Bonjour à tous! Cette histoire me trotte dans la tête depuis plus d'un an, et j'ai enfin réussi à en écrire quelques chapitres. Le titre est transitoire, je ne sais pas trop lequel choisir pour l'instant (si vous avez des suggestions…). Bonne lecture!
Eomer passa devant le geôlier sans lui accorder un regard et entra dans la cellule. Il se plaça devant l'étroite fenêtre, si haute qu'il distinguait à peine un peu de ciel bleu, et ne bougea pas jusqu'à ce qu'il entendît la porte se refermer avec un bruit sourd, la clé tourner dans la serrure, et les lourds pas du geôlier s'éloigner. Alors, sa fière posture se fissura; ses épaules s'affaissèrent, il baissa la tête et se laissa tomber sur l'étroite couchette située sous la fenêtre.
L'enfermement lui pesait déjà, lui qui était tellement habitué à vivre au grand air; mais surtout, il avait le coeur lourd. S'il s'était soumis à sa peine sans lutter, et même en demandant à son éored de ne pas le défendre, c'était parce que l'ordre venait du roi, qui lui reprochait d'avoir désobéi en partant se battre loin d'Edoras; mais il savait bien qui, à présent, gouvernait le Rohan… Grima n'avait certainement pas oublié qu'il l'avait menacé avant de partir, déclarant que, s'il ne retrouvait pas à son retour le roi et Eowyn tels qu'il les avait quittés, il se ferait un plaisir de le chasser à courre comme une bête et de finalement l'abattre dans un coin reculé. Le regard apeuré, mais sournois de Grima ne lui avait pas échappé, mais il était quand même parti, craignant déjà d'arriver trop tard sur la Marche Est pour empêcher l'attaque des villages avoisinant Fangorn.
Il avait peur: pour son peuple, pour Eowyn, pour Aragorn et ses compagnons (avaient-ils finalement achevé leur quête désespérée?), et aussi pour lui: serait-il condamné comme traître, exécuté sur la place publique comme un criminel?
Un doux bruit de pas le sortit de ses pensées morbides, et il se leva, se forçant à reprendre une allure calme et forte. Il réussit à sourire quand Eowyn apparut de l'autre côté des barreaux, un plateau dans les mains.
« -Le gardien m'a autorisée à t'apporter de quoi manger, dit-elle d'une voix qu'elle essayait de rendre ferme.
-Je te remercie, ma soeur, d'être venue dans cet endroit si lugubre », répondit Eomer.
Eowyn s'agenouilla et passa le plateau à travers la petite ouverture des barreaux, au niveau du sol. Il ne contenait qu'une cruche de vin et un gros morceau de pain blanc, mais Eomer savait que les prisonniers n'avaient normalement droit qu'à de l'eau et du pain noir. L'attention et le courage de sa soeur, qui avait dû affronter le geôlier et le convaincre de la laisser entrer, le touchèrent profondément. Il s'agenouilla à son tour. Leurs visages se frôlèrent presque entre deux barreaux. Eowyn s'efforçait visiblement d'être forte devant son frère, mais elle ne pouvait empêcher son regard de parler: Et maintenant, que faut-il faire?
Eomer soupira et lui prit la main.
« Notre destin est entre les mains de Bema. Je ne sais que te conseiller: t'enfuir loin d'ici, ou veiller sur le roi jusqu'à ce que… »
Il s'interrompit: la porte de la prison venait de s'ouvrir. L'arrivant parla à voix basse au geôlier, mais ils reconnurent sans peine sa voix. Eowyn se leva d'un bond avec une expression alarmée. Eomer l'imita sans lâcher sa main.
« Ecoute, Eowyn, dit-il d'un ton pressant. Va dans ma chambre. Au pied de mon lit, dans le coffre, il y a un petit poignard. Cache-le sur toi, jour et nuit. Tu sauras t'en servir, n'est-ce pas? Vise le ventre puis remonte vers la tête, comme pour tuer un ours… »
Le visiteur était trop près. Eowyn fixa sur son frère un regard ferme et hocha la tête. Puis sa main glissa hors de celle d'Eomer et elle partit en courant, frôlant le mur pour ne pas s'approcher de la silhouette qui avançait vers la cellule dans la semi-obscurité. Eomer tourna le dos à la porte et reprit sa posture dédaigneuse, bras croisés sur la poitrine, regard fixé sur la fenêtre.
« Eh bien, fils d'Eomund, votre nouvelle demeure est-elle à votre goût? fit une voix mielleuse. Je le souhaite de tout coeur, car vous risquez d'y passer quelque temps… »
Un froissement de tissu indiqua à Eomer que Grima venait de s'asseoir, exactement là où Eowyn se tenait quelques instants plus tôt. Cette pensée remplit Eomer de dégoût, plus encore que ses paroles.
« Cependant, je regrette profondément votre détention, reprit la voix. Vous avez fait une regrettable erreur, mais qui n'en ferait pas en ces temps troublés? Mettons cela sur le fait de votre jeune âge. Ne croyez pas que je souhaite votre mort! Vous avez bien souvent prouvé votre valeur au combat. J'ai le projet de plaider votre cause auprès du roi Théoden. Il vous suffirait de reconnaître votre tort. Vous pourriez garder votre rôle de troisième Maréchal, chevaucher à nouveau à votre gré… Rien ne changerait pour vous. »
Grima se tut, attendant apparemment une réponse de son interlocuteur. Eomer serra les paupières le plus fort possible, partagé entre le vain désir de se jeter sur Grima et celui, plus sournois, de lui donner raison. Après tout, il connaissait la loi, et l'avait enfreinte. Il méritait son sort. Le reconnaître était logique… Et être libre lui permettrait de protéger Eowyn et le roi.
Non, il ne devait pas répondre à Grima. Il suffirait d'un temps de réflexion, au calme, pour se persuader qu'il avait tort. Parce que, sous des arguments de bon sens, Grima avait forcément tort.
Le silence devint pesant. Eomer se força à ne pas bouger, et détourna son attention en se concentrant sur ce qui l'entourait: le parfum familier de la paille, la lumière douce qui traversait ses paupières, un galop qui se rapprochait…
Il reconnut d'abord le galop d'Hasufel. Puis celui, plus léger, d'Arod. Il y avait aussi un troisième cheval, aux grandes enjambées…
Oubliant Grima, il bondit sur la couchette et tendit le cou pour regarder à travers la fenêtre. C'était bien Aragorn et ses compagnons, menés par Gandalf chevauchant Gripoil.
Il y eut des éclats de voix et des piétinements derrière lui, mais il n'y prêta aucune attention. L'espoir lui gonflait soudain le coeur. Le Rohan avait à nouveau des chances d'être sauvé. Aragorn ne le laisserait pas croupir ici, et il serait bientôt dehors.
Mais pour cela, il aurait besoin de toutes ses forces. Il n'avait sans doute plus le temps de se reposer, mais il pouvait toujours prendre un peu de nourriture.
Il se retourna. Grima était parti, sans doute averti de l'arrivée imminente des visiteurs. Eomer n'avait pas très faim, mais il se força à manger la moitié du pain et à vider la cruche. Il lui sembla que tout avait un goût de cendre, mais peut-être était-ce dû à l'atmosphère étouffante de l'endroit peu aéré.
Il reprit son attente, cette fois-ci tourné vers la porte de la prison.
