La rencontre avec les parents.

Ye Guang avait senti son cœur se serrer d'appréhension quand ses parents l'avaient appelé dans le salon pour lui parler de quelque chose. La dernière fois cela s'était très mal passé, il avait même pris une gifle (complètement gratuite) de la part de son père. Depuis, les tentions s'étaient un peu apaisées, surtout grâce à sa mère qui essayait de le féliciter pour ses notes qui ne diminuaient pas, de l'encourager pour les choses qu'il faisait. Son père ne disait rien, mais il ne l'empêchait plus non plus de sortir, tant qu'il montrait des résultats satisfaisants.

— Je suis là, dit-il en arrivant dans le salon les yeux baissés sur ses chaussettes.

Qu'avaient-ils à lui dire cette fois-ci ? Est-ce qu'il devrait s'agenouiller ? Bien sûr, Ye Guang aimait ses parents de tout son cœur mais quelques situations l'avaient un peu traumatisé, et malgré les efforts des deux adultes, il restait des traces de la violence avec laquelle ils l'avaient traité.

— Assieds-toi près de nous Guang Guang, lui dit sa mère en pointant le canapé du doigt, nous voudrions te demander quelque chose.

Ye Guang vint se mettre à la place indiquée, le dos droit, toujours un peu inquiet.

— Nous avons beaucoup discuté avec ton père, commença la femme, et nous avons remarqué que même si tu sortais avec des amis, tes notes n'avaient pas chuté drastiquement.

Ye Guang faisait encore très attention à ses résultats. Certes il avait rendu copie blanche pour l'anglais, mais depuis il s'était rattrapé. Il voulait prouver à ses parents qu'il travaillait tout aussi bien même s'il lui arrivait de s'amuser au lieu de prendre des cours particuliers ou de réviser jusqu'à en avoir mal à la tête.

— C'est pourquoi, nous avons décidé de rencontrer ton ami.

— Mon ami ? Ray ? Vous le connaissez déjà.

— Non, nous parlons de Xu Qi Zhang, expliqua sa mère.

Ye Guang n'avait pas tout de suite compris de quel ami ses parents parlaient, parce que ceux-ci ignoraient que Xu Qi Zhang était son petit ami. Il n'était pas près de leur annoncer, il avait trop peur de leur réaction. Quand ils avaient appris qu'il était ami avec Xu Qi Zhang, ils en avaient fait une maladie, ils avaient été odieux, Ye Guang se souvenait de leur manque d'empathie et de leurs paroles dures, alors il était hors de question de mettre au clair sa relation avec Xu Qi Zhang pour le moment.

Méfiant il demanda :

— Vous voulez rencontrer Xu Qi Zhang ? Pourquoi ?

— Nous aimerions mieux le connaître, commença sa mère.

— Et nous assurer qu'il ne te tire pas vers le bas, conclut son père.

Ye Guang s'empêcha de grincer des dents. Ses parents ne comprenaient pas que c'était l'inverse. Xu Qi Zhang le tirait vers le haut, sans lui il aurait fini par devenir fou ou vraiment malheureux. Son petit ami lui avait offert de l'amour et du réconfort, des sourires chaleureux, de la gentillesse qui déborde, des attentions à n'en plus finir. Il l'aidait même à réviser. Et il lui cuisinait les meilleurs plats du monde. Xu Qi Zhang le rendait heureux, il ne voulait pas que ses parents l'insultent encore, le trainent plus bas que terre, le blessent en disant des choses comme « tu viens d'une famille monoparentale, ce n'est pas correct » comme si Xu Qi Zhang n'avait pas eu envie que son père soit vivant.

— Est-ce que tu peux l'inviter à dîner ce samedi ? proposa sa mère.

— Je ne sais pas, il doit répéter avec son groupe.

Ce n'était pas forcément faux, ce n'était pas forcément vrai non plus, seulement Ye Guang n'avait aucune envie que Xu Qi Zhang rencontre ses parents.

— Tu pourrais lui demander de venir quand même ? insista sa mère.

— Je ne sais pas, fit Ye Guang.

Son père qui était le moins patient des deux dit :

— Où est le problème ? Nous voulons seulement être sûrs que c'est une bonne personne pour toi.

— Ce que ton père essaye de dire, rattrapa la mère, c'est que nous sommes inquiets pour toi. Parce que nous t'aimons. Nous voulons juste le rencontrer, parles en lui s'il te plaît.

Ye Guang haussa les épaules, et à contrecœur il dit :

— D'accord. Je lui en parlerai.

