[ Chapitre 4 ]

« Hé, ta mère m'a dit que tu voulais sortir demain » dit Sollux en entrant dans la chambre de Karkat avec une serviette posée sur la tête.

« …ouais » donna-t-il pour toute réponse, absent d'esprit.

Après avoir fermé la porte derrière lui, il s'approcha du brun qui était assis en tailleur sur son lit, fixant la télévision. C'était un film d'amour, bien entendu.

« Tu es pitoyable » grogna Sollux en tapotant le coté de la tête de Karkat. Il ne détacha pas son regard du film, mais il enfonça juste son majeur dans sur le visage de son ami.

« Va te faire foutre. J'aime ce film. »

Sollux se laissa tomber près de Karkat sur son lit, et regarda bêtement l'écran, plissant un peu le nez. Il n'était vraiment pas fan de films à l'eau de rose.

« T'as jamais voulu avoir une petite-amie ? Juste…une jolie fille avec de longs cheveux châtains et un beau visage ? » Demanda Karkat sans prévenir.

Sollux haussa un sourcil.

« Sérieux, Karkat ? Tu es sérieusement en train de me demander ça ? »

Il fit la moue.

« Oh, c'est vrai, j'avais oublié que tu hais la race humaine toute entière. Désolé d'avoir ignoré ton point de vue.

-Okay…Pour moi, la fille idéale aurait les cheveux noirs.

- C'est tout ? Tu ne vas jamais baiser de ta vie.

- Karkat, dois-je te rappeler que tu es le seul vierge dans cette pièce ? »

Il rougit, furieux, et se gratta l'arrière de la tête.

« Avec qui tu fais ca, de toute manière ? » demanda Karkat, finissant enfin par lever les yeux de son film pour fixer Sollux. Ce dernier afficha un petit sourire narquois.

« Tu ne saura jamais.

- Dis-moi!

- Non.

- Sollux! Bordel, je vais te tuer-»

Il y eut un toquement à la porte et le cri de Karkat se changea en un grognement bas. La porte s'ouvrit un moment plus tard, et Mme Vantas laissa entrer sa tête.

« Ton père et moi allons au lit, Karkat, dit-elle. Alors faites moins de bruit, maintenant. J'ai laissé quelques trucs à manger et du popcorn en bas, si vous avez faim. Si vous voulez en faire, soyez juste rapides et silencieux, d'accord ?

- Okay » dit Sollux alors que Karkat ne répondait pas.

« Bien. Alors d'accord, bonne nuit, vous deux. Vous pouvez vous coucher quand vous voulez, faites juste le moins de bruit possible.

- Bonne nuit, Mme Vantas.

- 'Nuit, Maman. »

Mme Vantas sourit et commença à fermer la porte. Mais avant qu'elle ne put la fermer, Karkat sauta de son lit et rejoignit sa mère, les bras ouverts, alors qu'il roulait les yeux.

« » soupira Karkat alors que Mme Vantas prenait son fils dans ses bras et le serrait très fort.

« Je suis tellement fière de toi » murmura la mère. « Tu n'as pas idée, ma petite citrouille. »

Sollux les observait, le bout des oreilles de Karkat devenaient rouge, en s'écartant de se mère.

« M-Maman, je t'ai déjà dit d'arrêter de m'appeler comme ça… »

Mme Vantas relâcha son étreinte et donna un gros baiser sur chaque joue de Karkat, avant de lui en donner un dernier sur les lèvres.

« Viens ici aussi, Sollux » dit-elle, tenant la taille de Karkat d'un bras alors qu'elle dégageait l'autre. Sollux y alla hésitant, s'autorisant à les rejoindre, dans cette douce étreinte. Elle le pencha vers elle en le prenant par le cou pour lui embrasser le front, puis mis les deux garçons devant elle, les regardant de haut en bas. « Je me souviens de quand vous étiez encore de petits garçons. Vous avez grandi si vite, j'ai du mal à croire que vous êtes déjà à l'université.

Et Sollux ! Pourquoi est-ce que tu vas à la même école que Karkat ? Tu es major de promo, et présidant de la classe aussi ! Tu pourrais aller dans pratiquement tous les établissements d'Amérique ! »

« Il n'y a pas vraiment de mauvais ou de bon moyen d'enseigner la programmation informatique. C'est comme les maths. » dit Sollux, frottant l'arrière de sa tête encore humide de sa douche. « C'est plutôt facile, tout ce que les professeur ne m'enseignent pas, je peux me l'apprendre tout seul. Ça reste plutôt prestigieux, là où on va, de toute façon. Je n'ai pas l'impression de régresser. »

« Quel intelligent jeune homme. » minauda Mme Vantas, se mettant sur la pointe des pieds pour caresser la joue de Sollux. Puis elle se tourna vers Karkat et lui remit en place quelques mèches avec sa main. « Et tu es devenu si extraordinaire, Karkat. »

« Pourquoi je pouvais pas être l'Intelligent ? » demanda-t-il dans un grognement, mais il ne repoussa pas la caresse de sa mère.

