Le combat
Les vacances d'été étaient enfin arrivées. De nombreux étudiants flânaient dans les rues de Fukuoka, lunettes de soleil sur le nez. D'autres préféraient s'asseoir sur un banc public du square situé non loin du centre-ville, à l'ombre d'un cerisier, . Assis dans l'herbe, à quelques mètres du lac où cancanaient de nombreux canards, Naruto, Sasuke et Yukio profitaient du soleil de juillet. Une casquette sur la tête et le corps badigeonné de crème solaire, Yukio regardait d'un œil émerveillé les oiseaux qui virevoltaient. Le ciel était d'un bleu électrique. Aucun nuage à l'horizon. Il s'agissait d'un après-midi banal, pareil aux autres.
Au loin, sortant d'un café, Sasuke aperçut soudainement Sai, accompagné d'un jeune homme aux longs cheveux noirs. Gêné, il détourna les yeux, priant tous les dieux pour que son ancien ami ne l'aperçoive pas. Il fallait dire que depuis ce fameux samedi soir où Sasuke l'avait laissé en plan dans sa Nissan, Sai l'ignorait superbement. Il ne s'asseyait plus à côté de lui en cours et ne daignait même pas le saluer lorsqu'ils se croisaient hasardement au détour d'un couloir. Au fond, Sasuke songeait que c'était peut-être mieux comme ça. A cause de ce qui avait failli se passer ce soir-là, Sasuke ne se sentait plus capable de regarder Sai dans les yeux.
A quatre pattes sur l'herbe tiède, Yukio poursuivit une abeille qui butinait quelques coquelicots. Evidemment, il n'échappait pas au regard soucieux de Naruto, qui n'aimait pas beaucoup cette envie d'aventure commençant à germer chez son fils. A la maison ou à l'extérieur, Yukio rampait partout. Il suffisait de le quitter des yeux cinq secondes seulement pour qu'il disparaisse dans une autre pièce ou sous un meuble. C'était à en devenir fou. Le blondinet appréhendait ce que deviendrait sa vie lorsque Yukio saurait marcher. Ce serait l'enfer, littéralement. Il l'imaginait déjà, debout sur ses deux petits pieds, à courir dans tous les sens, un sourire espiègle sur les lèvres. Seigneur et que ferait-il lorsque le bambin soufflerait sa quinzième bougie et qu'il commencerait à lui casser les pieds pour sortir le soir en compagnie de ses amis ? Cette simple idée suffisait à le faire frissonner d'horreur.
-Sasuke ?
Allongé sur le dos, mains derrière la nuque et yeux dissimulés derrière d'épaisses lunettes noires, Sasuke se trouvait plongé dans un demi-sommeil. La peau de son visage, habituellement pâle, adoptait une couleur cuivrée sous les rayons de juillet.
-Hum ? geignit-il.
-Il est temps de rentrer, j'aimerais prendre une douche avant d'aller bosser.
-Déjà ? Tu peux pas demander au vieux pour prendre ta soirée ?
Avec un léger sourire, le blondinet se pencha vers Sasuke et déposa un doux bécot sur sa joue. Elle était chaude.
-Non, je peux pas, répondit-il.
Doucement, Sasuke lui caressa le dos.
-C'est chiant ça, marmonna le ténébreux, je n'aime pas quand tu travailles le soir. Tu ne rentres pas avant deux heures du matin et moi je n'arrive pas à dormir avant que tu sois rentré.
En guise de réponse, Naruto haussa les épaules d'un air désinvolte. S'il admettait préférer les horaires de jour, le blondinet ne détestait pas travailler en soirée. Au contraire, il revoyait souvent les habitués et pouvait discuter avec eux. Péniblement, il se leva et s'étira comme un chat en soupirant d'aise. Il grimaça en sentant les os de son dos craquer les uns après les autres. En deux enjambées, il combla la courte distance le séparant de Yukio, toujours occupé à chasser les insectes, et le prit dans ses bras. Il remit correctement la casquette de l'enfant avant de l'embrasser sur la joue, lui arrachant un petit rire. Puis, précautionneusement, il l'installa dans la poussette tandis que Sasuke se hissait sur ses deux pieds. A une allure d'escargot, le jeune couple prit le chemin de son domicile.
Afin de prolonger la promenade, ils décidèrent de passer par le centre-ville. Les trottoirs étaient noirs de monde. Touristes et villageois se confondaient dans les ruelles. Naruto et Sasuke s'arrêtèrent près d'un vendeur ambulant pour acheter deux crèmes glacées. De temps à autre, Naruto s'arrêtait et présentait un biberon rempli d'eau fraîche à Yukio, histoire de veiller à ce qu'il n'ait pas soif. La température avoisinait les trente degrés. Inutile de préciser que le blondinet, véritable mère poule dans l'âme, craignait que son fils adoré se déshydrate et devienne pareil à un raisin sec. Parfois, sur le chemin, quelques regards curieux se tournaient vers eux. Les deux amoureux faisaient mine de les ignorer mais en réalité, ils les percevaient très clairement. Les gens se demandaient ce que fabriquait un bébé avec deux jeunes garçons à peine sortis de l'adolescence. Il était évident de leur petite famille posait question. Le jeune couple ne s'en formalisait pas mais il leur était parfois ennuyeux de se promener ou de faire les magasins à cause de toutes ces pupilles fixées sur eux.
Une demi-heure plus tard, ils rejoignirent enfin leur immeuble. En chemin, Naruto avait acheté quelques bibelots destinés à décorer le salon, ainsi que plusieurs vêtements légers pour Yukio. Evidemment, Sasuke se chargeait de porter les nombreux sacs après avoir payé. Le vent se faufilait à travers les branches recouvertes de fleurs blanches des pruniers bordant le petit parking de l'immeuble. Naruto et Sasuke pénétrèrent dans le hall d'entrée climatisé. Tandis que Naruto appelait l'ascenseur, Sasuke vérifia s'ils avaient du courrier. Il ne put réprimer un soupir de soulagement en découvrant qu'ils n'avaient aucune facture. C'était déjà ça. Néanmoins, une enveloppe assez large gisait dans le fond de la boîte en métal gris. Sasuke l'attrapa avant de se ruer dans l'ascenseur. Une fois arrivés au second étage, ils rejoignirent leur appartement douillet. Pendant que Naruto filait sous la douche, Sasuke s'occupa de Yukio. Après l'avoir débarrassé de sa casquette, il l'assit dans son parc. Il fallut moins d'une seconde au petit enfant pour s'intéresser aux nombreux jouets qui le peuplaient.
Epuisé, Sasuke se laissa ensuite tomber dans le canapé et, tout en gardant un œil sur son fils, ouvrit l'enveloppe. Son cœur rata un battement lorsque ses yeux découvrirent l'en-tête.
Ministère des Affaires Sociales
Il comprit immédiatement. Les grands-parents Haruno, dont ils n'avaient eu aucune nouvelle depuis un mois, venaient de mettre leur menace à exécution. A la vitesse de dix mots par seconde, Sasuke parcourut les lignes d'un air affolé. A première vue, Naruto et lui étaient convoqués au tribunal des affaires familiales dans deux mois. Aoki et Kyosuke Haruno les poursuivaient en justice et réclamaient la garde définitive de Yukio Uzumaki. C'était une blague ? N'est-ce pas ? Sa gorge était subitement devenue aussi sèche que le désert du Sahara, comme s'il n'avait rien bu depuis des années. Ses mains, devenues moites, commençaient à trembler comme des feuilles sous un vent d'hiver. Et alors qu'il sentait le feu lui monter aux joues, Sasuke eut l'impression que son cœur allait imploser au creux de sa poitrine. Lentement, il leva les yeux vers son fils. Les orbes de jade de Yukio le dévisageaient avec une pointe de curiosité, tandis qu'il fourrait un gros cube en plastique dans sa bouche tout en babillant. Une simple serviette autour de la taille, Naruto fit irruption dans le salon. Quelques gouttes d'eau chaude perlaient encore sur son torse hâlé et finement musclé.
-Hey Sasuke, tu penses que…
En apercevant le visage décomposé de son conjoint, Naruto ne put terminer sa phrase. D'un pas hésitant, il s'approcha, laissant derrière lui quelques traces de pas légèrement humides. Nerveusement, il glissa une main dans ses cheveux blonds dégoulinants.
-Qu'est-ce qu'il y a ? se risqua-t-il à demander.
Sasuke déglutit avec difficulté.
-C'est… c'est une lettre du tribunal de Fukuoka.
Sa voix était enrouée. Les traits de Naruto composèrent une mine stupéfaite.
-Nous sommes convoqués le quinze septembre pour… discuter de l'adoption de Yukio. Les Haruno demandent la garde définitive.
Ses mots firent écho dans le crâne de Naruto qui crut un instant que son cœur allait cesser de battre. Soudainement, les poumons du blondinet étaient vidés, comme s'ils ne contenaient plus d'air. Alors qu'il venait tout juste de prendre une douche pratiquement brûlante, il se mit à trembloter de froid. Sans dire un mot, les deux garçons échangèrent un regard qui en disait long. Un début de panique pétillait au fond des pupilles de Naruto.
-Et ben… nous allons prendre un avocat, susurra le blondinet d'une voix inhabituellement rauque. Nous allons prendre un avocat et nous nous rendrons au tribunal.
-Naruto…
-Il s'agit de notre fils, Sasuke ! On ne peut pas se défiler !
Non, ils ne le pouvaient pas et Sasuke n'en avait aucunement l'intention. Cependant, Sasuke Uchiha était intelligent. On pouvait apercevoir la finesse d'esprit traverser son regard. Il n'ignorait rien du compte en banque bien garnis de Kyosuke et Aoki Haruno, ni de la prestigieuse place qu'ils occupaient au sein de la société. Autrefois, Sakura leur avait confié que son grand-père maternel se trouvait à la tête d'une entreprise internationalement réputée. Inutile de dire que ces vils vautours allaient se servir de leur statut pour tenter d'influencer le procès ou de corrompre la juge chargée de leur affaire. Sasuke parcourut une seconde fois la lettre. Plus lentement. Plus attentivement. Maître Orochimaru. Ce seul alignement de lettres suffit à lui glacer le cœur d'horreur. L'avocat destiné à représenter les Haruno au procès était un véritable ténor du barreau. Ses honoraires astronomiques n'avaient d'égal que son talent. Orochimaru n'avait plus rien à prouver, sa réputation était faite. En plus de vingt ans de carrière, il n'avait perdu que trois ou quatre procès. Rien de plus.
Seule une classe d'élite pouvait se permettre les services d'un tel avocat. Sasuke sentit le découragement l'envahir, telle une vague. Ses épaules se voûtèrent subitement, comme si elles portaient tout le poids du monde. Si à la présence d'un avocat prestigieux de renommée nationale on ajoutait le fait que l'homoparentalité restait un phénomène méconnu et souvent peu apprécié, le jeune couple était en mauvaise posture. A vrai dire, Sasuke ne pensait pas une seconde qu'ils pourraient gagner ce maudit procès. Il ne fallait pas disposer d'une intelligence hors normes pour deviner la suite des évènements. Maître Orochimaru débattrait sans aucun doute sur le bien-être de Yukio et sur les conséquences développementales que pourraient avoir le fait d'être élevé par un couple d'hommes. Comme tout avocat digne de ce nom, il parlerait de preuves, de témoignages, ou d'experts. Il mettrait sous le nez de la juge des documents appuyant sa tirade. Bien sûr, étant donné que les salaires de Sasuke et Naruto ne valaient même pas la moitié des honoraires de Maître Orochimaru, ils ne pourraient pas engager un avocat réputé dans le domaine. Ils prendraient certainement le premier venu, le seul qu'ils seraient à même de payer. Un avocat de bas étage qui ne pourraient sans doute pas rétorquer face aux diatribes acerbes du ténor. Les Haruno, vieux couple riche et cent pour cent hétérosexuel, gagneraient la garde de Yukio. D'autant plus qu'ils se voyaient être ses grands-parents biologiques. Ni Naruto ni Sasuke ne pouvait affirmer l'existence d'un lien de sang entre Yukio et eux. Tout jouait contre eux.
C'était perdu d'avance.
Un long soupir franchit la barrière des lèvres de Sasuke. Les yeux de Naruto se remplirent d'horreur, comme si le blondinet lisait dans les pensées de son conjoint. Seulement, même si l'affaire semblait perdue d'avance, les deux garçons ne sentaient pas capables d'abandonner. Car même si leurs craintes se confirmaient, même si Yukio finissait par être confié à ses grands-parents biologiques, ils ne voulaient pas rester sans réagir. Ils voulaient que leur fils sache combien ils s'étaient battus pour lui. Ils voulaient que leur fils sache ce qu'ils avaient enduré en son nom. Ils voulaient simplement que leur fils sache combien ils pouvaient l'aimer.
