CHAP 11 : LA RENCONTRE FINALE
Trois mois plus tard :
Qui pouvait lui dire comment il était arrivé ici en cette matinée ? Qui aurait pu lui expliquer ce qui se passait dans sa tête en ce moment pour le pousser à agir de manière si peu conforme à ses habitudes ? Il avait une vie bien rangée, une petite sœur pour qui il devait mettre de côté de l'argent au cas où elle se déciderait à aller à la fac, une coéquipière charmante… Il était un policier respecté et un homme apprécié, alors pourquoi faisait-il cela ? Qu'est-ce qui le poussait, lui, Hideyuki Makimura, l'homme calme, posé et réservé à vouloir mettre son nez dans ce qui ne le regardait pas ? A vouloir risquer sa peau plus que sa vie de policier ne le lui demandait ? Car il était certain que s'il poursuivait sur la route que ses pas avait prise ce matin, il ne ferait pas de vieux os. Et pourtant, il était comme attiré par cet homme, par la voie qu'il lui avait montrée, bien malgré lui, il devait l'admettre.
Regardant l'immeuble de brique rouge qui se dressait devant lui, le jeune policier vérifia une dernière fois s'il était bien à la bonne adresse avant de pénétrer dans le bâtiment. Ironiquement, alors qu'il aurait dû être inquiet des répercussions que ses actes allaient entraîner, il ne l'était pas… Pour la première fois depuis bien longtemps, il se sentait "léger", comme soulagé… Il n'avait aucune preuve qui aurait pu lui prouver que son choix était le bon… Rien lui permettant de lui dire qu'il ne se trompait pas... Rien si ce n'est son instinct. Un instinct de flic peut-être, mais un instinct qui ne lui avait jamais fait défaut avant quand cela concernait les personnes en tout cas. Et cet instinct lui disait que l'homme vers qui il se dirigeait en cet instant, il l'avait attendu pendant longtemps… Toute sa vie de policier peut-être…
Si Kaori avait pu entendre ses pensées, elle se serait sûrement moqué de lui en lui faisant remarquer qu'on aurait pu croire que ses pensées venait d'une midinette rêvant encore au prince charmant… Hideyuki sourit dans la pénombre en grimpant les escaliers intérieurs de l'immeuble d'un pas lent… Au cas où l'homme aurait posé des pièges sur son chemin. Pourquoi était-il ici ?… Il ne le savait pas… Ils en auraient sûrement ri aussi tous ses camarades policiers s'ils avaient su que l'Hideyuki Makimura qu'ils prenaient tous pour un homme posé et calme était en ce moment même en train de se diriger, tête baissée, vers un meurtrier… Sauf que justement, le jeune policier venait enfin de comprendre à quel point il ne l'était pas. Il avait réfléchi au cours des dernières semaines…
L'enquête sur le meurtre de cet homme semblant bien sous tous rapports, qu'il se refusait à nommer dans sa tête, avait été fermée sans être résolue. Car quelque chose avait empêché Hide de donner le nom de l'assassin… Le directeur Nogami avait choisi de mettre cette affaire de côté, vu que son duo de choc n'avançait pas. A celle-ci en avait suivi d'autres, mais pas une seule autre fois les traces du magnum n'étaient réapparues dans un cas… Pour un peu, Hideyuki Makimura aurait pu croire que l'homme avait de nouveau quitté le pays… Mais il savait pourtant que cela n'était pas le cas… Il le savait par les murmures des mendiants et autres dans les rues de Shinjuku la nuit… Des gens qui jusque là la nuit tentaient de se cacher le plus possible afin de ne pas devenir une de ces affaires de meurtres des bas fonds sur lesquelles personne n'enquêterait. Après tout, qui s'inquièterait de la disparition de mendiant ? C'était une des raisons pour lesquelles Hideyuki Makimura avait toujours essayé de garder un œil sur les quartiers les moins aidés… Car justement, personne ne s'inquiétait pour des personnes sans noms, sans valeur sociale…
Mais récemment, la vie des bas quartiers de Tokyo avait changé, plus calme, plus sereine… Comme si les gens les plus démunis avaient conscience de quelque chose que seuls eux pouvait savoir… La rumeur avait circulé dans la station de police, les divers enquêteurs cherchant à comprendre d'où venait ce changement. Pour les plus utopistes d'entre eux, la ville s'était calmée car ils faisaient bien leur boulot : les malfrats avaient peur de la police, les gens "bien" avaient confiance en eux et se sentaient en sécurité… Pour les plus défaitistes, un mauvais coup se préparait dans les rues malfamées et plus précisément dans Shinjuku, car jamais ce quartier n'avait été aussi "calme", alors que justement, il était sensé être "LE quartier à problème"… Pour Hideyuki Makimura, un homme était derrière tout ça, mais de cela, il ne pouvait en parler à personne, sans apporter la preuve qu'il avait "omis" d'arrêter un meurtrier.
