Moribito Fanfic – Challenge

What if…

If We Go Down, Then We Go Down Together


Rated : M (classé dans la catégorie T, mais se plaçant dans la catégorie M, car j'ai eu affaire à un troll, of course, et que je n'ai aucunement l'envie ni la force de devoir gérer des trucs de ce genre ces derniers temps)

Warning : Darkfic, Avortement, agression, séquelle psychologique, point de vue divergeant

Character : Balsa Yonsa, Tanda, OFC, OC

Musique d'ambiance (optionnel) : Paris – The chainsmoker


Note

Je n'ai pas vraiment de résumé spécifique pour ce one-shot. C'est juste une hypothèse qui a été émise en lien avec Kazoku no Moribito – mon troisième volume – et ne suit pas mon fanon ni comment se déroule ma série originellement (Chagum n'est pas présent dans cette version-ci). Avec les événements récents qui se sont passés chez mes voisins d'Amérique, ce sujet est venu me remuer plus que je ne le pensais... et j'avais simplement besoin de ventiler et faire sortir le plus gros par moyen d'écriture avant de pleurer pour rien...

Je suis au courant que mon point de vue pourrait ne pas s'enligner avec celui des possibles lecteurs, mais il ne s'agit que du mien et je pense que l'on peut parfaitement communiquer de la bonne façon tout en restant respectueux. Alors pas besoin de m'attaquer parce que ce one-shot ne plait pas ou ne va pas dans le même sens qu'un fil de pensée X.

Je m'excuse d'avance si je fais du Out Of Character, surtout concernant Tanda, mais ça aurait pu être une hypothèse également... Comprenez que j'ai juste besoin de m'exprimer pour ne pas céder à la tristesse passagère. Et si ça a l'air précipité et manque de profondeur, c'est peut-être parce qu'en ce moment, je ne vais pas très bien et suis trop épuisée émotionnellement et mentalement pour aller jusqu'au fond des choses...

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Résumé Complet

Balsa est prête à tout pour protéger ses enfants.

« Je n'ai aucune préférence pour mes enfants, je les aime tous », avait-elle souvent dit, mais au fond, elle avait légèrement menti.

Balsa a toujours eu une préférence pour sa fille aînée Alika. Quand, lors de la guerre contre l'invasion de l'Empire Talsh au Nouvel Empire de Yogo, sa fille s'est faite agressée et demande de l'aide pour avorter d'urgence, la lancière est prête à tout pour l'aider. Ne serait-ce que mettre en péril son mariage avec Tanda et partir hors de la grotte des chasseurs clandestinement durant la nuit...


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Ce qui s'était avéré être une soirée intime avec Tanda dans la pièce de la source d'eau s'était soldé en échec quand il lui dit que leur fille aînée ne devrait pas avorter et garder l'enfant pour l'élever en famille. Torogai n'avait pas dit un mot dessus, par contre. Tanda rappela aussi à Balsa son ancienne décision avant la naissance d'Alika, lui disant qu'elle avait aussi pensé à avorter, mais qu'elle s'était résignée à la toute dernière minute. Balsa, normalement taciturne, avait monté sur ses grands chevaux et Tanda savait qu'il ne pourrait faire le poids face à son agressivité et sa détermination.

« Mon vécu et le sien ne sont pas comparable, l'asséna-t-elle sèchement. Moi, à comparer d'elle, je connaissais le père du bébé à venir ! Je n'ai pas été séquestrée, droguée, violée et enculée par derrière pendant des heures par des porcs !... Tanda... comment peux-tu, en tant que père, tenir de tels propos devant ma propre face ?! Si Jiguro avait appris que j'avais vécu la même chose, il m'aurait tout de suite dit de virer l'enfant à venir !

- Ou peut-être qu'il t'aurait dit de venir habiter chez nous...

- Ça suffit, termina-t-elle en mettant une main devant lui. Tu te battras seul pour ce coup-là. Mes forces, je les garde pour protéger Alika. Je croyais que tu valais mieux que ça que d'imposer une grossesse non-désirée à ta propre fille qui a toujours, mais bien toujours été prudente à ce niveau. Elle n'a pas choisi de tomber enceinte, Tanda. Elle n'a pas choisi de ne pas se protéger. »

Puis, sur ces mots, Balsa était sortie de la pièce, préparant en cachette son baluchon, son manteau et sa cape ainsi que celui de sa fille. Tout était silencieux dans la Grotte des Chasseurs. Balsa s'était enfermée dans une des nombreuses pièces qui constituaient le vestibule de la Grotte et avait attendu que tous s'endorment profondément. Tanda ne dormirait pas avec elle cette nuit-là. Elle se redressa lentement de sa position assise et à pas feutré, se dirigea vers la chambre où Alika avait pris refuge depuis son retour. Elle secoua vivement son épaule.