Leur combat commençait maintenant.
oOoOo
Installé derrière son ordinateur portable, Naruto était occupé à éplucher les cabinets d'avocat. Assis à côtés de lui, ses parents l'aidaient dans ses recherches. Cela faisait plusieurs jours que les Uzumaki passaient les trois quarts de leur temps sur Internet, en quête d'un avocat expérimenté mais aux honoraires corrects. Autant dire qu'ils cherchaient une aiguille dans une botte de foin. Installé dans son petit parc, un gros cube dans la bouche, Yukio les dévisageait de ses grands yeux verts.
-C'est pas vrai, se lamenta Naruto, jamais je ne pourrais payer un avocat compétent. C'est au-dessus de mes moyens.
Peinée, Kushina posa une main compatissante sur l'épaule de son fils.
-Tu as pensé à prendre un avocat prodéo ? demanda-t-elle, tu n'aurais rien à payer dans ce cas.
-Hors de question de prendre un avocat pareil, siffla le blondinet, si c'est pour qu'il bâcle l'affaire, ça vaut pas le coup. Je veux un bon avocat, capable de nous défendre correctement.
-Je sais que Sasuke et toi vous voulez absolument régler ça par vous-mêmes, intervint Minato, mais tu sais que nous pouvons régler les frais Naruto.
Le concerné lui décocha un doux sourire.
-C'est gentil mais Sasuke et moi avons décidé d'affronter ça ensemble. Nous vivons ensemble à présent, nous avons décidé de tout assumer main dans la main. C'est à nous de gérer la situation, papa.
Minato pinça les lèvres mais ne répliqua pas. Il connaissait suffisamment son fils pour savoir qu'il camperait sur ses positions. Pour une raison inconnue, Sasuke et lui s'étaient mis en tête qu'ils devaient être les seuls à combattre les Haruno. Peut-être était-ce pour eux une façon de se prouver qu'ensemble, ils arriveraient à tout. Peut-être était-ce pour eux une manière de se rassurer concernant l'avenir. Néanmoins, il ne s'agissait pas d'une simple affaire de couple, il s'agissait d'une affaire de famille. Si les jeunes pères ne voulaient pas perdre Yukio, les grands-parents Uchiha et Uzumaki ne le souhaitaient pas non plus. Yukio était leur petit-fils, une partie d'eux-mêmes. Même Kushina Uzumaki qui, au départ, avait eu du mal à encaisser le choc considérait à présent Yukio comme son propre enfant. Pour eux, il était inconcevable de le perdre. Un soir, autour d'un dîner bien arrosé, Fugaku Uchiha et Minato avaient plaisanté sur le sujet en clamant haut et fort qu'ils n'hésiterait pas à recourir au kidnapping s'il s'agissait du seul moyen de récupérer Yukio.
Evidemment, à l'exception des deux hommes, cette boutade ne fit rire absolument personne. Et surtout pas Naruto et Sasuke qui n'imaginaient pas un seul instant leur existence sans Yukio. Comment imaginer le quotidien sans ses éclats de rire ? Sans ces sourires innocents ? Sans ces débuts de mots qui ne voulaient encore rien dire ? Chaque instant partagé avec Yukio avait une valeur inexplicable aux yeux des deux pères. Désormais, lorsque Yukio pleurait son biberon au milieu de la nuit, Naruto et Sasuke ne se disputaient plus pour savoir qui irait le lui donner : ils se disputaient pour savoir qui n'irait pas le lui donner. Car la tétée était un vrai moment privilégié au cours duquel une multitude de sentiments véhiculaient. Souvent, dans ces instants-là, Naruto songeait qu'il pourrait passer le reste de sa vie perdu dans ces yeux de jade curieux et rieurs.
-Naruto, s'exclama Minato, clique-là pour voir !
De l'index, Minato pointa le lien sur lequel Naruto devait cliquer. Le blondinet s'exécuta. Ils arrivèrent sur une page intitulée Hozuki & Nara – Avocats associés. En silence, la famille Uzumaki parcourut le site, lisant précautionneusement les lignes qui défilaient devant eux. Ce petit cabinet d'avocats venait à peine de s'installer dans le centre ville de Fukuoka. Un bon point pour eux puisque Naruto et Sasuke ne vivaient qu'à quelques rues de là. De plus, Karin Hozuki, l'associée de Shikamaru Nara, possédait un CV en béton. Spécialisée dans les affaires familiales, elle avait déjà défendu de nombreux parents ayant adopté un enfant. Evidemment, il n'était précisé nulle part qu'il s'agissait ou non de parents homosexuels mais la jeune avocate s'y connaissait en la matière. Et, cerise sur le gâteau, ses honoraires restaient accessibles au goût de Naruto. Un sourire triomphant naquit sur ses lèvres.
-Génial ! On en a enfin trouvé une !
-Tu vas l'appeler quand ? demanda Kushina, soucieuse.
Naruto fronça les sourcils.
-Il faut que j'en parle avec Sasuke avant, répondit-il. Aujourd'hui, il a cours jusque dix neuf heures, il ne sera pas là avant dix neuf heures trente au moins.
-D'accord mais n'attends pas trop longtemps, conseilla Minato.
-Appelle-la demain au plus tard, conclut Kushina.
En guise de réponse, Naruto se contenta de hocher frénétiquement la tête. Evidemment qu'il allait l'appeler ! Le procès aurait lieu dans un peu plus d'un mois, ils devaient donc élaborer une stratégie. Cependant, il aurait le temps d'en discuter dès le lendemain matin avec Sasuke. Pour l'instant, il voulait simplement savourer cette sensation de soulagement qui naviguait en lui. Car il devinait que cet instant de répit serait de courte de durée. Comme à chaque fois. En sifflotant, Naruto éteignit l'ordinateur et s'approcha du parc. Tout sourire, il prit Yukio dans ses bras et l'embrassa bruyamment sur les deux joues avant de le tenir à la verticale, par les deux bras. Les pieds de Yukio frôlèrent le sol. Ses petites jambes commencèrent à se mouvoir avec hésitation. Marcher semblait un effort fastidieux mais du haut de ses huit mois, le bébé parvenait déjà à faire quelques pas lorsqu'on le soutenait. Emerveillés, Kushina et Minato l'encouragèrent, faisant naître sur son visage un sourire lumineux. Au bout de quelques minutes, Naruto le laissa se reposer. Assis sur le parquet, Yukio commença à s'attaquer à un ficus dont Sasuke s'efforçait de prendre grand soin. De ses petits doigts boudinés, il arracha quelques feuilles sous le regard horrifié de Naruto, qui se dépêcha de l'éloigner.
Kushina et Minato saluèrent ensuite leur fils avant de quitter l'appartement. Seul, Naruto mit un CD de musique relaxante dans la chaîne hi-fi et jeta un coup d'œil à l'horloge. Elle affichait dix neuf heures. Sasuke venait tout juste de terminer son cours. Naruto l'imagina, en train de remballer ses affaires et de marcher jusqu'à l'arrêt de bus, et se mit à sourire bêtement. Tout en écoutant la mélodie planant dans l'appartement, le blondinet donna un bain tiède à Yukio. Pendant plusieurs minutes, ils jouèrent avec les petits canards en plastique offerts par Hinata. Yukio semblait prendre un malin plaisir à les noyer. Cela le faisait éclater de rire et, absolument pas sadique pour un sou, Naruto l'imitait aussitôt. Puis, délicatement, le blondinet l'assit sur une large table à langer fixée au mur carrelé de la salle de bains. Tout en lui parlant, Naruto l'essuya avec une serviette. Des effluves fruités lui titillèrent les narines. Précautionneusement, le jeune papa le vêtit d'un pyjama en coton avant de le prendre dans ses bras pour l'asseoir dans la chaise haute, située autour de la table de la cuisine. Non sans cesser de raconter des âneries, Naruto prépara le dîner de Yukio. Poissons et légumes mixés. Quand elle fut chaude, il déversa la mixture dans une assiette en plastique et prit place sur une chaise, aux côtés de son fils.
-Aller Yukio, s'exclama-t-il, si tu veux voir Winnie l'ourson, il faut manger toute ton assiette.
Les lèvres du bébé restèrent pourtant scellées. Visiblement, découvrir la tête de ce gros ours orange vêtu d'un ridicule t-shirt rouge au fond d'une assiette ne l'enchantait pas beaucoup. Dans ces moments-là, il fallait faire usage d'imagination. Bienveillant, Naruto plongea une cuillère dans la préparation et la goûta afin de vérifier la température. Puis, comme un parfait abruti, il commença à faire voltiger la cuillère dans les airs en imitant les bruitages d'un avion.
-Attention ! L'avion doit retourner d'urgence à l'aéroport, veuillez ouvrir les portes !
Amusé, Yukio suivit des yeux la cuillère en plastique pleine de nourriture. Puis, lorsqu'elle s'approcha de son visage, l'enfant ouvrit grand la bouche pour la gober. Ce petit manège dura pendant vingt bonnes minutes. Parfois, Yukio gardait sa bouche, barbouillée de pommes de terre écrasées, fermée, histoire d'ennuyer le monde. Aux alentours de dix neuf heures trente, Sasuke rentra. En l'apercevant, Yukio éclata de rire et tendit les bras vers lui en marmonnant quelque chose ressemblant à pada. Sasuke déposa un tendre baiser sur le front de son fils, évitant stratégiquement les joues dégoulinantes de salive et de poisson mixé, avant d'embrasser Naruto du bout des lèvres.
-Tu veux manger quoi Naruto ? questionna-t-il en ouvrant le frigo.
-J'sais pas, répondit le blondinet d'une voix fatiguée.
-Tu veux qu'on commande une pizza ?
A l'aide de sa cuillère, Naruto racla le fond de l'assiette, découvrant un Winnie l'ourson souillé de purée de pommes de terre.
-Ok, ce sera une quatre fromages pour moi.
-Adjugé, vendu ! Ce sera quatre fromages pour moi aussi !
-Copieur !
-Toi-même !
Naruto se contenta de pouffer, laissant à son conjoint le bête plaisir d'avoir le dernier mot. Heureux que Yukio ait terminé entièrement son repas, Naruto déposa l'assiette dans l'évier de la cuisine, à côté de deux tasses. Avec une pointe d'hésitation dans le regard, il fixa la vaisselle sale pendant une salve de secondes avant d'estimer qu'il serait toujours temps de nettoyer le lendemain. D'un pas traînant, il regagna le salon, éteignit la musique et se laissa tomber dans le canapé. Epuisé, il se massa les tempes un long moment, paupières closes. De son côté, Sasuke prit Yukio dans ses bras et le conduisit dans sa chambre. Il ferma les rideaux et alluma la veilleuse. Une multitude de dessins animaliers colorés vagabondèrent sur les murs recouverts de papier peint bleu ciel. Une douce musique ébrécha le silence. En le serrant contre sa poitrine, Sasuke lui chantonna une petite berceuse pour l'endormir. Rapidement, Yukio sombra dans un profond sommeil. En prenant soin de ne pas le réveiller, Sasuke le déposa dans son berceau et le recouvrit d'une couverture avant de placer sa peluche favorite à côté de sa tête. A pas de loups, il quitta ensuite la chambre, tout en veillant à laisser la porte entrouverte.
Lorsqu'il rejoignit le salon, Naruto était en train de commander les pizzas. Le livreur sonna à leur porte vingt minutes plus tard. Tel un vieux couple, ils se plantèrent devant une émission de téléréalité stupide en dégustant leur pizza. Une fois rassasié, Naruto alla se glisser sous la douche tandis que Sasuke emballait dans du papier aluminium les restes de pizza qu'ils n'avaient pas pu engloutir. Insouciant, il laissa les cartons traîner sur le comptoir de la cuisine, jugeant que Naruto aurait bien le temps de les jeter le lendemain matin. En élève studieux, il attrapa son énorme bouquin d'anatomie et se cala confortablement dans le fauteuil. D'une oreille distraite, il écoutait la musique presque dramatique annonçant le début du journal télévisé. En dépit des nouvelles macabres présentées par le journaliste, il ne leva pas une seule fois les yeux de son épais bouquin. Concentré, il entendit à peine les pas de Naruto qui se rapprochaient. Un sourire espiègle sur les lèvres, le blondinet arriva derrière lui et se pencha pour déposa quelques baisers sur sa nuque. Lentement, ses mains descendirent le long du torse de Sasuke.
-Sasuke… qu'est-ce que tu fais ? demanda-t-il d'une voix mielleuse.
-J'étudie.
-Avec la télévision ?
-Rien ne peut me déconcentrer quand je travaille.
Un sourire espiègle naquit sur les lèvres de Naruto.
Rien ne te déconcentre mon amour ? T'es prêt à le parier ?
Le blondinet contourna le canapé et prit place aux côtés de Sasuke, qui ne levait toujours pas le nez de son maudit bouquin. Naruto se lova contre lui. Une main perdue sous le t-shirt de Sasuke, il commença par l'embrasser sur la joue avant de descendre jusque son cou. Ses doigts expertes allaient et venaient sur les flancs de Sasuke, qu'il savait sensibles. Sasuke clôt les paupières. Quelques mèches blondes lui chatouillaient la mâchoire et les arômes fruités émanant de la peau tiède de Naruto semblèrent s'installer dans ses narines. Le souffle chaud de Naruto heurtait sa nuque, lui arrachait d'agréables frissons. A deux reprises, il faillit lâcher son livre. Naruto déposa un chapelet de baisers au creux de son cou avant de remonter lentement jusqu'à son oreille.
