« Lewd »
Salut,
« I'm gonna solve a case
Only got John Watson as my partner
I – I – I'm hunting, looking for a come-up
This is bloody awesome. »
(Hillywood, sherlock parody)
Bonne lecture.
Quelle journée. Un cadavre. En rose. Un méchant de James Bond. Une course folle en taxi. Un fou rire. Une saisie de drogues à Baker Street. Sherlock et la drogue. Sherlock le sociopathe. Un meurtre. Celui que j'ai commis. Et un ami.
Ce soir je dors pour la dernière fois dans mon logement, celui que j'avais juré d'occuper temporairement, mais dans lequel je végétais depuis ma sortie de l'hôpital. Dès demain je le quitte pour Baker Street. Pour une vie bien plus excitante.
Je suis épuisé comme je ne l'ai pas été depuis longtemps. Après l'arrivée des flics, et de Mycroft, j'ai raccompagné Sherlock jusqu'au 221b.
« - C'est évident voyons, les deux étaient empoisonnées. »
Je le regarde, en haussant les sourcils.
« - Et il avait un antidote dans la poche de sa veste ? »
« - Ne soyez pas ridicule, nous ne sommes pas dans un mauvais polar. Non, il en avait une troisième, inoffensive, et il a procédé à l'échange pendant que j'examinais celle que j'avais choisie. Un tour d'illusionniste. »
A peine le taxi garé, il en bondit comme un diable en dehors de sa boîte. Je suis contraint de payer, voilà qui grève encore un peu plus mon maigre budget. Tout en récupérant ma monnaie je lui rétorque :
« - Sherlock je vous ai vu, vous étiez à deux doigts de l'avaler ! »
« - Au dernier moment je lui aurais demander de prendre la sienne, si vous n'aviez pas assassiné ce pauvre malheureux j'aur... »
Je m'étouffe à moitié, soulagé cependant que le chauffeur de taxi soit parti avant d'entendre ça :
« Ce pauvre malheureux ?! »
Il n'écoute pas ma récrimination, et s'arrête brusquement devant le perron.
« - Vous montez ? »
« - Comme si Madame Hudson n'avait pas assez de matériel pour jaser. »
« - Allons, vous n'allez pas priver une vieille dame d'un de ses rares divertissements tout de même ? » Il affiche un sourire complice.
Je pouffe.
« - A demain, Sherlock. » lui dis-je, sur le point de me retourner et de partir.
Il ne m'en laisse pas le temps et fait quelques pas dans ma direction. A peine quelques centimètres nous séparent, ce qui ne me surprend pas outre mesure : j'ai eu l'occasion de remarquer au cours de notre folle nuit que Sherlock ne s'embarrassait pas des conventions concernant l'espace personnel, sauf le sien. Mais là il est quand même vraiment proche. Mon sentiment d'étouffement est amplifié par le regard qu'il darde sur moi, ses yeux semblent sonder les miens. Ça aussi je l'ai remarqué, Sherlock n'a aucune gêne à fixer les autres humains. Ils balaient ensuite mon visage, comme s'ils cherchaient quelque chose, jusqu'à rencontrer ma bouche. Je sens ma gêne de tout à l'heure refaire surface, et s'intensifier à mesure qu'il maintient son regard. Nos respirations forment de petites volutes de vapeur dans la nuit froide, la mienne devient soudain courte lorsque son corps nu me revient en mémoire. Je me gifle mentalement et me retourne, face à la rue déserte. Dans mon dos je sens sa présence. Sa voix gutturale résonne encore longtemps dans mes oreilles sur le chemin du retour.
« - A demain, John. »
Ma chambre ne m'a jamais parue si vide, et je ne parle pas du fait qu'elle soit impeccablement rangée. J'ai tenté de me distraire dans le métro, en lisant un journal que son précédent propriétaire avait abandonné. Des peoples, des crash boursiers, des sans-abris retrouvés morts dans la rue, des événements sportifs. Rien qui n'a éveillé mon intérêt. Après une telle nuit je ne suis pas sûr de trouver encore quelque chose d'excitant dans le quotidien.
Je m'effondre sur mon lit, tout habillé. Malgré mes insomnies habituelles je sais que je n'aurai aucune difficulté à trouver le sommeil cette nuit.
« - A demain, John. » Quelles promesses se cachent dans cette salutation ? Je m'interroge, les bras sous la tête en fixant le plafond. Dans quoi est-ce que je me suis embarqué ? De nouveau, un Sherlock nu sur son fauteuil s'affiche derrière mes yeux. Je me force à respirer calmement, pour chasser la pensée. Je n'ai pas regardé longtemps, et je ne suis pas si prude, pourquoi est-ce que cette maudite chose est gravée dans ma tête ? Je revois encore le galbe de ses cuisses, la dense pilosité noire d'où émerge son… Je me redresse brusquement sur le lit, pose les deux pieds au sol pour tenter de stopper la chaleur qui monte de mon entre-jambe : on arrête tout, Watson tu es répugnant, c'est ton futur colocataire et tu as des pensées obscènes, qu'est-ce qui ne va pas chez toi ?!
