Chapitre III : Baptême du feu

Il était dix heures du matin. Le soleil caressait malicieusement les paupières fermées de Miwako.

Réveillée par la lumière du jour à peine filtrée par les fins rideaux blancs qui encadraient la fenêtre de la chambre, elle finit par s'étirer comme une panthère avant d'ouvrir les yeux.

Elle était nue et sa robe trônait sur un fauteuil à deux pas du lit. C'était un grand lit deux places. Peut-être n'était-elle pas la première à avoir passée la nuit entre ces draps.

Tout à coup, un bras se serra autour de sa taille.

- Bonjour, mademoiselle Sato, murmura une voix chaude à son oreille.

Dans ce « mademoiselle Sato » tout bête, elle revit sa première rencontre avec l'agent Takagi. Elle se rappelait le Takagi innocent, le Takagi embarrassé, le Takagi gentil et téméraire, aussi. Et puis, il y avait maintenant le Takagi – qu'elle appelait désormais par son prénom, Wataru – entreprenant, le Wataru amoureux, mais toujours doux.

- Bien dormie ?, demanda Wataru en s'appuyant contre les barreaux du lit.

- On peut dire ça, répondit la jeune femme en se blottissant dans les bras de son amant. Même si je n'en ai pas eu beaucoup l'occasion.

- Ah oui ?, fit-il, faussement étonné.

Et il se tourna de façon à se retrouver au-dessus d'elle. Il se pencha et souffla à son oreille d'un ton malicieux :

- On a fait quoi, alors ?

Elle allait lui répondre quand son téléphone portable sonna.

- Sauvée par le gong, murmura-t-il avant de la laisser décrocher.

- Miwako Sato à l'appareil ?

- Ah ! Mademoiselle Sato ! Le commissaire Maigret à l'appareil. Désolé de vous déranger juste après le bal, mais tous mes hommes sont en congé…

- Oui, je comprends. Pas nécessaire de vous en faire.

- Merci. Il s'agit d'un meurtre à l'arme blanche. Il s'est déroulé dans le même bâtiment dans lequel nous nous trouvions et probablement pendant la fête hier soir.

- Bien, nous arrivons !

- Nous ?

- Euh… Je voulais dire, j'arrive !

Elle raccrocha et à l'intention de Wataru :

- Je crois qu'il va falloir qu'on y aille.

L'intéressé s'étira, bailla à s'en décrocher la mâchoire et sortit péniblement de ses couvertures.

- Qu'est-ce que tu vas mettre comme vêtements ?

Miwako n'eut pas le temps de répondre que la sonnerie du portable de Takagi retentit.

- Bonjour, commissaire Maigret, fit-il en décrochant.

- Comment saviez-vous qu'il s'agissait de moi, Takagi ?

- Mon petit doigt lit l'avenir.

- Vous avez bu, Takagi ?

- Non, commissaire Maigret, j'ai fait bien pire. Bien, nous nous retrouvons sur la scène de crime.

Et sur ce, il raccrocha.

Miwako, tordue de rire, s'imaginait la tête du commissaire abasourdi, le téléphone toujours dans la main, n'entendant plus que les tût-tût répétitifs, s'inquiétant fort pour la santé mentale de son subordonné.

Elle s'habilla rapidement et Wataru remonta la fermeture de sa robe aussi tendrement qu'il l'avait baissée la veille.

- Je crois, fit-il, légèrement embarrassé, qu'il va falloir que l'on passe chez toi pour que tu mettes ton uniforme, sinon le commissaire risque de nous percer à jour.

Cela faisait longtemps que Miwako n'avait pas vu Wataru aussi mal à l'aise.

- Mais je crois que ce qui me fait le plus peur, c'est de rencontrer ta mère...