« Réveille-toi, ma belle, murmura Balsa.

- Maman ? demanda Alika, se tirant de sa torpeur du sommeil.

- Viens... nous partons.

- Eh ? Où ça ?

- À une place sécuritaire où quelqu'un pourra t'aider avec ton problème...

- ... En plein milieu de la nuit ? »

Balsa ne répondit pas. Alika, sentant que l'énergie de sa mère avait changé, se leva doucement et s'habilla silencieusement. Enfin, sa mère lui déposa sa propre cape sur les épaules par-dessus son manteau et l'attacha autour de son cou. Elle passa une main dans ses cheveux courts, puis sur sa joue.

« Comme quand tu étais petite, murmura-t-elle avant de passer la lance à sa fille. Voici ta lance. J'ai la mienne. »

Soudain, Balsa ramena sa main gauche proche d'elle et de sa main droite, son index et son pouce prirent l'anneau en or qui reposait dans son annulaire avant de tirer dessus.

« Maman, mais qu'est-ce que tu fais ?! s'horrifia Alika.

- ... La sécurité et la santé de ma fille sont bien plus importantes que mon mariage... et qu'une simple anneau en or. »

Même si elle tentait de paraître forte, Alika sentait de l'émotion de la voix de sa mère et ses yeux brillaient de larmes contenues. Ses yeux de médium virent alors le Gardien du Mariage de ses parents se séparer. La gardienne spirituelle de Balsa retira sa capuche turquoise et fit un signe de tête, montrant qu'elle était prête à suivre sa protégée. Le gardien spirituel de Tanda, de son côté, ne bougea pas, les larmes aux yeux.

« Ça allait faire dix ans que cette bague reposait à ce doigt..., dit Balsa. Je ne la remettrai que lorsque Tanda aura compris la gravité de ta situation.

- Tu vas la mettre dans une pochette avec toi ?

- ... Non. Je la laisserai ici, sur ton lit.

- Wouah... Maman... »

Balsa se pencha et déposa l'anneau sur l'oreiller de sa fille.

« Allons-y, déclara-t-elle en prenant sa main. Dépêchons-nous. »

Ayant été entraînées à se déplacer en silence, les deux femmes s'évadèrent en douce sans que quiconque n'entende bruit et son. Balsa déplaça la grosse pierre lourde, juste assez pour qu'elles puissent s'y faufiler de côté. Une fois à l'extérieur, elle demanda à Alika d'aller en direction du bois. Lentement, elle marcha dans ses pas et entreprit de faire disparaître leurs traces dans la neige. Une fois certaine qu'elles ne seraient pas suivies, Balsa reprit la main de sa fille et courut rapidement.

Il n'y avait aucun risque que Tanda utilise l'appel d'âme pour les retracer, comme Torogai le lui avait fortement interdit et que la dernière fois qu'il l'avait fait, il n'avait pas été capable de revenir dans son corps sans l'aide de Chagum. Alika s'était entourée d'un sortilège enseigné par les esprits eux-mêmes afin de dissimuler leurs énergies. Elle regarda Balsa, qui, malgré elle, pleurait.

« ... Merci d'être là pour moi, Maman...

- Je ne te laisserai pas seule... Je te protégerai coûte que coûte, même si cela doit me couter la vie.

- ... Et ton mariage, lui ?

- Et mon mariage, termina-t-elle sans aucune hésitation. Si tu tombes, alors nous tombons toutes les deux. »


Après trois jours de marche, elles arrivèrent dans un endroit isolé. Alika ressentit l'énergie spirituelle des lieux. Elle y vit quelques esprits bienveillant qui discutaient ensembles, ou jouaient dans la neige.

« C'est ici, Maman ?

- Oui... je suis déjà venue ici auparavant.

- Ah, oui... Grand-Mère me l'a dit quand j'avais cinq ans... mais tu m'as gardée quand même.

- Parce que je connaissais ton père et que je n'ai jamais été agressée. Je t'en prie, ma belle, ne compare pas mon vécu avec le tiens, répéta-t-elle. Je t'ai emmenée ici parce que tu me l'as demandée et que je te fais confiance avec tes décisions. »

Balsa alla cogner à la porte. Elles entendirent quelques pas à l'intérieur et la porte s'ouvrit sur une jeune femme. Elle devait être un peu plus jeune que Balsa. Son teint était mat, montrant qu'elle possédait du sang Yakue dans ses veines, ses cheveux, long et noir, avaient du volume. Ses yeux bruns ne montraient que de la bienveillance. Alika sut toute de suite que la dame devant elle était dans les énergies, une médium comme elle, en plus d'être une magic-weaver. Elle était digne de confiance et ne jouait pas dans le dos de ses clients dans le but d'avoir uniquement de l'argent.

