Part 4

Daniel Radcliffe aimait Tom Felton.

Deux semaines s'étaient écoulées depuis sa sortie avec Rupert et Emma, cette fameuse sortie où la jeune femme lui avait donné son opinion sur les sentiments que Dan avait pour Tom, qui selon elle ils étaient très clairs et Dan n'était plus en mesure de le nier à présent. Emma lui avait téléphoné un peu plus tôt dans la journée et lui avait demandé s'il avait passé le stade de la dépression, et malgré son air maussade il lui avait répondu oui.

Il avait passé les premiers jours dans un déni complet face à ces sentiments. Emma avait tord et il n'aimait pas Tom. Cela n'avait aucun sens, il ne pouvait pas être amoureux de Tom. Et puis, il s'était rendu compte –non sans effort- qu'en essayant d'imaginer la sensation des lèvres de Tom sur les siennes, il était devenu dur, comme si aimer les mecs n'était pas suffisant ! Tom lui convenait parfaitement. Et puis, il avait été en colère pendant des jours. Il arborait un caractère irascible et s'en prenait presque à tout le monde (y comprit sa pauvre maman quand elle lui téléphona pour savoir s'il mangeait bien). Il ne comprenait pas pourquoi il ne s'en était pas rendu compte avant. Il était complètement sortit de ses gonds, avait détesté Tom pour l'avoir forcé à faire sortir quelque chose qui ne serait peut-être jamais sorti sans ce baiser. Si ce putain d'imbécile n'avait jamais commencé à parler de cette merde de Drarry, s'il ne l'avait jamais embrassé, alors il serait comme avant. Normal.

Il fut la promesse d'être une meilleure personne et de donner aux œuvres caritatives s'il pouvait juste redevenir normal.

Les trois derniers jours avaient été totalement horribles, il les avait passé dans un état léthargique, comme si un gros brouillard pénétrait son cerveau. Il était constamment fatigué, constamment sans énergie, constamment détaché de tout. Il passait ses journées dans son lit, trop fatigué pour se préparer à manger, il pensait, voilà tout. Comment ferait-il s'il passait de bisexuel à définitivement gay ? Il ne pourrait jamais se marier et avoir des enfants ? Et si sa maman le découvrait et le reniait ? Ou pire, si les médias l'apprenaient et qu'il soit obligé de quitter la célébrité et de vivre une vie cachée, relue dans une vallée inconnue. Il chercha des vallées isolées, loin de tout. Il se disait qu'il aimait bien plus Yorkshire que Nidderdale, et qu'il avait toujours rêvé de visiter ces deux endroits. Eh puis merde ! S'il devenait vraiment très célèbre il pourrait déménager dans un endroit plus intime, plus isolé. De plus que quitter le Royaume-Uni au profit des Etats-Unis (ou encore le Canada) était tout simplement hors de question.

Dan avait été réveillé hier matin par un soleil à la couleur d'or se rependant à travers ses fenêtres, inondant son lit, lui incombant une chaleur brillante. Il était alors arrivé à la conclusion que oui, il était bisexuel, et que oui, il avait envie de Tom, et que non ce n'était pas la fin du monde après tout. Il devait tout simplement vivre avec ça, comme toute autre personne bi ou gay le faisait. Et que finalement, s'il ne pensait plus à Tom alors il perdrait son béguin pour lui et les choses reviendraient à la normale. Il venait juste d'accepter les choses et essayait d'être optimiste.

L'étape de l'acceptation.

Emma lui avait demandé au téléphone, quelques heures plus tôt, s'il se rendait compte que le modèle Kuber-Ross avait été conçu pour les personnes qui mourraient ou celles en souffrances, en deuil (« c'est ce qu'on appelle 'les cinq étapes du deuil' pour une bonne raison, Dan. ») Dan lui avait alors dit, très sérieusement, qu'il avait été brutalement privé de sa capacité à se définir « hétérosexuel » et que si cela ne suffisait pas à lui causer du chagrin alors il ne savait pas ce que c'était que d'avoir du chagrin. C'était une perte comme une autre et il était en deuil de son hétérosexualité.

Emma souffla, le traita affectueusement d'idiot et lui demanda ce qu'il allait faire. Il avait répondu le plus honnêtement possible : il n'en avait aucune idée.

