[ Chapitre 3 ]
« Les garçons ? »
Sollux et Karkat levèrent les yeux de leur jeu lorsque Mme Vantas apparut à l'entrebâillement de la porte. C'était une petite femme, tout comme Karkat, et avait un embonpoint plaisant qui inspirait confort et foyer. Elle lança un regard réprobateur à la chambre de son fils, ses yeux rivés sur les vêtements sales qui formaient un tas dans un coin.
« Fiston, il me semblait t'avoir dit de ranger ça avant que Sollux n'arrive. » le réprimanda-t-elle. Karkat grommela et ramena son regard à leur partie de Call of Duty.
« Oublié. »
« Oublié, dit-il » soupira Mme Vantas. Puis, elle sourit en direction de Sollux.
« Je suis désolé que votre fils soit un tel gâchis de place, Mme Vantas » dit l'invité avec une tête totalement stoïque. Lui et la mère de Karkat se mirent à rire même si Sollux se prit un coup de poing dans la cuisse pour cela.
« Peu importe, je venais juste demander si vous aviez besoin de quelque chose » dit Mme Vantas, centrant son attention sur Sollux. « Tu veux dormir quelque part en particulier ? »
Sollux haussa les épaules, préoccupé par le jeu.
« N'importe où, ça ira, vraiment. Vous voulez que j'aide à gonfler un matelas, ou autre chose ? »
« Oh, non » dit Mme Vantas en agitant sa main négligemment. « Non, mon mari va installer un joli petit lit, ici, pour toi. Si tu veux aider, il apprécierait. Et tu aides aussi, Karkat. »
"Mamaaaan" se lamenta Karkat, basculant sa tête en arrière, la faisant se cogner contre le matelas de son lit, alors qu'il était assis près de Sollux. « C'est même pas moi qui dormira dedans ! »
« Karkat, ne me fais pas faire intervenir ton père. » lança la mère du brun. « Viens aider. »
Karkat gonfla ses joues d'air et fronça les sourcils en regardant la télévision.
« Bien. Qu'est ce qu'on mange ce soir, alors ? » demanda-t-il. Mme Vantas roula les yeux, secoua sa tête et s'en retourna. « Maman ! »
Karkat se tut, attendant une réponse.
« Mamaaaaaaaaaan, qu'est-ce qu'on mange ? » hurla-t-il à travers la maison.
« Mec, ferme là, t'es vraiment qu'un connard » grogna Sollux, enfonçant son coude dans les côtes de Karkat. »
« Ouch ! Va te faire foutre, elle a dit qu'elle allait faire quelque chose de spécial pour notre dinez de promo, parce qu'on ne va pas à la fête, et je veux savoir ce que c'est ! »
« T'as pas à te comporter comme un salaud à cause de ça. Aller, quoi, ta mère est géniale. »
« Elle est cool seulement quand tu es là. Tu as de la chance, elle te traite comme un prince, ou un truc du genre quand tu viens. »
« Parce que, contrairement à toi, je ne suis pas un connard. »
« Mec, tu es le plus grand enfoiré que j'ai jamais connu. »
« Au moins, moi, j'arrive à le cacher ! »
Le personnage de Karkat à l'écran virevolta et commença à déferler un déluge de balles sur celui de Sollux.
« Ah ! » cria Sollux, en riant. Il fit sauter son personnage hors du champ de tir de Karkat. « Stop ! C'est un tir amical ! »
Sollux arriva à avoir Karkat dans son champ de vision en se tournant, et se jetant finalement lui-même au sol, tirant dans la tête de Karkat, tuant son personnage en quelques secondes.
« Putain ! » explosa Karkat, envoyant sa manette sur ses cuisses.
« Ta manette va finir comme toutes les autres si tu continues à la maltraiter comme ça » se moqua Sollux, combattant pour respirer en s'allongeant dans un éclat de rires.
« Captor » grogna Karkat. Il envoya sa manette à coté et envoya Sollux valser loin de lui. Le brun hurla de surprise, mais rit et poussa l'autre en retour. Bientôt, ils entamèrent une lutte de poings et de bousculades, mais avant que les choses ne deviennent sérieuses, il y eu un toquement à la porte.