« Bonjour, salua Balsa. Pouvons-nous entrer ?

- Vous êtes donc les personnes que les esprits m'ont prédit qu'elles viendraient il y a quelques jours. Veuillez entrer, toutes les deux.

- Merci. »

Alika entra en premier, puis fut suivie de Balsa. Elle regarda tout autour avec de grands yeux curieux. Il y avait des pierres et des pendules sur de petits arbres en bois, de l'encens et un lit mit en place pour que les clients puissent se reposer. Des bouquets d'herbes odorantes ornaient le plafond, accroché aux poutres. Il y avait une plus petite pièce adjacente qui était sans doute l'endroit où la femme habitait et faisait office de logis.

« Je vous en prie, retirez vos manteaux et prenez place ici. »

Les nouvelles arrivantes obéirent et retirèrent leurs capes et leurs manteaux avant de laisser leurs lances reposer à l'entrée et s'asseoir sur des coussins. La jeune femme prit place devant elle, leur versant un thé chaud dans une tasse en terre cuite.

« Nos chemins se recroisent de nouveau malgré la guerre, Balsa, remarqua la médium.

- Oh ? Vous n'avez pas oublié mon nom ?

- Non. Par contre, je ne pense pas vous avoir dit le mien. Je m'appelle Rubiah, mais veuillez utiliser mon diminutif "Rubi".

- Rubi... comme la pierre précieuse ! comprit Alika.

- C'est exact. En tant que médium, nous nous comprenons pour l'amour des pierres fines, n'est-ce pas ? Nous avons des thèmes que seuls nous connaissons et pouvons comprendre.

- Oh oui ! »

Il y eut un court silence.

« À ce propos..., commença doucement Balsa en caressant les cheveux d'Alika. Nous avons une requête à vous demander. Ma fille Alika a besoin d'aide et personne ne désire l'aider... cette fois-ci, c'est elle qui est aux prises avec un problème encore plus grand que la dernière fois; par-là, j'entends que j'étais venue, il y a plusieurs années déjà...

- Je comprends et je ne juge pas. Alors, belle âme, accueillit-elle en observant Alika, occupons-nous de toi. Personne ne juge personne ici, pas même les esprits. Après, je m'occuperai de te faire un soin énergétique pour retirer toutes traces d'énergie résiduelle et purifier ton corps. Tu sais ce que c'est, au moins ?

- Oui. J'en ai déjà entendu parler, mais je n'ai jamais essayé... Merci... »

Elle expliqua à Alika toutes les étapes et les risques que ça pouvait engendrer, après avoir pris la médication.

« Pour prévenir une infection mortelle, je propose toujours de garder mes clientes ici jusqu'à ce que le saignement se calme et arrête de lui-même, naturellement.

- Il n'y a pas de soucis, répondit Balsa. Nous sommes prêtes à attendre tant et aussi longtemps que le traitement fasse effet.

- Je suis d'accord..., l'appuya sa fille. »

Rubiah alla fouiller dans son tiroir et commença à mélanger les ingrédients ensembles dans un mortier tout en faisant chauffer l'eau. Elle donna trois dattes à avaler à la jeune femme. Alika n'avait jamais aimé ce fruit, mais elle fit un effort en buvant beaucoup, beaucoup de thé.

« Ce fruit aidera à la dilatation. Le prochain mélange fera en sorte de déclencher les crampes. Je vais prendre soin de toi et mes gardiens spirituels également. Alors aie l'esprit en paix. »


Balsa se souviendrait toujours de la douleur que sa fille avait endurée, recroquevillée sur elle-même alors qu'elle avait commencé à perdre du sang et que des crampes la prenaient d'assaut. Pâle comme un drap, sa sueur mélangée à ses larmes, Alika avait toujours gardé sa détermination d'aller jusqu'au bout des choses malgré la douleur lancinante.

L'avortement clandestin ayant eu quelques complications. Alika était devenue faible et pâle physiquement, avait eu une fièvre légère, régurgitant tout ce qu'elle venait d'avaler. Et Balsa avait vraiment eu peur de perdre la fille aînée. Elle n'était pas prête à la voir mourir; elle était si faible ! Tout ce qu'elle pouvait fait était de rester à ses côtés tout le long du processus, lui donnant du réconfort et un soutien constant alors que voir les larmes de sa fille aînée lui crevait le cœur.

