Disclaimer: Harry Potter appartient à JKR!

NB: les parties 2 & 3 sont postées ici, étant très courtes.


Objets informes, ombres aux contours mal définis, blancheur trop vive qui l'éblouissait…

Le monde l'appelait.

Engourdi, il cligna des paupières. Les ténèbres le retenaient, l'empêchaient d'ouvrir les yeux sur l'insupportable clarté.

Il faillit céder, mais dans un ultime sursaut de volonté, il parvint à soulever ses paupières.

Ses yeux gris accrochèrent un mur blanc, puis un homme vêtu d'une robe verte…une robe de Médicomage.

On le vit, on s'exclama de surprise, on s'empressa autour de lui. La gorge serrée, il voulut parler, mais n'émit que quelques sons gutturaux.

Au milieu du brouhaha, il comprit qu'on allait appeler ses parents. Rien ne lui échappa, pas même l'excitation de deux jeunes internes chuchotant :

"Après tout ce temps, on ne s'y attendait plus !

-Dame ! Quatre ans!".

Avec une effroyable lucidité, il comprit qu'il s'était endormi adolescent pour se réveiller homme. Et désormais, retourner en arrière lui était interdit.


"Cedric !"

Sa mère l'embrassait sur le front, sur les joues. Il avait voulu se lever en la voyant arriver, mais ses jambes, encore trop faibles, le lui avaient interdit. Elle était la même que dans son souvenir, avec peut-être, quelques mèches grises de plus.

Son père n'avait rien dit, mais ses yeux s'étaient emplis de larmes. Il le dévisageait avec un mélange d'incrédulité persistante et d'émerveillement.

"Mon fils" dit-il enfin. "Mon fils" répéta-t-il comme pour se convaincre de la réalité.


Harry Potter l'avait ramené pour mort, mais le sort qu'il avait jeté pour se protéger lui avait sauvé la vie. Le prix à payer avait été ces quatre années de coma. Il avait manqué la guerre, la défaite, un an auparavant, de Vous-Savez-Qui par ce même Harry Potter. Il retrouvait un monde blessé, mais en paix. Il s'en était passé des choses en quatre ans…

Il demanda des nouvelles de ses camarades, mais ses parents ne purent l'éclairer. Ils avaient "perdu le contact".

"Et Cho ?" s'enquit-il d'un ton qu'il voulait dégagé.

Sa mère parut contrariée, et son père prit un air faussement détaché.

Tel père, tel fils, pensa Cedric avec une pincée de nostalgie . Les hommes Diggory n'avaient jamais été doués pour le mensonge.

"Vous avez perdu le contact avec tous mes amis de Poudlard ?" interrogea Cedric, cachant tant bien que mal son désarroi.

Sa mère posa sur lui un regard empli de commisération. Son fils ne l'avait jamais dupée.

"C'est étonnant que tu n'aies pas demandé ce qu'était devenue…

-Amos ! " interrompit sa mère. "J'ai prévenu les personnes qui devaient l'être. Cedric, l'hôpital va te garder encore en observation.

-Pas pour longtemps, mais ils veulent s'assurer que tu rentres à la maison en bon état. Je te promets que tu rentreras chez nous bientôt. "

Il soutint sans ciller le regard anxieux de son père :

"Tout ira bien, papa, maman."

Si sa réponse rassura son père, elle ne convainquit pas sa mère.


Avec mille précautions, son père répondit à ses questions, mais Cedric devinait ses réserves, savait déchiffrer ses silences. Il avait quatre années à rattraper. Quatre années d'une vie.

Sa mère était présente, attentive, guettant ses moindres réactions. Il lui opposa une face impassible.

Vers la fin de la journée, ses parents le quittèrent à regret, pour préparer ses affaires. Dans quelques jours, il serait de retour chez eux.

Chez eux…Ces mots avaient-ils encore un sens ?

Avant de le laisser, sa mère lui murmura à l'oreille :

"Repose-toi. Il se peut que sous peu, tu reçoives une visite. Tous ne t'ont pas oublié, Cedric."


Le lendemain matin, il perçut le bruit d'une porte que l'on entrouvrait précautionneusement, des pas légers, une présence qui n'était pas celle d'un Médicomage.

Il ouvrit les yeux. Un instant, il nourrit un fol espoir à la vue de mèches de jais, mais l'illusion se dissipa trop vite. Ce ne furent pas les yeux mystérieux de Cho Chang qui l'accueillirent, mais de francs yeux bleu sombre, bien qu'énigmatiques à leur manière.

"Cache ta joie, Cedric. Je sais bien que je ne suis pas celle que tu attendais, mais tu pourrais faire semblant d'être content de me voir. C'est fou ce que cette scène me rappelle un soir de printemps au bord du lac…

-Morag. Tu…tu es venue ?

-Tu te souviens de moi, c'est déjà ça. D'après les premiers rapports de ta mère, j'avais craint que tu ne fusses devenu amnésique. Je constate avec une joie mêlée de désappointement que ce n'est pas le cas, sauf quand il s'agit de moi. Qui sait ? Un jour, je n'aurais pas à attendre de déclic.

-C'est très gentil" commença Cedric avant de s'arrêter, à court de mots.

