[ Chapitre 5 ]

Oh.

Oh oui, c'était probablement la pire chose sur laquelle tomber en rentrant.

Nan, il n'y avait vraiment rien de pire que de voir la langue d'un type fourrée dans la bouche de sa petite amie.

Bien.

Juste putain de bien.

« Aradia . »

Le couple entremêlé, qui était assis sur le lit le plus à gauche du dortoir en s'embrassant passionnément sursauta violemment alors que leurs têtes se tournèrent vers la porte et leurs mains se retirèrent du haut de l'un et de l'autre.

« Sollux » dit Aradia, sa voix s'éteignant dans la crainte, sous le voile d'excuse malgré le masque de surprise qu'elle essayait de mettre par-dessus. Elle se dépêcha de se détacher de son partenaire. « Comment es-tu entré ? »

« Le double de la clé. C'est qui ? » demanda Sollux, croisant les bras en s'appuyant nonchalamment contre l'ouverture de la porte.

« Hum » dit le type. Il se leva nerveusement sur ses pieds avant de marcher vers Sollux pour lui offrir sa main. « Mon nom est Equius. Equius Zahhak. »

Sollux baissa les yeux un moment sur la main ouverte avant de remonter sur Equius. Quand ce dernier se rendit compte que les choses devenaient étranges, il remballa sa main et regarda le sol avec embarras. Il chercha l'aide d'Aradia du regard, alors que celle-ci affichait un air coupable sur son visage.

« On peut parler une seconde, Sollux ? » demanda-t-elle. Ce dernier haussa les épaules.

« Je sais pas s'il y a grand-chose à dire, ça ira. »

Aradia grimaça en direction d'Equius en allant vers le brun, puis pris son bras. Une fois qu'ils furent hors de la pièce, dans le corridor du troisième étage du dortoir. Sollux commença à marcher alors qu'elle fixait ses pieds.

« Sollux, je-»

« C'est fini. Je sais. »

Silence.

« Tu vois, je voulais pas te faire de mal. » soupira Aradia, secouant légèrement la tête, alors que des larmes commençaient à se former aux coins de ses yeux.

« Mais tu m'as trompé quand même » dit Sollux, détestant le son de sa propre voix et combien elle était devenue minuscule et vulnérable.

« Je sais, et j'en suis désolée. Je sais que c'est quelque chose de complètement stupide que j'ai fait. Je suis tellement désolée. »

« Pourquoi tu l'as fait ? »

Elle renifla.

« C'est… C'est juste que tu ne m'aimes pas autant que je t'aime. »

« Comment, alors ? »

« Tu…Tu ne m'appelles jamais, et tu ne m'envoies jamais de messages. Et tu es tout le temps si secret… Je veux juste en savoir plus sur toi. »

« On est ensemble que depuis un mois, Aradia. On est pas déjà obligés de connaître tout l'un sur l'aut- »

« Mais je ne sais encore rien de toi ! » s'exclama la jeune femme, interrompant Sollux. Il regarda par-dessus son épaule, et des larmes coulaient sur le visage de la brune. Les lèvres du garçon se pincèrent, puis il se retourna.

« Aradia, ne pleure pas… »

Sollux alla vers elle et l'amena dans ses bras, tenant sa tête contre son torse. Il se pencha un peu, caressant ses longs cheveux rouges ondulés. Après un moment, elle se retira doucement, les yeux toujours un peu rouges mais cependant, ses larmes étaient séchées.

« Sollux, je tiens tellement à toi. Mais… Je suis déjà fatiguée de cette relation. Ça me donne envie de m'arracher les cheveux ! »

« Qu'est-ce que j'ai bien pu faire pour rendre cette relation si fatigante pour toi ? »

« Okay, okay. Sérieusement. » soupira Aradia. Elle se recula et croisa les bras. « Tu es antipathique. Tu es antipathique à propos de ta vie, et de tes cours, aussi. »

« Je suis encore en vie, et j'ai environ 12 de moye- »

« -et tu es antipathique à propos de notre relation. » dit-elle doucement. Et détourna le regard alors que ses lèvres tremblaient à nouveau. « Et c'est aussi moi. Ca me pèse vraiment. Et… Et tu es trop exigeant quand on… »

« …couche ensemble. » finit Sollux amèrement. Il s'irrita. « Alors tu préfères partir avec ce Equius… Equius peu-importe-son-nom au lieu de m'en parler ? »

« Sollux ! » gémit aradia, tapant du pied en posant ses poings sur ses hanches. « Tu ne peux pas agir comme si je n'avais pas essayé de t'en parler. J'ai essayé huit-mille fois de m'asseoir et de te le dire, mais quand tu prévois quelque chose, tu oublies que le reste du monde existe ! »

Sollux pinça les lèvres. Merde.