« Si seulement, je pouvais échanger de place avec toi et subir ce que tu n'aurais pas dû endurer..., murmura-t-elle. »

Alika avait saigné pendant deux grosses semaines, jusqu'à ce que les saignements diminuent et que la douleur se soit calmée. Ce qui était censé être qu'une visite de deux semaines s'était soldée par une visite d'un mois et demi, juste assez pour que les troupes de l'empire Talsh se retire du Nouvel Empire de Yogo, et juste assez pour voir si Alika allait ravoir ses règles normalement.

Lorsque Rubiah recevait des clients, Balsa et Alika allaient se promener dans la forêt avoisinante pour ne pas déranger. Sa fille aînée prenait un plaisir à expliquer plus en profondeur sa réalité avec le monde spirituelle et les esprits. Parler de cette dimension rendait son âme plus légère. Elle reprenait ses forces et son teint avait repris un éclat sain. Une fois certaine que tout allait bien au niveau de son ventre, Rubiah s'occupa de lui faire un soin énergétique afin de purifier son énergie. Le jour de leur départ arriva. Lorsque Balsa fut prête à la payer, la magic-weaver refusa la monnaie.

« Mais— allait protester Balsa.

- Ce que j'ai fait ne requiert aucun paiement. Juste de la bonté et de la sympathie.

- Merci beaucoup de ta bonté, bienveillance et douceur à mon égard, Rubi, la remercia Alika en la tutoyant, car Rubiah lui avait demandé d'arrêter de la vouvoyer.

- Souviens-toi de ceci, Alika. Peu importe quels seront tes choix dans ta vie future, tu auras toujours l'appuies des esprits, le mien, et, par-dessus tout, celui de ta maman, s'émut-elle en regardant Balsa. Très peu de jeunes femmes sont accompagnées par leur mère dans une telle épreuve.

- J'ai toujours dit que je voulais être comme Maman, plus jeune. Elle n'est pas parfaite, mais elle a toujours été là pour moi et ne m'a jamais laissée derrière comme un chiot en punition. »

Balsa étreignit sa fille et elles quittèrent le refuge secret de Rubiah.

« Où nous allons, Maman ? demanda Alika sur le chemin.

- Nous retournons à la grotte des chasseurs... le printemps est enfin revenu.

- ... Est-ce que revoir Papa te stress ?

- Non. Parce que je suis et serai toujours à tes côtés. »


Le reste du trajet se poursuivit sereinement et dans la tranquillité de la nature. Quand elles arrivèrent dans les environs de la Grotte des chasseurs, elles ne virent aucune trace ni âme qui habite les lieux. Balsa ouvrit la porte et descendit dans le vestibule sans s'annoncer. Alika, en dehors de leurs gardiens spirituels, ne voyait pas les autres gardiens de sa famille et ne ressentait pas les énergies des autres personnes séjournant dans la Grotte.

« Tanda ? appela Balsa. Les enfants ? »

Alika alla vers le salon. Elle y découvrit une lettre parchemin, reposant sur le palier de bois. Elle se mit à la lire.

Balsa... Alika...

Votre absence se fait sentir à tous les jours ici...

Et Balsa, tu avais raison d'être en colère contre moi. J'aurai dû appuyer Alika dans sa décision, au lieu de lui imposer mon point de vue – maladroitement – dans un moment où elle était plus que vulnérable. Ce n'était pas ce que vous vouliez entendre...

J'ai toute de suite compris la signification de ton alliance sur l'oreiller de notre fille, et j'ai beaucoup pensé et réfléchi depuis. Si vous revenez un jour, la porte de la maison sera toujours ouverte à vous, sans jugement aucun.

Tanda

Elle referma le papier et retrouva Balsa dans le vestibule.

« Papa a laissé cette lettre, annonça-t-elle.

- Quoi ? Ça ?

- Oui... tu veux la lire ?

- Je n'ai pas la force de lire ce qu'il m'a écrit, avoua Balsa.

- Ce ne sont pas des conneries, mais je sais que tu es encore fâchée contre Papa, ça se sent dans ton énergie. Au mieux, tu pourras la lire quand tu te sentiras prête. Maintenant, où allons-nous ?

- Que veux-tu faire ?

- ... J'aimerai aller à Kanbal... mais je crois que tu devrais au moins parler avec Papa, une fois, avant notre départ.

- Mauvaise idée, je vais exploser. »

Alika fit une petite moue amusée.

« Tu es plus en colère contre Papa, que moi envers lui... ça fait étrange. Ton aura est encore toute noire et tes ailes sont encore toutes gonflées et hérissées...

- C'est mon devoir de te protéger. Quand tu es revenue à la grotte ce soir-là, j'ai promis aux esprits et à moi-même que jamais je ne laisserais qui que ce soit te faire du mal à nouveau. Je suis prête à repousser ma propre famille pour être de ton côté.

- ... Je suis contente que tu sois ma Maman.

