Chapitre 3 : Entre fiction et réalité

-Pardon ? Je m'étranlge à moitié.

-Tu as bien entendue chérie, dit papa qui avait l'air de flotter sur un petit nuage.

Je ne peux m'empêcher de remarquer un carton d'invitation signé Kid sur son bureau.

-Justement j'ai cours de musique juste avant de venir et mes oreilles saignent encore de la flûte de Tony.

-Chérie, tu es la personne qui relie les prestigieuses familles Holmes et Lupin, répète mon père. Ton arrière-grand-père paternel est Sherlock Holmes et celui maternel est Arsène Lupin.

-Papa tu m'explique comment on peut descendre de personnages inventés de tout point ?

-Chaque personnage de fiction a une source d'inspiration mademoiselle Holmes, intervient monsieur Doyle.

-Merci je suis au courant. Je sais parfaitement que le personnage de Holmes est le docteur Bell et que Lupin se rapproche de bien des façon à Marius Jacob. Et comme vous pourrez le constatez dans notre généalogique aucun de ses deux noms ne sont mentionnés.

-Il est vrai que mon grand père et que Maurice Blanc se sont inspirés de ses figures mais avant tout de leurs grands amis Holmes et Lupin.

Je souris amusée.

-Votre grand-père est sir Arthur Conan Doyle, je relève.

-Oui. Il était très lié à votre arrière-grand-père.

Je soupire d'exaspération.

-Vous faites partie de ses fanatiques qui pensent dur comme fer que ses livres sont réelles tout comme ceux qui croient qu'il existe l'île mystérieuse. Vous êtes vraiment atteints. Dès qu'une excellente histoire est rédigée et qui sort tout droit de l'imagination de son créateur, la nature humaine a du mal à admettre que rien est vrai.

-Ma chérie pourrais-tu éviter d'insulter sir Doyle, me reprend papa.

-Ce n'est pas grave, inspecteur Holmes. Je mets son intempérance et son scepticisme sur le compte de son jeune âge. Voyez vous, chère enfant certaines très bonnes histoires sont inspirées directement de faits réels. Voyez par exemple les trois mousquetaires d'Alexandre Dumas. Ou même la mythologie grecque et romaine.

-Voyez vous monsieur le notaire, la mythologie grecque est certes basée sur des faits réels comme le roman de Dumas, mais au cours de l'Histoire ses faits ont été modifiées. Ainsi la vérité est devenue une légende qui est elle-même devenue mythe. Mais Doyle et Blanc n'ont jamais admis que leurs personnages étaient réels. Seulement inspirés de personnes dont ils ont changé le caractère. Il est vrai que l'on peut se poser la question quant au personnage de Lupin vu que Blanc n'a jamais dit clairement ses inspirations, même si Marius Jacob ressemble énormément à Lupin.

-Comme la majorité des gens, chère enfant, vous vous soulevez les mêmes interrogations. Seulement Blanc et Doyle étaient très intelligents et très terre à terre.

-Sauf le respect de votre grand-père, je ne suis pas que l'on peut qualifié d'un fervant adepte du spiritisme comme quelqu'un de très terre à terre.

-Et pourtant vous seriez surprise.

Je commençais sensiblement à me désintéresser de la conversation et je ne faisais rien pour le cacher. Papa le vit tout de suite et sir Doyle le perçut mais fait mine de rien.

Voyant très bien que je ne pourrais pas m'échapper avec la même ruse que j'emploie avec Tony et Iliana. Je me résine.

-Bon admettons que Sherlock Holmes et Arsène Lupin ont existé, qu'est-ce qui vous prouve que je descend directement d'eux ? Après tout le fait que mon père soit un Holmes et que ma mère soit une Lupin ne veut rien dire. Ce sont des noms courants.

-Vous avez tout à fait raison. J'ai étudier pendant quatre ans l'arbre généalogique de Sherlock Holmes et d'Arsène Lupin. Sherlock Holmes a eu trois filles et un garçon. Malheureusement seul le garçon a atteint la majorité. Il s'appelle Erwan.

Une minute. Erwan était le prénom de mon grand père. Il est décédé il y a quatre ans d'un cancer.

-Lui même s'est marié avec une anglaise du nom de...

-Elisabeth Flowers, le coupé-je.

-Exactement. Ils ont donné naissance à votre oncle Sherringford et à l'inspecteur Holmes.