« Et-Et bien… C'est pas comme si tu t'occupais de moi, non plus ? T'aurais dû dire quelque chose ! Et tu m'as trompé ! »

Aradia plissa furieusement les yeux.

« Je viens de te dire que j'ai essayé de t'en parler ! »

Elle secoua la tête, son visage dans une expression de dégoût, en rage.

« Aradia » grogna Sollux alors qu'elle se retournant, partant.

Il la suivit et attrapa son bras, par son poignet légèrement enveloppé, la retenant de partir.

« Aradia arrête, on peut arranger ça. S'il te plait. »

« Non » dit-elle sans hésitation, se libérant de la main de Sollux qui la bloquait. « Ça ne marchera pas marcher. Equius est… Equius ne s'en fout pas. Il me fait confiance. Et il s'implique dans notre relation. »

« Aradia… »

Sa voix était presque un murmure.

« J'ai essayé » murmura la jeune fille. « Je t'aime toujours. Mais…dans un sens plus platonique. Je pense qu'on sera mieux en tant qu'amis. Je serais… Je serais toujours ta partenaire en anglais, alors ne t'inquiète pas pour le projet. »

Les poings de Sollux se crispèrent, regardant Aradia s'éloigner lentement de lui.

« J'ai vraiment essayé. Mais c'est tellement évident que tu apprécies quelqu'un d'autre. Que tu aimes, même. Tu n'as pas à me tromper avec quelqu'un physiquement pour être infidèle. »

« Je ne- » commença le brun vivement.

« Ne me mens pas. » coupa Aradia. Ses lèvres se serrèrent, alors que quelques larmes coulaient sur ses joues. Elle poussa un profond et saccadé soupir. « Parce que, Sollux. Mon nom n'est pas 'Karkat'. »

Après cela, elle tourna les talons en continuant à le regarder dans les yeux.

Attends.

Elle commença à s'en aller.

Attends, Aradia.

Elle disparut à l'angle du couloir.

Sollux baissa les yeux sur ses pieds pendant une seconde. Les mots n'arrivaient pas à sortir d'entre ses lèvres, de se former. Au lieu de cela, il resta planté là comme le crétin absolu qu'il était.

« Merde » siffla Sollux, envoyant son poing dans la benne à recycler la plus proche. Il resta là quelques instants, fulminant, avant de s'en aller vers le hall. « Je n'ai pas besoin d'elle. J'ai pas besoin de cette salope. Elle m'a trompé. »

Il marcha en grognant son monologue, ce qui l'amena à l'ascenseur et au premier étage. Il grommelait toujours en sortant du bâtiment des dortoirs et il sortit dans le vent violent. Il fouilla furieusement dans les poches de sa veste jaune et noire avant d'en sortir un paquet de cigarette et un briquet. Tremblant de rage, il sortit un des bâtonnets de la boîte, le glissant entre ses lèvres. C'était dur pour lui de rester debout. Sollux amena son briquet et arrondit sa main libre autour du bout de la cigarette pour le protéger du vent. Une fois qu'elle fut allumée, il remballa le briquet dans sa poche.

…et frotta quelque chose avec ses articulations.

Sollux sortit l'étrange objet, et quand il le regarda sur sa paume, il reconnut le double de la clef de la chambre d'Aradia.

« Oh, putain ! » beugla Sollux du plus fort qu'il le put avec sa cigarette dans sa bouche. Il pencha son bras en arrière, balançant la clef le plus loin possible. En un éclair, elle disparut quelque part dans une touffe d'herbe grasse qui avait été ravagée par la gelée de la nuit. Après cela, il se traina plus loin de l'immeuble, se penchant d'avantage qu'il ne le faisait déjà habituellement lorsqu'il marchait.

