Chapitre VII (Miwako Sato): MEEEERDE !

Je suis en congé maladie depuis bientôt deux semaines. D'après les symptômes, il s'agit d'une sale grippe : vomissements, maux de tête… La totale, quoi !

Wataru m'appelle tous les jours. Ça fait maintenant un mois que j'ai passé la nuit avec lui et j'y pense encore. Il ne m'en parle pas. Il ne me dit même pas si je lui manque. Il me fait un rapport de ce qui s'est passé, des enquêtes, c'est tout je suis frustrée.

Yumi aussi m'appelle, mais moins souvent.

Ma mère s'inquiète un peu. Elle trouve que cette grippe dure depuis trop longtemps.

- Miwako ! me dit-elle. Cette maladie commence à trop durer ! je vais faire venir le médecin.

- Maman !, je crie depuis les toilettes, entre deux vomissements. Je t'ai déjà dit que ce n'était pas nécessaire.

C'est alors qu'on sonne à la porte. Ma mère répond et fait entrer Yumi, qui me fait un clin d'œil depuis la porte.

- Qu'est-ce que tu fais là ?, je grogne. Tu veux tomber malade, toi aussi ?

Elle ne répond pas, mais me tire vers ma chambre. Une fois la porte fermée, elle me fait asseoir sur le lit.

- Mais… ?

- Ne bouge pas, dit-elle, tu risques de tomber par terre si tu restes debout.

Et, souriant toujours, elle me tend un petit appareil, qui ressemble fort à un thermomètre.

- Je crois que je sais ce que tu as !

Elle à l'air très fière d'elle. Je ne comprends toujours pas.

- Yumi, tu veux attraper la mort, comme moi ?, je demande, fatiguée.

- Non, non, non, Miwa ! Ce que tu as n'est pas transmissible.

Elle s'assied à côté de moi.

- Tu as couché avec Takagi après le bal, n'est-ce pas ?

Je pique le plus gros phare de toute ma vie.

- Yumi ! Qu'est-ce que tu racontes ?, je bredouille.

- Arrête donc de prétendre le contraire, ça se voit comme le nez au milieu du visage. Alors tu as une idée de ce que tu as, maintenant ?

- Enceinte, moi ?, je m'exclame. Yumi, tu délires.

Elle hausse les épaules, et me met le test de grossesse dans les mains.

- Va donc vérifier, si tu ne me crois pas, femme de peu de foi !

D'un geste plein de hargne, je le saisis et part en direction des toilettes.

Vert. Le clignotant est vert. Je refais le test plusieurs fois. Vert, vert et re-vert. MEEERDE !

Ce juron je l'ai crié avant de tomber sur le carrelage de la salle de bains, incapable de tenir debout après cette découverte.

Ma mère arrive la première. D'après le regard qu'elle me lance, je vois bien qu'elle se fait du souci pour moi.

- Miwako ! crie-t-elle, tout va bien ?

- Ne vous inquiétez pas, madame Sato, fait la voix de Yumi, qui vient de sortir de ma chambre. Je vais m'occuper d'elle, vous voulez bien ?

Elle acquiesça d'un signe de tête, alors que Yumi m'emmenait déjà vers ma chambre.

Elle me lâche et je m'affale sur le lit avant d'enfouir ma tête dans mon coussin.

- Alors ?, me fait-elle, toute excitée.

- Alors quoi ?, je réponds en m'appuyant sur un coude

Elle ne peut s'empêcher de s'exclamer en riant :

- N'est- ce pas merveilleux, ce qui t'arrive ? Et n'oublie surtout pas de dire au père que la marraine ce sera moi ou personne !

Voilà ! Le mot de trop. Je fonds en larmes.

Yumi pousse un soupir et vient s'asseoir à côté de moi sur le lit.

- Vas-y ! Raconte-moi tout !

Alors je vide mon sac, sans oublier le moindre détail. Quand je finis de parler, elle a l'air abasourdie.

- Waouh ! Je n'aurais jamais cru ça de la part de Takagi… En plus il est plus jeune que toi !

Elle se reprend.

- Mais bon ! Vous n'avez aucune excuse ! Vous n'êtes plus des gamins, non ? Quand on ne veut pas d'enfants on se protège ! Et je dois dire ça à une sempaï qui fait partie de la crime… !

Yumi arrête de parler. Moi, je pleure toujours.

- Ne t'inquiète pas, continue-t-elle. Takagi n'es pas du genre à t'abandonner pour…

Elle est coupée par la sonnerie du téléphone. Elle regarde le numéro.

- Mais voilà le futur-papa qui vient aux nouvelles !, s'exclame-t-elle en me tendant le combiné.

Je fais un bond en arrière.

- Ah non ! Tu ne peux ne pas le lui dire !

- D'accord, j'implore, mais pas maintenant ! Réponds-lui toi, s'il te plaît.

Elle décroche en me fusillant du regard.

- Allo ? Vous êtes bien chez Miwako Sato ?

- Yumi ? Qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi tu réponds à la place de…

- Elle … euh … Elle dort…

Moi pas endormie pour deux sous et prise d'un ixième haut-le-cœur, je cours vers les toilettes. Je n'entends donc pas Yumi dire rapidement :

- Il arrive un truc incroyable ! Je te raconterai tout si tu me rejoins au café Poirot ce soir !

Et elle raccroche avant que son interlocuteur n'ait pu lui répondre.