Titre : Heartbreaker

Auteur : Lilou Black

Genre : Romance, humour, post GravEx

Fandom : Gravitation

Pairings et personnages : divers

Rating : T

Disclaimer : Propriété de Maki Murakami

Note : Mes remerciements chaleureux à mon amie Piwi-chan, à Chawia et à Kiranagio pour leurs reviews (et petit plus pour Kira pour la relecture du début, ça m'a bien rassurée). Il ne se passe pas grand-chose dans ce chapitre, mais j'espère qu'il vous plaira quand même.

Bonne lecture à tout le monde


Chapitre 3 : Blackout

« Ryu-chan ?

- C'est toi, Tatsuha ? »

La voix de Ryuichi était toute ensommeillée et semblait venir de très loin.

« Pourquoi tu m'appelles à cette heure-ci ?

- Je n'ai pas pu le faire avant, je suis désolé. Tout va bien ?

- Je crois… J'ai appelé Tôma ce matin pour lui expliquer que je voulais être tranquille.

- Tu lui as dit où tu étais ?

- Tôma ne me trahira pas. »

Tatsuha n'y croyait qu'à moitié. Il avait toujours éprouvé une certaine méfiance envers son beau-frère, mais il préféra ne pas le dire à Ryuichi. Ce dernier, de sa voix rendue rauque par le sommeil, lui demanda :

« Tu rentres quand ?

- Bientôt. Je ne sais pas quand exactement, mais bientôt. Je te le promets.

- Tu me manques… et Kumagorô aussi.

- Tu me manques aussi, Ryu-chan. Et je crois… je crois que Kumagorô a aussi très envie de te revoir. »

Tatsuha se sentait un peu idiot en disant ces mots mais il savait que cela ferait plaisir à Ryuichi, alors il ravala sa fierté. Ils échangèrent encore quelques paroles, puis le benjamin des Uesugi raccrocha son téléphone.

Il n'avait pas osé dire à son amant que dès qu'il avait regagné le foyer paternel, il avait été assigné à résidence jusqu'à la cérémonie des fiançailles entre lui et Ayaka. Visiblement, son père avait envisagé la possibilité d'une fuite et il avait pris les devants. Tatsuha se retrouvait donc coincé chez lui et n'en avait rien dit à Ryuichi pour ne pas l'inquiéter. Puisqu'il avait pu garder son téléphone portable, il avait un recours, une solution pour s'échapper et il lui tardait de la mettre en œuvre.

Il devait juste attendre un peu pour ne pas attirer sur lui les soupçons, et il préférait rester dans l'optique que son idée fonctionnerait.

Il se sentit cependant très seul au moment de se coucher. Parler à Ryuichi lui avait fait plaisir mais il était par ailleurs un peu frustré. Il aurait nettement préféré être avec lui plutôt que de devoir attendre le milieu de la nuit pour lui téléphoner sans risquer d'être dérangé ou surpris.

Il sortit de son sac le lapin rose que son idole et amant lui avait confié. Il eut l'impression que la peluche le regardait avec ses yeux tout ronds en plastique. Tatsuha enfouit son visage entre les longues oreilles et respira profondément l'odeur de Ryuichi qui persistait sur le jouet. Il se sentait affreusement sentimental, mais c'était un fait à présent : il aimait cet homme autant qu'il avait admiré l'artiste et il lui tardait de le retrouver.

Il s'endormit en gardant la peluche à côté de son oreiller.

oOOo

Son idée pour échapper à ce mariage dont il ne voulait pas était simple : sa sœur Mika était la seule à pouvoir l'aider. Etant une femme, elle n'avait aucun droit sur le temple et se devait de rester en dehors des affaires de succession familiale, mais en même temps elle était l'aînée, la plus raisonnable et le vieux Uesugi l'écoutait plus volontiers que n'importe lequel de ses deux fils. S'il la contactait, peut-être pourrait-elle venir à Kyoto et faire entendre raison au père de famille. Ainsi donc, dès que Tatsuha s'était retrouvé coincé à la maison et sans possibilité d'en sortir, Mika était devenue son seul recours.

Il lui téléphona le lendemain matin dans la matinée. Ils discutèrent un moment de la pluie et du beau temps avant que l'adolescent n'entre dans le vif du sujet :

« J'imagine que tu es au courant de la nouvelle… que le vieux a décidé de me faire épouser Ayaka.

— N'appelle pas Père « le vieux », Tatsuha. Ce n'est pas respectueux. Effectivement, je suis au courant. Tu vas me dire que ce mariage ne t'enchante pas, c'est ça ?

— C'est un euphémisme. Non seulement je ne veux pas épouser cette fille, mais en plus j'en ai marre de jouer les remplaçants d'Eiri pour tout et de récupérer ce qui aurait dû lui revenir de droit s'il ne m'avait pas coupé l'herbe sous le pied en quittant la maison. Qu'il s'agisse du temple ou de sa fiancée.

— J'ai bien peur de ne pas pouvoir faire quoi que ce soit pour toi. Il faut bien que l'héritage de notre famille soit transmis et tu es le seul garçon qui reste, maintenant.