-Et là ? susurra-t-il, t'arrives toujours à te concentrer ?
Sasuke sourit.
-Il… en faut plus que ça… pour…
Et il ne termina même pas sa phrase, vaincu. Le livre d'anatomie valsa à travers la pièce avant de s'écraser lourdement près de la table. Sasuke tourna la tête et captura les lèvres de Naruto. En un baiser, Sasuke étouffa l'éclat de rire qui se bousculait dans sa gorge. Il pouvait le sentir sourire contre sa bouche. Les bras de Naruto s'enroulèrent autour de sa nuque. Doucement, le blondinet se laissa tomber à la renverse, entraînant Sasuke avec lui. Bientôt, le t-shirt de Sasuke se retrouva sur le tapis du salon. Les mains habiles de Naruto parcouraient son corps avec douceur et envie. Les muscles de son dos roulaient sous les phalanges du blondinet. Tendrement, Sasuke mordilla les lèvres de Naruto avant de glisser lentement jusqu'à sa clavicule, laissant derrière lui quelques marques rougeâtres. Bercé par les soupirs de Naruto, il clôt les paupières, savourant l'instant. Désormais, seul Naruto occupait son esprit. Rien d'autre n'existait.
Avec une douceur qui n'appartenait qu'à lui, Naruto l'étreignit contre son cœur. Quelques je t'aime se perdirent dans le néant. Lentement, le blondinet entrouvrit les paupières. Le monde lui semblait flou, comme s'il ne s'agissait plus que d'une palette de couleurs mêlées les unes aux autres. Puis, alors que leur désir montait d'un cran, quelque chose attira l'attention de Naruto.
« Et maintenant, place à l'actualité régionale. Allons à la rencontre de ces deux grands-parents outragés qui se battent jour après jour pour que justice soit faite. Un reportage de Yana Mitsuhiro et Yukiteru Gasai. »
En découvrant l'identité de ces deux grands-parents outragés, les yeux de Naruto s'écarquillèrent d'au moins cinq millimètres. Furtivement, il tapota l'épaule nue de son conjoint.
-Sasuke !
-Quoi encore ? marmonna le concerné entre deux baisers.
-Regarde ! Les vieux cons passent à la télé ! Merde, c'est quoi ce bordel ?
En soupirant, Sasuke stoppa son activité et prêta attention au journal télévisé. Aoki et Kyosuke Haruno resplendissaient littéralement. Fidèles à leurs habitudes, ils avaient revêtu des vêtements de grandes marques et employaient de grands mots face aux caméras. Et ils osèrent. Ils osèrent évoquer le nom de Sakura. Ils osèrent profaner les sentiments de leur défunte petite fille en avouant la honte qu'ils avaient pu ressentir en découvrant l'existence de ce Yukio, comme ils disaient. Certes, ils ne prononcèrent pas le mot traînée mais on devinait aisément que ce terme leur brûlait les lèvres. Ensuite, en versant quelques larmes de crocodiles, Aoki Haruno enchaîna en expliquant à quel point ils regrettaient leur erreur en abandonnant leur arrière-petit-fils à présent tellement précieux à leurs yeux. Douée en éloquence, la vieille peau affirma que désormais leur réputation ne comptait plus, que désormais ils se fichaient royalement du regard des autres, que désormais seul ce Yukio comptait pour eux. Mais, pas de chance, on leur avait volé. Qui ? Mais un couple d'homosexuels évidemment, quelle question. Kyosuke Haruno, la voix presque tremblante, annonça qu'il lui était tout bonnement insupportable de laisser son arrière-petit-fils entre les mains de deux jeunes adolescents irresponsables et immatures. Il ajouta même qu'ils s'étaient présentés chez eux, ces deux jeunes garnements leur avait presque claqué la porte au nez en leur disant d'aller crever alors qu'ils voulaient simplement discuter.
Face à tant de mensonges, les visages des deux garçons composèrent une expression horrifiée. Et comme si cela n'était pas encore suffisant, le reportage s'acheva par une photo de leur immeuble. Maintenant, tous ceux connaissant un peu la préfecture de Fukuoka savaient où ils habitaient. Une fois de plus, l'intelligence de Sasuke se manifesta. Le ténébreux avait déjà tout compris. Il s'agissait en réalité bien plus que d'une banale querelle d'adoption. Il s'agissait d'une affaire d'état, d'une affaire qui bouleversait littéralement les croyances de la société. L'homoparentalité était un sujet dont on discutait rarement. A vrai dire, certains ignoraient même jusqu'à l'existence de ce terme. Des parents homosexuels ? Trêve de plaisanterie, s'il vous plaît ! Voilà pourquoi les Haruno avaient convoqués la télévision : ils espéraient que la société se range de leur côté. Inutile de mentionner que cela ne tarderait pas à se faire sentir.
-J'appelle Karin Hozuki, nous devons obtenir un rendez-vous le plus vite possible, s'exclama Naruto en bondissant sur ses pieds. Je voulais t'en parler avant de prendre contact avec elle mais là on a plus le temps.
-Quoi ? T'as trouvé un avocat ? s'étrangla Sasuke, et tu veux l'appeler maintenant ? Mais enfin Naruto, il est presque vingt et une heures !
Naruto s'empressa d'allumer son ordinateur. A la vitesse de la lumière, il ouvrit Internet Explorer et rechercha le site où se trouvait l'adresse et le numéro de téléphone de l'avocate. Heureusement, il avait eu l'intelligence de l'enregistrer dans ses favoris. Sans s'occuper de l'heure tardive, il se saisit du téléphone et composa le numéro de portable de Karin Hozuki.
-Cette affaire est en train de prendre des proportions énormes, Sasuke, dit-il. Nous ne pouvons pas attendre plus longtemps.
Après trois sonneries, une voix de femme se fit entendre à l'autre bout du fil.
-Allô ?
-Maître Hozuki ? Karin Hozuki ?
-En effet. Vous êtes ?
-Je m'appelle Naruto Uzumaki et je m'excuse de vous déranger à une heure pareille mais croyez bien que je ne le ferais pas si ce n'était pas urgent.
En moins de temps qu'il ne le fallut pour le dire, Naruto lui raconta son histoire en détails. Sous les yeux stupéfaits de Sasuke, il n'hésita pas une seconde à parler de mensonge et de coup monté. A la vitesse où il parlait, Karin Hozuki ne devait certainement pas avoir la possibilité d'en placer une. A bout de souffle, il termina sa tirade par un nous avons besoin de votre aide presque implorant.
-Je vois… c'est donc vous le jeune couple dont ils viennent de parler aux infos, c'est ça ?
-Vous avez tout compris.
-Je vais être franche avec vous. Lorsque j'ai vu le reportage, j'ai presque espéré que vous me contactiez.
Il y eut un bref silence.
-Si vous avez correctement lu mon site internet, vous avez dû remarquer que je suis spécialisée dans les affaires familiales. Je ne m'occupe que de ces dossiers et ce n'est pas la première fois qu'une telle situation se présente à moi.
Les yeux bleus de Naruto brillèrent d'un éclat nouveau.
-Vous avez déjà défendu des couples gays ? demanda-t-il.
-Non, c'est la première fois, répondit Karin. Cela dit, je me fiche pas mal de l'orientation sexuelle de mes clients, tout ce qui compte pour moi c'est le bien-être de l'enfant. Je vous propose que l'on se rencontre afin de discuter de tout ça calmement, quand êtes-vous libre ?
Naruto jeta un bref coup d'œil à Sasuke. Le ténébreux haussa les épaules d'un air désinvolte et marmonna qu'il pourrait toujours s'arranger pour prendre congé ou sécher un cours. Naruto lui décocha un sourire reconnaissant avant de fixer une date avec l'avocate. Le cœur battant, il finit par raccrocher sans oublier de remercier Karin Hozuki.
Ils avaient rendez-vous le surlendemain.
oOoOo
-Tu es sûre d'avoir tout compris pour les repas, maman ? s'enquit Sasuke, il faut que les légumes et la viande soient bien mixés et surtout pas trop chaud sinon il va tout rendre.
Mikoto Uchiha leva les yeux au ciel.
-Sasuke, j'ai élevé deux enfants. Crois-tu que j'ai encore besoin de conseils ?
Sasuke garda le silence et se contenta simplement de lui tirer la langue. Faussement vexée, sa mère lui asséna une petite tape sur l'épaule avant de lui ordonner de filer. Sasuke embrassa Yukio sur la joue avant de rejoindre Naruto à l'extérieur. Main dans la main, les deux garçons traversèrent les rues du centre-ville jusqu'à arriver devant le cabinet d'avocats de Karin Hozuki et Shikamaru Nara. Ils échangèrent un bref regard avant de pousser la porte de verre. Une secrétaire s'approcha d'eux et ils se présentèrent. Avec un sourire frisant le charme, elle leur pria de patienter un instant. Naruto se laissa tomber sur une chaise tandis que Sasuke faisait les cents pas. Bientôt, une femme d'une trentaine d'années vint à leur rencontre. De longs cheveux roux voltigeaient à chacun de ses pas et de petits yeux noisette brillaient derrière d'épaisses lunettes noires. Elle leur adressa un charmant sourire, dévoilant une dentition impeccable. Courtoisement, elle leur serra la main et les invita à pénétrer dans son bureau.
Le jeune couple obtempéra et Karin prit soin de fermer la porte derrière eux. La jeune avocate leur proposa de s'asseoir puis elle s'installa dans le large fauteuil de cuir noir situé de l'autre côté de son bureau. Sourcils légèrement froncés, elle attrapa un stylo et griffonna quelques lignes illisibles sur une feuille vierge.
-Alors messieurs ? questionna-t-elle, et si nous reprenions tout depuis le début ?
Pour le plus grand bonheur de Sasuke, Naruto se chargea de raconter une seconde fois leur petite histoire. Yeux ancrés dans ceux de la jeune femme, il parla de Sakura et de son ultime volonté. Il lui raconta également ce qui l'avait poussé à adopter Yukio, ainsi que le déroulement de leur vie quotidienne. Il n'oublia pas de mentionner les sacrifices que Sasuke avait dû faire pour jouer son rôle de père, comme par exemple travailler en dehors de ses heures de cours. Karin l'écouta attentivement et se garda de l'interrompre. De temps à autre, elle hochait lentement la tête ou esquissait un petit sourire tout en prenant des notes.
-Donc si j'ai bien compris, résuma-t-elle, les Haruno se sont rendus chez vous à l'improviste le mois dernier afin de vous menacer ?
-En quelque sorte, répondit Naruto, ils nous ont insulté et nous ont affirmé qu'ils obtiendraient la garde de Yukio par n'importe quel moyen.
Blasé, Sasuke croisa les bras.
-La vérité c'est qu'ils s'en fichent que Naruto et moi soyons jeunes. Ce n'est pas notre âge qui leur pose problème mais le fait que nous soyons gays.
-C'est ce que j'ai cru comprendre, effectivement, souffla Karin. Nous pouvons nous servir de ça lors du procès. Est-ce que des témoins ont assisté à la scène ?
-A cause du bruit, quelques voisins ont regardé ce qu'il se passait, acquiesça Naruto, mais je doute qu'ils aient envie de témoigner en notre faveur.
-Que pensez-vous de l'issue du procès, Maître Hozuki ? demanda Sasuke, vous pensez qu'on a une chance ?
Karin haussa les épaules.
-Vous savez, répliqua-t-elle, ces gens-là ont de gros moyens et Maître Orochimaru n'est pas n'importe qui. Ce ne sera pas facile de les atteindre, je ne vous le cache pas. Cependant, si j'en crois la convocation que vous avez reçue, c'est la juge Tsunade qui se prononcera à l'issue du procès. C'est une femme très bien et elle a beaucoup d'expérience. Je sais qu'elle restera objective et tranchera en faveur de l'enfant.
Quelque peu rassuré, Naruto ne put réprimer un soupir de soulagement. Sasuke quant à lui ne laissa rien paraître. De nature méfiante, il n'était jamais très optimiste dans ce genre de situation. Pendant une heure, l'avocate et ses deux clients parlèrent stratégie. En l'écoutant parler, Sasuke et Naruto ne doutaient pas une seconde de la compétence de la rouquine. Elle savait ce qu'elle disait et connaissait parfaitement la procédure juridique. Sans difficulté, elle donna une réponse à chacune de leurs nombreuses questions. Pas une fois elle ne les questionna sur leur relation de couple. Pas une seule fois elle posa sur eux un regard empreint de dégoût ou de haine. Leur homosexualité ne sembla poser aucun problème pour elle et les deux garçons en furent profondément soulagé. Ce qu'ils ignoraient, c'était que si Karin Hozuki n'avait pas pour habitude de défendre des couples gays dans un tribunal, elle restait une fervente militante de l'homophobie. Elle ne supportait tout simplement pas la discrimination, quelle que soit sa forme.