De toute façon, il n'avait pas de preuve sur cette théorie… Tout ce qu'il avait, c'était son instinct qui lui disait que non, rien ne se tramait dans Shinjuku, ni dans la ville d'ailleurs… C'était plus comme si la population s'était passée silencieusement le mot, et que la police n'avait pas reçu, elle, la note de service… Comme si la ville et sa population se sentaient en sécurité, oui, mais pas à cause de la police, et pas, non plus, grâce à elle… Comme si la ville, sa ville où il avait grandi, se sentait soudainement en sécurité… Et la seule nouveauté qui avait eu lieu récemment entre les murs de cette ville avait été l'arrivée de Ryo Saeba… Il avait beau y réfléchir depuis des mois il ne voyait que cela, et si tel était le cas, il en était venu à se dire qu'il voulait le vérifier… Il voulait en avoir la preuve par ses propres yeux… Et si Ryo Saeba n'était pas l'homme qu'il semblait être sur la fiche d'Interpol, mais bien celui que lui, Hideyuki Makimura avait cru deviner de par ses paroles échangées dans un bar des mois plus tôt… Alors il voulait se tenir aux côtés de cet homme…
Il était peut-être devenu utopiste ou peut-être rêvait-il trop et était devenu fou à force de penser avec des "et si…" mais le fait est qu'il avait récemment vu sa ville changer… Il ne devait sûrement pas être le seul, mais lui, il l'avait ressenti au plus profond de sa chair… Cela faisait tellement longtemps qu'il vivait dans cette ville, depuis sa naissance… Il avait grandi dans ses rues, il connaissait les divers sons qui résonnaient d'ordinaire dans celle-ci… et il l'avait vue changer en quelques mois plus qu'au cours des dernières années… Cela faisait tellement longtemps qu'il vivait pour cette ville; et pour Kaori qu'il n'avait pas pu faire autrement que de le remarquer. Il vivait pour cette ville qui avait vu grandir Kaori, cette ville que sa sœur aimait, ses habitants pour qui Kaori avait toujours un sourire ou un mot doux…
Pendant des années, il avait tout fait pour que cette ville soit à l'image de sa petite sœur, calme et pourtant bruyante, posée et pourtant turbulente… Mais accueillante, chaude… Réconfortante… Et soudain, en quelque mois, c'est ce qu'elle était devenue… Ou presque… Sans que personne ne sache pourquoi. Ou plutôt, sans que la police ne sache pourquoi. Car Hideyuki Makimura le savait lui, il l'avait vu dans les regards des mendiants : l'espoir. Il l'avait noté dans les conversations qui s'étouffaient silencieusement à l'approche d'un policier : le secret. Il l'avait remarqué dans les sourires doux mais tristes de personnes qui pourtant venaient de perdre un être cher et pour qui les enquêtes piétinaient avant d'être closes de manière étrange de plus en plus souvent, un indice apparaissant sans raison apparente, un coupable se rendant alors que cela faisait des mois qu'on le recherchait… La justice…
Des mois plus tôt, après sa discussion avec son patron dans son bureau, il s'était mis à réfléchir aux options que son patron lui montrait sans vraiment l'avouer. Mais il n'avait pas osé… Il n'osait pas quitter son emploi sans preuve de ce que son instinct avançait… Pas avec Kaori qui avait encore besoin de lui… Kaori qu'il voulait protéger par dessus tout… Kaori pour qui il voulait faire en sorte que cette ville soit la plus agréable, la plus paisible, mais la plus vivante possible… Mais aujourd'hui, ou plutôt hier, après qu'un entrepôt sur le port ait pris feu… Après avoir découvert une fois le feu éteint que ce même entrepôt était l'endroit où étaient stockés des centaines de kilo de cocaïne… Après que les pompiers aient donné leur rapport à la police disant que l'incendie était à n'en pas douter d'origine criminelle… Il en était venu à se demander ce qu'il avait fait réellement pour que Kaori ait la ville qu'elle méritait.