Avec cela, Mme Vantas les amena à nouveau à elle pour un énorme câlin, laissant échapper un petit reniflement (bien sûr, tout ce qu'elle obtenu pour réponse fut un tapotement exaspéré dans son dos et un grommellement de Karkat.

« Oh, Sollux » dit-elle en se retirant. « Ton oncle est passé tout à l'heure avec un petit sac avec des trucs à toi que tu as oubliés. C'est en bas, sur la table de la cuisine, tu veux que je-»

« Nan, ne vous en inquiétez pas, Madame Vantas » dit Sollux en hâte.

« Bien. » répondit-elle avec un petit sourire compréhensif. « Et tu peux arrêter ces formalités. Appelle-moi juste Danielle. »

« Maman, c'est trop bizarre, pourquoi Sollux voudrait faire ça ? »

« Peu importe. » Mme Vantas continua, ignorant Karkat en rejetant ses courts et duveteux cheveux en arrière. « Je vais me coucher. Bonne nuit. »

« 'Nuit. »

« B'nuit. »

Elle quitta la pièce, fermant la porte derrière elle. Dès qu'elle eut fait cela, Karkat lâcha un long grognement et retira son tee-shirt avant de l'envoyer au sol. Il soupira d'aise en se grattant le dos.

« J'ai cru qu'elle partirait jamais » murmura Karkat, roulant des yeux en allumant une lumière tamisée pour éteindre le plafonnier. « C'est vraiment une mère poule trop dévouée des fois. »

Il se tourna pour faire face à Sollux.

« Et toi. Arrête de faire ton lèche-cul ! Je vois très bien ce que tu essaies de faire ! »

Sollux ne faisait pas trop attention à Karkat, car il était trop préoccupé par les vêtements du brun.

Son jogging noir était inhabituellement large, la grande majorité du tissu était distendu, dévoilant d'une bien charmante façon dur les hanches de Karkat. C'était dangereusement sur le point de révéler ce sur quoi Sollux avait fantasmé depuis des années, mais cela ne faisait que titiller son envie en lui offrant une belle vue sur la ligne de duvet qui descendait de son nombril jusqu'à sa ceinture. Karkat avait séché quelques années de gym, succombant au lieu de cela à la cuisine faite maison de sa mère. Alors, il avait un peu d'embonpoint. Juste un peu. Mais Sollux s'en fichait. En fait, ses orteils bougeaient déjà contre le sol boisé de la chambre à la pensée de toucher ce ventre, l'embrass-

« Mais bordel, qu'est-ce-que tu fixes ?

Sollux sursauta un peu.

"Hein?" demanda-t-il bêtement. Karkat croisa les bras.

« Tu veux me dire quelque chose ? Tu trouves que je suis gros, Captor ? »

« N-Non ! » bégaya Sollux, alarmé. Depuis combien de temps le fixait-il ? Oh grand dieu, qu'il avait une érection ?...Non, mais en aurait-il eu une s'il avait regardé un seconde de plus.

« Au moins je suis pas une squelettique petite pute ! »

Sur ces mots, Karkat enfonça l'oreiller le plus proche dans le visage de Sollux, mais il le reçut dans le torse.

« Calme-toi. » soupira Sollux, roulant des yeux. « Je pensais juste. »

Karkat se détendit un peu.

« Tu pensais ? A ta mère ? »

Arrêt.

« …Euh…ouais. »

« Tu vois, mec, je pense pas que tu sois un mauvais fils. Ta mère était sûrement juste occupée. Maintenant arrête de faire ton bébé à propos de ça. Il y a un moment auquel tu dois arrêter d'être couvé. »

Sollux lui renvoya l'oreiller.

