Chapitre 1
La situation empirait à mesure que la siccité se répandait de plus en plus profondément dans la forêt, à l'extérieur de la ville. Tighnari ne comptait plus le nombre de zones qu'il avait purifié. Pourtant, les patrouilles qui rapportaient l'émergence de nouvelles zones n'en finissaient plus. Il continuait malgré tout de mener à bien son travail de garde forestier et allait en patrouille presque tous les jours pour purifier les nouvelles zones. Il était le seul garde forestier à détenir un oeil divin, en dehors de Collei, qui ne se sentait pas bien. Il était donc responsable de l'élimination des menaces au sein de la forêt, et donc de la sécurité de tous.
Au début, il n'y avait que quelques zones de siccité par semaine. C'était déjà plus que la normale mais Tighnari s'était dit que c'était saisonnier, ou que c'était à cause de l'apparition d'une zone plus grande. Mais il avait beau avoir fouiller la forêt de fond en comble, il n'avait rien trouvé d'anormal. En attendant, un mois s'était écoulé, et il ne vit aucune amélioration. La situation devint rapidement hors de conrôle quand les patrouilles reportèrent de nouvelles zones tous les deux jours.
Mais pire encore, de plus en plus de personnes tombaient malades dû à la proximité de ces zones. A l'heure actuelle, cette situation inquiétaient Tighnari plus que tout. Etant donné que les enfants avaient plus de chance de tomber malade, il était devenu courant pour Tighnari de voir arriver des parents inquiets lui amenant leurs enfants malades, dans l'espoir d'obtenir de l'aide. Il avait beau donner un traitement à chacun d'entre eux, ce n'était qu'une solution temporaire. C'était frustrant. Il ne savait pas pourquoi les zones se développaient à une telle vitesse. Ou plutôt, il avait bien une idée, mais il refusait d'y croire.
Au départ, Collei adorait aider avec les zones de siccité et soigner les patients. Pourtant, lentement mais sûrement, elle subit elle aussi les conséquences de la siccité. Elle était de moins en moins énergique, et cela faisait mal presque physiquement à Tighnari de voir s'éteindre la lumière dans son regard d'ordinaire si brillant. Malgré le fait qu'elle s'accrochait, il pouvait voir à quel point c'était dur pour elle.
Et au bout du compte, Tighnari finit par céder à son tour. Les premiers symptômes apparurent environ un mois après le début des missions quotidiennes dans les zones de siccités. Au début, ce n'était que des maux de tête ponctuels, plus ou moins violent. C'était assez simple à ignorer vu les problèmes plus importants auquels il faisait face en ce moment. Donc il laissa couler. Puis arrivèrent les vertiges constants. A chaque fois qu'il faisait un mouvement brusque ou qu'il se levait trop vite, il perdait l'équilibre, et c'était de plus en plus compliqué de faire semblant. Collei aperçut Tighnari presque s'évanouir près de la rivière quand ils étaient en patrouille et depuis, elle le surveillait en permanence.
Ensuite, il commença à saigner du nez. Ce n'était pas grand chose au début, mais cela devenait de plus en plus dur à cacher quand cela devenait fréquent.
- Ça va aller mieux dans quelques jours, soupira Tighnari en se levant. Il était assis sur une chaise à côté d'un lit dans lequel un aventurier au teint pâle était allongé. Quelle plaie. Il continua de parler tout en fouillant dans ses tiroirs.
- Je vais vous donner des herbes médicinales séchées pour la route. Il y en a un peu plus, juste au cas où. Pendant trois jours, vous devrez en faire une décoction, et la prendre deux fois par jours pendant les repas.
- Avec ça, je serais totalement guéri ? demanda l'aventurier en s'asseyant sur le bord du lit. Il fixait le dos de Tighnari avec curiosité. La queue verte de ce dernier remuait de gauche à droite sans s'arrêter, comme dotée de sa propre conscience, de même que ses longues oreilles pointues qui pivotèrent en direction du froissement des draps derrière lui. Tighnari jeta un coups d'oeil vers l'aventurier, qui baissa aussitôt le regard.
