jusqu'à ce soir. Ils étaient en train de se moquer des gamins qui courraient dehors lorsque la lourde porte du gymnase s'ouvrit dans un bruit fracassant. Et tous les regards, même ceux des cheerleaders, furent attirés par le nouvel entrant qui semblait dans une fureur noire.

Itachi Uchiwa se tenait là, le visage sévère et de la colère dans le regard.

- Ça vous éclate, bande d'abrutis !?

Il y eut un silence dans le gymnase, bien vite remplacé par des murmures et Naruto sentit Kiba se pencher à son oreille.

- Merde, tu crois que c'est Uchiwa notre nouveau coach ?

Naruto lui coula un regard, les lèvres pincées, avant de reporter machinalement son attention sur Itachi. C'était le grand frère de Sasuke. Ex-meneur des Kyubi, en son temps et détenant le meilleur record de points de l'équipe des vingt dernières années. Lui aussi, avait quitté l'île avec sa famille, huit ans plus tôt, sans même terminer son année de terminale. Et ici, personne n'en entendit plus jamais parler, alors que tout le monde le pensait destiner à une grande carrière.

- Oui, Inuzuka, je serai votre coach pour cette année, cria Itachi depuis l'entrée du gymnase. Et je trouve votre attitude minable !

Il y eut de nouveau des chuchotements des joueurs, troublés de revoir cet ex-champion fouler à nouveau le sol du gymnase. Les avis semblaient mitigés dans l'assemblée, entre les cheerleaders qui semblaient le trouver à leur goût avec son corps d'athlète et ses longs cheveux noirs et les joueurs, qui eux, semblaient ne pas trop savoir sur quel pied danser. Ils l'avaient tous adulés, enfants, regardant son ancien maillot accroché sur le mur comme un trophée mais aujourd'hui, il avait l'air d'être devenu un adulte sévère et chiant au possible.

- SILENCE ! hurla-t-il et dans le gymnase et on n'entendit plus que quelques respirations fébriles. Uzumaki, c'est toi le capitaine ?

Au milieu des autres joueurs, Naruto accusa le regard colérique d'Itachi à son encontre et il hocha la tête mécaniquement.

- Alors tu prends tous tes guignols de petits copains et tu vas me faire dix tours de stade !

- Dehors !? beugla Kiba au milieu des autres exclamations outrées. Mais il pleut averse !

Itachi Uchiwa reporta son regard glacial dans celui de Kiba, qui recula machinalement d'un pas derrière l'épaule imposante de Naruto.

- Ça n'avait pas l'air de vous poser de problèmes, avec les jeunes recrues ? Alors vous sortez de ce gymnase, MAINTENANT !

Kiba ragea entre ses dents, et tous se dirigèrent vers la sortie où se tenait encore le nouveau coach. Alors Naruto s'arrêta à sa hauteur, le regard sérieux, troublé de voir la sévérité que leur nouvel entraîneur venait mettre dans son équipe.

- C'était juste pour plaisanter, Itachi. Pas besoin d'être…

- C'est coach, le rabroua sèchement l'entraîneur. Et pour toi, ce sera cinq tours de stade supplémentaires. Tu y songeras à deux fois, la prochaine fois que tu voudras bizuter les nouveaux membres de mon équipe.

Naruto déglutit, les sourcils froncés, confronté au lourd regard accusateur d'Itachi qui défiait son autorité de meneur devant tous ses joueurs.

- Dégage de mon chemin, Uzumaki.

Ils restèrent encore une seconde face à face, jusqu'à ce que Naruto ne finisse par obéir, les poings serrés de rage. Cet enfoiré allait lui mener la vie dure, il en était certain. Par esprit de vengeance, juste pour le remettre à sa place. Et dégoûté, il cracha à l'entrée du gymnase, aux pieds des nouvelles recrues qui, trempées d'avoir couru si longtemps sous la pluie, attendaient pour pénétrer à l'intérieur.

Alors il se fraya un passage, énervé d'avoir été ainsi rabroué par le coach devant eux. C'était son équipe, ses joueurs ! Et Itachi venait à l'instant d'ouvrir une bêche pour mettre à mal son autorité de capitaine sur ses autres coéquipiers. Mais le regard de Naruto s'accrocha dans celui de l'une des nouvelles recrues, et s'il en fut troublé un instant, sa colère prit davantage le dessus alors que Sasuke Uchiwa le dévisageait sans ménagement. Il portait le maillot noir à l'effigie des Kyubi, ses mèches brunes et mouillées collant contre sa peau opaline.

Il ne manquait plus que ça…

Enervé, il bouscula son épaule et leurs yeux se quittèrent tandis qu'il partait en petites foulées sous la pluie.

- Putain de Salak !


Hello !

J'espère que vous allez bien !

J'avais cette idée qui me trottait dans la tête depuis quelques jours. J'espère que ce début vous aura plu et que ces prémices vous donneront envie de connaître la suite.

A très bientôt !

Akane