« Je sais, petit con » railla Sollux, attrapant le bas de son propre teeshirt. Il le fit glisser vers le haut et passer par sa tête, soulagé d'échapper à la chaleur d'Arizona qui s'installait facilement dans la chambre de Karkat lors des nuits d'été. Ses parents aimaient bien entendu faire sortir la chaleur de leur petite maison arizonnienne, même si la température était de plomb après le coucher du soleil. « Tu sais que j'aurais dit quelque chose si j'avais pensé que tu étais sérieux. »

« Hm » grogna Karkat, se retournant et allant sur son lit. Il rampa dessus et s'enroula dans sa couverture jusqu'au-dessus de sa tête. « Tu veux regarder le reste du film avec moi ? »

« Nan » dit Sollux après une pause. Même s'il voulait passer autant de temps que possible avec son ami, il n'osait pas regarder de tels films avec lui, car ils le déprimaient au point que c'en était visible. « Je suis un peu fatigué. »

« D'accord. »

Sollux se dirigea vers le lit que la famille Vantas lui avait préparé au côté opposé de la pièce et grimpa dedans. Il était tellement grand qu'il devait se courber un peu pour ne pas dépasser du matelas, mais il s'en fichait. Il aimait se rouler en boule lors de la nuit, il se sentait en sécurité et protégé.

Tournant le dos à Karkat, Sollux se fit absolument silencieux pour ne plus faire attention au film et se concentrer entièrement sur Karkat. Un soupir rêveur, le bruit des couvertures, le léger grognement après avoir baillé : c'était tout ce qu'écoutait Sollux. C'était presque aussi proche que de poser sa tête sur le torse du brun et d'écouter le rythme de son cœur qui bat. Simplement savoir que Karkat était là, vivant, bien-portant et qui respirait était assez pour emplir le cœur de Sollux de chaleur et le rendait à demi éveillé, à demi endormi.

Mais avant que Sollux ne put se plonger dans ses rêves, il se souvint de quelque chose et se réveilla d'un coup. Ce ne fut pas remarqué par Karkat, qui commençait à piquer du nez devant son film. Il jeta un coup d'œil vers lui pour vérifier qu'il ne lui prêtait pas attention, Sollux roula pour regarder sous son lit. D'ici, il tira son sac de voyage noir et le dé zippa. Il fouilla en repoussant quelques vêtements jusqu'à en toucher le fond, où se trouvait une grosse peluche d'abeille qui était calée dans un coin. Sollux l'attrapa doucement, le serrant dans ses mains. Il resta ainsi puis ferma le sac avant de vérifier trois fois si Karkat ne le regardait pas. Après avoir conclu qu'il ne pouvait pas être vu, il se retourna vers l'autre coté avec sa peluche, évitant de faire face à son meilleur ami.

Sollux fixa le bourdon grâce à la lumière blafarde de l'écran de télévision. Au fil des années, le solide tissu avec lequel l'abeille avait été faite avait bien tenu, ne présentant aucun signe de dommage ou dépérissement. Encore une fois, la peluche était plus qu'un jouet pour lui, il s'en était bien occupé. Ce fut un ami pour lui pendant toutes ces années quand il pensait que le monde l'avait rejeté. Ce fut un point important de son développement.

Quand son oncle le frappait, Babbu (il avait reçu cette abeille lorsqu'il était jeune, il n'avait pas vraiment un vocabulaire très avancé, âgé de trois ans.) l'embrassait et le réconfortait. S'il se faisait toucher, Babbu ne le dirait jamais. Il ne ferait que fixer Sollux avec ces grands yeux ronds en boutons et le consolerait en bougeant une antenne ou en lui tapotant gentiment la tête avec une aile de soie. Quand son oncle le violait… et bien, les animaux en peluche ne pouvaient pas arranger toutes les douleurs.

Mais il était certain que cela l'avait bien aidé.

Sollux ferma ses yeux et serra son abeille le plus fort qu'il le put. Son corps se lova autour de la peluche, et il se roula lui-même en une minuscule boule sur son lit. Il enfouillit son nez dans le doudou et inspira profondément.

Ça ne sentait plus comme sa mère.

Les choses continuèrent normalement chez les Vantas durant les semaines suivantes. Bien sûr, Kenneth appelait au moins deux fois par jour, à la grande peine de Sollux. Ces appels étaient complètement ignorés, cependant il s'autorisait à se noyer dans la détente de l'été.

Sollux et Karkat faisaient tout ce que deux garçons faisaient habituellement en été : sortir, conduire comme des crétins sur des routes désertes et manger deux fois leur poids en cochonneries. Il y eut un jour où ils étaient allés à la plage lors d'un voyage au Texas, Karkat avait attrapé un bernard l'hermite. En moins d'une seconde, il l'eut mis dans un joli petit aquarium, et une fois qu'ils furent de retour en Arizona, Karkat avait son nouvel animal de compagnie le bernard l'hermite, qu'il appela « Crabdad ». Très vite, ils étaient devenus bronzés, et ensuite ils attrapèrent des coups de soleil, pelèrent, puis rebronzèrent. Leurs cheveux s'étaient éclaircis à cause du soleil, et avant même de s'en rendre compte, l'été était déjà à moitié fini.