Ye Guang en parla donc à son petit ami, espérant que Xu Qi Zhang refuserait. Ce qu'il ne fit pas :

— D'accord pour samedi, dit-il.

— Tu devrais décliner, tenta de le dissuader Ye Guang.

— Pour quelle raison ?

— Mes parents sont… Je ne sais pas ce qu'ils vont te dire, je ne veux pas que tu sois blessé.

Xu Qi Zhang avait souri, de son sourire doux et lumineux, il ne paraissait pas inquiet du tout.

— Merci de penser à moi, dit-il, mais tout va bien se passer.

— Et si rien ne se passe bien ?

Xu Qi Zhang se rapprocha de lui, sans cesser de sourire :

— Je compte sur toi pour me consoler.

Ye Guang en avait eu le cœur qui tremble pendant longtemps.

Le samedi, Xu Qi Zhang s'était bien habillé pour l'occasion – même s'il était toujours bien habillé selon Ye Guang – mais disons qu'il n'avait pas mis de jean troué. Même s'il avait accepté de rencontrer les parents de son petit ami, Xu Qi Zhang était un petit peu stressé, donc il demanda à Ye Guang :

— Comment tu me trouves ?

— Parfait, répondit Ye Guang.

Celui-ci avait parlé mécaniquement, parce que si Xu Qi Zhang ressentait un peu de pression – ce qui était normal dans cette situation – Ye Guang paraissait carrément angoissé.

— Si jamais ils te disent des trucs… qui te blessent, tu as le droit de partir.

Xu Qi Zhang attrapa sa main un instant :

— Pourquoi tu es plus stressé que moi ?

— Parce que je connais mes parents.

Ye Guang en avait mal au ventre mais la pression de la main de Xu Qi Zhang contre la sienne lui permettait de reprendre un peu pied.

— Ce n'est pas que je veux te cacher, tenta-t-il d'expliquer, ou que j'ai honte de toi, c'est tout le contraire, je suis fier de toi mais j'ai peur qu'ils aient des jugements hâtifs à ton égard et des préjugés.

Xu Qi Zhang lui sourit de façon totalement désarmante. Ye Guang espéra que ses parents n'effacent pas ce sourire, jamais. Sinon il leur en voudrait toute sa vie.

Xu Qi Zhang salua les parents de Ye Guang poliment. Il avait pensé à emmener des cadeaux – pas de luxe mais quand même – et les leur offrit. La mère l'accueillit avec entrain, le père se contenta d'un bonjour et le scruta derrière ses lunettes, comme pour chercher le moindre défaut et le souligner ensuite. Ye Guang espéra qu'il ne le ferait pas.

Ils s'installèrent à leur table au restaurant. Xu Qi Zhang à côté de Ye Guang qui n'avait aucun appétit et qui espérait que toute cette scène se terminerait bien vite. Après les formalités, vint le temps des questions.

— Guang Guang nous a dis que tu vivais seul avec ta mère, commença la maman de Ye Guang.

Celui-ci serra le poing sous la table, espérant que sa mère ne ferait pas de remarque déplacée :

— Ce n'est pas trop dur ? questionna-t-elle.

Xu Qi Zhang resta très calme, il ne paraissait pas troublé :

— Il y a des moments plus difficiles que d'autre, mon père nous manque beaucoup, mais ma mère est vraiment une bonne personne, j'ai de la chance de l'avoir.

Ye Guang lui aurait filé la médaille du meilleur orateur sans soucis, tout en sachant très bien que Xu Qi Zhang ne calculait rien, qu'il disait tout ça avec honnêteté.

Comme Xu Qi Zhang était tout de même un peu stressé, il se tenait plus droit que d'habitude, mais il se sentait prêt à affronter les parents de Ye Guang.

Ils commandèrent leurs plats et commencèrent à manger. Par habitude, Xu Qi Zhang donnait de la nourriture à Ye Guang :

— Mange bien, lui dit-il en lui souriant.

Ye Guang acquiesça. Pendant une seconde il oublia où ils étaient et la situation. C'est son père qui se racla la gorge qui le fit revenir à la réalité.

— Tu fais parti d'un groupe de musique, reprit la mère.

— En effet, fit Xu Qi Zhang.

— Je vous ai écouté au spectacle de votre lycée, tu chantes bien.

— Merci.

Ye Guang serrait très fort ses baguettes, même si pour l'instant l'échange se passait bien.

— Tu n'as pas peur que cela joue sur tes notes ? interrogea le père.

— Je fais attention, répondit Xu Qi Zhang.

— Xu Qi Zhang a de très bonnes notes, intervint Ye Guang, nous travaillons ensemble et il fait ses devoirs correctement.