C'est vrai que petite je soulignais l'étrangeté de son prénom en le mettant en rapport avec Arthur Conan Doyle. Tante Jeanne me disait toujours que je cherchais la petite bête là où elle n'était pas. J'ai rencontré il y a quelques années oncle Sherringford. Il m'avait laissé l'image d'un savant fou complètement dérangé. J'étais surprise quand j'avais rencontré sa femme. Elle est incroyablement belle et très saine d'esprit. Leurs enfants sont un mélanges des deux personnalités ce qui je vous l'assure est très bizarre quand on se retrouve en face d'eux. Il me semble même que l'un de mes cousins est en ce moment interné pour trouble de la personnalité. Ils vivent en Irlande depuis sept ans.

-Il vous a fallut quatre ans pour arriver à cette conclusion, haussai-je un sourcil sceptique.

-Voyez vous le nom de famille Holmes est extrêmement répandu et les archives de moins de cinquante ans ne sont consultables qu'avec une autorisation spéciale. De plus trouver la trace de Sherlock Holmes s'est révéler très compliquer dans la mesure que certaines personnes avaient changé leurs noms. En 1906, il y avait pas moins de cinquante Sherlock Holmes rien que dans la région de Londres. Néanmoins trouvé le vrai Sherlock Holmes était plus aisé que trouvé la descendance d'Arsène Lupin. Comme vous le savez certainement, chère enfant, Lupin a eu énormément de conquêtes.

-Je vous prierais de ne pas salir l'innocence de ma fille, monsieur Doyle, intervient papa.

Même s'il n'avait pas été tellement présent pour moi, papa était très protecteur.

-Papa, je soupire. J'ai passé l'âge d'être traumatisée par certains mots.

-Pour moi tu resteras ma petite fille à protéger du monde obscure.

Je soupire à nouveau intérieurement.

-Comme je vous le disais, reprend Doyle. Trouver la descendance de Lupin a été compliqué. Il n'avait nul part de traces d'un mariage quelconque ou de naissance sous le nom de Lupin susceptible de correspondre dans les archives de Paris. Je suis donc allé demandé conseil à un spécialiste de l'œuvre de Maurice Blanc.

-Et pourquoi pas un spécialiste d'Arsène Lupin, je fais narquoisement.

-Ma petite chérie, sois polie veux-tu.

-C'est une bonne question mademoiselle Holmes. J'ai préféré aller voir un ami...

-...plutôt qu'un allumé de la théorie du complot, je complète. Ça se comprend.

-Bref il m'a dit alors que Maurice Blanc aimait particulièrement la Normandie et que par conséquent il avait donné cette passion à son personnage de fiction. Mais il s'avère que c'est justement Lupin qui a transmis sa passion à Blanc et non l'inverse. Je me suis donc rendue et là j'ai trouvé la trace d'un mariage entre Arsène Lupin et une jeune fille de la région Louane Belladone. Ils ont eu un garçon du nom de Félix et d'une fille Annabelle Lupin. La dernière s'est mariée à un certain Lysle De Gascogne.

Ah oui je le connais. Quand j'étais en France, tante Jeanne m'y a envoyé. Ils ont un véritable manoir perdu au milieu de nul part sur la côte Normande. Quand on regarde le rivage en contre bas on aperçois l'Aiguille Creuse. Annabelle était chaleureuse et très malicieuse. Elle est morte à peu près au même moment que mon grand-père Sherringford. Lysle, lui bien que très aristocratique à la manière des Suzuki est quelqu'un de très gentil. Ils ont un fils d'une trentaine d'années, Olivier qui s'est marié il y a cinq ans et a eu un garçon il y a trois ans. Il me semble qu'il se nomme Yann.

-Je me suis intéressé à Félix Lupin que j'ai pu rencontré il y a quelques semaines dans son manoir en Normandie.

Ah oui c'est vrai que papy Félix a aussi un manoir normand. Il était bien plus proche de l'Aiguille Creuse et tante Jeanne nous y envoyait très régulièrement avec mes cousins. Dans ma tête je m'étais dit que c'était une tradition bizarre de vivre dans des grands manoirs défraîchis. Au moins je pouvais grimper aux arbres et me percher pour dessiner tranquille.

-Monsieur Lupin m'a parlé de l'histoire de sa famille et du lien qui l'unissait à Arsène Lupin.

Papy Félix est un adepte de la fiction réelle, mais comme il est très drôle je l'apprécie énormément.

-Il m'a parlé de sa sœur Annabelle De Gascogne et de son mariage avec Rose Fournier.

Mamie Rose est très douce et pourtant très active et agressive quand il s'agit de son précieux jardin. Une fois quand j'avais cinq ans, j'avais trébuché et j'ai réduit en bouillie ses potirons. J'ai payé de ma maladresse par une semaine de corvée fumier. J'ai du mettre du compost sur tout le domaine. Et le domaine Lupin était vraiment très grand pour une petite fille de cinq ans. Ça puait vraiment beaucoup.