« Karkat, je croyais que ta mère t'avais dit de ranger ta maudite chambre ! »
Les deux têtes se tournèrent vers la porte, un homme de taille moyenne et de forte carrure s'y trouvait, M. Vantas. Il avait une expression énervée au visage qui ressemblait étrangement à l'expression habituelle de Karkat.
« Je l'ai fait. » insista Karkat. « J'ai enlevé toute la merde du chemin qui mène au lit de Sollux ! »
« On t'a dit de nettoyer ta chambre en entier ! »
« Ce n'est pas ce que maman a dit ! »
Sollux gloussa en voyant que le père et le fils commençaient une de leurs innombrables disputes. C'était tout bonnement comique, car M. Vantas ressemblait à une version plus grande et large de son fils impétueux. Sollux regardait calmement, tout en sachant que ça ne deviendrait pas bien effrayant, juste que quelques vêtements et ceintures lancés à l'un et l'autre. Ensuite, il bailla, poussa un bout du bordel de Karkat du lit, puis s'y affala. Il regarda la collection de films de son ami, ne trouvant rien d'autre d'un tas de pitoyables comédies romantiques dont il n'avait jamais entendu parler avant.
Cherchant dans sa poche, Sollux sortit son téléphone et l'ouvrit. Cinq messages non lus. Il savait déjà de qui ils provenaient, mais Sollux les ouvrit tout de même, à contre cœur.
Salut chéri. Je vérifie juste que ça va. Comment ça se passe chez Karkat ? Tu n'as rien oublié, j'espère ? Dis bonjour à la mère de Karkat de ma part.
Supprimer.
Mon cœur, tu as oublié d'amener ton iPod ! J'ai dépensé beaucoup d'argent pour te l'acheter, chéri! Tu devrais t'en souvenir.
Supprimer.
Je viendrais te l'apporter dans la soirée. Tu veux que je t'amène quelque chose d'autre ?
Supprimer.
La vidéo de la cérémonie est vraiment bien, mon cœur.
Supprimer.
La regarder me donne envie de me tou-
SUPPRIMER.
Sollux leva les yeux au ciel. Il était sur le point de fermer son téléphone, mais il vibra à nouveau. S'attendant au pire, il ouvrit précautionneusement le message.
dsl de ne pas avoir pu venir à la cérémonie
Il regarda le sms pendant un moment avant d'amener le téléphone tout près de son visage et d'appuyer sur le bouton 'réponse'.
ca va maman tu m'a2 manqué maii2 tu peux veniir à la 2éance d'oriientatiion comme tu a2 diit, c'e2t ca ?
Sollux fit la grimace. Il détestait ce portable. Non pas seulement parce que la touche 'i' était bloquer, mais parce que la touche 's' ne fonctionnait pas non plus. Il aurait pu utiliser le '5', mais le '2' était plus proche du bouton 'envoyer'.
Au bout d'un long moment, le téléphone de Sollux re-vibra.
non dsl
Sollux se renfrogna alors que ses épaules s'effondrèrent. Son cœur se noya dans les tréfonds de son ventre.
ok ca iira maman
Sollux envoya le message, pensa pendant un moment, et cliqua à nouveau sur le bouton 'répondre'.
je t'aiime maman
Satisfait, Sollux ferma son portable, le fantôme d'un sourire sur son visage. Mais une fois de plus, il eut à peine le temps de bouger avant que le portable ne bouge encore.
Ok
Sollux déglutit difficilement à cause de la boule qu'il avait dans la gorge. Sa mère était juste occupée, c'était tout. Elle lui enverrait un message plus tard pour le féliciter. Peut être qu'elle allait même l'appeler. Elle était juste…occupée.
« Les garçons ! »
Le cri venant du rez-de-chaussée imposa le silence dans la chambre, ils se regardèrent.
« A table ! »
Les disputes furent mises de côté et les téléphones négligemment glissés dans les poches alors qu'ils se précipitaient dans les escaliers.
« Et, tiens, prends aussi des serviettes propres » dit Mme Vantas, encombrant les bras de Sollux d'un tas d'affaires de toilette. « Et du savon. Je vais t'apporter ton pyjama, d'accord ? »
« Euh, oui, Madame Vantas. » dit Sollux avec un sourire en quelque sorte nerveux. « Merci. »
« Pas de problème » lui dit-elle gentiment, lui tapotant affectueusement le bras. « On adore quand tu viens ici. Tu es un gentil garçon. »
« Ah…haha » rit doucement le brun, gêné, alors que Mme Vantas se retournait, puis l'amenait à la salle de bain.