Il appuyait sur chaque mot comme s'il cherchait de toutes ses forces à convaincre ses parents et à les empêcher d'embêter Xu Qi Zhang avec ses résultats.

— Il est devenu le président des élèves, ajouta-t-il.

— Ça c'est parce que tu t'es désinscrit, commenta son père. Je ne pense pas qu'il aurait gagné contre toi sinon.

— Je pense pareil, fit Xu Qi Zhang.

Ye Guang appuya son doigt sur le bras de son petit ami :

— Ne raconte pas n'importe quoi, je t'ai déjà dit que tu étais formidable.

Xu Qi Zhang eut un petit rire gêné et se frotta la nuque, et Ye Guang se tournant de nouveau vers ses parents ajouta :

— Il va pouvoir obtenir une bourse pour l'école de musique de Berklee à Boston.

Il disait ça avec toute la fierté qu'il ressentait pour Xu Qi Zhang. Sa mère le regarda et regarda ensuite Xu Qi Zhang qui souriait, puis à nouveau son fils.

— Vous vous entendez vraiment bien n'est-ce pas ?

Xu Qi Zhang acquiesça :

— Oui, dit-il innocemment.

— Tu comptes donc faire de la musique ? demanda le père.

Ye Guang ne laissa pas le temps à son petit ami de répondre et maugréa :

— Est-ce que c'est un interrogatoire ?

— Ne sois pas sur tes gardes comme ça, commenta sa mère, on essaye simplement d'en apprendre plus.

Xu Qi Zhang se tourna vers le père de Ye Guang et répondit sincèrement :

— J'aimerais beaucoup, oui.

— Ce n'est pas une situation stable, dit le père froidement puis il ajouta à l'adresse de Ye Guang : j'espère que tu ne prends pas exemple sur lui,

Ce dernier sentit la moutarde lui monter au nez mais Xu Qi Zhang intervint :

— Ce n'est pas une situation stable mais cela me rend heureux, je pense que c'est le plus important.

Il avait dit ça très poliment, très gentiment, sans se départir de son sourire, mais c'était tout de même une phrase qui montrait qu'il ne se laisserait pas marcher dessus gratuitement. Le père ne trouva rien à rétorquer, la mère se tourna vers son fils :

— Est-ce que tu as trouvé ce qui te rendrait heureux toi ?

Elle parlait, bien entendu, de son futur travail, chose à laquelle Ye Guang réfléchissait intensément sans vraiment penser à quelque chose de précis. Mais il avait effectivement trouvé ce qui le rendait heureux et pendant un instant, il jeta un coup d'œil à Xu Qi Zhang.

— Hmmm, répondit-il.

— Hmmm n'est pas une réponse, le reprit son père.

— Je ne sais pas, dit-il, j'y réfléchis encore.

Lui, il se voyait vivre avec Xu Qi Zhang, il viendrait à tous ses concerts, assisteraient à quelques-unes de ses répétitions, ils auraient des rendez-vous dans des endroits sympa et feraient des choses marrantes et inédites. Mais un métier ? Il n'en avait pas le moindre début d'idée.

— Réfléchis-y vite, fit son père.

— Oui, dit-il. Peut-être que je devrais aller faire des études supérieures à l'étranger.

À Boston plus précisément pensa-t-il, histoire de rester avec Xu Qi Zhang.

— C'est une bonne idée.

Son père avait l'air satisfait, sans se douter des arrières pensés de son fils. Xu Qi Zhang, lui, avait compris le sous-entendu et son regard semblait vouloir dire « j'aimerais beaucoup que tu viennes à Boston avec moi ».

La mère avait d'autres questions, du genre « quelle est ta matière préférée ? », « comment se passe ton travail de président des élèves ? », « est-ce que ce n'est pas trop dangereux de conduire un scooter ? » etc.

Xu Qi Zhang répondit à tout, se détendant au fur et à mesure. Ye Guang, lui, resta sur ses gardes tout au long du repas, et si son petit ami ne lui avait pas rappelé de manger, il aurait snobé son plat sans s'en rendre compte.

Arrivé à la fin des desserts, le père se leva pour aller payer. Ye Guang souffla de soulagement, heureux que ce soit enfin fini. Dans l'ensemble ça ne s'était pas mal passé, même si Xu Qi Zhang avait été noyé sous un flot de questions, comme s'il devait faire ses preuves à un entretien d'embauche. Ce dernier ne paraissait pas déstabilisé et il fixait son petit ami avec un sourire.

— J'ai révisé mon jugement, fit la mère à son fils avant que le père ne revienne, j'ai été prompt à me faire un avis négatif sur ton ami, mais je pense qu'il ne te tirera pas vers le bas comme nous l'avons cru avec ton père.