Bien sûr, il lui fournissait de quoi vivre sans avoir besoin de rien… Bien sûr, il lui offrait la sécurité qui lui était dû en étant policier… Mais jusque là, jamais il n'avait pu atteindre son but en ce qui concernait cette ville… Et la veille, il avait soudain réalisé que quelqu'un d'autre faisait ce qu'il avait toujours rêvé de faire pour Kaori à sa place… Le plus étrange en cela était que pas une seule fois il ne s'était posé la question sur "qui", il l'avait su aussitôt, instinctivement… Il l'avait su aux murmures des badauds dans les rues en ce qui concernait cet incendie ; à leurs sourires entendus, à leurs hochements de tête qui lui disaient que eux savaient qui était derrière cela, derrière la disparition d'autant de drogue, de la drogue qui ne circulerait pas dans leurs rues. Il avait soudainement pris conscience que les changements apportés à la ville n'étaient pas parce que les gens des bas fonds avaient peur de cet homme, mais parce que justement, ils le respectaient, ils le soutenaient en silence et d'une certaine manière, en cachant sa présence, ils le protégeaient… Et continueraient à protéger son anonymat et sa présence tant qu'il leur rendrait la pareille en les protégeant eux et la ville.
La veille, en entendant ses camarades policiers commencer à réfléchir sur qui pouvait être ce criminel qui avait mis le feu, il avait soudain compris où était sa place. Pas ici en tout cas, pas dans ce bureau de police où la seule loi était d'arrêter n'importe quelle personne l'enfreignant , non, il n'avait pas sa place dans ce lieu. Il n'était plus depuis des mois déjà, de ces hommes qui arrêtaient de la même manière un cambrioleur et voleur de pommes, simplement parce qu'il avait volé, sans se soucier de la raison pour laquelle il l'avait fait… Non, à vrai dire, il en venait a se demander aujourd'hui s'il l'avait jamais été… Tout comme son père d'ailleurs, qui avait choisi de recueillir et d'élever comme son propre enfant la fille d'un criminel. Non, il n'était pas de cette catégorie… Et cette pensée lui avait fait ouvrir les yeux, le poussant à se rendre dans le bureau de son patron et à lui rendre son badge et son arme, sans même réfléchir à ce qui adviendrait si l'homme ne voulait pas de lui à ses côtés…
Le chef Nogami avait juste souri tristement, hochant la tête en acceptant son badge. Au fond de lui, il l'avait toujours su que le jeune officier Makimura était de la même envergure que l'ancien… Sauf que le premier n'avait pas autant de "bagages" à protéger que le second, il était presque libre de ses mouvements et de ses choix… Et maintenant, il se retrouvait là, l'officier Makimura, se tenant debout devant une porte d'appartement d'un immeuble de brique rouge dans la banlieue de Shinjuku… Non, ce n'était pas l'officier Makimura qui s'apprêtait à frapper à cette porte comme si elle était son ultime recours, sa dernière solution, c'était juste Hideyuki Makimura, l'homme aimant sa petite sœur plus qu'aucun frère ne le devrait sûrement, l'homme voulant protéger le plus de monde possible.
Il se tenait là car justement, il n'était plus policier et peut-être qu'au fond de lui, il n'avait jamais réellement eu cette vocation. "Défendre la veuve et l'orphelin" ? Qu'elle était cette notion que l'on attribuait généralement aux membres de la police ? Ils ne les défendaient pas… Ou plutôt, ils les défendaient toujours, mais trop tard, après coup. S'ils protégeaient les orphelins et les veuves, ce n'était justement qu'une fois qu'ils l'étaient devenus, une fois qu'ils avaient perdu des êtres chers pour une raison criminelle. Et encore, ils ne les défendaient pas vraiment, ils ne faisaient qu'appliquer des lois, ne se souciant pas, une fois le criminel attrapé, de ce qu'il adviendrait des veuves et des orphelins créés par ces assassins… Non, il voulait aller au delà de cela… Il voulait réellement défendre les veuves et les orphelins… Et tous les autres qui avaient besoin d'être défendus. Il voulait protéger la population de cette ville, avant même que ses habitants n'aient à souffrir justement…
Comme cet homme qui avait mis le feu à cet entrepôt, devenant un criminel en créant un incendie, mais protégeant la ville en détruisant par ce geste la drogue qui autrement aurait terminé dans ses rues… Entre les mains d'innocents… La justice, voilà ce qu'il voulait… Et pas que la loi soit appliquée de manière démesurée à tous parce qu'elle était écrite ainsi… Non, il voulait faire payer les criminels et aider les plus démunis, même si pour cela, il devait devenir un voleur pour les nourrir. Même s'il devait devenir un hors la loi pour faire cesser des assassins… Pour éviter qu'ils ne soient remis en liberté.