« Prends ton temps. Mon mari et Karkat vont t'installer le lit. »
« Vous n'êtes pas obligés, je peux le fai-»
« Tu es l'invité ! Prends donc ta douche, Sollux ! Et je ne prendrais pas 'non' pour une réponse acceptable. »
« D'accord, d'accord » chantonna Sollux. « Merci beaucoup, Madame Vantas. »
Sur ces mots, elle ferma la porte derrière lui et le laissa seul dans la pièce. Il déposa les serviettes sur le couvercle du panier à linge sale, puis se tourna vers le miroir pour se voir.
Son cou n'avait pas de marque apparente. Peut-être était-ce parce qu'il était habitué, pensa-t-il, l'air sombre. Il laissa échapper un long soupir, et commença à déboutonner sa chemise. Il la laissa glisser sur ses bras et tomber au sol, derrière lui.
Ses lunettes étaient consciencieusement posées sur le bord du lavabo, près de sa montre et de son téléphone. Dans un bruit métallique, il déboucla sa ceinture et défit son pantalon, le faisant tomber à ses chevilles. Il les dégagea et les poussa sans cérémonie dans un coin pour les ramasser plus tard.
Sollux ouvrit d'abord le robinet pour vérifier la température. Une fois qu'il en fut satisfait, il retira son boxer à rayures noires et jaune, le mit de côté, et entra dans la douche.
L'eau chaude sur sa peau lui semblait merveilleuse. Sollux resta là, debout, les yeux fermés pendant un moment, laissant le jet d'eau se déverser sur son corps. Loin des troubles qui emplissaient son esprit, il pensa à de plus agréables choses.
Des choses comme la famille de Karkat. Madame Vantas était naturellement affectueuse, non pas parce qu'elle souhaitait coucher avec lui, mais parce qu'elle l'aimait tout simplement. Monsieur Vantas était vraiment amusant, toujours à se quereller avec Karkat. Même s'ils hurlaient énormément, mais au fil des années, après toutes les nuits passées chez les Vantas, Sollux avait compris qu'il s'agissait de leur manière de se témoigner de l'affection. Une curieuse affection, certes, mais avec un amour sans pareille.
A chaque fois qu'il était avec eux, il avait l'impression de haïr le monde un peu moins.
L'esprit de Sollux continuait à vagabonder dans ses pensées bien gardées, puis il pensa à sa mère. Il se souvenait vaguement de certains moments pendant lesquels sa mère le tenait contre elle et le berçait en avant puis en arrière, en avant puis en arrière. Ses longs cheveux lui chatouillaient le nez, et il y enfouissait son visage car ils sentaient bon. Comme le miel.
Et c'est cela qui t'as donné cet amour pour les abeilles. Parce qu'elles fabriquaient la même odeur que 'l'odeur de maman'.
Les yeux de Sollux s'ouvrirent. Il fixa le sol de la douche pendant un moment, regardant l'eau s'échapper dans le siphon.
Ses pensées glissèrent innocemment vers ce qui le rendait le plus heureux.
Karkat.
Il était fatiguant et méchant. Il était infernal. Son vocabulaire laissait à désirer.
Mais il était sincère. Il était loyal et une personne de confiance, il donnait une once d'espoir à Sollux, de le faire croire qu'il resterait encore des gens bien en ce monde. Le petit connard borné qu'il était, était le seul en qui Sollux avait vraiment confiance. Karkat était à lui. Le sien.
Il ne laisserait personne le lui enlever. Son père, sa virginité, son amour pour le monde et son sens de l'appartenance lui avaient déjà été arrachés. Mais Karkat lui appartenait, et rien dans le monde ne le lui enlèverait.
Sollux déglutit audiblement, alors que ses joues rougirent. Ses pensées s'écartèrent du chemin de l'innocence, et ses paupières se fermèrent encore. Bientôt, les images de Karkat embrumèrent son esprit. Intérieurement, il traçait la forme de ses hanches et leur courbe naturelle. Il visionna ses fines lèvres, sa mâchoire, ses yeux marron chocolat.
Il laissa échapper un soupir bouleversé, Sollux baissa les yeux sur lui-même, remarquant que son corps s'était éveillé au rythme de ses pensées. Il pinça les lèvres et glissa ses mains au-delà de ses côtes, de son ventre plat.
