Depuis que la siccité était devenue le plus gros problème à gérer, Collei passait le plus clair de son temps à étudier les notes de Tighnari sur les herbes médicinales et les traitements à donner en fonction des différents symptômes. Elle n'était plus vraiment d'une grande utilité dans les patrouilles à cause de sa propre maladie qui faisait des siennes suite à la siccité. Elle avait donc fermement décidé d'aider les gardes-forestiers en prenant en charge plus de la moitié des responsabilités de Tighnari liées aux soins à apporter aux villageois de Gandharva. De temps en temps, quand il y avait une journée un peu plus calme au village, elle faisait un tour en forêt pour aller chercher des herbes et, plus généralement, vérifier l'état de la forêt. Elle sentait que la nature était malade elle aussi.
Ce jour-là, Tighnari était sorti pour aider des aventuriers qui avaient mangé des champignons vénéneux (cela lui changeait de d'habitude) tandis que Collei était restée pour étudier une autre grosse pile de notes prises par Tighnari. Ce dernier l'avait rassuré quant au fait qu'il n'aurait pas besoin de son aide. Même si, ce jour-là, elle avait particulièrement du mal à se concentrer, elle fit de son mieux pour retenir toutes les informations. Tighnari avait une belle écriture. Parfois, elle essayait de recopier sa belle écriture cursive, mais finissait toujours par déchirer la feuille. Elle mourrait de honte si quelqu'un voyait ça.
Avec un soupir las, Collei repoussa les documents et ferma les yeux en se frottant les tempes. Elle essaya de se répéter mentalement ce qu'elle venait juste de lire, et à sa grande surprise, ce n'était pas aussi compliqué que les fois précédentes.
La tranquillité et le silence furent brisés par plusieurs cris à l'extérieur de la tente, et quelques secondes plus tard, deux gardes-forestiers entrèrent en trombe. Collei fut horrifiée de voir son maître dans un tel état, son visage aussi pâle que la mort couvert de sang, inconscient dans les bras des deux gardes-forestiers.
— Qu'est ce qu'il s'est passé ? demanda-t-elle en bondissant de sa chaise pour se précipiter vers les deux hommes. Elle sentit son monde s'écrouler, mais la partie rationnelle de son cerveau la gifla mentalement pour la remettre d'aplomb. Peu importe ce qu'il s'était passé, elle devait être là pour lui. — Allongez-le sur le lit, vite ! Est-il blessé ? ajouta-t-elle.
— On ne sait pas Collei ! Répondit l'un des deux, anxieux, avant de déposer Tighnari pour le regarder plus en détail. Il ne semble pas être blessé mais… Il est recouvert de sang.
— Nous l'avons trouvé inconscient à côté du lac non loin d'ici, expliqua le deuxième. Nous revenions d'une patrouille, et nous n'avons aucune idée de ce qu'il s'est passé… Ça semble assez sérieux. Et s'il s'était fait attaqué par quelqu'un ?
Collei fit de son mieux pour empêcher ses mains de trembler quand elle attrapa le bas du tee-shirt de Tighnari pour le remonter, laissant apparaître la peau nue de son abdomen.
— On doit vérifier qu'il n'y a aucune blessure sérieuse, dit-elle d'une voix tremblante. Venez m'aider.
Quand ils retirèrent les vêtements sales de Tighnari, le laissant en sous-vêtements, et qu'ils ne virent aucune marque d'aucune sorte, le cœur de Collei se serra. C'était donc sérieux. Très sérieux.
— Qu'est-ce qu'on fait ?
— Laissez-moi y réfléchir…
Collei posa une main sur son front en réfléchissant à toutes les solutions possibles. Bien sûr, elle était devenue plutôt douée pour s'occuper des enfants et des aventuriers, mais là, ça n'avait rien à voir. Elle n'avait absolument aucune idée de comment guérir quelqu'un atteint de la siccité. Théoriquement, Tighnari aurait pu, mais il ne pouvait pas vraiment à l'heure actuelle. La seule autre personne qui restait était le seul homme en qui elle avait assez confiance.
— Écoutez… J'ai besoin que vous alliez à Bimaristan chercher le docteur Zakariya pour qu'il vienne le plus vite possible.
— Qu'est-ce qu'on lui dit ? Et on fait quoi s'il refuse ?
— Dites-lui… que maître Tighnari a été exposé trop longtemps aux zones de siccité, et que maintenant, il est en danger de mort à cause de ça. Il est le seul que je connaisse à pouvoir nous aider. S'il vous plaît… Faites vite !