Couché sur son lit, les pieds perchés sur la tête de lit, regardant les rediffusions des Monty Python, zappant ici et là, le son de la télé en mode « muet », Dan comprit que sa première étape consistait à appeler Tom. Il se redressa, attrapa la télécommande et éteignit la télévision. Il resta là, assis face à l'écran noir, pour ce qui lui sembla des heures avant qu'il ne souffle et attrapa son téléphone. Il se rendit dans l'onglet « Contacts » et fit défiler la liste jusqu'au nom de Tom, puis cliqua sur celui-ci.

Il se trouvait devant un dilemme. Deux boutons. Un bouton vert « appel » et un bouton rouge qui disait « annuler ». Il se figea un instant avant de soupirer fortement, appuyant sur le rouge.

« Lâche » dit-il à voix haute.

Non pas qu'il pensait vraiment pouvoir lui téléphoner, mais ça le faisait se sentir mieux.

Dan secoua la tête et se leva, il avait besoin d'un plan B.

Fameux plan B qui finit par être imaginé par Emma elle-même, menaçant Daniel de le castrer s'il ne le suivait pas jusqu'au bout. Et maintenant, Daniel se trouvait debout sur le seuil de la maison de Tom, son doigt figé dans l'air devant la sonnette, se demandant pourquoi diable il avait décidé de demander à Emma de l'aider, parmi toutes ses connaissances.

Je l'ai évité pendant plus d'un mois, pensa Daniel coupable. Il ne voudra jamais me parler.

Il lui avait dit ça aussi, à Emma, et elle lui avait répondu d'un air antipathique que c'était de sa faute, qu'il n'avait qu'à répondre aux appels de Tom. Alors, Dan lui avait raccroché au nez.

Dan expira fortement par le nez, ferma les yeux et pressa son pouce sur la sonnette. Le son de la cloche tonna bruyamment. Il étouffa l'envie de tourner les talons et de fuir en courant. Il déplaça ses pieds et attendit.

Quelques secondes plus tard, Dan entendit le mouvement de la serrure, puis la porte glissa doucement. La porte s'ouvrit sur un Tom au regard irrité.

« Euh… » déclara Dan, bêtement. Il réalisa que son beau discours qu'il avait bien préparé s'était fait la malle.

Tom, les cheveux mouillés et portant son peignoir vert foncé, plissa les yeux. « Tu veux quoi ? »

Dan déglutit. « Pa…Parler. »

Tom grogna. Il croisa ses bras sur sa poitrine et s'adossa contre la porte ouverte. « C'est drôle, tu n'avais pas l'air de vouloir parler quand je t'ai téléphoné au moins cinq fois par jour le mois dernier. »

Comment pouvait-il répondre à ça ?

Dan baissa les yeux, la culpabilité faisait soulever son estomac.

Un moment passa et Tom soupira. Quand Daniel leva les yeux, l'expression autrefois pincée présente sur le visage de Tom était remplacée par de la fatigue. Les yeux fermés, Dan se retourna et commença à marcher.

« Entre, alors » murmura Tom par-dessus son épaule.

Soupirant de soulagement, Dan entra dans la maison. Il ferma la porte derrière lui, laissant ses baskets blanches au niveau de la porte et suivit Tom dans le couloir, puis dans le salon. Sans un mot, Tom se laissa tombé sur le canapé. Hésitant, Dan s'arrêta un instant avant de s'installer sur le côté opposé du canapé.

« Alors ? »

« Je suis désolé » lâcha Dan. Son cœur battait la chamade et sa gorge était si désespérément sèche qu'on aurait pu croire qu'elle avait disparue. Et si malgré ses excuses Tom ne lui pardonnait pas ? Que ferait-il si leur amitié était perdue parce que Dan avait agit comme un sombre idiot ? « Je suis vraiment, vraiment, désolé, Tom. J'ai agi comme un imbécile- » Tom grogna, mais Dan insista : « -et je suis désolé de t'avoir évité pendant tout un mois, je le suis vraiment, vraiment… désolé. »

Il expira, baissa les yeux en direction de la table basse transparente et admis d'une petite voix : « Mais tu m'as tellement manqué. Mon meilleur ami m'a manqué. Et je comprends si tu ne veux plus me parler maintenant, non plus… Mais… J'avais envie que tu le saches. Donc… Ouais… » Dan arrêta de parler, les oreilles le brûlant.