L'université de Combfield se trouvait dans un endroit en quelque sorte isolé de New York, où la grande ville était en décor alors que la campagne en était la scène. Le bâtiment était assez compacte ( comme l'on pouvait s'y attendre venant d'un école si proche de la ville ), et le tout était à environ une vingt minutes en passant de coins en coins.

Malgré les gratte-ciels proches d'ici et l'autoroute de l'autre coté, l'endroit était plutôt paisible et silencieux. Les élèves avaient planté des chênes et des parterres de fleurs qui renvoyaient un arc-en-ciel de couleur sur tout le campus, créant une merveilleuse atmosphère qui se prêtait à la vie sociale et à l'étude ( éventuellement ) lors du printemps et de l'automne. En tout cas, Sollux pensait que Combfield était sous son meilleur jour en automne, quand tous les arcs-en-ciel devenaient des nuances de marrons, de jaunes et de rouges, et les arbres perdaient leurs feuilles et les laissaient se déposer sur le sol du campus.

Mais cette période était presque finie. Il n'y avait plus de chutes de gouttes d'eau venant des cieux et l'air chaud virevoltant entre les pieds des passants était parti lui aussi. Maintenant, les branches étaient presque nues, et les feuilles tombaient furieusement ici et là dans le doux vent de fin d'automne. Les drapeaux pendaient sur leurs perches, la plupart des feuilles s'étaient amassées dans certains coins, et les doubles vitrages avaient été installés en prévision de la neige d'hiver approchante. Pour être franc, Sollux était un peur nerveux à ce sujet. Il neigeait en Arizona, bien entendu, mais être si loin de sa maison, dans ce pays, continuait de lui faire se sentir intimidé face à la luminosité de la ville à distance. Il était également effrayé de la neige proche, et combien les blizzards du nord étaient pires que ceux du sud. La pensée envoya un frisson dans l'échine de Sollux. Au moins, les vacances de Noël étaient proches.

En parlant de cela, les vacances d'Automne étaient dans seulement deux semaines. La première partie de son premier semestre en tant que novice avait prouvé à Sollux que tout cela était du vent à ses yeux. En ce moment, il était coincé dans tous ces cours d'éducation générale, de compositions écrites, d'histoire, de trucs qui n'avaient aucun sens selon lui. Dans la vaste quantité de temps libre qu'il avait ( la seule vie sociale qu'il possédait était avec les amis de Karkat, son autre meilleur ami Dave, et sa maintenant ex-petite amie ), il s'asseyait devant son ordinateur et programmait.

Puis programmait.

Puis programmait.

Tout était flou pour lui, mais lors de cette période, il avait en quelque sorte commencé à fumer. Karkat détestait cela de tout cœur, mais Sollux n'arrivait pas à en avoir quelque chose à faire. Il était majeur et ne blessait personne d'autre que lui-même. Il avait tous les droits. Sur la ligne, il avait commencé tout aussi bien à boire un peu, mais…

Et bien, ce n'était pas comme s'il s'était mis à boire en tant que mineur. Donc il allait bien, d'aussi loin qu'il pouvait se sentir concerné.

Sollux soupira, jeta sa cigarette et l'écrasa avant de chercher son portable dans sa poche. Il l'ouvrit et fronça le nez en voyant les nombreux messages à la con de son oncle bien-aimé.

Bien. C'est la putain de cerise sur le gâteau de merde qu'était ce jour complètement naze. Le garçon fit bon usage de l'option 'tout supprimer'.

Lorsque tous les messages furent effacés de manière permanente, Sollux tapa un numéro bien mémorisé et amena le téléphone à son oreille. Après une demie douzaine de tonalités, l'autre ligne décrocha.

« Yo. »

« Salut Dave. C'est moi. »

« Salut, ouais, je savais que c'était toi. »

Sollux ricana un peu et se sourit à lui-même, enfonçant sa main libre dans sa poche pour la garder au chaud.

« Je suis toujours répertorié comme 'L'immenze Mac' ? »

« Bien sur, bordel. »

« Tu dois changer ça. Tu m'as jamais entendu zozoter. Je t'ai juste raconté quelques histoires, ça te donne pas le droit de me donner des surnoms en rapport avec ça. » blagua Sollux. Dave rit bruyamment de l'autre coté de la ligne.

« Bien sur que si. »

« Très drôle. »

Il y eut un court silence.