- J'ai déjà failli être agressée..., confessa Balsa à la surprise de sa fille. C'est peut-être pour ça que je suis si remontée en ce moment. »

Alika dévisagea Balsa, estomaquée.

« Quoi ? Toi ?! Comment ?

- J'avais treize ans à l'époque. J'aidais Jiguro avec son travail dans une taverne à Rota. Le petit frère d'un Seigneur Rotan a essayé de m'agresser après avoir trop bu... il a juste touché ma poitrine par-dessus mes vêtements, mais j'ai vu noir et lui ai sauté dessus après l'avoir solidement agrippé par l'entrejambe. J'ai failli le tuer de mes propres mains si Dame Lahura n'était pas intervenue. »

Sa mère secoua la tête.

« Mais je n'ai pas été droguée à comparer de toi, et tu m'en vois désolée...

- Mais non, Maman. Une agression ça reste une agression. Que ce soit physique ou verbale, que tu aies encore tes vêtements ou pas.

- ... Je ne sais pas ce que je devrais faire avec Tanda. Je lui en veux encore et je sais que je n'arriverai pas à le faire changer d'avis, pas plus que moi. C'est ma tête de mule qui prend le dessus et je n'ai pas envie de prendre en compte son avis.

- Alors si ce n'est pas là que tu accepteras son avis, alors ce sera plus tard. Tu écouteras, mettras ça dans un coin dans ta tête et feras le tri quand tu t'en sentiras prête.

- Je vais perdre mon sang-froid face à lui... tout va sortir de travers. Tu sais que la communication n'a jamais été mon point fort.

- Peut-être, mais au moins, le plus gros sera sorti de toi. Même si tu es maladroite, que tu trembles et que tu pleures. »

Balsa sourit et caressa les cheveux courts de sa fille en souriant faiblement.

« Merci d'être mon pilier quand j'en ai besoin.

- C'est tout naturel pour moi. Je ressens beaucoup de choses en dehors de mes cinq sens, après tout. De toute façon, je ne regrette en rien mes décisions. C'était ce que j'avais à faire, pour moi avant tout. Là-dessus, ce n'est plus de l'égocentrisme, c'est de la préservation. »


Après avoir quitté la Grotte des Chasseurs, elles prirent le chemin vers le refuge. Les environs devinrent familiers et bientôt, un joli cerisier apparut à l'horizon. C'était la première chose que l'on pouvait voir en arrivant dans la clairière.

« Le cerisier de Kasem est toujours-là, dit Alika avec un sourire. »

Deux petites têtes brunes avec de grands yeux bruns sortirent des buissons.

« C'est Maman ! s'écrièrent en chœur les jumeaux, bientôt quatre ans, Karuna et Jiguro. »

Contents de revoir leur grande sœur et leur mère, les enfants de quatre ans, identiques, coururent vers Balsa. Elle les cueillit avec amour dans ses bras sans pour autant relâcher sa lance. En entendant les cris de joie des jumeaux, Tanda sortit la tête hors du refuge. Même si Balsa l'avait quittée en colère, il ne pouvait s'empêcher d'être heureux quand il la revoyait, à toutes les fois. Une autre petite tête se pointa hors de l'ouverture de la porte, cette fois-ci, avec des cheveux noirs et les mêmes yeux foncés que le reste de sa fratrie, sauf Nao, qui les avait bleu.

« Alika-Onee-ny-chan et Maman sont de retour ! annonça-t-elle en courant vers Alika.

- Bonjour Motoko.

- Vous allez rester, hein ?

- Eh..., hésita Alika. Nous allons t'en parler plus tard. »

Motoko fit une petite moue.

« Ça veut dire que vous allez repartir, devina-t-elle. Je peux venir avec vous ?

- On verra... Papa est là ? »

La petite pointa Tanda dans l'entrée de la porte et ajouta que Nao était de sorti avec Grand-Mère Torogai. Pour toutes réponses, Balsa s'avança et les mots moururent dans sa gorge. La boule de feu dans son estomac se réveilla de nouveau en elle et elle sentit une grande chaleur l'envahir. Alika s'empressa de lui emboiter le pas en espérant lui servir de canalisateur quant à son énergie colérique.

« Allô Papa.

- Bienvenu à la maison, répondit-il. Je suis heureux de vous revoir toutes les deux. »

Il regarda Balsa, attendant de croiser son regard. Voyant qu'elle ne regardait que ses vêtements, il la connaissait assez pour savoir qu'elle n'avait pas encore vidé tout son sac. Tanda demanda alors aux plus jeunes d'aller jouer dehors.

« On veut être avec Maman, rétorquèrent les jumeaux.

- Elle viendra vous rejoindre que lorsque j'aurai terminé de lui parler. »

Cette réponse sembla plaire à Karuna et Jiguro, mais Motoko restait dans la porte.