-Ils ont eu deux filles. Jeanne et Sophie Lupin. Jeanne s'était marié avec un certain Cyril Léon. Eux même ont eu trois garçons...

François, Xavier et Dimitri Léon. Comment les oublié ? Mes cousins aussi détraqués les uns que les autres.

-Enfin Sophie vous épousa inspecteur Holmes et naquit Samantha Louane Rose Holmes.

Il est vraiment obligé de dire à voix mon nom complet ?

-D'accord vous avez réussit à établir notre arbre généalogique complet en quatre ans. Ça je l'ai bien compris. Toujours dans l'éventualité où Holmes et Lupin aient existé. Seulement pourquoi l'avez-vous fait ? Je ne pense pas que s'était un genre de pèlerinage que vous vous êtes donné à cause de votre grand-père.

Papa dont le regard s'était voilé à la mention de maman revient à l'instant présent et accorda toute son attention à sir Arthur Doyle. Franchement pourquoi sir ? Il a été anoblie ?

-La raison de ma présence ici est que je souhaite honoré la promesse que j'ai faite à messieurs Lupin, Holmes et à mon grand-père.

Avec mon scepticisme habituel mon sourcil droit se leva pour la énième fois.

-Vous avez rencontré des personnages de fiction ?

-Vous n'êtes toujours pas convaincu par la vérité, chère enfant. Vous avez le même état d'esprit logique que Sherlock Holmes.

-N'oubliez pas que si j'accepte de vous écouté c'est dans l'éventualité que vos allégations soient vraies. Or à part le fait que vous êtes parvenu à établir un arbre généalogique à partir de fiction et de réalité, je ne vois pas de preuves concrètes.

-Il existe d'innombrables preuves de leurs existence à la vue du grand public. Si vous vous donnez la peine de creuser légèrement vous trouverez.

-Je ne vais pas passer quatre ans à suivre vos pistes monsieur Doyle. Maintenant excusez-moi je dois rentrer préparer un exposer pour l'école.

Alors que je me lève, Doyle ouvre précipitamment sa serviette.

-Attendez mademoiselle Holmes. Holmes et Lupin se sont affrontés un certains nombres de fois. Quand j'avais quinze ans ils étaient réunis pour la dernière fois chez mon grand-père. Ils ont émis l'hypothèse que la quatrième génération de leur famille respective verrait l'unification des Holmes et des Lupin. Puis plus ils parlaient, plus cette hypothèse se révélait plus que plausible. Ils ont fait beaucoup de calculs, de logarithme et autres pour arriver à la solution suivante. Que l'enfant qui naîtra à la quatrième génération porterait le nom de Holmes et l'initial de son prénom serait S. Ils ont tous consigné dans une lettre et un carnet. Ils les ont réunit dans un paquet que l'on m'a fait promettre de vous transmettre l'année de vos quinze ans.

Il sortit de sa sacoche un paquet emballé dans du papier kraft visiblement très vieux et ficelé.

Je regarde alternativement le paquet et Doyle avant d'éclater de rire devant l'absurdité des propos de cet homme aussi fou que ma cousine Isabel. Isabel est celle qui s'est fait internée. Quoique en y repensant elle est plus sensé que le notaire.

Je me calme et debout avec raideur je lui dit :

-Je suis désolé sir Arthur Doyle mais je refuse de vous croire et de prendre ce paquet. Sur ce je vous souhaite le bonsoir. Papa le repas sera prêt à ton retour.

Le temps que je fasse deux grandes enjambées jusqu'à la porte j'entends Doyle se lever.

-S'il vous plaît mademoiselle Holmes. Même si vous ne me croyez pas permettez moi au moins d'honorer la promesse que j'ai faîtes à mon grand-père dont son existence n'est plus à prouver.

Je soupire de dépitement. Décidément il sait que pour moi une parole d'honneur est sacrée surtout faite à un proche. Je me tourne vers Doyle qui me tend avec supplication son paquet vieux de cinquante ans.

-Très bien. Honorez la promesse de votre grand-père.

Je prends le paquet et le fourre dans mon sac de cours. Avant de sortir définitivement du bureau je me tourne une dernière fois vers mon interlocuteur.

-Mais ne vous imaginez pas que j'ai cru à vos paroles emplies de boniments.

Alors que je sors j'entends mon père.

-Il n'y a pas à dire. Sammy sait gérer ses sorties de manière théâtrale.