« Alors ? T'appelle pour quoi, mec ? »

« Et bien. » commença Sollux, sortant sa main de sa poche pour se frotter l'arrière du cou. « J'ai surpris Aradia en train de me tromper avec un type que j'avais jamais vu avant. »

« Oh, Seigneur, mec. Je suis désolé."

« Non, ne t'en fait pas. »

« Ca va ? »

« …ouais. Je crois qu'elle était plus en colère que moi. Je veux dire… Ouais, ça me les brise, mais ça a duré qu'un mois, tu sais. »

« Ouais, je vois ce que tu veux dire. »

« Donc, en fait… » entreprit le brun, le mouvement sur sa nuque se faisant un peu plus doux. « Je… me demandais si tu voulais bien… Tu sais, qu'on se voie ce soir. »

La longue pause dans la conversation montra à Sollux qu'il n'allait pas aimer la réponse.

« Oh, chéri » soupira finalement Dave. Le visage du brun se contracta un peu.

« John a enfin.. ? »

« …rendu la chose officielle ? Ouais. Il est avec moi, là, en fait. »

« Vous faites ça au téléphone ? Dégeu. »

« Nan, mec, juste quelques putain-de-mignons câlins et baisers. »

Il y eut un bruissement venant de chez Dave, suivis de petits gloussements.

« Cool. » dit Sollux, un sourire dans la voix mais pas sur le visage. Encore des bruits. « Et bien, apprécie ton temps scotché à ton gars, M. Strider. »

« Oh, je sais pas. Je crois que je commence à me réchauffer un peu avec EGDERP, ici. Je le préfère en tant que petit-ami qu'en meilleur ami. »

« Ha ha, hé ! Va te faire foutre, Dave ! » dit une voix dans le fond. D'avantage de bruissements.

« Mmhm. Oui, s'il te plait. On. Le. Fait. Arriver. »

Beaucoup de bruit.

« Ahahaha » rit Sollux nerveusement. "Très bien, alors, Dave. Je vais te laisser avec ton nouveau jouet, joyeux gay day. »

« A plus tard. »

Sollux raccrocha et expira bruyamment, remettant son portable dans sa poche.

« Seigneur. » railla-t-il. « Quelle journée de merde. »

D'abord, plus de petite amie ensuite, plus de possibilité pour un plan cul amical. Rien. Juste lui et ses cigarettes.

« Joyeuses putain de vacances. » grommela-t-il amèrement en recommençant à marcher, traînant les semelles de ses converses contre le bitume. N'ayant rien de mieux à faire, il retourna dans l'immeuble des dortoirs, il récupéra à nouveau son portable en l'ouvrant. Le pouce survolant les boutons, il écrivit un nouveau message.

Hé kk je me demandaii2 2ii ton amii faii2aiit toujour2 cette fete ce 2oiir

Comme d'habitude, Karkat fut rapide à répondre.

GAMZEE ? OUAIS. POURQUOI ?

Sollux roula des yeux. Depuis qu'il s'était accidentellement assis sur le portable de Karkat et –supposément- cassé la touche majuscules, Karkat n'avait pas arrêté de la ramener à propos de cela juste en tapant tout en capitales. Tout le temps.

Tu y va2 ?

PUTAIN NON. J'AI UNE PUTAIN DE TONNE DE MERDE A FINIR CE SOIR.

Maii2 on e2t vendredii mec

VIEUX J'AI MEME PAS VINGT ET UN ANS ET TOI NON PLUS. GAMZEE M'A DIT QU'IL Y AURA UNE TONNE DE BEUVERIE ET DE FUMETTE. ET JE PENSE PAS QUE TU DEVRAIS Y ALLER PARCE QUE TOUT LE MONDE ET LEURS COUSINS DE LEURS MARRAINES Y VONT. TU SAIS QUE LA FETE SERA INTERROMPUE PAR LES FLICS. JE VAIS PAS ME LAISSER ATTRAPPER AVEC MON SUCCULENT, ROSE ET BRILLANT CUL COINCE DANS LES AIRS POUR QU'UN CRETIN DE FLIC ARRIVE ET M'ENCULE POUR DES DROGUES QUE JE N'AURAIS MEME PAS PRISES.

Joliie iimage kk

C'EST JUSTE POUR DIRE. JE PENSE VRAIMENT QUE TU DEVRAIS PAS Y ALLER SAUF SI TU VEUX AVOIR LA CAVITE DE TON CUL DEBOUCHEE.