- Vous irez bien tant que vous ne mangerez ni de trucs louches ni de plantes ou de fruits que vous ne connaissez pas, et que vous resterez à l'écart des animaux du coin, lui répondit Tighnari d'une voix stricte. Il lui donna un autre regard sévère avant de lui tourner le dos pour préparer les provisions qu'il posa sur la table à côté de lui. Quand il eut terminé ses préparatifs, le garde forestier sortit un petit livre peu épais du sac violet à sa taille et se dirigea vers l'aventurier.
- Je vous conseille aussi vivement de lire attentivement ceci avant de repartir.
Tighnari lui désigna le titre du livre : "Guide de survie dans la forêt d'Avidya". Il feuilleta rapidement les pages pour arriver au chapitre qui l'intéressait, puis tendit le livre à l'aventurier.
- Soyez particulièrement attentif à ce qui est écrit dans cette partie. De là à là, il y a les champignons comestibles et ceux qui ne le sont pas, ici-
Avant même qu'il n'ai pu finir son explication, une grosse tâche de sang rouge sombre s'écrasa sur la page, ce qui fit baver l'encre et transperça le papier. Elle fut rapidement suivie par d'autres tâches rougeâtres. Tighnari recula avec empressement pour ne pas abîmer le lire davantage. Après tout, Collei avait passé tant de temps dessus…
- Monsieur le garde forestier… T-Tout va bien ? s'exclama l'aventurier en se levant d'un bond, posant sa main sur l'épaule du fennec. Celui-ci laissa échapper un petit soupir ennuyé. Il couvrit son nez d'une main et enleva celle de l'aventurier d'un geste ennuyé.
- Mes excuses, n'y prêtez pas attention, répondit-il calmement avant de se tourner vers la sortie. Je m'absente pour quelques minutes. Je vous prierai de bien vouloir vous allonger et vous reposer un moment. Je reviens.
Tighnari se dirigea d'un pas rapide vers la rivière, légèrement étourdit, puis s'accroupit au bord de l'eau. Il fixait son propre reflet dans l'eau mouvante, reflet qui renvoyait une image de lui misérable. Il pouvait voir mais aussi sentir le sang chaud couler de son nez, descendre le long de sa bouche et goutter de son menton pour arriver dans l'eau claire. C'était, d'une certaine façon, assez fascinant à regarder. Tighnari se surprit ainsi à revâsser jusqu'à ce que le saignement s'arrête de lui même. Il ne savait pas combien de temps s'était écoulé, mais il sentait les raideurs dans ses jambes dû à cette position assise prolongée. Il s'aperçut également que ses vêtements étaient parsemés de tâches rougeâtres ici et là.
Tighnari prit de l'eau froide dans ses mains en coupe et s'en servit pour se rincer le visage en prenant une grande inspiration. Il ressentit une forte douleur dans la poitrine et, pendant quelques secondes, quand il essaya de se lever, sa vision s'obscurcit. Cette fois, cela n'avait rien à voir avec toutes les autres fois.
Il avalait avec difficulté et, sentant un goût métallique dans sa bouche, il essaya de rester calme et de ne pas paniquer. Il s'aida d'un petit arbre tout près pour se lever, mais fut alors prit de violents vertiges, des gouttes de sueur froide perlant sur son front.
"Je devrai peut-être m'allonger un moment…" se dit-il distraitement en avançant d'un pas tremblant. La douleur dans son crâne se faisait de plus en plus violente, et il dut redoubler d'effort pour rester concentré sur la route. Il pouvait entendre son coeur battre dans ses oreilles, ce qui rendait difficile la détection de tout autre son.
Après seulement quelques pas qui lui avait nécessité un effort surhumain, ses forces l'abandonnèrent et Tighnari s'écroula sur le sol.
Tout devint noir.
Je rappelle que cette histoire est une traduction de la fiction "illness" écrite par perfect_blue sur Archive of Our Own.