Morag reprit le flambeau. Elle avait changé, moins garçon manqué, plus mûre, et dans ses yeux, une lueur grave qui n'y était pas auparavant.

"Je passais par là, j'ai appris les nouvelles- les excellentes nouvelles, et je voulais te souhaiter un bon retour.

-Un bon retour ? " questionna-t-il, désarçonné.

"Bon retour parmi nous" répondit Morag.

Aussi étrange que cela puisse paraître, ses mots sonnaient juste.


Elle revint le lendemain. Il lui posa les questions qu'il n'osait pas poser à ses parents, lui demandant de lui raconter la période qui avait suivi son coma, revenant sans cesse à ce cher Poudlard. Sans faire d'ironie, elle lui décrivit la tristesse, l'incompréhension qui s'était emparée des élèves, la campagne de désinformation du Ministère, l'Armée de Dumbledore qu'avait créé Potter, et dans laquelle nombre de Poufsouffles et de Serdaigles s'étaient engagés, pour venger sa mémoire.

"Venger ma mémoire ! Comme tu y vas ! " protesta Cedric. "Je n'étais pas mort !

-Beaucoup de gens pensaient que tu ne te réveillerais plus" répliqua Morag avec le manque de tact qui la caractérisait. Parfois, Cedric ne savait pas s'il détestait cette franchise brutale, ou s'il l'appréciait pour le changer de la trop grande subtilité que l'on employait à son égard.

Autrefois, il avait d'ailleurs éprouvé le même genre de confusion envers un élève de sa maison répondant au nom de Zacharias Smith.

"Je suis heureuse que tu leur aies apporté un démenti formel pas plus tard qu'avant-hier" se rattrapa Morag.

"Et Cho ?

-J'ignore ce qu'elle devient.

-Mais…que s'est-il passé pour elle à Poudlard ? "

Il l'implorait du regard, ne comprenant pas sa réticence. Elle céda :

"Nous n'étions pas très proches…Elle a beaucoup pleuré, tout Poudlard l'a vue.

-C'est tout ?

-Je ne connais que ce qui est de notoriété publique, Cedric. Je suis désolée. "

Elle fuyait son regard.

"Morag, tu sais autre chose. Dis-le-moi, s'il te plaît. Elle n'a pas eu trop de peine ? Elle s'est consolée, dis ?" demanda-t-il d'une voix sourde.

Elle le dévisagea :

"Tu es vraiment…ineffable, Cedric.

-Ne me torture pas. Dis-moi si elle s'est remise de mon accident.

-Oui.

-Comment le sais-tu ?

-Elle a beaucoup pleuré, mais elle s'est vite consolée ! " explosa Morag.

Cedric ferma les yeux :

"Qui ?

-Cedric…

-Qui ? " répéta-t-il sans élever la voix, mais fermement.

"Potter…

-Elle a raison…c'est un garçon bien.

-Puis Michael Corner, un Serdaigle. C'est tout ce que je sais, Cedric. "

Quelque chose dans le ton de Morag le piqua au vif :

"Je ne la blâme pas du tout.

-Inutile de me le dire, je te connais.

-Elle aurait eu tort de m'attendre ! Tout le monde me donnait pour mort !

-Certes. Tu as ton opinion, et moi la mienne.

-J'aurais pu ne pas me réveiller avant quinze ans ! Dans de telles situations, il n'y a pas de date butoir ! C'aurait été égoïste de ma part d'attendre d'elle un tel sacrifice. Tu ne te rends pas compte, Morag, de ce que ça représente. " conclut-il sobrement.

"Cedric, elle est sortie avec eux l'année suivant ton accident. Je ne la condamne pas, mais…

-Mais ?

-C'est juste qu'à sa place, j'aurais attendu un peu plus longtemps", acheva-t-elle avec douceur.

Cedric reprit son masque flegmatique et se renfonça dans les oreillers :

"J'apprécie ton soutien, Morag, mais ne la juge pas aussi durement. Tu n'étais pas à sa place.

-C'est vrai. Je n'y étais pas" reprit pensivement la jeune femme.

Il s'écoula deux jours avant qu'elle ne revienne.

"Je croyais que tu m'avais abandonné" lança Cedric, mi sérieux, mi-rieur, alors qu'elle pénétrait dans la chambre.

"Je pensais que je t'importunais" rétorqua Morag.

Il se récria, et planta ses yeux gris dans les siens :

"Ce n'est pas vrai. Tu m'as apporté une aide précieuse. Je ne sais comment te remercier. Tu n'étais pas obligée de me rendre visite…

-Nous étions amis, non ? " coupa Morag.

Cedric ne tint pas compte de l'interruption :

"Pourquoi ?"

Elle soupira :

"Pour un garçon aussi futé, tu peux te montrer drôlement obtus, Cedric Diggory. "

Elle passa le reste de la matinée à lui lire des coupures de presse qu'elle avait sélectionnées. Petit à petit, Cedric refaisait avec elle le chemin des années de guerre. Silencieux, il enregistrait les informations qu'elle lui distillait au compte-gouttes. Pris par cet effort, il en oublia de chercher le sens de sa phrase.


Note de l'Auteur:

-des réactions? n'hésitez pas!