Combien de fois ne s'était-elle pas rendue à ces manifestations contre la discrimination raciale ou sexuelle ? Combien de fois n'avait-elle pas cloué le bec à tous ces homophobes écervelés qu'elle rencontrait parfois ? Ce que Naruto et Sasuke ignoraient également, c'était l'existence d'un certain Juugo. Juugo, l'ami d'enfance de Karin. Ce même Juugo qui, cinq ans plus tôt, ne supportant plus le brimades homophobes de certains de ses collègues de travail, avait fait une tentative de suicide. Heureusement, son petit ami, Kimimaro arriva à temps et prévint une ambulance. Juugo frôla la mort ce jour-là et Karin, plus en colère que jamais, décida de se battre contre ce genre d'individus. C'était certainement pour ça que l'histoire de Naruto et Sasuke la touchait autant malgré son grand professionnalisme. Sans doute était-ce pour cette raison qu'elle avait tant envie de la défendre. Ce procès avait quelque chose de personnel. Même pour elle.
Lorsque Naruto et Sasuke quittèrent le cabinet d'avocats, de maussades nuages gris opacifiaient le ciel de juillet. Au loin, ils pouvaient entendre le murmure de l'orage. Les premières gouttes de pluie commencèrent à tomber. Sans se soucier des regards tournés vers eux, Sasuke passa un bras autour des épaules de Naruto et lui embrassa le front. Le blondinet lui décocha un sourire à se damner. Indifférents à la pluie, ils sillonnèrent les rues de Fukuoka. Le vent emmêlaient leurs cheveux et griffaient leurs joues. Ils s'arrêtèrent un instant et pénétrèrent à l'intérieur d'une brasserie où ils dégustèrent un modeste repas accompagné d'une bière fraîche. Puis, comme ils l'avaient prévu, ils grimpèrent dans un bus et descendirent à quelques pâtés de maison du cinéma. Cet après-midi, ils avaient envie de se changer les idées. Ils avaient envie de se retrouver. Ils avaient simplement envie d'oublier un instant leurs responsabilités et de passer une journée qui ressemblait à celles d'autres jeunes de leur âge.
Et Seigneur comme ça faisait du bien de se sentir comme tout le monde !
Après s'être chamaillé pendant un bon quart d'heure au sujet du film qu'ils iraient voir, les amoureux optèrent pour un thriller mettant en évidence les talents de Johnny Depp. En engloutissant des poignées de pop corn, Naruto garda les yeux rivés sur l'écran, obnubilé par le charme de l'acteur américain. Nullement captivé par le scénario, Sasuke s'endormit au bout de trente minutes. Qu'importe, il avait déjà deviné l'identité du tueur. Une heure et demie plus tard, lorsque le générique défila au rythme d'une mélodie macabre, Naruto le réveilla à coups de coude bien placés. C'était toujours la même chose quand il allait au cinéma avec Sasuke. A force, Naruto en arrivait à se demander pourquoi il prenait encore la peine de payer la séance si c'était pour dormir comme un bienheureux.
Aux alentours de dix sept heures, ils retrouvèrent Yukio chez les grands-parents Uchiha qui leur proposèrent de rester dîner. Evidemment, le jeune couple accepta, ne ratant pas une occasion de se faire offrir un repas. Les temps étaient durs. La pluie avait enfin cessé de tomber. Ils dînèrent dans une ambiance chaleureuse. Mikoto Uchiha se chargea de nourrir Yukio sous le regard attentif de Naruto. Itachi Uchiha, le frère de Sasuke, passa la soirée à raconter des blagues douteuses au sujet de son cadet. Naturellement, tout le monde s'esclaffa sauf le principal intéressé qui se contenta de fusiller du regard son abruti de frère. A vingt heures trente, le jeune couple regagna son domicile. Confortablement installé dans sa poussette, Yukio regardait le ciel, intrigué. La démarche leste, le jeune couple parcourut une nouvelle fois les ruelles de Fukuoka, bordées par d'élégants lampadaires en fer forgé. Tout en papotant comme de vraies pies, ils traversèrent le parking. Leur immeuble ne se trouvait plus qu'à quelques mètres désormais. Sans raison apparente, la discussion dévia sur le film.
-Franchement je vois pas du tout ce que tu lui trouves à ce Johnny Depp, marmonna Sasuke tout en continuant de pousser Yukio.
-C'est simple, il a la classe, il est beau et il est riche.
-Moi aussi j'ai la classe… et je suis beau.
Un sourire espiègle naquit sur les lèvres du blondinet.
-Ouais mais t'es pas riche, répliqua-t-il d'un ton moqueur.
Faussement vexé, Sasuke haussa un sourcil et se pencha vers Yukio, qui le dévisagea, intrigué.
-T'entends ça Yukio ? se plaignit-il, paraît que ton père n'est pas riche.
Puis il jeta un coup d'œil derrière son épaule.
-N'empêche que quand je serais diplômé, tu…
-Sasuke…
Les traits de Naruto composèrent une mine inquiète. Surpris par ce brusque changement d'attitude, Sasuke s'arrêta net et se retourna. Devant l'entrée de leur immeuble se trouvait une bande de jeunes qui devaient avoir à peu près leur âge. Sasuke prit le temps de compter : ils étaient six au total. Le ténébreux ne les avait encore jamais vu traîner dans le coin. Leurs petits yeux porcins se trouvaient braqués sur eux. En apercevant leur malaise, l'un d'eux se mit à ricaner sournoisement.
-Prends Yukio, ordonna Sasuke.
Naruto aussi savait se battre mais comme un réflexe, Sasuke s'était mis devant lui pour le protéger, prêt à parer les éventuels coups. Mains crispées sur les poignées de la poussette, Naruto dévisageait les inconnus avec méfiance. Muscles tendus et regard aux aguets, Sasuke évaluait la situation. Fidèle à lui-même, il avait déjà saisit le sens de leur présence ici. S'ils se trouvaient là, précisément juste devant leur immeuble, ce n'était pas par hasard. Comme la plupart des japonais disposant d'un téléviseur, ils avaient dû regarder le journal télévisé. On dirait presque… qu'ils attendaient. Qu'ils les attendaient. Pourquoi étaient-ils là ? Quel était leur but ? Les intimider ? Les cogner ? Sasuke l'ignorait. Il songeait simplement qu'il fallait vraiment être lâche pour s'attaquer à deux hommes avec un bébé. A deux contre six, ils ne feraient pas le poids, même s'ils savaient tous les deux se battre comme n'importe quel homme.
Le silence régnait, de temps à autre ébréché par la mélodie du vent. Personne ne bougeait. Chacun semblait attendre que quelqu'un fasse un geste. Bientôt, comme s'il ressentait la tension qui planait dans l'atmosphère, Yukio se mit à pleurer bruyamment. Trop égaré dans ses pensées, Naruto l'entendit à peine.
-Avance, déclara finalement Sasuke.
Naruto acquiesça d'un signe de tête avant d'obéi. Lentement, il reprit sa route sans lâcher des yeux le groupe de jeunes occupés à les dévisager comme s'ils n'étaient que de vulgaires insectes. Le cœur battant, Sasuke le suivit, s'attendant à tout moment à ce que l'un d'eux bondisse, tel un fauve. Mais ce soir-là, aucun coup ne plut. Aucune insulte ne fusa dans l'air. Il ne se passe strictement rien. Naruto et Sasuke pénétrèrent à l'intérieur du bâtiment. Sans même se retourner, ils pouvaient sentir les regards haineux leur vriller le dos. Par pure précaution, Sasuke prit le temps de verrouiller la porte avant de s'engouffrer dans l'ascenseur. Les portes métalliques se refermèrent sur les visages des jeunes inconnus. Yukio pleurait toujours. Une fois qu'ils furent à l'intérieur de l'appartement, Naruto entreprit de le mettre au lit pendant que Sasuke fermait la porte d'entrée à double tour. A grandes enjambées, il gagna le salon et jeta un bref coup d'œil par la fenêtre. Sans surprise, les délinquants du dimanche s'étaient éclipsés.
C'était donc bel et bien eux qu'ils attendaient.
Pensif, il baissa les stores et s'assit sur le canapé, sourcils froncés. Naruto le rejoignit bientôt.
-Bordel Sasuke… leurs yeux… t'as vu leurs yeux ?
-Ouais. J'ai vu.
-Ils nous regardaient comme si on était juste… je sais pas trop… pendant un instant, j'ai cru que ça allait se terminer en bain de sang.
-Ce ne fut pas le cas cette fois.
L'horreur se peignit sur le visage cuivré du blondinet.
-Cette fois ? répéta-t-il, tu penses qu'ils vont revenir ?
Sasuke laissa échapper un long soupir.
-C'est possible. En tout cas, il va falloir faire attention pendant quelques temps. Essaie de te débrouiller pour te faire raccompagner lorsque tu rentreras du travail, Naruto.
-Et toi ?
-Moi ? Je suis rentré bien avant la nuit contrairement à toi, il y a du passage. Je ne risque rien.
Naruto serra les dents. Il lui était déjà arriver de casser la figure à deux ou trois types lorsqu'il se trouvait encore au lycée. Cela lui avait plusieurs fois valu un petit passage dans le bureau du proviseur ainsi que quelques jours de renvoi. Cependant, il pouvait bien être un boxeur hors pair, à un contre six il ne saurait pas faire grand-chose. Secrètement, il espérait ne plus jamais revoir ces types. Du plus profond de son cœur, il souhaitait que Sasuke se trompe.
Hélas, une fois de plus, il saluerait la perspicacité de son conjoint.
oOoOo
Il y a des matins où à peine tiré du sommeil, on sent que quelque chose de particulier va se passer. En ce matin de juillet, Naruto s'éveilla avec cette impression étrange qu'une mauvaise nouvelle lui tomberait sur la figure comme une épée de Damoclès. La lumière du jour s'était infiltrée sous ses paupières aux alentours de neuf heures trente. En soupirant d'aise, il glissa une main sur le côté gauche du lit. Ses doigts ne rencontrèrent que des draps déjà froids. Naruto ouvrit les yeux. Sasuke était déjà parti en cours. Le calme inhabituel qui régnait dans l'appartement le fit froncer les sourcils d'inquiétude. Il se redressa sur son séant, pavillons grands ouverts, et scruta la pièce d'un œil morne. En remarquant le petit mot que Sasuke lui avait laissé sur la table de nuit, il ne put s'empêcher de sourire.
« J'ai emmené Yukio chez tes parents avant de partir en cours. Tu semblais fatigué ces derniers temps alors profites-en pour te reposer un peu. A ce soir, je t'aime. »
Quelle charmante attention. En baillant à s'en décrocher la mâchoire, Naruto s'étira comme un chat avant de faire craquer sa nuque. Machinalement, il glissa une main dans sa chevelure blonde emmêlée et s'extirpa du lit, luttant courageusement contre son envie d'y passer la journée. Le déroulement de la matinée fut tout ce qu'il y a de plus normal. Le blondinet engloutit un copieux petit-déjeuner, prit une douche revigorante et passa l'aspirateur. Aux alentours de treize heures, il descendit les escaliers de l'immeuble et se retrouva au rez-de-chaussée. En sifflotant, il glissa la clé dans la serrure et poussa un petit soupir en apercevant la pile de lettres gisant au fond de la boîte métallisée. Ses prunelles d'azur jonglèrent un instant entre les escaliers et l'ascenseur. Finalement, il opta pour la facilité et disparut derrière les lourdes portes métalliques de l'ascenseur. Il regagna son appartement et se laissa tomber dans le canapé du salon.
Il passa en revue son courrier. Facture. Facture. Publicité. Facture. Lettre anonyme. Lettre anonyme ? Naruto haussa un sourcil dubitatif et retourna l'enveloppe. Il n'y avait ni nom, ni adresse. Méfiant, il l'ouvrit précautionneusement, un peu comme s'il s'attendait à ce qu'elle lui explose entre les mains d'une seconde à l'autre. A l'intérieur, une feuille de papier blanche se trouvait pliée en quatre. En déglutissant, Naruto la déplia, les mains tremblantes. Son cœur battait tellement vite qu'il crut un instant qu'il allait imploser au creux de sa poitrine.
Les lettres avaient été découpées dans différents magazines. Elles s'alignaient les unes à côté des autres pour donner naissance à des mots cruels. On va vous faire sauter votre sale gueule de pédé. Vous allez vite crever, sales tafioles. A votre place j'éviterais de sortir de chez moi. On va tous vous exterminer, pédophiles de merde. Vous méritez qu'on vous pende par les cou…
Et Naruto n'en supporta pas davantage. De grosses larmes tièdes lui brouillèrent la vue. En bas de la page s'attroupaient une panoplie d'insultes ne valant pas la peine d'être mentionnées. Ajouté à cela, quelques dessins sanglants étaient imprimés sur le papier. Du genre un pénis découpé par une énorme paire de ciseaux. En gémissant, Naruto s'empressa de la rouler en boule et de la flanquer à la poubelle. Il ne voulait plus la voir. Jamais. Les joues rouges de colère, il se précipita dans la salle de bains pour se mouiller la figure. Il ne devait pas tomber dans le panneau. Il ne devait pas laisser la peur prendre le dessus. Si ces crétins d'homophobes étaient suffisamment lâches pour rédiger un courrier anonymes avec des lettres découpées dans du papier journal, ils ne devaient pas être bien dangereux. Naruto se demanda s'il s'agissait des mêmes individus qui avaient cherché à les intimider devant leur immeuble, la semaine dernière.
