Il pleuvait. Remus s'en aperçut dès qu'il ouvrit les yeux, face à la fenêtre. Il se trouvait installé à table, sans raison précise, avec une couverture pose sur lui. D'un coup d'œil sur sa montre, il vit qu'il était quatre heures trente du matin. Bien tôt, pour se réveiller… Cependant, personne ne lui reprocherait de penser qu'une chaise n'était pas un lieu où dormir.
Le lycanthrope laissa errer son regard sur la tasse de thé, puis esquissa un sourire. Tonks n'était plus là, cela le surprenait. D'habitude, dans de telles situations, il la voyait endormie à son tour sur la table. Parce que ce n'était pas la première fois que cela avait lieu. Il savait bien ce que pensait la jeune femme de lui.
Et il n'avait rien à se reprocher ! Bien sûr, il aimait son odeur, attachée à la couverture. Bien sûr, il aimait sa présence. Mais il était hors de question qu'il l'aime. Dès lors, il mettait un point d'honneur à la dégoutter de lui. C'était ce qu'il y avait de mieux à faire. La repousser, se comporter le plus mal possible…
Dès lors, il se leva, jeta le thé froid dans l'évier, puis se dirigea vers les escaliers, pour gravir les marches d'un pas encore un peu endormi. Il serait bien mieux dans son lit, pas de doutes.
Passant devant la porte de Tonks, il y déposa la couverture. Là, à même le sol, en boule, comme s'il ne s'agissait guère plus que d'un chiffon. Il détestait faire cela, mais il espérait qu'elle comprendrait par là un message implicite, qui voudrait dire : « je pense que nous sommes des chiffons, et deux chiffons ensemble, ce n'est pas très esthétique. »
Mais il pensait sincèrement n'importe quoi ! Se donnant une tape sur le front, il décida de vite passer devant la porte close de la chambre de la jeune femme, avant de laisser ses songes le rendre imbécile. Il devait vraiment être fatigué… « nous sommes des chiffons »… Remus Lupin s'inquiétait lui-même de son état mental.
Arrivé dans sa propre chambre, il s'allongea sur son lit, tout habillé. Ses chaussures se dénouèrent par un geste de baguette, et tombèrent lourdement sur le sol. Tant pis si cela réveillait quelqu'un. Lupin ne voulait qu'une chose : se reposer. Et rien, ni personne ne l'en empêcherait.
Il lui fallut d'ailleurs très peu de temps pour que son visage se détende…
Cependant, dans sa chambre, Tonks ne dormait pas, elle. Elle était assise sur son propre lit. Les pas de Lupin, elle les avait entendus. Comme le bruit d'un tissu qui frôlait sa porte. Comme le son de quelque chose qui tombait. Le loup-garou était maintenant de l'autre côté du mur. Il y avait une frontière entre eux deux… Une frontière qu'elle pouvait toucher, frôler du bout des doigts.
Elle aurait aimé sentir la chaleur de sa peau, plutôt que la fraîcheur de ce mur. Mais la jeune femme était vouée à caresser un mur.
La voilà qui se laissait glisser contre la paroi. Il s'était enfermé. Elle avait espéré, comme chaque soir, que Remus frappe à sa porte. Elle aurait voulu qu'il lui présente des excuses. Qu'il lui dise qu'il l'aime.
Non, il s'était placé derrière le mur. Derrière ses rejets. Tonks détestait cette situation. Des larmes coulèrent sur sa joue, et elle se recroquevilla sur elle-même. La sorcière savait au fond d'elle qu'elle n'aimait pas Lupin… C'était Remus, qu'elle désirait. Du fond de son cœur. Du plus fort de son âme.
Mais Lupin avait piégé Remus entre quatre murs. Et Tonks ne trouvait pas la clef pour le délivrer.
La jeune femme se leva, pour ouvrir sa porte de sa propre chambre. Elle se baissa, puis attrapa la couverture roulée en boule… Elle sourit… Peut-être que par ce linge roulé en boule, il voulait lui dire : « j'aimerais me blottir au creux de tes bras… »