Collei humidifia une serviette et essuya avec délicatesse le sang séché sur le visage de Tighnari, revoyant désespérément au passage toutes ses connaissances médicales pour savoir ce qu'il y avait de mieux à faire. Même s'il était blanc comme un linge, sa peau était aussi brûlante que s'il avait de la fièvre. Gardant cela en tête, Collei se précipita dans l'autre tente pour prendre les herbes dont elle avait besoin pour faire une potion antipyrétique.
Elle se perdit dans un cercle où les pensées étaient toutes semblables, toutes lugubres, tandis qu'elle chauffait l'eau dans un petit pot, ajoutait les ingrédients, et les brassait au-dessus du feu. Il leur faudrait quelques jours pour atteindre la ville de Sumeru en partant d'ici. Collei devait protéger son maître d'ici qu'ils reviennent. Elle ne pouvait pas faire grand-chose, mais pouvait au moins alléger ses souffrances. Elle suivit les instructions qu'elle avait apprises pour faire une potion bien chaude, qu'elle mit dans un bol en céramique.
Elle le mit sur la table de nuit avant de regarder son maître en déglutissant. Cela lui faisait mal presque physiquement de voir Tighnari dans un état si pitoyable. Elle le redressa avec précaution par les épaules, sentant la chaleur fiévreuse de sa peau nue contre la sienne, pour l'asseoir, dos contre les oreillers. Collei ne sentit aucune résistance, comme si elle tirait une poupée de chiffon. Puis elle prit le bol, l'amenant vers ses lèvres fines et pâles pour déposer un peu de potion dans sa bouche, tout en l'aidant à avaler le liquide. Elle finit par lui faire boire toute la potion petit à petit.
Collei remit ensuite le bol sur la table de nuit et rallongea Tighnari. Elle tira une chaise vers le lit et s'assit dessus en soupirant lourdement. Tout ce qu'elle pouvait faire pour le moment, c'était observer et attendre. Ou du moins c'est ce qu'il lui semblait. La respiration de Tighnari était lente et superficielle, son torse se levant et redescendant à peine sous les couvertures.
"J'aurai dû agir bien avant, se dit-elle se en mordant la lèvre. J'aurai dû lui en parler. J'ai bien vu qu'il s'occupait des zones de siccité depuis tout ce temps. Mais maître Tighnari est suffisament fort… Comment en est-on arrivé là ? Qu'est-ce que je suis censée faire ?"
Un goût métallique en bouche ramena Collei à la réalité. Elle passa sa langue sur la lèvre qu'elle venait de mordre, suçotant le sang qui en coulait. Non, elle ne pouvait décidément pas rester là à ne rien faire, à juste regarder.
"Que ferait maître Tighnari dans une telle situation ?"
Tighnari aurait su quoi faire, étant donné qu'il avait étudié la botanique à l'Académie et qu'il n'avait jamais arrêté depuis, même après avoir emménagé dans la forêt d'Avidya. Collei le voyait souvent rédiger différents articles de recherche le soir venu. Peut-être, et seulement peut-être, y avait-il quelque chose sur les traitements liés à la siccité dans ses nombreuses recherches ?
Collei fouilla dans les papiers de Tighnari, y cherchant frénétiquement la moindre petite information susceptible de l'aider. Il s'avéra qu'il n'y avait qu'un seul document traitant des impacts des zones de siccité sur le corps humain. Elle lut tout l'article et remarqua que ce n'était qu'une compilation de tous les documents de l'Académie, des rapports médicaux en relation avec les différentes étapes détaillées de la maladie liée à la siccité. Même si la formulation était compliquée, Collei comprit qu'il n'y avait presque aucun espoir pour ces patients.
Cela commençait avec une sensation de malaise et de faiblesse. Puis arrivaient les migraines, les étourdissements, les nausées, et le manque d'appétit. Ensuite, les symptômes liés à l'intoxication suivaient, avec des saignements du nez, des insuffisances rénales, et de sévères vomissements. Et finalement, à partir de ce moment-là, l'infection se répandait rapidement et le patient tombait dans le coma peu de temps après.
Sur quatre patients, trois n'ont pas pu être sauvés, et sont morts d'une hémorragie interne et d'une encéphalite. Pour le moment, il n'y a encore aucun traitement approuvé, et ils recommandaient par conséquent un traitement des symptômes.
Collei reposa lentement le document sur la table, avec une inspiration tremblante. Elle fit de son mieux pour ne pas paniquer et ne pas éclater en sanglots, même si quelques larmes avaient déjà coulé le long de ses joues. Elle retourna, tendue, auprès de son maître qui était alité, et tomba à genoux, enfouissant son visage dans un coin de la couverture. Elle tendit la main vers celle de Tighnari qui était frêle et froide, et la serra fort, comme si elle voulait lui transmettre son propre état de santé.
Je rappelle que cette histoire est une traduction de la fiction "illness" écrite par perfect_blue sur AO3.