Pendant un bref instant, il songea à téléphoner à Sasuke. Puis il se ravisa, estimant qu'il aurait bien le temps de lui en parler ce soir. Furtivement, il courut presque jusqu'à la fenêtre du salon pour jeter un œil à travers. Il n'y avait personne. En dépit de ses efforts, la peur était en train de le gagner. Il n'avait aucune envie de quitter son appartement pour aller rechercher Yukio chez ses parents. Paranoïaque, il sursautait au moindre bruit. Il suffisait que le plancher grince un peu ou qu'une porte claque sous le souffle du vent pour le mettre dans tous ses états.
Réunissant tout son courage, il se décida tout de même à mettre le nez dehors. Ses yeux scrutaient les environs et il lui était impossible de parcourir cents mètres sans se retourner. Dans la rue, il eut l'impression que tout le monde le dévisageait. Chaque passant lui semblait un ennemi potentiel et le soulagement se lut sur son visage lorsqu'il arriva enfin devant la demeure familiale. Kushina Uzumaki remarqua immédiatement son malaise et lui fit subir un véritable interrogatoire. Certainement par miracle, Naruto parvint à sourire. D'un ton catégorique, il lui affirma que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Il se sentait juste un peu fatigué, rien de plus. En l'apercevant, Yukio eut un sourire jusqu'aux oreilles. Assis sur le tapis du salon, il s'amusait avec un jeu d'éveil adapté à son âge. Naruto l'étreignit contre son cœur avec un mélange de force et de douceur. Soudainement, il n'eut plus peur.
Délicatement, il installa Yukio dans sa poussette et parcourut une nouvelle fois le chemin en sens inverse, toujours en jetant un coup d'œil par-dessus son épaule une minute sur deux. En arrivant sur le parking, il pressa le pas et se dépêcha d'entrer à l'intérieur de l'immeuble. Une fois dans l'appartement, il verrouilla la porte avant d'aller jouer avec Yukio. Hélas, la bonne humeur du bambin ne parvint pas à lui changer les idées. En dépit de ses nombreuses tentatives, Naruto ne sourit pas une seule fois. Dès qu'il entendait des pas résonner dans le couloir, il tournait la tête vers la porte d'entrée, le cœur battant. Seigneur, comme il avait hâte que Sasuke rentre enfin ! Heureusement, en ce mercredi après-midi, le ténébreux ne travaillait pas. De ce fait, il regagnait l'appartement directement après les cours. Après quarante cinq minutes de jeu, Naruto se leva et attrapa son téléphone portable. Rapidement, il envoya un texto à son conjoint afin de lui demander dans combien de temps il serait là. Sasuke lui répondit tout aussi rapidement. Selon ses dires, il serait là d'ici une heure environ. Anxieux, Naruto se mordit la lèvre inférieure.
Normalement, il exécutait les horaires du soir aujourd'hui. En tout honnêteté, il ne se sentait absolument pas rassuré. Ecoutant son instinct, il téléphona à son patron et se fit porter pâle. Compréhensif, Jiraiya lui accorda sa soirée mais lui intima de venir travailler le lendemain. Reconnaissant, Naruto ne put qu'accepter. Comme il se sentait ridicule. Se mettre dans un tel état de panique ne lui ressemblait absolument pas. A vrai dire, il ne se souvenait pas avoir déjà eu si peur au cours de sa vie. Lorsqu'enfin il entendit la clé tourner dans la serrure, le blondinet bondit sur ses pieds.
-Pourquoi tu t'es barricadé comme ça ? demanda Sasuke en se débarrassant de son sac de cours.
-Parce qu'on a reçu une lettre de menaces et que j'avais peur que les auteurs se pointent ici. Seul avec Yukio, je vois pas ce que j'aurais bien pu faire pour me défendre. Ils auraient très bien pu lui faire du mal !
Sasuke haussa les sourcils.
-Une lettre de menaces ? Fais voir un peu.
Sans piper mot, Naruto alla la rechercher au fin fond de la poubelle de la cuisine. Sasuke en parcourut les lignes. Puis il haussa les épaules avec désinvolture et partit dans un petit éclat de rire.
-Pourquoi tu te marres ? s'offusqua le blondinet, tu trouves ça drôle d'être menacé de mort ?
-Franchement Naruto, y'a pas de quoi s'inquiéter. C'est vraiment n'importe quoi, je ne pense pas que nous devons prendre ces menaces au sérieux.
-Ce sont des gens qui nous surveillent Sasuke ! Si ça se trouve, ce sont même des voisins ! Sinon comment pourraient-ils connaître nos noms et le numéro de notre appartement ?
En soupirant, Sasuke s'écroula dans le canapé et alluma la télévision.
-Laisse tomber, souffla-t-il, c'est juste une blague de mauvais goût.
-Mais c'est pas toi qui disait justement qu'il fallait faire attention ? La semaine dernière quand ces types nous attendaient devant l'immeuble, tu faisais moins le malin !
-C'était la semaine dernière, Naruto ! On ne les a plus revus ensuite, je ne pense pas que ce soit eux. De toute façon, s'ils ne font qu'envoyer des courriers, ils ne sont pas bien dangereux pas vrai ?
Frustré, Naruto baissa les yeux. Alors comme ça Sasuke ne le prenait pas au sérieux ? Et si Monsieur-je-sais-tout se trompait pour une fois ? S'il se gourait même sérieusement ? Etrangement, Naruto ne parvenait pas à se rassurer. Il avait comme qui dirait un mauvais pressentiment.
-Et si on allait porter plainte ? tenta-t-il, on a conservé la lettre. On a une preuve.
Sasuke peina à réfréner le rictus qui se bousculait dans sa gorge.
-Porter plainte ? Et qu'est-ce que tu crois que la police va faire, Naruto ? Rien du tout. On a aucune idée de l'identité de l'envoyeur, on a aucun nom à leur donner et en plus ces menaces ont été rédigées avec des lettres découpées dans du papier journal. Alors d'accord, si ça peut te faire plaisir on peut aller perdre une heure au commissariat mais très franchement il ne faut pas te faire d'illusions. La police ne fera strictement rien.
A bout de forces, Naruto baissa les armes. Quand Sasuke lui proposa un câlin, il l'envoya sauvagement paître. Vexé, le ténébreux bouda bêtement toute la soirée. Aux alentours de vingt trois heures, ils se mirent au lit. Sasuke en profita pour l'étreindre avec douceur avant de s'endormir à poings fermés.
Naruto, quant à lui, ne ferma pas l'œil de la nuit.
oOoOo
Une heure du matin. Naruto et Sasuke furent brutalement réveillés par la sonnerie stridente du téléphone fixe. En pestant une quantité phénoménale de jurons, Sasuke s'extirpa du lit, fou de rage, tandis que Naruto se couvrait la tête à l'aide de son oreiller. A grandes enjambées, le ténébreux gagna le salon et décrocha.
-Allô ?! hurla-t-il presque.
De l'autre côté du combiné, aucune voix ne se fit entendre. Sasuke perçut uniquement quelques soupirs. Puis l'inconnu lui raccrocha au nez. Las, Sasuke cloua sauvagement le téléphone sur son socle. Par chance, Yukio ne s'était pas réveillé. C'était au moins la dixième fois aujourd'hui qu'on leur faisait cette mauvaise blague. Troublé, Sasuke se dirigea vers la cuisine et se prépara une tasse de thé. Cela faisait maintenant quelques temps qu'un inconnu les harcelait au téléphone nuit et jour. Naturellement, il était impossible de connaître le numéro de l'appelant puisque les mots Appel masqué clignotaient sur l'écran à chaque coup de fil. De plus, contrairement à ce qu'il avait eu la naïveté de croire, les menaces de mort ne s'étaient pas arrêtées. Ils continuaient d'en recevoir régulièrement. Rares étaient les matins où ils ne découvraient pas une page remplie d'insultes dans leur boîte aux lettres. Il ne l'admettrait jamais mais Sasuke commençait à se demander s'il ne s'était pas trompé. Peut-être que Naruto avait raison finalement. Peut-être que ces menaces devaient être prises au sérieux et que sa pseudo paranoïa s'avérait justifiée.
Tout en sirotant son thé, Sasuke se tortura les méninges, sourcils froncés et front plissé. Lorsqu'il réfléchissait, son visage adoptait toujours cet air sérieux, presque imperturbable. Evidemment, il se doutait bien que ces menaces et ces tentatives d'intimidation avaient un but précis. Comme par hasard, leur vie devint un calvaire peu de temps après la diffusion de ce maudit reportage orchestré par les Haruno. Peut-être même que les vieux Haruno tiraient les ficelles ? Mystère. Peut-être qu'ils souhaitaient les voir capituler avant même le début du procès. Si tel était le cas, alors ils risquaient d'être fichtrement déçus. Le futur de leur fils était en jeu, jamais ils ne capituleraient sans se battre. Sasuke déposa sa tasse vide dans l'évier et rejoignit Naruto dans la chambre. Allongé sur le ventre, le blondinet ne daigna pas lever les yeux vers lui. Lentement, le ténébreux se glissa sous les draps. Le corps chaud de Naruto lui arracha un agréable frisson. Avec un sourire aux lèvres, il l'enlaça tendrement. Si la chambre ne se trouvait pas plongée dans l'obscurité, il aurait sans aucun doute remarqué les larmes du blondinet.
-J'en peux plus Sasuke, articula-t-il d'une voix étranglée, ça fait des semaines que ça dure. Je ne le supporte plus.
Pour une fois, le ténébreux ne trouva rien à répondre. Bien que trop fier pour l'avouer, Sasuke commençait lui aussi à avoir peur.
-Est-ce que tu serais d'accord pour déménager ? demanda Naruto.
Surpris, Sasuke le détailla comme s'il venait de sortir la plaisanterie la plus ridicule du monde.
-Déménager ? répéta-t-il, pourquoi devrions-nous déménager ?
-Parce que ça ne peut plus durer. J'en ai marre.
Du bout des doigts, Sasuke lui caressa la joue.
-Nous n'avons rien fait de mal, Naruto. Ce n'est pas à nous de déménager. Si nous faisons cela, ils auront gagné. Ils auront ce qu'ils veulent : nous intimider.
Naruto grinça des dents, trop épuisé pour rétorquer. Sasuke avait toujours été comme ça, combatif et déterminé. Il livrait bataille jusqu'au bout, préférant le trépas à la capitulation. Parfois, Naruto se demandait s'il s'agissait de courage ou de pure inconscience. Le danger était que Sasuke ne savait pas quand il fallait abandonner. Oh bien sûr, Naruto n'était pas du genre à baisser les bras, lui non plus. Cependant, il ne pouvait tolérer que ces menaces aient un impact sur sa vie familiale. Pour préserver les siens, il savait lâcher prise lorsqu'aucune autre solution se présentait à lui. Le blondinet connaissait mieux que personne l'ego démesuré de Sasuke. Jamais son petit ami ne plierait face à de tels individus.
Peut-être que c'était lui qui avait raison finalement.
Mais peut-être pas.
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« Je démarre seulement de la maison. Ca me prend la tête que tu ne puisses pas venir. J'espère que tu auras fini tôt et que tu pourras nous rejoindre. Gros bisous et bon courage »
Naruto lâcha un long soupir. Derrière le comptoir du City of the sea, le restaurant de crustacés où il travaillait en tant que serveur, Naruto s'empressa de répondre à Sasuke. La mélancolie l'envahit sournoisement. Aujourd'hui, c'était l'anniversaire de Hinata Hyûga. Tous leurs anciens amis étaient invités mais évidemment, à cause de son travail, le blondinet ne pouvait y assister. Jiraiya avait catégoriquement refusé de lui accorder un autre jour de congé. Naruto ne pouvait lui en vouloir, le vieil homme cédait au moindre de ses caprices depuis plusieurs mois. Cependant, cela l'ennuyait profondément de ne pas pouvoir festoyer avec ses amis, d'autant plus que le restaurant était quasiment vide. L'horloge affichait déjà vingt et une heures trente et pratiquement toutes les tables étaient vides. Seule une bande de cinq jeunes demeurait là, installée dans le fond de la salle. Juillet touchait à sa fin et les clients devenaient rares. Jiraiya espérait grandement que les choses s'arrangent début août, à la tombée des salaires.
De mauvaise humeur, Naruto retroussa ses manches et entreprit de nettoyer les verres qui s'amassaient sur le comptoir en bois de chêne. D'une oreille distraite, il écoutait les plaisanteries ridicules que lui contait l'un de ses collègues.