Le2 fliic2 2'en foutent kk iil2 2avent que certaiin2 d'entre nou2 2ont miineur2. En plu2 je boiiraiis pa2 de2 ma22e2. Je 2uii1 ju2ste un peu enerve et je voulaii2 ju2te faiire la fete ce soiir.

Des pas pressés se firent entendre dans les tympans d'un Sollux très inconscient.

POURQUOI ?

Aa a ca22e avec moii

QU'EST-CE QUE T'AS FOUTU ?

« …tends ! Attends ! Fef, attends, s'il te plait ! »

Riien. J'aii ouvert la porte et elle roulaiit de2 patiin2 à un trou du cul que j'avaii2 jamaii2 vu

Les bruits de pas et les cris devenaient plus proches.

T'AS SUREMENT FAIT TON ENFOIRE

Probablement

BIEN. REVIENS DANS NOTRE CHAMBRE COMME CA ON EN PARLERA.

Ok. J'y 2uii2 pre2que, tu veux que je ramène quelque cho-

Avant que Sollux n'ai put finir son message, quelqu'un courrait vers lui. Il détacha ses yeux juste à temps pour s'en rendre compte, l'autre sprintait, le heurtant en plein fouet dans l'épaule.

La force du choc envoya presque Sollux valser au sol, et avant d'avoir réalisé ce qui s'était passé, il se retourna vers la direction opposée. Le bulldozer qui l'avait frappé était lui aussi retourné par le choc pas-si-doux, et pendant une fraction de seconde…

Pendant une fraction de seconde, alors que les deux garçons se retournaient, il y eut presque un arrêt dans le temps. Pendant une fraction de fraction de seconde, c'était comme si le cycle du temps s'était fait enclaver dans l'espace étroit d'une horloge. Pendant une fraction de seconde, Sollux plongea son regard dans des yeux plissés, qui semblaient bleu-gris, mais il aurait juré pouvoir les confondre pour du violet.

Ses joues étaient rougies, son menton légèrement plissé tremblant, ses lèvres crispées dans un terrible air de désespoir. Ses cheveux, qui étaient plus clairs que ceux de Sollux, avaient une mèche d'un violet vif, en plein milieu, mise en désordre par le désarroi. Son écharpe était emmêlée sur son cou, sa veste déboutonnée voltant au vent, et, putain de merde, peu importe quel était le problème de ce gars, il avait l'air très mal.

Ce fut la dernière chose que Sollux remarqua, les yeux du garçon étaient remplis de larmes. Aucune d'entre elles ne coulait, elles étaient retenues par ses longs cils noirs, ou nageaient sur ses yeux gigantesques.

Doux jésus, damnée putain de merde.

Mignon.

Il était la créature de Dieu la plus mignonne que Sollux avait jamais vue dans sa vie, et, bon Dieu, son cœur était-il en train de faire doki-doki pour ce pleurnichard qui était resté, en quelque sorte trébuchant de manière hésitante ? Oui. Oui, c'était bien le cas.

Sollux retourna sur ses pas et fit son chemin vers l'autre garçon pour lui présenter ses plus sincères excuses, et peut-être une réplique de gentleman ou deux.

Mais avant d'avoir pu parler, l'autre sauta sur ses pieds, posa ses poings fermement sur ses cotés, et pris une immense inspiration.

« REGARDE OU TU MARCHES, ESPECE DE CRETIN FAIBLARD SANS CERVELLE ! » rugit-il à pleins poumons, avec la légère trace d'un accent écossais. La force du cri –non, le hurlement, vraiment- envoya pratiquement Sollux sur son derrière.

Okay, non, vraiment pas mignon. Okay, juste peut-être un peu psychopathe, un putain de démon fou psychopathe avec un goût pour les hurlements. D'accord, bon. Ce putain de taré était définitivement rayé de la liste des 'je me le ferais bien, celui-là'.

Après un regard de dégoût final, la Reine Violette Merveilleuse tourna les talons et s'enfuit. Sollux resta planté un moment, ébahi, comme les passants qui commençaient à murmurer entre eux, après la catastrophe.

« Woh. » siffla le brun. « Quelle furie cinglée. »

Avec cela, il se tourna et continua son chemin.