Chapitre 4 : Un félin dans la nuit

-Alors ma petite Sammy que te voulait ton père ? Me questionne Iliana au téléphone.

Nous travaillons à distance sur un exposé sur la découverte de l'ADN via nos ordinateurs et par téléphone branché sur haut parleur. C'était comme ça qu'on travaillait depuis bientôt deux semaines. Nous avions terminé et faisions de la mise en page et des rectifications.

-Rien, je réponds morose.

-Ton père te convoque à Scotland Yard pour rien ? Ah si je sais ! C'est pour Kid !

-Pas du tout. Un vieux gâteau bedonnant voulait me faire avaler les pires bobards de la galaxie. Non en fait de l'Univers tout entier ! En gros j'ai perdu mon temps pour rien du tout.

-Qu'est-ce qu'il t'a raconté ?

-Franchement je préfère de rien dire et l'oublié.

Je jette un coup d'oeil à l'heure en bas de mon écran.

-Merde il est déjà si tard ? Je dois préparer le dîner.

-T'en fais pas Sammy chérie je m'occupe de la mise en page et d'imprimer le dossier. Tu en as assez fait.

-Ok mais avant de montrer tu me montreras ce que tu as fais.

-Pas de soucis ! Allez va donc préparer à manger à ton père et à ton petit mari.

-Autant sauté par ma fanêtre sur le champs plutôt que d'épouser ce taré de Tony.

-Moi aussi je t'aime ma petite Sam, susurre une voix dans mon oreille.

-AAHHHHH ! je hurle en sursautant.

Je me tourne vers Tony. Il me fixe avec son regard suffisant et imbu de lui même.

-Sam ? Fait la voix de Iliana.

-Sale petit connard de Tony ! Je m'écrie hors de moi.

Il éclate de rire aussitôt suivi par Iliana.

Je passe la soirée et toute la journée du lendemain à leur en vouloir.

Alors que je rumine dans mon coin devant la salle de mathématiques, une main ainsi qu'une rose apparaissent dans mon champs de vision. Je lève les yeux vers le visage abruti de Tony. Je le fusille du regard. Passant je ne sait quoi dans sa tête il plaque sa main libre sur mon front.

-Qu'est-ce que tu fabrique au juste ? Je lui demande de mauvais poil.

-Je trouve que tu as une petite mine depuis hier soir. Tu n'as pas l'air d'avoir de la fièvre...

Je vire sa main brusquement.

-C'est bon lâche moi la grappe monsieur le magicien. Et va offrir ta rose à une autre fille. Je suis sûre que McDowells n'attend que ça.

C'est à son tour de soupirer.

Lyona McDowells, la fille la plus populaire de l'école loin devant Iliana. Les garçons semblent envoûtés à son contact. Pas tout les garçons. Pour une raison inconnue, seul Tony ne semble pas succomber à son charme.

-Lyona n'a pas besoin d'un magicien. Mais toi si.

-Et qu'est-ce qui te fais dire que j'ai besoin d'un magicien ?

-Vois-tu ma très chère Sammy chérie, un magicien réalise des tours dans le but d'amuser et d'apaiser le cœur de son public. Une sorcière, elle se contente de voler l'admiration des autres par la force.

-Je suis pas sûre de te suivre complètement. Mais si tu veux vraiment amuser quelqu'un va voir McDowells. Elle sera un meilleur public que moi.

Tony soupire d'exaspération. C'est drôle, on dirait tante Jeanne quand je ne comprends pas ses histoires de filles. Je laisse échapper un sourire malgré moi.

-Tu ne comprends rien.

-Tu sais que tu es le seul à ne pas tourner autour d'elle ? Je souligne mon regard plongé dans le sien. À force je vais finir par croire que tu n'es pas attiré par elle comme les autres garçons...

-C'est vrai car c'est toi que je veux voir sourire.

-Tu es gay ?

Nous avions parlé en même temps et tut en même temps. Un silence gêné s'installe entre nous.

Ai-je bien entendu ?

-Quoi ? On fait en même temps.

-Tu crois que je suis gay ?

-Tu crois que tu es indispensable à me faire sourire ?

-Bien sûr que non, répond-t-il précipitamment en rougissant et détournant le regard.

Je prends alors un air triomphant.

-Alors c'est bien ce que je dis. Tu es gay et tu en as honte. Ce qui est n'importe quoi à mon avis.

-Mais t'arrête avec ça oui ! S'écrie-t-il en me regardant à nouveau. Je ne suis pas gay.

-Dommage, je soupire songeuse. Ça aurait expliqué pas mal de choses...

-Mais qu'est-ce que tu insinue au juste ?!

-Moi ? Rien. Je dis innocente avant de lui tirer la langue. Mais tu es sûr ?j'ajoute avec un vague espoir.

-Parfaitement puisque j'aime... ! S'exclame-t-il au milieu du couloir remplie d'élèves et devant le professer Thomas, notre enseignant d'histoire.

Un grand silence règne dans le couloir. Je crois que c'est la première fois que c'est aussi silencieux. Tous nous dévisage avec des yeux ronds comme des soucoupes.

-NON ! JE NE SUIS PAS EN RETARD ! Hurle Iliana qui arrive en déboulant devant la salle essoufflée sans capter l'ambiance autour d'elle.

Voilà pourquoi j'adore Iliana Suzuki.

Tout en réfléchissant à ce qu'avait faillit déclarer Tony, je me change dans les vestiaires du personnel du musée des beaux arts de Londres. J'y travaille une fois par semaine en tent que veilleur de nuit. C'est vrai que je n'ai que quatorze ans même si dans deux mois j'en aurais quinze mais grâce à mes compétences et aussi à la renommée de mon père, on m'a engagée.