« Moi aussi ?

- Toi aussi. »

Elle lâcha un long soupir et sortie à son tour. Alika se montra de derrière Balsa.

« Alika, ce message s'adresse aussi à toi, se lassa son père.

- Mais je sais que je serai le principal sujet de votre conversation, répliqua-t-elle. Donc, ça me concerne aussi d'une quelconque façon.

- Ce que nous avons a échanger ne concerne que nous. S'il te plait.

- ... Ça ira, Maman ?

- Oui, tu peux nous laisser, finit par répondre Balsa.

- Tu es sûre ?

- Oui. »

Leur fille aînée leva les yeux au ciel et rejoignit ses plus jeunes frères et sa sœur. Lorsque le silence retomba dans le refuge, Balsa laissa tomber au son sac au sol.

« Je connais ce regard, alors vide ton sac, l'invita Tanda. Je ne me fâcherai pas contre toi.

- Très bien, je n'irai pas par quatre chemins pour te faire comprendre mon point de vue et malgré tout, je suis encore très fâchée contre toi, ce que tu as dit. »

Elle croisa ses bras sur sa poitrine.

« Tu n'es pas ouverte à la discussion, je sais, remarqua-t-il. Alors je suis disposé à t'écouter jusqu'au bout sans t'interrompre.

- Sois. Quand tu utilises les valeurs Yakues et les croyances de ton peuple pour justifier ce que ta fille devrait faire de son corps, ça me mets en rogne ! tempêta Balsa. En quoi cela a rapport avec sa sécurité ou son bien-être ?! Tu es le premier à dire qu'il faut respecter les gens et leurs choix, mais quand Alika a eu besoin de toi, tu l'as repoussée. Et quand tu fais ça, tu me repousses moi aussi !

- Je suis désolé si mon comportement vous a blessé... mais j'accepte que nous ne soyons pas toujours d'accord sur les mêmes choses.

- Hé bien, sache que moi, j'ai encore de la difficulté à en saisir les nuances ! En quoi les croyances ou une quelconque religion ou dieu à rapport avec la santé des personnes et leurs enjeux ?! Que c'était la volonté d'un dieu que notre fille se fasse violer et agresser ?! J'ai eu peur de perdre ma fille. J'ai eu peur pour sa vie... et même quand elle est revenue ici et que nous avons fui cette nuit-là, j'ai aussi eu peur de la perdre, Tanda ! Tu n'étais pas là quand c'est arrivé, mais elle était tellement pâle, tellement faible, que j'ai cru que la vie nous la reprendrait quand elle perdait que du sang et encore du sang ! J'espère que tu pourras prendre en compte mon point de vue et voir que le monde est surpeuplé en faisant porter aux femmes des enfants dont elles ne veulent pas et ne peuvent pas permettre la culture du viol et rendre la pauvreté encore pire et que dans ces cas-là, l'avortement est un enjeu de santé, pas un enjeu moral ! Mais il semble que ça n'arrivera jamais... »

Balsa ne se retenait plus et elle pleurait.

« Combien de fois tu m'as vu pleurer ma vie comme ça, hein ? maugréa-t-elle. Il faut bien que ça me touche une corde sensible pour que mon corps et mon psyché ne soit pas en mesure de pouvoir faire un compromis là-dessus... mais quand tu viens me parler d'éducation sexuelle, tu ne viendras pas me dire que si des gamines se font agresser de cette façon, c'est par manque d'éducation à ce niveau ! Mais, surtout, ne dis pas que ta propre fille n'a jamais été mise en garde à ce niveau et qu'elle aurait pu empêcher ça si elle l'avait voulu ! Ce que Alika a vécu, c'est un crime. Et ça peut mener jusqu'au suicide et la victime se sent dégueulasse jusqu'au plus profond de son âme ! Maintenant, vas-y ! Tu pourras me dire à quel point je t'ai blessée quand je n'ai fait que te dire mon opinion sur ce sujet qui est maintenant sensible pour moi !

- Balsa, tu te fourvoies. Je n'ai jamais parlé d'éducation sexuelle ni dit ceci. C'est Nao qui l'a fait en invoquant les esprits et en les laissant prendre possession de sa conscience, pas moi... écoute, je sais qu'en ce moment, tu bouillonnes et que tu vois rouge et que rien ni personne ne te fera changer d'idée, mais je pense que nous avons tous les deux échangés nos opinions de façon saine, même de façon... disons-le... sec.

- Arrête ça là tout de suite, lui ordonna-t-elle durement. Ne dis rien de plus. Je ne veux plus rien entendre.