Je grimace en me relevant, sentant davantage encore mon érection. Je me débarrasse de mon manteau sur une chaise et passe à la salle-de-bain pour prendre une douche. Je comptais m'endormir directement, mais il est préférable que je me change les idées d'abord. J'ignore délibérément la chose gonflée qui jaillit de mon boxer, le rouge mon favori, et me précipite dans la douche.
Le soleil est déjà haut dans le ciel lorsque je me réveille, il doit être midi passé. Mes vêtements sont éparpillés dans la pièce et retrace mon périple de la veille. Je me lève, et me fais un café après un tour à la salle-de-bain. Un coup d'œil dans les placards m'apprend que j'ai le choix entre des pois-chiche en boîte et du chou pour le petit déjeuner. Je vais rester au café. Je ramasse les habits qui jonchent le sol en attendant que la cafetière fasse son office. Note à moi-même : nettoyer convenablement ma veste et mon pull, qui doivent probablement contenir des résidus de poudre. Le ronron de la cafetière m'apprend que je peux tout à fait fourrer tout ça à la machine à laver avant de prendre mon café, non sans avoir vidé mes poches. Je les fouille mécaniquement, et découvre que mon téléphone, que j'ai oublié de sortir hier soir, est toujours dans mon manteau. Le café est prêt, je termine par la dernière poche de mon manteau. Mes doigts rencontrent quelque chose de dur et de froid, qui me pique légèrement. Je n'ai absolument aucun souvenir de ce que j'ai pu mettre là-dedans au cours de la soirée. Une carte de visite peut-ê... Ah.
Ah.
Dans mes mains, Sherlock, son fauteuil et sa nudité. Qu'est-ce que le putain de quoi. Le regard que le Sherlock de la photo me lance fait bouillir l'intégralité de mon sang. Mes joues sont si brûlantes que ma vision en est brouillée. Cette photo ne devrait pas être là, elle n'a rien à faire dans la poche de mon manteau, et je ne devrais pas être aussi troublé. Enfin si, je dois être troublé de l'avoir à l'heure actuelle dans les mains, mais pas troublé-troublé, je veux dire enfin bon dieu c'est …
… c'est compliqué.
J'expire tout l'air de mes poumons et me laisse tomber sur la chaise. Oublié le café, ne reste plus que ce cliché que je tiens serré entre deux doigts et dont je n'arrive pas à détourner le regard. Bordel, je suis de nouveau excité. Sherlock est tellement lisse, son torse n'a pas une once de toison, la lumière qui perce des rideaux mal fermés dessinent les muscles de ses bras, de ses pectoraux, de ses abdominaux. Ses mains sont sagement posées sur les accoudoirs, sa bouche est légèrement entrouverte, et une teinte rosée colore ses joues. C'est presque comme si je pouvais entendre sa respiration courte. Bien malgré moi j'imagine les minutes qui ont précédées la prise de la photo, sa main qui enserre son membre et lui assène de lents vas-et-viens. C'est comme si je pouvais voir sa main non occupée agripper l'accoudoir alors que sa tête se renverse en arrière, balançant ses boucles noirs dans le vide. Son cou serait découvert alors qu'il pousserait un léger gémissement.
Je suis incroyablement dur, mon pantalon de pyjama est tendu à l'extrême et une goutte le tache déjà. Je me rends compte que je halète presque. Ma bouche est sèche, et je sais que je suis en train de faire quelque chose de parfaitement interdit et de tout aussi parfaitement stupide. Ma main glisse sous l'élastique de mon pantalon et d'une main tremblante je saisis ma verge qui palpite dans ma paume. Je retiens un gémissement. Qu'est-ce que tu fous putain, tu fais n'importe quoi. Arrête tant qu'il est encore temps ! Ma conscience me somme de retirer ma main, mais mon corps a déjà commencé à agir. Mon poignet imprime à ma verge, sur toute sa longueur, de profonds allers-retours. Le gémissement réprimé un peu plus tôt m'échappe. Mon pouce caresse mon gland à chaque passage, des yeux je dévore la photo que j'ai toujours en main. Ces lèvres mon Dieu, je les imagine sur mon corps, entre mes jambes, très près de mon chibre, si humides et bientôt elles...
Cette image est de trop et je me répands dans ma main. Ma voix a sursauté, en suivant ma respiration entrecoupée. Je savoure les quelques secondes de silence mental que m'offre l'orgasme. Un puissant malaise m'envahit bientôt. Je laisse tomber ma tête contre le bureau en grognant. Je suis un abruti. Un abruti lubrique et pervers et sans aucun contrôle. La photo m'a glissé des doigts.
« - Comment ça s'est retrouvé dans ma poche ?! »
J'ai claqué la photo sur le bureau de Sherlock. Avec peut-être un peu trop de violence, vu son sourcil moqueur. Depuis le canapé où il se trouve à demi-allongé, il m'interroge.
« - Qu'est-ce qui s'est retrouvé où ? »
Je lui jette la photo, elle tourbillonne un instant entre nous deux, qu'il saisit au vol d'une main assurée.