Ye Guang marmonna :

— Evidemment. Je vous l'avais dit.

Et il passa un bras autour de son petit ami :

— Qi Zhang est le meilleur, dit-il.

— Je ne pensais pas que vous étiez si proche, fit la mère.

Ye Guang relâcha Xu Qi Zhang et haussa les épaules. Il n'était pas encore prêt à faire son coming out à ses parents. S'il avait peur qu'il réagisse mal à son propos, il était encore plus effrayé qu'ils puissent l'empêcher de voir Xu Qi Zhang quand il le voudrait, pire qu'ils s'en prennent à Xu Qi Zhang lui-même. Donc pour le moment, son petit ami resterait juste un ami aux yeux de ses parents.

Devant le restaurant, Xu Qi Zhang salua à nouveau très poliment les parents de Ye Guang.

— Tu pourras venir diner avec nous une autre fois, fit la mère.

Le père acquiesça mais cru bon d'ajouter :

— Mais j'espère que ta passion pour la musique ne nuira pas à mon fils.

— Je ferai de mon mieux pour ne jamais nuire à votre fils, lâcha Xu Qi Zhang d'un air très sérieux.

La mère les regarda à nouveau, et finit par sourire.

Ye Guang raccompagna Xu Qi Zhang jusqu'à son scooter, ses parents l'attendant dans la voiture garé un peu plus loin.

— Ça va ? demanda Ye Guang.

— Oui très bien, je me suis bien débrouillé devant tes parents n'est-ce pas ?

— Oui, tu as été génial.

Ye Guang ne se lasserait jamais des nombreux sourires de Xu Qi Zhang. Il avait envie de l'embrasser, mais il savait que ses parents guettaient depuis la voiture et il resta sage.

— Désolé s'ils se sont montrés durs ou indiscrets.

— Ne t'en fais pas, assura Xu Qi Zhang, ils sont simplement inquiets pour toi.

— Ouais ouais…

Xu Qi Zhang mit son casque sur la tête et monta sur son scooter :

— Je t'envoie des messages quand je rentre, dit-il à son petit ami.

Ye Guang acquiesça et lui fit un petit signe de la main. Il regarda Xu Qi Zhang s'éloigner, soupira amoureusement, puis reprit ses esprits et rejoignit ses parents.

Alors qu'il était en train de faire ses devoirs, sa mère toqua à sa porte et entra dans sa chambre. Elle lui demanda si ça se passait bien et il acquiesça. Elle vint près de lui et demanda :

— Ce Xu Qi Zhang, tu l'aimes vraiment beaucoup n'est-ce pas ?

Ye Guang essaya de rester calme, fit semblant de hausser une épaule nonchalante alors qu'à l'intérieur il paniquait.

— Ça va, dit-il évasivement.

— Je tenais à te dire que je trouve que c'est un bon garçon, et je m'excuse pour mes propos de l'autre fois à son égard.

Ye Guang en serait tombé de sa chaise, mais il eut un fin sourire. Il était reconnaissant que sa mère vienne lui dire ça.

— Et qu'en pense mon père ? tenta-t-il.

— Il pense comme moi, affirma-t-elle.

Ye Guang ne savait pas si elle disait la vérité mais il acquiesça et elle vint lui caresser les cheveux. Avant de sortir de la chambre, elle se tourna une dernière fois vers lui et demanda :

— Il te rend heureux ?

Ye Guang eut les joues qui chauffent mais même si ça mettait la puce à l'oreille de sa mère, il ne pouvait pas mentir.

— Oui, très heureux, répondit-il.

Sa mère lui sourit.

— Dans ce cas, tout va bien.

Et elle sortit de la chambre. Ye Guang resta un instant étonné, puis il finit par retourner à ses devoirs. Non, sa mère n'avait sûrement rien compris, c'était juste une demande comme ça.

Plus tard, il reçu un SMS de Xu Qi Zhang.

« Merci pour le dîner, tu remercieras une nouvelle fois tes parents de ma part. Je suis bien rentré. Ma mère t'invite demain soir pour faire la connaissance de mon petit ami :) »

Ye Guang rit et répondit :

« Je serai ravi de venir rencontrer ta mère ».

Oui, il était vraiment heureux. Après avoir souhaité la bonne nuit à celui qui était en partit responsable de son bonheur, il serra un instant son portable contre lui. Puis il finit par fermer les yeux et s'endormit.

Fin.

L'autatrice : encore une fois je me suis laissée emporter, j'espère que ce moment vous aura plu.