- Très bien..., conclut-il avec un petit soupir, comme tu voudras. Je respecterai ton choix et ta colère. J'attendrai tant et aussi longtemps qu'elle ne sera pas tombée. »

Elle marcha plus loin dans le refuge en continuant de trembler de rage.

« Demain aux aurores, je repars, déclara-t-elle.

- Où ? s'étonna-t-il.

- À Kanbal. Avec Alika... pour lui permettre de se reconstruire et de revivre. Je ne désire pas qu'elle attente à sa vie et je sais que c'est uniquement là-bas qu'elle pourra refaire le plein d'énergie... Une dernière chose Tanda : les enfants ne nous appartiennent pas. Dès qu'un enfant naît, il est laissé à lui-même et soudain, les gens ne se préoccupent plus de son sort ou de la situation familiale dans laquelle il vit ou a été conçu. Nous les élevons, mais en n'aucun cas nous avons le droit de les contrôler. Alika a fait son choix; que l'on ne vienne jamais la faire culpabiliser là-dessus. »

Tanda aurait aimé dire autre chose, mais il savait que Balsa était dans un état émotionnel si chaotique que jamais elle n'accepterait de l'écouter à nouveau. Il la connaissait assez pour savoir qu'elle ferait la sourde oreille. Ce scénario ne lui était en aucun cas inconnu. Et encore une fois, il la laisserait se calmer et revenir par elle-même sans la pousser dans le dos.


Torogai revint en fin après-midi en compagnie de Nao. Le souper se déroula de façon très étrange avec beaucoup de malaise dans l'air. Lorsque Balsa annonça à ses autres enfants qu'elle partait à Kanbal avec Alika, ce fut sa seconde fille, Motoko, qui explosa. Elle se doutait bien que l'annonce serait difficile à digérer pour elle.

À ce moment, la petite fille se leva rapidement et sauta sur Balsa.

« Moi aussi je veux venir ! pleura-t-elle. Je veux t'accompagner Maman !

- Je suis désolée, Motoko... mais cette fois-ci, je dois vraiment y aller.

- Tu vas partir pour toujours ?!

- Non. Juste pour six mois ou un an.

- Mais c'est long une année sans voir ma Maman, je vais avoir neuf ans ! Je veux ma Maman moi ! pleura-t-elle.

- Motoko...

- Je veux pas que tu me laisses ! cria-t-elle en hoquetant. C'est toujours Alika avant tout le monde ! T'as toujours été avec Alika et seulement elle depuis son retour à la grotte et jamais avec moi ! Tu donnes tout à Alika et tu es jamais avec nous— »

Balsa se leva brusquement avant de prendre sa fille dans ses bras au passage et sortit dehors avant de claquer la porte. Alika regarda son assiette et jeta un regard noir à son petit frère Nao.

« Me regarde pas comme ça, j'ai rien fait ! s'écria-t-il.

- Pas là, mais avant, lui rappela-t-elle, rancunière, à propos de ses dires concernant sa décision.

- Ça suffit, vous deux ! les calma Tanda. »

À l'extérieur, Balsa, d'une quelconque façon, s'attendait à cette réaction de la part de sa seconde fille. Le printemps avait ramené un temps plus doux et elle s'assit sur le banc de bois qui n'avait, curieusement, pas été détruit lors de la guerre, en face du cerisier de Kasem. Elle laissa Motoko se calmer dans ses bras, laquelle serrait son kimono rouge de ses petits poings avec colère et peine.

« Je veux pas que tu partes, Maman..., gémit-elle. Pourquoi dois-tu partir si c'est pour me laisser seule ? »

Avec patience, Balsa tenta d'expliquer à sa petite ce qui s'était passé avec Alika, son agression et son avortement. Elle parla également des automutilations de sa fille ainée, ses pensées noires et idées suicidaires qui l'assaillaient de jour en jour. Le seul remède qui pouvait exister était d'aller porter Alika à Kanbal chez Tante Yuka pour une psychothérapie – un très, très long remède.

« Alors maintenant, elle ne sait plus quoi faire. »

Balsa, qui s'était levée entretemps, se rapprocha de Motoko et s'agenouilla devant elle.

« Elle pourrait risquer de s'enlever la vie... et qui dit que cette fois-ci, les esprits lui laisseront la chance de passer dans leur monde ? Est-ce que tu comprends pourquoi je pars, dorénavant ?

- Oui...

- Si Alika se tue, tu n'auras plus de grande sœur.

- Je comprends... mais tu dois me promettre de revenir...

- Je vais toujours revenir pour toi, mon trésor. Toujours, toujours.

- Promis ?

- Promis. Je t'aimerai toujours, la nuit comme le jour, et tant que je vivrai, tu seras mon bébé. »

Elle l'embrassa sur le front avant de caresser sa joue en gardant son front collé contre le sien. Baiser sur le front, protection.