« - Oh. » Sa seule réponse.
Ça ne fait qu'accroître mon irritation, d'autant plus qu'il sourit franchement. La lumière des lampadaires sur Baker Street éclaire la pièce, sauvée de la pénombre par la lampe du bureau, seule source lumineuse de l'appartement. Bras croisé et face à lui, moi je ne suis pas du tout amusé.
« - J'écoute vos théories, ô brillant détective. »
Il reste un instant silencieux, en fixant il me semble la photo.
« - Je vois deux, non trois, explications. La première est accidentelle, la photo est tombée dans votre poche lorsque je l'ai rangée, la deuxième est criminelle, quelqu'un veut vous faire passer un message, la troisième est que vous êtes cleptomane. »
Il se fout ouvertement de moi l'enfoiré.
« - Aucune n'est crédible Sherlock… »
Il me coupe en agitant la main :
« - Vous ne croyez quand même pas que c'est moi qui l'ai glissée à votre insu dans votre poche au moment où nous nous sommes séparés hier soir ? » Il est beaucoup trop content de lui, et beaucoup trop précis, à dessein.
La colère me monte soudain au visage, je m'impose de respirer par le ventre comme ma psychothérapeute me l'a conseillé. La violence n'arrange rien John, respire, ce mec est un taré. Je reviens complètement sur ma décision : je ne peux pas vivre avec lui, pas après un coup comme ça. Une sale petite voix dans ma tête m'agite un petit fanion : « honte ». Je la chasse. Hors de question de tenter l'expérience, j'abandonne.
« - J'abandonne » dis-je, en écartant les bras. « Trouvez vous un autre colocataire, un qui soit disposé à subir vos lubies d'exhibitionniste. »
Je pars, sans avoir à remettre le manteau que je n'ai pas enlevé en arrivant. Je n'arrive pas à desserrer mes mâchoires, mais je m'oblige à relâcher mes poings. Partir est la meilleure solution, Sherlock Holmes est un fou furieux, et moi je… « suis un dépravé ? » me susurre la petite voix.
Je m'apprête à passer la porte quand sa voix revêtue d'un ton perplexe résonne :
« - J'ignorais que vous étiez gaucher pour ce genre de choses. »
Je m'arrête d'un coup, et lui demande sans me retourner :
« - Je vous demande pardon ? »
« - Pour la masturbation. » Je fais volte-face. « Espèce de... » La colère, qui cache ma profonde honte, m'étouffe et m'empêche de terminer ma phrase. Je n'en crois pas mes yeux : sourcils froncés, parfaitement concentré sur la photo, il se met à bouger sa main gauche pour mimer un mouvement de va-et-viens sur un phallus imaginaire.
« - La partie droite est froissée. La conclusion naturelle qui s'impo... »
Il n'a pas le temps d'en dire plus, j'ai déjà fait demi-tour pour me jeter sur lui, absolument enragé. Je le soulève sans peine par le col et arme mon bras pour lui décocher la droite qu'il mérite. Quelque chose dans son expression retient mon geste : il n'a pas peur, il n'est pas amusé, il n'a pas non plus l'air d'être surpris. C'est quoi que je vois dans son regard alors ?
Il arque son corps pour combler la distance entre nos visages et me souffle :
« - Vous êtes encore là ? » Son visage a changé, il est redevenu froid, distant et faussement joueur, comme la première fois où je l'ai vu.
Je le lâche, il retombe sur le canapé, la chemise de travers. Je lui lance en m'écartant :
« - Non. Je suis déjà parti. »
Et je quitte le 221b Baker Street.
J'ai encore besoin d'une douche. Cette confrontation m'a complètement vidé. Je jette mon manteau sur le lit en lui lançant un regard mauvais. Retour à la case départ. Moi et mon logement vide, moi et ma vie merdique, moi face à moi.
Je croise mon reflet dans le miroir de la salle de bain. J'ai le regard d'un gosse qui sait qu'il ne sera pas invité à la fête d'anniversaire d'un de ses camarades. De la déception, saupoudrée de tristesse. C'était ça. Merde c'était ça qui m'a empêché de fracasser Sherlock tout à l'heure, l'expression de déception sur son visage. Je plante mes poings dans mes yeux. Rah qu'est-ce que j'en ai à foutre. Même la douche ne parvient pas à me calmer. Enfin, quelque part si, je ne suis plus furieux, je me sens complètement et sans le moindre doute seul. Encore plus seul que le jour où j'ai été réformé, encore plus seul que le premier soir que j'ai passé ici, avec mes souvenirs comme seuls compagnons. Je sombre dans un sommeil poisseux et agité.
La réception d'un SMS me réveille. Je n'ai pas eu la présence d'esprit de le mettre en silencieux avant de m'endormir, et j'ai le sommeil léger, un très mauvais calcul. Je tâtonne pour le trouver. 4H15 du matin. Les yeux plein de sommeil je lis rapidement le message, dois le relire pour le décrypter.
« Baker Street.
Maintenant.
Question de vie ou de mort.
SH »
A dimanche pour la suite.
BHBW