« Nnnnnnmmmgh… »

Les yeux de Sollux s'ouvrirent lorsqu'il se réveilla au son d'une voix grommelante. Il tendit l'oreille pour mieux entendre, mais après un moment de silence, il recommença lentement à entendre des marmonnements.

« Hmmmmgh… »

Sollux s'assit brusquement et tourna sa tête vers le lit de Karkat. Celui-ci y était étalé avec ses jambes étroitement entremêlées à la couverture qui avait été envoyée vers le pied du lit.

« Karkat ? » murmura Sollux dans la demi-pénombre. Alors qu'il ne recevait pas de réponse, il sortit ses jambes du lit et se leva avant d'aller vers le lit de son ami. « Karkat ? Ça va ? »

Karkat bougea seulement et gémit dans son sommeil. Sollux se dit que l'autre parlait juste dans son sommeil pendant tout ce temps, mais ne fit rien pour retourner dans son propre lit. Au lieu de cela, il fit attention à ne pas réveiller Karkat en se penchant sur le bord du lit. Il aurait aimé avoir pris ses lunettes pour avoir une meilleure vue sur son ami endormi.

Avec de tremblants et timides doigts, Sollux avança la main et la posa sur les joues de Karkat, sa clavicule, et plus bas, sur sa poitrine. Il finit à la taille de Karkat, où il caressa a peau chaude qu'il était venu à adorer au fil des années.

Ses yeux s'assombrirent et un désir silencieux commença à s'immiscer dans son dos, Sollux s'allongea à côté du corps immobile de Karkat. Il resta ainsi pendant une seconde, un bras de l'autre côté de l'oreiller, derrière la tête du brun. Il commença à s'abaisser, sa vision s'embrumait de l'insupportable urgence que son inévitable attirance envers Karkat lui avait apportée.

Ses lèvres se baladèrent étonnement vite. Avant d'avoir réalisé ce qu'il faisait, il embrassait son ami plongé dans le sommeil. C'était très innocent et à peine un baiser, mais la sensation des lèvres se frottant contre les siennes firent battre son cœur douloureusement dans sa poitrine.

De toute façon, une seconde plus tard, Sollux s'arracha lui-même avec un air de révulsion sur le visage. Le voilà, trahissant la confiance que Karkat avait en lui, pendant les vacances d'été.

Tu es un putain de tordu, Sollux.

Un grognement de douleur s'échappa se la gorge de Sollux. Il se tourna immédiatement en se courbant, reposant ses coudes sur ses genoux et sa tête entre ses mains.

« Sollux… ? »

Le garçon n'était pas surpris d'entendre sa voix. Il s'y attendait, même. Karkat n'avait pas vraiment le sommeil lourd. Pendant un moment, il se demanda pourquoi, au nom de Dieu, cette idée lui était passée par la tête alors qu'il…

« Ouais ? »

Il y eut un bruissement derrière lui, et Sollux pouvait imaginer Karkat qui s'asseyait avec son visage fatigué, profondément troublé.

« Je ne comprends pas. Pourquoi ? » demanda Karkat dans un souffle. Ce n'était pas un bon signe. L'habituel garçon colérique ne flippait pas, et ce fait mettait à la fois de l'espoir et de la crainte dans le cœur de Sollux. Cela lui donna envie de se rouler en boule et de mourir, au moins, plus que d'habitude.

« Ze suis dézolé » dit finalement Sollux dans un murmure pratiquement inaudible. Son corps commença à trembler violemment.

« Putain » soupira Karkat. Il se mit à bouger d'avantage. « Euh… Et bien… Sollux, tu es… Tu es gay ? »

« Ze suis tellement dézolé. »

« Arrête de t'excuser, trou du cul. Réponds à ma question. Tu es gay ou pas ? »

« Je ne sais pas. »

« Tu ne sais pas. » répéta Karkat. « Okay. Hm… Juste… Du calme, d'accord ? Si tu commences à pleurer, je vais putain te frapper. »

« Je pleure pas. » insista Sollux, relevant le visage de ses mains mais refusant toujours de regarder Karkat dans les yeux.

« Bien. Donc, euh… C'était quoi, ça, alors ? Ce baiser ? »

Sollux se courba comme s'il avait mal.