« Maman... ?

- Hum ?

- Quand tu m'as emmené dehors... tu t'es levée brusquement et tu as claqué la porte... tu étais fâchée contre moi ?

- Non. Parfois je fais des gestes brusques sans m'en rendre compte. Ça arrive quand j'éprouve beaucoup de stress et de tension. Tu n'es pas responsable.

- D'accord... »

Elles revinrent à l'intérieur du refuge alors que tout le monde avait terminé de manger.


Balsa dit à Alika qu'elles iraient louer des chevaux au village de Yashiro pour le voyage. Elle avait dit qu'elles partiraient aux aurores, mais finalement, elle avait attendu que le soleil soit haut dans le ciel. Il fallait que ses autres enfants la voient partir. Toutefois, Alika et Nao ne se parlaient toujours pas. Ce dernier était parti dans la forêt, même si Tanda lui avait ordonné de rester pour voir sa mère partir avec sa sœur. Motoko ne voulait plus décoller sa sœur aînée.

« Onee-ny-chan !

- ... Je suis désolée d'avoir monopolisé l'attention entière de Maman sur moi tout ce temps-là..., s'excusa Alika. Et de l'avoir poussé à vous ignorer presque... je m'excuse.

- Non... j'ai compris par Maman que ta vie est importante... Je veux juste pas que tu nous quittes !

- Désolée, Motoko-Chan... malheureusement, j'en ai besoin afin de mettre mon esprit en ordre.

- Promets que tu vas venir nous voir durant les vacances d'été !

- Promis.

- Tu vas rester là combien de temps ?

- Aussi longtemps que ta Onee-ny-chan en aura besoin.

- Comme Maman ?

- Non... des années.

- Tu peux pas !

- Ça se pourrait. Je vais probablement habiter à Kanbal pour le reste de ma vie.

- Non ! C'est trop loin !

- Motoko... »

Alika fit une moue en s'agenouillant à son niveau. Motoko se réfugia dans son cou et y pleura un instant.

« Hey, ma grande, chuchota-t-elle. Si je pars, alors ce sera toi la grande fille de la maison. N'est-ce pas excitant ?

- Oui... je suppose, renifla-t-elle en essuyant ses yeux. Mais tu resteras toujours la grande sœur malgré tout.

- Et alors ? Tu es déjà une bonne grande sœur. Tu ne devrais pas douter ma belle. Quand Maman va revenir, elle aura tout son temps pour t'entrainer, rire et jouer avec toi ! Juste toi ! Nae, fais ça pour moi, d'accord ? Il faut que tu me rendes fière en me revoyant les prochains étés. Peux-tu faire ça pour moi ?

- ... Oui. Juste pour toi, Onee-ny-chan. »

Alika sourit, son premier vrai sourire depuis ce soir-là. Les jumeaux, Karuna et Jiguro, se jetèrent sur elle en boulet de canon et l'inondèrent de bisous bien baveux.

« On va être aussi forts à la lance que toi ! firent-ils à l'unisson.

- Je n'en doute pas. Soyez de forts lanciers à mon retour.

- Oui ! »

Tanda arriva avec des provisions. Bien que Balsa ne l'ignorait plus et qu'ils avaient réussi à discuter la nuit précédente de d'autres sujets plus pertinents, il la sentait encore très distante, mais il savait que quand elle reviendrait, d'ici un an, elle aura l'esprit plus en paix et ne sera plus fâchée. Elle n'oubliait juste jamais.

« Tout ira bien ? demanda-t-il.

- Oui, répondit simplement Balsa.

- Bien... prenez soin de vous, je vous aime et continuerai de vous aimer malgré tout. »

Alika tourna les talons et Balsa la suivit peu de temps après. Une fois à Yashiro, les bagages bien attachés sur les montures, elles partirent au trot, mais la lancière s'arrêta.

« Maman ? la questionna sa fille aînée alors qu'elle arrêtait aussi son cheval. »

Pour toute réponse, Balsa glissa hors d'une petite pochette un anneau en or : son alliance de mariage.

« Alors tu l'as récupérée ?

- Oui... j'ai encore de l'amertume face à tout ça, mais je pense que ton père a compris mon message suite à son retrait. Ma bague a manqué à mon doigt, ça fait du bien de la ravoir.

- C'est une bonne chose. Elle te protégera... tu as même bronzé avec !

- Un jour, quand tu seras guérie – enfin, je l'espère – tu trouveras aussi l'amour et une personne formidable. Mais seulement et uniquement quand tu seras prête, mon cœur. Allons-y. »

Elles claquèrent les rennes et partirent au galop vers le col de l'Aogiri, là où elles franchiraient la porte des voyageurs à Kanbal.


FIN