-Et là je lui ai répondu « Saturne » ! T'as compris, Naruto ? Saturne ! Ben ouais parce que saturne rond !
Et Shota éclata de rire en se tenant les côtes. Dépité, Naruto leva les yeux au ciel. Décidément, avec un abruti pareil en guise de collègue, il ne pouvait que compter les minutes le séparant de sa dernière heure de travail. Shota était un jeune homme moche au point d'arrêter des pendules dont la stupidité en surprenait plus d'un. Souvent, les serveurs du restaurant se moquaient de lui dès qu'il avait le dos tourné, l'affublant d'une panoplie de surnoms. Beaucoup pensaient que Jiraya l'avait embauché par simple compassion. Les plus audacieux d'entre eux n'hésitaient pas à l'attaquer de front, en lui lançant des piques frisant parfois la méchanceté. Et à chaque fois, c'était la même histoire. On pouvait bien se moquer ouvertement de lui, Shota ne comprenait jamais qu'il était lui-même le dindon de la farce. De ce fait, il riait à gorge déployée, ce qui rendait la plaisanterie d'autant plus amusante. Le blondinet n'appréciait pas beaucoup que l'on persécute les autres mais il serait bien ingrat de clamer que cela ne l'amusait absolument pas. Le seul point commun qu'il partageait avec ce type dont le quotient intellectuel devait égaler celui d'une huître, était l'orientation sexuelle. Tout comme lui, Shota était gay.
Cependant, contrairement à Naruto qui ne trouvait aucun intérêt à le hurler sur tous les toits, Shota ne s'en cachait absolument pas. Il lui arrivait même de draguer ouvertement certains clients ou collègues. Ajouter son comportement pour le moins efféminé à cela et il ne faisait plus aucun doute sur ses préférences. Un léger sourire flotta au coin des lèvres de Naruto lorsqu'il se remémora ce fameux soir où Sasuke était venu dîner au restaurant. Nullement dérangé par la présence du ténébreux installé derrière le bar, le valeureux jeune homme proposa carrément à Naruto de baiser un bon coup dans la réserve après la fermeture. Lorsque ces paroles charmantes et bourrées de délicatesse atteignirent ses oreilles, Sasuke manqua de s'étouffer avec le morceau de viande qui se trouvait dans sa bouche. En un battement de cils, il bondit sur ses pieds et contourna le comptoir. Furieux, il saisit le pauvre serveur par le col et le menaça de l'étriper s'il osait encore ne serait-ce que poser les yeux sur son petit ami. Naturellement, Naruto était intervenu pour calmer le jeu. Depuis ce jour, Shota lâcha l'affaire et, afin de préserver la survie de cet imbécile de qualité premium, Sasuke ne mit plus un pied dans le restaurant.
Pensif, Naruto rinça l'évier rempli de savon. De nombreuses bulles citronnées s'amassaient à la surface de l'eau. Lentement, il leva les yeux vers la pendule. Vingt deux heures. Ses pensées vagabondèrent vers Sasuke. Imaginer qu'il puisse s'amuser en son absence le rendait un peu triste. Avec précaution, il rangea les verres à leur place et s'installa sur un tabouret. Son regard se perdit à travers la vitre. Peu de voitures circulaient en ce mardi soir. Sans trop savoir pourquoi, il songea au procès qui se préparait lentement. Un goût amer peupla sa bouche et, sans qu'il ne s'en rende compte, ses sourcils se froncèrent légèrement. La semaine prochaine, Sasuke et lui devaient rencontrer Karin Hozuki pour discuter de certains éléments du dossier. Naruto n'en parlait pas mais il appréhendait chaque rendez-vous. Cela ne s'était encore jamais passé mais le blondinet craignait que les mots laissez tomber, vous n'avez aucune chance franchissent la barrière de ses lèvres colorées de rouge. Suivant les bons conseils de sa mère, il s'efforçait d'y penser le moins possible. Cependant, il devait bien avouer que toutes les questions qui lui martelaient sans cesse le crâne finissaient par le ronger intérieurement.
Vivre sans Yukio lui était inconcevable. Il avait affronté tant de choses pour cet enfant qu'il aimait plus qu'il ne saurait jamais le dire. Il avait même failli perdre Sasuke pour honorer son droit d'être père. Imaginer qu'il ait pu supporter tant de souffrances, mener tant de combats, pour absolument rien était une idée insupportable. Sasuke et lui s'étaient reconstruit autour de cet enfant. Par le biais de ses regards et de ses sourires, Yukio leur offrait un nouvel avenir. Les jeunes parents nourrissaient tant d'espoir pour ce bambin aux prunelles de jade. Ils le voyaient déjà dans deux ou trois ans, lorsqu'il rentrerait pour la première fois à l'école. Avec anxiété, Naruto pensait parfois à la période d'adolescence en priant pour qu'elle ne soit pas trop tumultueuse. De temps à autre, Sasuke se vantait auprès de ses amis en affirmant que Yukio finirait avec un prestigieux diplôme en poche. Tant de projets, tant d'espoirs, tant de perspectives d'avenir différents reposaient en cet enfant souriant.
Personne ne pouvait les leur retirer.
Personne n'avait le droit de démolir ce qu'ils avaient eu tant de mal à construire, ensemble.
Personne ne disposait d'un pouvoir suffisamment grand pour détruire une famille.
Sa famille. Celle qu'il avait toujours rêvé d'avoir en dépit de son homosexualité.
Parce qu'après tout, coucher avec un homme ou une femme, quelle importance du moment que l'on est un bon père ?
Et qu'est-ce qu'un père, après tout ? Celui qui donna la vie à un enfant sans même le savoir et qui s'évapora ensuite dans la nature ? Ou bien était-ce celui qui, jour après jour, prenait soin de ce même enfant, le cœur débordant d'amour ? Aux yeux de Naruto, la réponse était évidente. Evidemment, il n'était pas imbu de lui-même et avait bien conscience des erreurs qu'il commettait parfois. Néanmoins, il se sentait capable de vendre son âme au Diable si cela permettait le bonheur de Yukio. Au nom de son fils, il était prêt à déplacer des montagnes. Et ça, ni les grands-parents biologiques, ni la justice ne pourrait le lui enlever.
Naruto passa le restant de la soirée à se torturer l'esprit en se posant mille et une questions insolubles. Aux alentours d'une heure du matin, Jiraya lui rendit sa liberté. Il s'empressa de disparaître aux vestiaires afin de se changer, fit un rapide détour par les toilettes, et quitta le restaurant. Dehors, une brise tiède caressa son visage. A la vitesse d'environ dix lettres par seconde, il composa un message destiné à Sasuke :
« T'es toujours chez Hinata ? J'viens de finir. Je vous rejoint ? »
La réponse ne tarda pas à arriver.
« Nan, t'emmerdes pas à venir jusque-là à pied, je comptais rentrer bientôt. Et si tu m'attendais sagement à poil dans le lit avec une rose dans la bouche hein ? -) »
Naruto pouffa bêtement avant de lui répondre. A en juger par la cohérence de ses phrases, Sasuke était sobre. Il ne semblait pas avoir bu au point de perdre la raison. Lorsqu'il sombrait dans l'ivresse, il lui était tout bonnement impossible de déblatérer autre chose que des âneries grosses comme des maisons. Les joues marbrées de pourpres et les yeux vaseux, il sortait involontairement bêtise après bêtise, amusant la galerie. A l'occasion des dix huit ans de Naruto, après avoir vidé un litre de vodka, il grimpa sur la table de la salle à manger et voulut faire un strip-tease devant tout le monde, y compris les parents de son petit ami. Naruto se souviendrait toujours de l'air horrifié qui s'était peint sur le visage de sa mère. Sasuke n'eut même pas le temps de déboucler sa ceinture. Folle de rage, Kushina Uzumaki se précipita sur la table et le força à descendre en le tirant par les oreilles. Inutile de préciser que Sasuke ne réitéra plus l'expérience et, embarrassé, il lui fallut plusieurs semaines avant d'oser remettre un pied chez les Uzumaki.
L'avantage néanmoins, c'était que Sasuke se montrait incroyablement bavard lorsque trois grammes d'alcool voyageaient dans ses veines. D'humeur câline et sentimentale, il déclarait un million de fois au moins son amour à Naruto, au cours de la même soirée. Puis, souvent, sans aucune raison apparente, il se mettait à sangloter comme un idiot. Un soir, lorsque le jeune couple s'était uni à Sakura et Hinata pour fêter l'entrée à l'université de Sasuke, ce dernier s'était saoulé au gin. Sur le chemin du retour –qu'ils firent à pied, en jeunes gens responsables- il s'était subitement cramponné au cou de Naruto comme un forcené et l'avait supplié de ne jamais l'abandonner, tout ça en pleurant à chaudes larmes. Hilare, Sakura prit soin d'immortaliser ce merveilleux instant en le filmant à l'aide de son téléphone portable. Le lendemain matin, lorsqu'il eut recouvré ses esprits et que la jeune fille lui montra cette maudite vidéo, Sasuke affirma que quelqu'un avait dû mettre une drogue douteuse dans son verre. Evidemment, suite à ce petit incident, le ténébreux se fit charrier pendant des mois.
C'était le bon vieux temps.
En apercevant son immeuble, Naruto pressa le pas. Il était désormais deux heures du matin. Il traversa le parking et plongea une main dans la poche de sa veste, à la recherche de son trousseau de clés. Puis, sorti de nulle part, il entendit quelqu'un siffler. Le blondinet releva brutalement la tête et se retourna à la volée. Face à lui se trouvaient cinq hommes cagoulés. L'un d'entre eux tenait quelque chose dans sa main. A la lueur des réverbères, Naruto crut distinguer une barre de fer mais n'en fut pas certain. Alors que les individus s'approchaient en s'esclaffant, Naruto sentit son cœur accélérer ses battements. Les sens en éveil, il eut une pensée pour Sasuke.
Alors qui c'est le crétin ? Il semblerait que tu te sois bien gouré mon amour.
Effectivement. Car il ne fallait pas disposer d'une intelligence exceptionnelle pour deviner que les cinq charmants bonhommes occupés à l'encercler se révélaient les auteurs des nombreuses lettres de menaces leur étant destinées. N'empêche que c'était étrange. Il était un peu plus de deux heures de matin. Pourquoi Diable se trouvaient-ils sur le parking de son immeuble à une heure pareille ? Peut-être qu'ils avaient observé les habitudes du jeune couple ? Peut-être savaient-ils que Sasuke n'était pas là ? Peut-être qu'ils avaient eu la patience de l'attendre au pied de l'immeuble parce qu'ils avaient jugé qu'attaquer de nuit était moins risqué ? Puis, il les détailla un par un, attentivement. Bien sûr, il lui était impossible d'identifier leurs visages à cause de la cagoule qu'ils avaient revêtu. Néanmoins, le blondinet les reconnut notamment grâce à leurs vêtements : il venait de comprendre qu'il s'agissait de la bande de jeunes qui se trouvait au restaurant, quelques heures plus tôt. A bien y réfléchir, Naruto se souvint que la bande d'amis était partie peu de temps avant la fermeture, lorsque Jiraiya les pria de s'en aller. Il n'était donc pas difficile de deviner comment ils s'y étaient pris pour découvrir l'adresse de Naruto : ils l'avaient tout bonnement suivi.
Pourquoi ? Le blondinet l'ignorait. En revanche, il restait sûr d'une chose : il allait morfler.
-Eh ben quoi ? dit l'un d'entre eux, t'as l'air surpris de nous voir !
-On t'avait pourtant prévenu qu'on viendrait te crever, non ? siffla un autre, petite pédale !
Naruto garda le silence, mâchoires serrées. Voilà donc les auteurs des courriers et des appels téléphoniques anonymes. Tiens, tiens. Naruto n'avait jamais eu la mémoire des visages mais il demeurait certain que les individus prostrés face à lui n'étaient pas ceux venus l'intimider devant l'immeuble, deux semaines plus tôt. La colère brillait au fond de ses pupilles. A un contre cinq, il n'avait aucune chance de s'en sortir indemne. Allons, il fallait se montrer réaliste, il ne se trouvait pas dans un film d'action américain mais bien dans la cruelle réalité.
Cependant, plutôt mourir que de capituler sans se battre. Plutôt mourir plutôt que de les supplier de l'épargner. L'adrénaline déferla en lui, telle une vague, et il serra les poings. Toute la peur qu'il contenait en lui depuis des semaines sembla fondre pour laisser la place à une espèce de colère innommable. Peut-être qu'il y laisserait la vie mais il parviendrait au moins à en amocher un ou deux avant de sombrer. Ouais. Pour sûr. Là, tout de suite, il allait briser la stéréotype selon lequel un homosexuel ne savait pas se battre. Car comme n'importe quel autre homme, Naruto Uzumaki savait se servir de ses poings lorsque le besoin s'en faisait sentir. Comme s'il lui sondait l'âme, l'un des individus s'exclama :
-Panique pas comme ça mon vieux, on est juste venu discuter avec toi.