« Je sais pas. »

Il y eut un long et dérangeant silence.

« Est-ce que tu, euh… m'aimes ? » demanda Karkat d'une voix quelque peu frustrée, très embarassé. Sollux ignora totalement les mots cette fois, s'entourant lui-même de ses bras.

« On rezte amis ? » lança Sollux. Ses tremblements se changèrent vite en des soubresauts qui agitaient son corps et bloquaient ses membres.

« Mec » croassa Karkat. Le léger brisement de sa voix quand il parla permit à Sollux de relever un peu les yeux. Il…riait ?

Regardant par-dessus son épaule, Sollux fut surpris de voir Karkat lui souriant un peu tristement.

« Du calme. Aller, tu me saoulais toujours en me demandant si on restait amis après nous être disputés à propos de trucs débiles. Je ne crois pas pouvoir supporter que tu recommences avec ça. »

Le son taquin insignifiant de ses mots ne pouvait pas masquer le message plus profond qui s'y cachait. Et, grâce à cela, le cœur de Sollux s'allégea aussi vite qu'il s'était alourdi.

« Karkat, Je- » commença-t-il. Karkat secoua la tête et le fit taire d'une petite tape sur l'épaule.

« Arrête, Sollux. Arrête et ta gueule une seconde, que je puisse le digérer. »

Sollux se tut, obéissant, alors que Karkat regarda le plafond et pensa pendant une seconde.

« Laisse-moi rendre ça clair. Tu m'aimes. »

« …Oui. »

« …et depuis quand ça dure… ? »

« Longtemps, Karkat. »

« Ah. Ca explique probablement pourquoi je ne l'ai jamais remarqué…mais je suis pas vraiment surpris non plus. Et tu as dit que tu ne sais pas si tu es gay… ? »

« Hm » commença Sollux, tout bas, posant ses mains sur son ventre. « Sinon, je pense que je suis bisexuel… J'aime toujours les filles. Tu dois être un cas spécial, ou un truc du genre. »

« Un cas spécial » cita Karkat sceptiquement. Il soupira et passa une main dans ses cheveux. « Okay… bien… Ecoute, Sollux. J'ai aucun problème avec le fait que tu sois bi, ou… pansexuel, peu importe comment tu appelles ça. Mais… Merde, mec, je suis désolé mais j'aime les filles. »

Le sang de Sollux se glaça alors que sa minuscule once d'espoir était violemment arrachée de son cœur et jetée au sol. Celle-ci mourrait, pendant que Karkat continuait et que le visage du brun devenait de plus en plus pâle et le sang lui montait aux oreilles.

« Oh, merde, ça faisait rude. Euh… Sollux, je tiens vraiment à toi, beaucoup. C'est juste que… tu es comme un frère pour moi et… et je voudrais garder ça comme ça. J'ai pas d'autres sentiments pour toi que ceux-là. Euh…désolé. »

« Za va » dit doucement Sollux. Il sentit une main dans son dos.

« Non, tu vas pas bien, ne pense pas que j'entends pas ton zozotement à la con. Putain, je suis vraiment désolé, Sollux. »

Sollux sourit un peu.

« Est-ce que j'aurais une chanze, un jour ? »

« Une quoi ? »

« A-avec toi. »

Arrêt.

« Je peux être celui que tu veux que je sois. » dit Sollux, se rétrogradant à un niveau auquel il n'aurait jamais voulu être. « Si tu veux, je pourrais même-»

« Sollux, juste, tais toi. » l'interrompit Karkat, haussant un peu le ton. Sollux ferma la bouche et serra les dents si fort qu'elles grincèrent, en signe de protestation. « Tu vas ruiner notre putain d'amitié si tu continues à me supplier. Tu vaux mieux que ça. Et tu es un meilleur ami que ça, aussi, parce tu sais très bien que tu n'es pas le genre de personne à me mettre en position où je dois choisir entre sortir avec mon meilleur ami et ne pas avoir de meilleur ami du tout. »

Intérieurement, Sollux se battait pour ramasser les morceaux de son cœur, lesquels s'étaient brisés sous l'impact avec le rejet ferme et sans aucune hésitation de Karkat. En dehors, peu importe, il restait immobile fixant le mur opposé de la chambre de Karkat.

« Meilleurs potes ? demanda Karkat finalement, l'extirpant de ses pensées dans lesquelles il était émergé. Il regarda par-dessus son épaule pour voir Karkat lui tendre son poing. Sollux lui offrit un sourire forcé et forma un poing rigide avec une de ses mains. Ils cognèrent leur poing.

« Meilleurs potes. »