Lorsqu'il fut sur le point d'attraper son membre, ses lèvres se tordirent en une expression de dégoût. Il ne pouvait pas regarder. Reculant d'un pas, Sollux appuya son coude contre a paroi de la douche et se couvrit les yeux avant de commencer finalement à lentement se toucher.
Viens là, mon cœur. Je vais te montrer comment te sentir bien tout le temps.
Il grinça des dents en continuant à se caresser.
Viens là et met toi à genoux, chéri. Je veux juste te demander un petit service.
Cela n'était plus vraiment agréable. Tout était trop délicat. La voix mielleuse dans son esprit rendait la vision de Karkat floue et effacée, remplacée par de la douleur et de la rage.
Si tu le dis à qui que ce soit, je raconterais à tout le monde tout ce que tu as fait de mal.
Les lèvres de Sollux relâchèrent un minuscule gémissement qu'il retenait. En tout cas, il fut forcé d'essayer de rester dans cette voie.
Tu es une sale chienne.
Tressautant, Sollux retira son visage de son bras et se regarda. Son excitation l'avait complètement quitté, et il se sentait idiot, à tenir son sexe endormi dans sa main.
« Fils de pute » cracha Sollux, se lâchant, yeux clos. Peu importe où il irait, son oncle le suivrait. Même si son esprit était libre, c'était comme si Kenneth lui avait mis une ceinture de chasteté.
S'enlaçant lui-même, Sollux se laissa s'immergea dans ses pensées négatives. Il était dégoûtant. Il désirait Karkat de tellement de façons malsaines. Il voulait le clouer au sol, lui voler le souffle, le faire crier son nom-
Sollux enfonça ses ongles dans ses flancs. Mais Karkat ne savait pas. Il ne saurait jamais car s'il commençait une relation avec lui, il lui dirait sûrement tout au sujet des abus qu'il subissait.
Et cela dégoûterait et éloignerait sûrement la seule personne dans le monde pour laquelle Sollux témoignait de l'intérêt.
Le shampooing dans ses cheveux ne lava pas sa honte. Comment avait-il osé essayer de se masturber dans la maison de Karkat ? Chez les Vantas ? M. et Mme. Vantas lui faisaient confiance et lui, était là, à penser à combien il aimerait mettre Karkat dans un lit-
Le brun arrêta l'eau et sortit de la douche avant que de nouvelles émotions malfaisantes ne s'immiscent dans son esprit sain. Il attrapa une serviette, sans faire attention à si il faisait tomber au sol les autres que Mme Vantas lui avaient données. Se séchant, Sollux luttait pour garder ses émotions sous contrôle. Il voulait désespérément pleurer, crier, ou au moins chasser le mal qui l'emplissait. Mais non, Sollux ne pouvait pas songer à la faiblesse. Il ne pouvait pas envisager que quelqu'un lui offre une épaule sur laquelle pleurer.
Les pensées de Sollux durent interrompues par un petit grattement à la porte.
« Sollux ? Je t'ai amené ton pyjama. Tu veux que je le mette où ?
-Euh…, commença Sollux en s'avançant vers la porte. Vous pouvez ouvrir la porte et le mettre à l'intérieur. »
La porte s'ouvrit alors et un bras apparut tenant le bas de pyjama à carreaux rouges et bleus et le tee-shirt blanc de Sollux.
« Merci » dit-il en saisissant les vêtements et en regardant la porte se refermer sur le bras de Mme Vantas.
« Pas de souci. On installé ton lit dans la chambre de Karkat, répondit-elle. Et Karkat veut savoir si tu veux sortir quelque part demain pour avoir manqué le bal de promo.
-Euh… Il vous a dit où ?
-Non. Il veut sûrement juste aller voir un film, pas grand-chose.
-Pas un de ses films romantiques à deux balles ?
-Je ne crois pas. Il a pas mal parlé du dernier Transformers, récemment.
-Ils en ont fait un autre ? »
Rires.
« Apparemment.
-Bien sûr. Qui n'aurait pas envie de voir des robots géants de l'espace se taper dessus ? C'est un des passe-temps virils préférés des gars. »
Autres gloussements.
« Oh, Sollux, si seulement Karkat était d'aussi bonne foi que toi. »
Sollux se sourit à lui-même. 'Si seulement', bien sûr.