Il voulait connaître cet homme qui était ce qu'il aurait voulu être… Ce "justicier" qui, sans le savoir, faisait de cette ville celle qu'il avait imaginée pour Kaori… Étrangement, alors qu'il ne l'avait rencontré qu'une seule fois dans un bar et que les paroles qu'ils avaient échangées n'avaient rien eu d'amical, il voulait se confier à lui. Lui dire ce qu'il attendait de cette vie. Lui faire imaginer ce qu'il rêvait pour cette ville… Lui décrire son trésor le plus précieux, celui qu'il voulait protéger de tous les malheurs plus que tout, pour que cet homme comprenne, pour qu'il le laisse rester à ses côtés, pour qu'il l'aide dans le choix qu'il venait de faire. Pour la première fois depuis la mort de son père, Hideyuki Makimura était en train de faire le choix de partager de qu'il avait de plus précieux : ses idéaux… Et Kaori…
Il voulait connaître cet homme qui était sans le savoir tout ce qu'il aurait voulu être pour Kaori… Il voulait savoir s'il s'était trompé en croisant ce regard sombre… Un regard qui étrangement, regardait la vie comme Kaori et pourtant différemment. Un regard qui voulait espérer et croire encore… Contrairement à sa petite sœur, cet homme semblait douter de pouvoir avoir encore confiance en la nature humaine, mais comme elle, il voulait un monde, une ville où la justice existerait… Oui, c'était peut être pour cela qu'il ne l'avait pas arrêté justement, car il lui faisait penser à Kaori, alors que normalement, d'un simple regard, ils étaient à l'opposé l'un de l'autre. Il n'avait pas compris au départ, pourquoi cet homme sombre et isolé lui rappelait sa petite sœur qui elle était toujours souriante, toujours optimiste…
Ils étaient à l'opposé l'un de l'autre, et pourtant, pourtant, il y avait quelque chose en eux qui les rassemblait… Et Hideyuki Makimura voulait comprendre… Comprendre ce que cet homme qui avait derrière lui un sombre passé, qui était à n'en pas douter un assassin, avait en commun avec sa sœur qui avait toujours un sourire ou un mot doux pour tout le monde… La porte s'ouvrit d'elle même quand il donna un coup pour frapper, le faisant sortir de ses pensées. Et presque automatiquement, son corps pris le relais, le faisant entrer dans cet appartement avant même qu'il n'y pense. Son regard se posa sur cet homme assis à une table de cuisine et qui était bien tranquillement installé, une cigarette posée dans un cendrier sur la table à côté d'une tasse à café, en train de nettoyer son python : Ryo Saeba…
L'homme continua son ouvrage comme si de rien était et pourtant, Hideyuki Makimura pu voir une prunelle sombre se tourner vers lui et le regarder du coin de l'œil avant de retourner à son nettoyage. En face de lui, une seconde tasse à café était posée, fumante, tranquillement, attendant que quelqu'un vienne la prendre. Et Hideyuki Makimura comprit que cette tasse était pour lui. Que même si ses pas à lui l'avaient presque conduit machinalement jusque ici, cet homme apparemment s'attendait à sa venue.
- Tu comptes rester encore longtemps planté sur le pas de ma porte Mr le policier ? Je sais pas si t'es au courant, mais tu fais courant d'air là.
Par automatisme, l'ancien policier se retourna pour refermer la porte derrière lui, un sourire naissant sur ses lèvres. Il n'était pas certain de ce que cet homme était, mais il aimait sa façon de ne jamais tourner autour du pot. Il aimait sa manière de toujours être franc et direct, même si sa manière de parler en aurait mis plus d'un en colère. Ironiquement, il s'imagina Kaori face à cet homme, sa réaction s'il lui avait parlé ainsi, mais secouant la tête pour effacer cette image de ces pensées, l'ancien policier s'avança en silence et alla s'installer à son tour à la table, prenant la tasse à café dans ses mains pour se réchauffer alors que l'homme refermait son pistolet d'un mouvement du poignet, pointant son arme sur lui et le visant en refermant un œil.