Tom pipa mot jusqu'au moment où Dan était sur le point de se lever et de partir, parce que sûrement que ces foutues excuses étaient inutiles, Tom prit la parole : « Juste… Ne refais juste plus jamais ça une putain d'autre fois, d'accord ? La prochaine fois… La prochaine fois je ne serais pas si enclin à te pardonner. »

Le soulagement s'insinua dans tout le corps de Daniel, comme une vague inondant tout sur son passage et s'il n'avait pas été assis, ses jambes l'auraient lâchées. Il lança un petit sourire hésitant à Tom, et l'accentua quand Tom le lui retourna.

« Pauvre type » lui dit Tom. Dan sourit plus franchement.

Il s'avéra que le plan de Dan était plus compliqué que ce qu'il avait prévu, Tom était plus réticent qu'il ne l'avait imaginé. Les premiers jours après les excuses de Dan avaient été tendus, composés de rires forcés, de tentatives d'ironie ou encore de touchers délicats. La fin du mois d'octobre approchait aussi vite qu'Halloween, et Dan trouva que leur relation s'était légèrement améliorée. Tandis que ses poils se hérissaient à chaque sourire de Tom (pas un mauvais sourire, un gentil sourire), Dan se réjouit du fait que lui rendre ses sourires venait de plus en plus facile. Et il ne fallu pas longtemps pour que Tom reprenne son habitude de frapper doucement Dan sur le bras ou encore de passer son bras par-dessus son épaule, comme il le faisait avant que l'incident n'ait eu lieu.

À ce propos, Dan pensa de manière suspecte, en regardant Tom étendu sur son lit avec le nez sur sa tablette (Dan n'osait pas demander ce que Tom pouvait bien lire), que c'était comme si l'incident ne s'était jamais produit.

Mais c'était une bonne chose se disait-il, déployant ses jambes et les croisant à l'inverse que précédemment. Pas besoin de semer le trouble.

« Pour Halloween, Dan ? »

Dan, surprit, pivota la tête en direction de son lit.

« Quoi ? »

Tom releva les yeux et se redressa, plaçant sa liseuse sur ses genoux.

« Tu vas te déguiser comment pour Halloween ? » demanda-t-il à nouveau.

« Oh ! » déclara Dan, puis il haussa les épaules. « J'en ai aucune idée... Merde… »

Tom haussa un sourcil. « Tu vas à la fête d'Halloween cette année, hein ? Bonnie organise. »

Tom fronça le nez après avoir dit ça, comme si le fait que Bonnie s'occupe de la fête lui donnait la chair de poule. Bien sûr, ça avait probablement quelque chose à voir avec le fait que Bonnie jouait Ginny, la future femme d'Harry. Dan choisi de ne pas secouer la tête et de demander à Tom d'être gentil avec elle.

« Je suppose » murmura-t-il, grattant le dos de sa tête. Pour être honnête, il avait totalement oublié la fête annuelle d'Halloween avec tous les membres du casting d'Harry Potter. Il pensa qu'il avait le droit d'avoir oublié aux vues des choses auxquelles il avait du penser ces dernières semaines.

À savoir un Tom Felton qui le regardait comme s'il avait perdu la raison. Halloween était la fête préférée de Dan et il se dit qu'il fallait qu'il se trouve un costume rapidement.

« Tu vas bien ? »

« Tu as déjà choisi un costume ? » demanda Dan, détournant la conversation dans une autre direction.

Apparemment, Tom le laissa changer de sujet, en hochant la tête et il lui souri.

« J'ai mon costume prêt depuis le mois d'Août »

Daniel haussa fortement ses sourcils. C'était tôt, même pour Tom.

« En quoi te déguises-tu alors ? »

Tom le trouva très plaisant avec lui et un peu nerveux répondit : « Draco Malfoy »

Depuis le jour où Tom lui avait pardonné d'être un crétin, certains sujets avaient délibérément été évités entre eux. L'incident était un d'entre eux. L'obsession de Tom pour les fanfiction en était un autre. Ils avaient définis certains mots comme « dangereux », et, « Harry » et « Draco » sont deux d'entre eux.