J'ai suivie en France et à Londres des formations de Premiers Secours, j'ai fais partie des Scouts pendant cinq ans, je suis ceinture noire en karaté. Bref ils m'ont trouvée qualifiée et m'ont engagée.

C'est surtout pour remplacer un veilleur de nuit qui a pris sa retraite en septembre que j'ai ce job. Ils ont une politique comme quoi ils doivent toujours être au moins trois la nuits dans le musée. Sans me compter il y a cinq gardiens. Du coup je viens la seule nuit de la semaine où ils ne sont que deux.

C'est un travail facile qu'on m'a expliquée où il ne se passe un truc que tout les cinq ans. En gros c'est relativement calme et il ne se passe jamais rien. L'inconvénient c'est que ma nuit de garde tombe en milieu de la semaine donc je suis sûre d'être morte de fatigue demain en cours. Mais se balader dans les galeries désertes à la lueur d'une lampe torche me donne le frisson de l'aventure et j'aime ça.

Une fois mon uniforme de lycée troqué contre celui de veilleur de nuit je me rends dans la salle de garde. À l'intérieur se trouve une machine à café, une table avec quatre chaises, et tout le long de l'un des murs, une dizaine d'écran montrant ce que filment les caméras ainsi qu'une réserve conséquente de talkies-walkies de remplacement. Il y a aussi un tableau blanc sur lequel est inscrit le programme de la nuit et des notes sur les événements de la journée.

En train de préparer le café, un homme de la trentaine roux au physique avantageux se tourne à mon entrée. Il m'adresse un grand sourire.

-Alors Sam, prête pour ta première nuit de patrouille ? Fait Asher Hamilton avec entrain.

-Bonsoir Asher. Je suis prête !

-Tant mieux Sam, me dit Peyton Swanson le regard rivé sur le tableau blanc. Cette nuit tu vas faire une ronde toutes les deux heures avec Asher. Je reste ici à surveiller les écrans. On t'a expliqué comment se passait une ronde je suppose ?

-Oui, Lucy m'a tout expliquée. On se charge chacun d'une partie du musée et on revient ici vous faire notre rapport de patrouille. En cas d'anormalité je vous contacte immédiatement et en cas d'infraction je préviens en plus la police.

-C'est que tu as bien retenue la leçon de lady Lucy, Sam, sourit Asher. On va vérifier ensemble ton équipement, je vais aussi t'indiquer ce que tu surveille et il n'y aura plus qu'à se jeter dans le bain.

Comme je le pensais se promener seule dans les galeries au milieu des peintures et des sculptures avaient un charme grisant. Mes pas résonnaient dans l'ombre de la nuit. L'obscurité était partout mais contrairement dans l'appartement il est moins étouffant. Ici au moins je ne risque pas de faire de crise de claustrophobie.

J'en étais à ma troisième ronde de la nuit et bien qu'il était une heure du matin passé je me sentais en forme grâce à l'adrénaline qui me maintenait éveillée.

Je me trouvais dans la salle dédié à Vincent Van Gogh. Un peintre français dont j'admire les œuvres. Si ça ne tenait qu'à moi je pourrai regarder ses toiles pendant des heures sans bouger. J'ai toujours admiré les peintres. Enfin pas tous les mouvements. Certains sont tellement dépourvu d'intérêt que j'ai envie de pleurer d'ennui quand je les vois.

Pendant des vacances d'été, tante Jeanne nous avait tous emmenés au musée du Louvre où je suis rester en totale émerveillement devant les toiles les plus célèbres tel que le Sacre de Napoléon. Mon cousin Xavier qui a le même âge que moi, agrippait mon bras pour me tirer de ma contemplation devant chaque peinture. François riait aux éclats et tante Jeanne me rappelait qu'on ne comptait pas rester cent-sept ans dans ce musée.

Un mouvement d'air souleva des mèches de mes cheveux rebelles. Je me fige. La nuit il n'y a ni climatisation et ni chauffage. Il ne devrait y avoir aucun mouvements d'air. Vivement je me retourne et pointe le faisceau lumineux de ma lampe torche sur un tableau de Van Gogh. Rien.

Pourtant j'ai le sentiment de ne pas être seule. Mes cheveux se dressèrent sur la nuque. Je ressentais la présence de quelqu'un ou de quelque chose.

Je perçus un mouvement d'étoffe très léger en direction des galeries des statues.

-Peyton, je murmure dans le talkie-walkie tout en suivant discrètement les mouvements d'étoffes étouffés.

-Qu'y a-t-il Sam ? Crachouille doucement Peyton.

J'avais mis le son de l'appareil au minimum.

-Vous ne voyez rien de suspect dans la galerie des sculptures de l'Antiquité grecque ?

-Non rien sur les écr... Attends voir... Si. Il y a une ombre suspecte à quelques mètres sur ta gauche. Je t'envoies immédiatement Asher ne fais rien d'imprudent surtout.

J'éteins ma source de lumière. J'avance à pas feutrés vers la direction indiquée par Peyton. Au fur et à mesure que ma vue s'habitue à l'obscurité je distingue une ombre vaguement humaine qui n'a rien de commun avec les statues de marbres grecques. La silhouette se dirige vers le Poséidon de l'Emeraude. Une représentation du dieu des océans tenant un Trident constellé d'émeraudes sur ses branches.

Soudainement je pointe ma lampe torche allumée sur la silhouette.

-Hé vous ! Je m'écrie avec autorité.

Mon sang se glaça devant le corps à la fois humain et félin de la silhouette. Elle était toute de noire vêtue et portait un masque effrayant de chat avec un bonnet à oreilles de chat.

Avec l'agilité et la grâce des chats l'intrus chargea droit sur moi.