C'était la seconde fois qu'il se retrouvait être la cible de ce revolver légendaire, et pourtant, pas plus que la première fois, il ne s'en offusqua, pas plus que la première fois, ce geste ne le rendit nerveux… Bien au contraire, il y avait quelque chose dans la désinvolture de cet homme qui le fit sourire un peu plus. Il amena la tasse à ses lèvres, continuant de fixer de son regard tranquille l'homme qui de par ses gestes semblait le menacer, tirant un haussement de sourcil à celui-ci.
- Je sais toujours pas si t'es complètement stupide ou tout simplement suicidaire Mr le policier.
- Hideyuki… Makimura Hideyuki.
L'homme reposa son arme devant lui, un sourire narquois aux lèvres avant de récupérer sa cigarette et de l'amener à sa bouche. Un instant, il se contenta de fixer l'homme face à lui avant d'expirer une bouffée de fumée et de s'adosser au dossier de sa chaise.
- Et bien… Maintenant que les présentations sont faites… Vu que tu connais déjà mon nom… On peut savoir ce qui t'amène chez moi Maki ? Où tu essaies juste de me saouler en me suivant partout comme un chien afin de me faire partir ?
Sans savoir pourquoi, Hideyuki Makimura éclata de rire face à cet homme et sa manière de parler… Il avait l'impression d'avoir face à lui un gamin rancunier et pourtant farceur… Un gamin oui, c'est l'impression que cet homme, qui avait pourtant à peu près son âge lui donnait avec ses phrases narquoises et moqueuses… Et pourtant, un "gamin" qui en avait sûrement plus vu dans sa vie que lui, alors qu'il en avait déjà lui-même bien trop vu. Le plus étrange dans cette situation, était le sourire à peine esquissé sur les lèvres de Ryo Saeba face à cet homme qui pour la première fois de sa vie ne semblait pas avoir peur de lui…
Il était un peu comme le Doc ce flic, ses yeux disaient qu'il en avait déjà vu beaucoup, mais sa voix, son regard, son assurance, son rire, lui disait qu'il espérait encore, ou plutôt que contrairement à lui, il n'avait pas perdu espoir pour les hommes. Et soudain, Ryo se retrouva un peu plus intrigué par cet homme. Il voulait savoir pourquoi il était là, pourquoi il ne l'avait pas arrêté, pourquoi il semblait être si confiant en la vie… Oui, il voulait savoir pourquoi cet homme qui semblait avoir vécu presque autant que lui, contrairement à lui, était encore "vivant", alors que lui-même il n'était "qu'en vie"…
Aurait-il su à cet instant ce qui rendait Hideyuki Makimura si vivant, peut-être aurait-il effectivement pris ses jambes à son cou… Ou peut être que non… Peut être que son esprit l'aurait quand même poussé sur le même chemin, une route au bout de laquelle brillait la lueur d'espoir d'Hideyuki Makimura… Aurait-il eu connaissance des pensées d'Hideyuki Makimura, peut être aurait-il barricadé sa porte avant l'arrivée dans sa vie de Kaori… Mais à cet instant, seule la curiosité le poussait à vouloir connaître la raison de cet espoir en celui qui deviendrait un jour son ami, son meilleur ami. Il ne pouvait pas savoir que l'espoir d'Hideyuki Makimura était un petit bout de femme, même pas encore d'ailleurs, à peine âgée de quinze ans… Il ne pouvait pas savoir que ce qui était une étincelle pour Hideyuki Makimura serait le but de sa vie : sa lumière… son chemin… son rêve…
Non, il ne le saurait que bien plus tard, ne le comprenant pas aussitôt quand il l'aurait sous les yeux. Pour l'instant, la seule chose qu'il savait c'était que c'était la première fois qu'il rencontrait un homme aussi étrange qu'Hideyuki Makimura. Et son esprit calculateur voulait savoir pourquoi cet homme était ainsi. Mais surtout, il voulait comprendre comment cet homme mal habillé était capable, d'un simple éclat de rire, de lui tirer un sourire authentique, alors qu'il ne se souvenait pas quand était la dernière fois qu'il avait sourit dans sa vie.
FIN