Dan avala sa salive, retrouvant son calme et essaya de prendre une posture décontractée. Mais, il n'était pas sûr de vraiment y arriver. « Pourquoi te déguiserais-tu en Draco, Tom, alors que tu joues Draco Malfoy ? »

L'évacuation de la tension dans les épaules de Tom était physiquement visible et il souri, un peu plus clairement. « Non, vois-tu, je joue Draco Malfoy sous ses robes lâches, ses cheveux gélifiés et autre trucs sorciers. Fanon Draco est complètement différent. »

Curieux malgré lui, Dan reprit la parole : « Oh ? »

Tom hocha la tête. « Ouais. »

Dan fronça les sourcils. « Je ne comprends pas comment tu peux laisser des gens que tu ne connais pas changer complètement ton personnage. Je serais vraiment fâché s'ils faisaient pareil avec le mien ! »

Les coins des lèvres de Tom se retroussèrent, transformant son sourire en un sourire amusé.

« Quoi ? » demanda Dan.

Tom leva les mains en l'air. « Rien. J'ai seulement pensé à quelque chose de drôle. »

Dan le foudroya du regard, mais choisi de ne pas en faire trop.

Il passèrent l'heure suivante à naviguer sur le net à la recherche de quelque chose que Dan pourrait porter pour la fête. Il était huit heures quand Tom rangea son ordinateur portable et s'apprêta à partir.

Tom tirait sur ses lacets lorsque son visage de crispa, puis il laissa échapper un soupir profond.

« Merde. J'ai oublié de te prévenir que je ne serais pas en ville la semaine prochaine. »

Dan baissa les yeux sur lui, surpris.

« Quoi ? Pourquoi ? »

« J'ai une audition, pour une pièce de théâtre. »

« Oh. Où ? »

« Durham. »

« Oh. » L'estomac de Dan se tortilla douloureusement, même en sachant que c'était seulement une putain de petite de semaine. Lui et Tom avaient déjà passé plus de temps sans se voir.

Essayant tant bien que mal de ne pas froncer les sourcils, il déclara : « Je suppose que je ne vais pas te revoir avant la fête d'Halloween, alors. »

Tom hocha la tête. Il tira sur son pull, puis enfila son manteau par-dessus, pour finir par sa longue écharpe grise autour de son cou. Il tira une paire de gants dont les bouts des doigts étaient à l'air libre (il se souvenait que Tom n'aimait pas la sensation de ses mains limitées) et les enfila. Puis, il passa son sac sur son épaule.

« Je vais y aller, alors. »

« Ouais, bonne chance pour ton audition, Tom. »

Tom lui adressa un clin d'œil coquin qui lui intima une grande sensation de chaleur dans son estomac. « Ce n'est pas que je vais en avoir besoin, mais, je te remercie. »

« Cocky Bastard » répliqua Dan.

(Nda : Ici, la signification serait : Couillon prétentieux. Mais « cock » en anglais signifie également « bite », alors c'est difficile de le traduire en français. Surtout que Dan fait allusion au mot « cock » après et donc, je me suis permise de le laisser tel quel.)

Dan regretta immédiatement son choix d'insulte en sentant son pantalon se serrer quand il prononça le mot « bite ». (Nda : Cock.)

Tom, ignorant de l'agitation intérieure de Daniel, lui donna une tape sur l'épaule et ouvrit la porte. Un souffle d'air froid se précipita dans la maison, faisant frissonner Dan.

« Putain, ça caille ! » chuchota Tom avant de mettre ses mains dans les grandes poches de son manteau, tout en se dirigeant dans le froid.

Dan attendu jusqu'à ce qu'il soit descendu en bas du perron avant de refermer la porte avec un frisson.

Ça n'avait pas de sens mais Tom lui manquait déjà.

Secouant la tête, dégoûté, il ferma la porte à clé et se dirigea vers l'intérieur de la maison. Il avait un coup de fil à passer.


Fin de la 4ème partie :). Contents qu'ils se soient réconciliés ?