-Ca ne vous suffisait pas de nous menacer ? demanda Naruto d'une voix tremblante de colère, il fallait que vous vous déplaciez jusqu'ici pour me casser la gueule ?
Le blondinet gloussa nerveusement. Son rire fit écho dans la nuit.
-A cinq contre un ? Eh ben, on se demande qui sont véritablement des tapettes ici !
Et il ne vit pas le premier coup venir. Sorti de nulle part, un genou heurta brutalement son ventre. Surpris, Naruto laissa échapper un gémissement de douleur. D'instinct, il recula en titubant un peu. Ses lèvres se retroussèrent légèrement, pareilles à celles d'un chien montrant les crocs. En poussant une salve d'insultes, il se rua sur son agresseur et le frappa avec une force telle que l'individu fut projeté sur l'asphalte. En hurlant, il porta ses mains à son nez ensanglanté.
-Putain il m'a cassé le nez ! s'époumonait-il, ce salopard m'a pété le nez !
Un sourire carnassier sur les lèvres, Naruto jaugeait cette brochettes de purs imbéciles avec une pointe de défi. Buste légèrement penché vers l'avant et pieds cloués au sol, il était prêt à accueillir le suivant. Et le suivant ne tarda pas à se jeter sur lui. Avec souplesse, Naruto esquiva sans difficulté le poing qui allait heurter sa joue. Il leva la jambe et le temps parut s'arrêter. Son pied cogna sauvagement les côtes de son adversaire, qui ne put réprimer un petit cri mêlant surprise et douleur. Pendant une poignée de secondes, Naruto crut qu'il pourrait gagner. Puis quelque chose de lourd s'écroula au milieu de son dos, coupant sa respiration. Les yeux écarquillés, le blondinet sentit ses jambes vaciller. En dépit de ses efforts, il se retrouva sur le sol dur et poussiéreux.
-Ca fait mal hein ? railla l'un des agresseurs, crois-moi, t'as encore rien vu !
Cette fois, la barre de fer heurta son épaule gauche. Comme un réflexe, Naruto plaqua les mains sur son crâne. Bientôt, son corps entier se transforma en un véritable punching-ball. Regroupés autour de Naruto, les cinq garçons riaient à gorge déployée. L'un d'entre eux avant toujours une main sur le nez mais cela ne l'empêchait pas de tabasser un homme à terre. Coups de pied dans les côtes, coups de pied dans les flancs, coups de pied dans les fesses. De temps en temps, la barre de fer frappait son dos avec frénésie. Naruto serrait les dents, déterminé à ne pas hurler. Jamais il ne leur donnerait ce qu'ils désiraient. Jamais il ne laisserait paraître ne serait-ce qu'une once de peur. De grosses larmes tièdes noyaient ses yeux mais il s'efforçait de les retenir, vaillant. Quelque chose de chaud et humide atterrit sur sa nuque. On venait de lui cracher dessus. Presqu'aussi féroces que les coups, les insultes pleuvaient inlassablement.
Un mince filet de sang s'échappait de la commissure de ses lèvres recouvertes de poussière. Sur ses joues égratignées roula une larme silencieuse. Bientôt, la Terre se mit à tourner beaucoup trop vite au goût de Naruto. Les cris de ses bourreaux bourdonnaient dans ses oreilles et il n'en comprit plus un traître mot. Soudainement épuisé, il ne résista pas à l'envie de clore les paupières. Les muscles de ses bras se détendirent et l'un d'eux retomba lourdement le long de son corps. Plongé dans un demi-coma, il ressentait à peine les coups qui s'abattaient sur lui. Le passage à tabac ne dura que quelques minutes mais le blondinet eut l'impression que le temps s'était figé.
Subitement, des coups de klaxons répétés déchirèrent le silence. Une vieille Ford bleue roulait à toute allure dans leur direction. Ses phares éblouirent un instant les cinq individus. L'un d'eux laissa tomber sa barre de fer pour se cacher les yeux à l'aide de sa main. Les pneus de la Ford crissèrent sur les graviers. La voiture s'arrêta à un mètre du groupe seulement. Son moteur ronronnait dans la nuit, tandis que le conducteur continuait d'appuyer férocement sur le klaxon. Paniqués, les bourreaux reculèrent de quelques pas.
-Venez, on s'casse ! ordonna l'un d'entre eux.
Une fois qu'ils furent loin, la conducteur de la Ford accourut en direction de Naruto. La mine inquiète, il s'accroupit à ses côtés. Une petite flaque de sang brillait sous la lueur des réverbères. Le bon samaritain eut un haut-le-cœur. Tout en composant le numéro des secours, il posa l'index et le majeur sur la carotide du blondinet. En constatant que son cœur battait toujours, l'homme ne put réprimer un soupir de soulagement. Une dizaine de minutes plus tard, l'ambulance déboula sur la parking, toute sirène hurlante. Sur l'une des façades de l'immeuble, quelques lumières s'allumèrent, quelques rideaux se tirèrent. Toujours inconscient, Naruto fut embarqué sur une civière.
A quelques kilomètres de là, Sasuke s'apprêtait à rentrer chez lui. Il venait tout juste d'engloutir une énorme part de gâteau à la fraise. Chez Hinata Hyûga, la fête battait son plein. Les trois quarts des invités étaient complètement saouls. Certains dormaient à poings fermés dans le canapé du salon tandis que d'autres rendaient leur quatre heures sur la pelouse du jardin ou dans la cuvette des WC. Exceptionnellement, Sasuke s'était montré raisonnable. Indifférent aux taquineries de ses amis, il s'était contenté du jus d'orange et avait volontiers laissé l'alcool aux autres. Alors qu'il était occupé à enfiler sa veste, son téléphone portable se mit à sonner. Sur l'écran clignotait un numéro inconnu. Etait-ce encore une blague de mauvais goût ? Pendant un bref instant, Sasuke hésita à répondre mais il finit par s'y résoudre.
A l'autre bout du fil, la voix paniquée de Kushina Uzumaki lui hurla dans les tympans. La conversation fut courte mais incroyablement difficile. En moins de cinq minutes, la soirée de Sasuke fut bouleversé. Entre deux sanglots, Kushina lui apprit que Naruto venait d'être transporté d'urgence à l'hôpital car il venait de se faire agresser sur le parking de son immeuble. Elle lui expliqua également que par chance, un témoin avait assisté à la scène et s'était empressé d'appeler une ambulance. Puis elle raccrocha. Il fallut plusieurs secondes à Sasuke pour réaliser ce qui venait de se passer. Sous l'effet de la surprise, sa bouche s'entrouvrit, laissant échapper un discret gémissement. Ses yeux noirs s'exorbitèrent d'au moins cinq millimètres pendant qu'il sentait son cœur pousser un nouveau sprint au sein de sa poitrine brûlante. Etrangement, il eut l'impression que cela irait mieux s'il criait mais il n'en trouva pas la force.
Il sursauta lorsqu'une main familière se posa sur son épaule. Hinata le détaillait avec inquiétude.
-Sasuke ? Est-ce que ça va ?
Le ténébreux secoua la tête et reprit contenance.
-Je dois me rendre à l'hôpital, articula-t-il, Naruto s'est fait tabasser par plusieurs types ! Sa mère vient de m'appeler.
Les traits de Hinata se décomposèrent littéralement. D'un revers de manche, Sasuke essuya les larmes qui perlaient au coin de ses yeux et tourna les talons.
-Sasuke, je viens avec toi ! s'exclama Hinata.
-C'est ton anniversaire, répliqua le ténébreux. Reste là et profite de la fête !
-Naruto et toi êtes mes deux meilleurs amis. Hors de question que je vous abandonne dans un moment pareil ! Je viens avec toi !
Sasuke la jaugea pendant une fraction de seconde avant de hausser les épaules avec désinvolture. Nullement soucieuse de laisser ses invités en plan dans le salon, Hinata attrapa les clés de l'Audi de ses parents. En courant, les deux amis traversèrent la chaussée. Essoufflés, ils s'engouffrèrent dans le véhicule. Phares allumés, l'Audi démarra sur les chapeaux de roues, laissant derrière elle des relents de fumée noire. Dans un silence tendu, les deux amis roulèrent jusqu'au CHU de Fukuoka. Ils s'efforçaient de ne pas imaginer le pire. D'un pas rapide, ils rejoignirent les urgences où la réceptionniste les informa sur le numéro de chambre de Naruto. Lorsqu'enfin ils pénétrèrent à l'intérieur de la petite pièce empestant le désinfectant, ils découvrirent une Kushina pendue au cou de son fils et un Minato aux traits crispés.
Allongé dans un lit, le corps recouvert par une légère couverture blanche, Naruto faisait peine à voir. Son œil droit n'était plus qu'une fente brillante encerclée par une épaisse chair violacée. Sa lèvre inférieure étaient enflée et on lui avait visiblement recousu l'arcade sourcilière, juste au-dessus de l'œil gauche. Ses joues cuivrées présentaient de multiples égratignures encore sanguinolentes. De plus, on lui avait plâtré le bras gauche et, aux dires de Minato, il présentait plusieurs fractures au niveau du bassin. D'un revers de manche, Kushina s'essuya les yeux. Tendrement, elle enroula ses bras frêles autour de la nuque de Sasuke et l'enlaça tendrement. Malgré elle, Hinata ne put retenir ses larmes. En lui susurrant quelques paroles rassurantes, Minato lui frotta affectueusement le dos. D'un pas hésitant, Sasuke s'approcha du lit, mâchoires serrées.
Naruto l'accueillit avec un doux sourire.
D'abord, Sasuke ne trouva pas les mots. Il se contenta simplement d'attraper la main du blondinet et de la presser avec douceur. S'ils s'étaient trouvés seuls, s'il n'avait pas une si grande fierté, Sasuke aurait très certainement sangloté comme un bébé. Voir Naruto dans un état si pitoyable et ne rien pouvoir y faire engendrait en lui un insupportable sentiment d'impuissance.
-Comment tu te sens ? demanda-t-il bêtement.
-Fatigué, répondit Naruto. Tu sais, même si je ne paie pas de mine, j'ai quand même réussi à péter le nez de l'un d'entre eux.
Sasuke poussa un rictus amer. Sans rien ajouter de plus, il tourna les talons et quitta la chambre sous les regards inquiets de Minato et Kushina. Naruto n'essaya pas de le retenir. Il le connaissait par cœur. Sasuke était comme ça. Lorsqu'il allait mal, il éprouvait le besoin de s'isoler un moment pour reprendre contenance. Comme lors de l'enterrement de Sakura. Ce jour-là, combien d'heures avait-il passé avec la mâchoire serrée, s'empêchant d'éclater en sanglots ? Pourtant, dès qu'il en eut l'occasion, il s'était isolé pour verser toutes les larmes de son corps. C'était pareil aujourd'hui. Peinée, Hinata le suivit jusque dans le couloir. Quelques larmes ruisselaient sur les joues du ténébreux. Oh, il ne pleurait pas de triste. Non. Ses larmes étaient bien trop brûlantes pour être composées de tristesse. Seule une haine indescriptible demeurait en chacune d'elle. Rageusement, il asséna un coup de poing dans le mur. Quelques yeux interrogateurs se tournèrent vers lui mais il ne s'en formalisa guère.
-Ces enfoirés, marmonna-t-il d'une voix tremblante, si je les retrouve, je les bute un par un !
Et ça, Hinata n'en doutait pas une seconde. Loyal et sensible, Sasuke ne supportait pas que l'on pose un seul doigt sur ceux qu'il aimait. D'un pas hésitant, la jeune femme s'approcha. Elle posa une main compatissante sur son épaule parcourue de soubresauts.
-C'est ma faute s'il s'est fait agresser, continua Sasuke. Naruto voulait déménager et j'ai refusé. Putain qu'est-ce que j'ai été con !
Désormais, il allait devoir vivre avec ça. A chaque fois qu'il croiserait son reflet dans le miroir, il se répèterait à quel point il avait pu se montrer stupide. Hinata pouvait bien lui répéter que personne ne savait encore prédire l'avenir, Sasuke ne se sentait pas mieux pour autant. Car si, il aurait pu prédire l'avenir s'il avait considéré ces menaces plus sérieusement. Dans chacune de ces maudites lettres résidait une haine dépourvue de limites. Menaces de mort et insultes recouvraient chaque millimètre de chacune de ces détestable lettres blanches. Dedans, il était clairement mentionné qu'ils viendraient les crever un beau jour. Il leur était même conseillé d'éviter de sortir de chez eux. Trop aimable. Cependant, casser la figure à quelqu'un juste parce qu'il préfère coucher avec des hommes plutôt qu'avec des femmes était une idée tellement absurde que Sasuke n'avait pu la prendre au sérieux. Là était son erreur. L'erreur de croire que n'importe qui était capable de se montrer ouvert et tolérant, exactement comme il l'était lui-même.
Issue d'une famille à l'esprit ouvert, il était tout bonnement inenvisageable pour Sasuke de juger une personne sur sa couleur de peau ou sa préférence sexuelle. Evidemment, il n'était pas naïf et n'ignorait rien de l'homophobie. Comme beaucoup d'homosexuels, il en avait plusieurs fois fait les frais. Seulement, cela ne se limitait qu'à des boutades de mauvais goûts, à des taquineries déplaisantes. Cela n'allait jamais plus loin. Le sang ne coulait pas. Personne ne se retrouvait cloué dans un lit d'hôpital avec plusieurs fractures et un bras cassé. Et là… Naruto payait le prix de son inconscience. Jamais il ne leur pardonnerait. Un froid désir de vengeance saisit brusquement son âme. Il rêvait de leur rendre la monnaie de la pièce. Pire encore, de leur faire subir le quadruple de ce que Naruto avait subi. Et d'ailleurs, pourquoi Naruto ? Naruto avait été le réceptacle de leur haine uniquement parce qu'il couchait avec un autre homme ? Absurde pas vrai ? Que faisait-il de mal ? Absolument rien. Il ne faisait que traverser un simple parking pour rentrer à son domicile après une longue soirée de travail. Ni plus ni moins. Et parce qu'à la maison, c'était un homme et non une jolie petite femme qui l'attendait chaque soir, il s'était fait tabassé.
Une question brûlait les lèvres de Sasuke sans qu'il n'ose la formuler.
Que se serait-il passé si le conducteur de la vieille Ford bleue ne s'était pas manifesté ?
Que serait-il advenu de Naruto si le véhicule était arrivé cinq ou dix minutes plus tard ?
Que serait-il advenu de Naruto si le bon samaritain s'était simplement contenté de faire demi-tour sans demander son reste ?
Une sueur froide dégringola le long de son échine. Il secoua frénétiquement la tête pour éloigner ses idées noires. Naruto était là, juste à côté. Des médecins avaient pris soin de lui, il demeurait toujours en ce monde.
-Dieu merci, murmura Sasuke.
Gentiment, Hinata lui tendit un mouchoir, le gratifiant même d'un charmant sourire qu'il ne put lui rendre. Sourcils froncés, Sasuke regagna la chambre de Naruto. Il s'assit au bord du lit et plongea son regard dans celui de son conjoint.
-Je te jure que nous allons gagner ce putain de procès, déclara-t-il d'un ton déterminé, jamais ils n'auront Yukio ! Je ne peux pas accepter que notre fils soit élevé par des gens pareils !
En guise de réponse, le blondinet se contenta de lui serrer la main.
Oui, ils gagneraient.
S'il y avait une justice en ce bas monde, ils gagneraient enfin le droit d'être heureux.
oOoOo
-Qu'attendez-vous exactement de nous, monsieur… Uchiha ?
Interloqué, Sasuke dévisagea le policier comme s'il venait de sortir la plus grosse idiotie de la Terre.
-C'est un gag ou quoi ? s'énerva-t-il, il s'agit clairement d'un crime homophobe ! Pas besoin d'être un génie pour le comprendre !
L'agent de police à l'embonpoint généreux et au crâne dégarni poussa un soupir qui en disait long, tandis que son collègue, un homme mince aux petits yeux porcins, se contentait de dévisager Naruto avec pitié. Sous les recommandations de ses parents, Naruto avait décidé de porter plainte. Etant donné son état, le blondinet ne pouvait quitter son lit pour le moment et la police s'était gentiment déplacé jusqu'au CHU de Fukuoka. Au départ, ils s'étaient montré courtois, polis. Puis, quand Sasuke s'était présenté comme le conjoint de Naruto, leur attitude se transforma de façon spectaculaire. Terminés les sourires compatissants. Terminés les regards peinés. C'était à peine s'ils ne clamaient pas haut et fort que Naruto avait eu ce qu'il méritait.
Après tout, il n'était rien d'autre qu'une pauvre petite pédale.
Bien malgré lui, Sasuke s'était passé de commentaire jusqu'à présent. D'une oreille attentive, il écouta Naruto faire sa déposition. Les deux agents de police avaient tout retranscrits sur un petit calepin à la couverture de cuir. Cependant, lorsqu'ils avaient eu l'audace d'affirmer que cette histoire s'arrêterait là, Sasuke était sorti de ses gonds. Impossible de se taire. Naruto aurait très bien pu se faire tuer mais les agresseurs s'en sortiraient indemnes ? C'était une plaisanterie, pas vrai ?
-Monsieur Uzumaki, est-ce que vous seriez capable d'identifier vos agresseurs ? demanda le plus mince des deux policiers, avez-vous des noms à nous proposer ? Une idée de qui ils pourraient être ?
D'un air las, Naruto haussa les épaules.
-Je me souviens de les avoir vus au cours de la soirée. Ils dînaient dans le restaurant où je travaille mais je ne me souviens plus vraiment de leurs visages. Vous savez, nous voyons tellement de gens au cours de la journée que…
Il marqua une courte pause. Sasuke posa une main sur son épaule.
-Et lorsqu'ils m'ont agressé, reprit-il, il faisait nuit et ils portaient des cagoules, je ne saurais pas les décrire physiquement. Je sais juste qu'ils avaient à peu près ma taille et qu'ils semblaient jeunes. C'est tout.
-Et ben avec ça, on va pas aller bien loin, marmonna l'un des deux hommes.
Le plus costaud et aussi le plus âgé des forces de l'ordre se massa la nuque, visiblement importuné par l'attitude insolente de Sasuke, qui ne cessait de le fusiller du regard.
-Vous pouvez toujours porter plainte contre X, soupira-t-il finalement, mais franchement ça m'étonnerait que ça aille plus loin monsieur Uzumaki. Nous ne disposons d'aucun élément.
-Mais vous pouvez toujours tenter d'interroger le patron du restaurant ! intervint Sasuke, peut-être qu'il saura vous fournir une description correcte de ces individus !
Le représentant de la loi fit la moue.
-Nous pouvons toujours essayer, répliqua-t-il, mais comme le dit votre…
Il tiqua un instant.
- …petit ami, tellement de gens viennent manger au restaurant que le patron risquerait d'en faire une description erronée. Cela ne nous amènerait nulle part.
-Dîtes plutôt que vous ne voulez pas chercher, siffla le ténébreux.
Naruto leva vers lui de grands yeux ronds qui signifiaient ferme-la un peu, crétin, mais Sasuke ne s'en formalisa pas. Il venait de mettre le doigt sur une vérité dérangeante.
-Excusez-moi ?
-Si Naruto avait été une belle blonde à forte poitrine, peut-être que vous feriez votre travail correctement !
-Sasuke, laisse tomber, souffla Naruto. C'est bon.
Sasuke pinça les lèvres. L'envie de secouer comme des pruniers ces soi-disant représentants de la loi le titilla dangereusement. Seigneur, décidément, le monde n'était-il peuplé que de personnes infâmes ? Il se remémora les paroles de Kiba Inuzuka, le petit ami de Hinata : si on pouvait manger tous les cons de la planète, et ben y'aurait plus de famine dans le monde. Il avait toujours trouvé cette idée quelque peu exagérée mais là, il commençait à se dire que cet imbécile d'Inuzuka ne disait peut-être pas que des idioties. Après presque une heure et demie d'entretien, les agents de police quittèrent la chambre, prenant tout de même la peine de les saluer. Agacé, Sasuke claqua violemment la porte derrière eux, ce qui lui valut les réprimandes sévères d'une infirmières passant par là.
Sasuke prit conscience de la bêtise des gens et de la peur qui parfois pouvait les animer. La peur de la différence les rendaient stupides et inhumains. Naruto était homosexuel alors il avait mérité qu'on le roue de coups, qu'on le menace de mort, qu'on l'insulte et qu'on lui crache dessus. Normal. D'ailleurs, les agents de police ne semblèrent même pas surpris et encore moins peinés.
Peut-être même que s'ils le pouvaient, ils s'empresseraient de serrer la main des agresseurs. Peut-être aussi que Sasuke commençait à voir le mal partout mais il ne savait plus vraiment à qui il pouvait faire confiance.
Si même la police cautionnait ce genre d'agissement, alors qui pourrait bien les protéger ?
oOoOo
Une chaleur caniculaire assénait Fukuoka depuis plusieurs jours. Vêtu d'un simple boxer, Naruto profondément endormi au creux de ses bras, Sasuke se torturait les méninges. Le procès avait lieu dans une semaine et cela faisait maintenant trois nuits qu'il ne parvenait plus à fermer l'œil. En soupirant, il coula un regard au radio-réveil. Il affichait trois heures du matin. Le front perlé de sueur et le souffle court, Sasuke se redressa sur les coudes. Un gémissement plaintif franchit les lèvres de Naruto et pendant un court instant, le ténébreux crut l'avoir réveillé. Silencieusement, il s'extirpa du lit et recouvrit le corps de Naruto d'une fine couverture. Il le contempla pendant une salve de secondes avant de quitter la chambre à pas de loups. Sa silhouette svelte se déplaçait dans la pénombre, tel un fantôme.
Sans bruit, il pénétra dans la chambre de Yukio et s'approcha du berceau. Le bambin ne sembla pas l'entendre. Il gambadait au pays des rêves. Avec un sourire, Sasuke s'accouda aux barreaux de fer blancs et le fixa avec une intensité troublante. Ses yeux onyx brillaient d'un éclat nouveau. Tendrement, il effleura la joue de Yukio. Sa peau était douce, pareille à du satin.
-Au départ, chuchota-t-il, je ne voulais pas de toi. Je te voyais comme une menace, tant pour mon couple que pour mon équilibre personnel. Je te voyais comme quelque chose que je devais subir, quelque chose que je n'avais pas choisi et pour être tout à fait franc, j'en ai longtemps voulu à ta mère d'être partie en te laissant derrière elle.
Les lèvres de Yukio s'entrouvrirent légèrement. Son buste se levait et se creusait lentement, au rythme de sa respiration.
-Aujourd'hui, beaucoup de choses ont changé. Pour rien au monde je ne voudrais perdre ce que Naruto et moi avons construit. Pour rien au monde je ne voudrais te perdre toi, Yukio. Parce que tu es notre fils et tu représentes notre avenir. Avancer sans toi me paraît impossible. C'est tout. Et rien que pour ça, je ne les laisserais pas gagner, t'entends ? Je ne les laisserais jamais t'emporter loin d'ici, dans leur grande maison silencieuse et puant l'argent. Je t'en fait la promesse.
Certainement la promesse la plus importante de sa vie.
Les heures s'égrenèrent lentement. Aux alentours de cinq heures trente, Naruto s'éveilla. A tâtons, il chercha le corps de Sasuke mais sa main ne rencontra que les draps froids. En bougonnant, il examina chaque pièce de l'appartement, se demandant où pouvait bien être passé son petit ami. Il le retrouva finalement dans la chambre de Yukio. Assis sur une chaise, la tête posée sur le bord du berceau, Sasuke dormait à poings fermés. Avec un sourire, Naruto attrapa le plaid qui gisait sur la commode et recouvrit les épaules de Sasuke avant de l'embrasser sur la joue.
Son Paradis se trouvait là, juste devant lui. Pour survivre dans ce monde, il n'avait besoin de rien d'autre que de Sasuke et Yukio. Sans eux, il n'y arriverait pas. Et il ne voulait pas s'avouer vaincu.
Il ne voulait pas croire que d'ici une semaine, son Paradis serait menacé.
Parviendrait-il à le sauver ou finirait-il par goûter aux saveurs de l'Enfer ?
Coucou ^^
Comme je le pensais, il y aura bel et bien une troisième partie qui s'intitulera « Réapprendre à vivre ». Le procès aura bien sûr lieu dans cette dernière partie, bien qu'au départ cela aurait dû se trouver dans la seconde partie. Seulement, je ne pensais pas que ce deuxième chapitre serait si long x) En écrivant ce chapitre, j'ai découvert que j'étais définitivement nulle pour décrire les scènes de baston x) ça a sûrement été le passage le plus difficile à écrire pour moi, je peinais à trouver les mots justes. A part ça… je ne sais pas pourquoi mais je trouve que cette partie est un peu mieux écrite que la précédente mais bon voilà, je n'arrive toujours pas à en être satisfaite, même si je l'ai réécrite plusieurs fois depuis le mois de janvier. En plus, je n'aime pas la façon dont j'ai terminé le chapitre, je trouve ça un peu naze.
J'essaierai de faire mieux pour la dernière partie (qui devrait mettre plus de temps à arriver car contrairement aux deux autres, elle n'est pas encore écrite) !
Gros bisous, merci d'avoir lu et bonnes vacances =)
PS: s'il reste des fautes ou des coquilles je m'excuse: j'avais relu, corrigé le chapitre et modifié quelques phrases mal tournées mais ma connexion a bugué et mes modifications ne se sont pas enregistrées... inutile de préciser que j'ai eu la flemme de tout relire une seconde fois x)
Réponses aux reviews anonymes:
Réponse à Missmanga 17: Coucou, merci d'avoir lu =) je suis ravie que la première partie t'ai plu, j'espère que c'est pareil pour celle-ci.