— Je me fiche de cet héritage. Je veux me barrer d'ici. Je n'en peux plus de cette province traditionnelle et coincée. Je veux ma liberté et quelqu'un m'attend à Tokyo.

— Ah bon ? Qui ça ?

— Ça ne te regarde pas. Je te le dirai seulement si tu m'aides à rompre ces foutues fiançailles et à ficher le camp d'ici.

— Père ne m'écoutera pas, quoi que je dise. Pourquoi tu ne t'enfuies pas, si c'est ce que tu veux ?

— Parce que je n'ai pas le droit de sortir de la maison et que je suis constamment sous surveillance. Le seul truc que je puisse tenter, c'est sauter par la fenêtre mais je n'ai pas tellement envie de finir traumatisé crânien…

— Hum…

— Mika, s'il te plaît…

— Ecoute, je vais essayer de venir. Peut-être que Père acceptera de te laisser sortir sous ma surveillance, après tout, je suis ta sœur et je suis sensée accepter la moindre de ses décisions. Je ne pourrai pas t'aider à t'enfuir mais je pourrai au moins te permettre de voir Ayaka pour que tu la persuades de renoncer à ce mariage. Si vous le refusez tous les deux, il y a des chances pour qu'il soit annulé.

— Merci, grande sœur. »

Ce n'était pas tout à fait ce qu'il attendait d'elle, mais c'était mieux que rien.

oOØOo

Dans la journée, le père de Tatsuha annonça à l'adolescent la visite de sa sœur, qui resterait avec eux jusqu'à la cérémonie des fiançailles. Il insista sur ce point, comme pour laisser entendre que Mika, elle aussi, approuvait ce mariage. Le jeune brun ne laissa rien paraître et se promit de féliciter son aînée pour ses talents d'actrice. Elle avait fait entendre au vieux moine qu'elle approuvait sa décision tout en ayant promis à Tatsuha de l'aider. Il était plutôt content de la tournure que prenaient les choses même s'il aurait souhaité que Mika arrive le jour même : cela retarderait ses retrouvailles avec Ryuichi. Ceci dit, se disait-il, il était prêt à attendre encore un peu. Tout plutôt qu'épouser Ayaka.

Comme la veille, il attendit que la nuit vienne pour téléphoner à son amant. Il s'étendit sur son lit et composa le fameux numéro super top secret que personne ne connaissait, même pas l'entourage professionnel le plus proche du chanteur. Quand il décrocha, la voix de Ryuichi était beaucoup plus claire que la nuit précédente.

« Tat-chan ?

— Tu ne dormais pas ?

— J'attendais que tu m'appelles. Tu rentres bientôt ?

— Très bientôt. Ma sœur arrive demain et elle va m'aider à rompre ce satané mariage. Après, je te promets que j'arrive par le premier train.

— D'accord. »

Ils discutèrent de tout et de rien pendant un petit moment. Tatsuha eut l'impression d'évacuer toute la tension qui s'accumulait en lui depuis qu'il était à Kyoto. Certes, il était un battant, il était optimiste, il savait que tout finirait bien, mais il n'empêchait que rester enfermé chez lui était difficile. Il lui tardait de retrouver sa liberté… et Ryuichi.

Il mit fin à la conversation en entendant son cher et tendre bâiller :

« Va te coucher, Ryu-chan. Il est tard et j'ai besoin de dormir, moi aussi.

— Tu promets de rentrer bientôt ? demanda le chanteur pour la millième fois.

— Oui, je te le promets. Je t'aime, Ryuichi. »

Son interlocuteur raccrocha brutalement et Tatsuha fut un peu surpris. Puis il se rendit compte de ce qu'il avait dit. Ces trois mots qu'il n'avait jamais prononcés de sa vie, parce qu'il ne les avait jamais vraiment pensés malgré sa vie sentimentale on ne peut plus agitée. Il ne put s'empêcher de se demander ce que Ryuichi avait bien pu en penser et ce qui l'avait poussé à raccrocher ainsi son téléphone sans autre forme de procès. Avec un soupir, il posa son téléphone sur la table de nuit et se prépara à se coucher. Tandis qu'il s'apprêtait à remonter la couverture sur lui, l'appareil se mit à vibrer, signalant l'arrivée d'un message. Il déchiffra le style télégraphique du SMS de Ryuichi qui disait en substance :

Désolé d'avoir raccroché comme ça, c'est juste que je ne suis pas habitué à entendre ce genre de phrase. Love you too.

Tatsuha ne put s'empêcher de sourire. C'était un nouveau signe que tout irait bien.

Forcément.

oOØOo

Mika arriva le lendemain dans la matinée. Elle joua son rôle à la perfection devant le père de famille et, une fois encore, Tatsuha la trouva admirable. De plus, il devait s'avouer que la grossesse lui allait bien et qu'elle n'avait jamais été aussi belle. Il avait toujours beaucoup aimé sa grande sœur mais à ce moment-là, cela frisait la dévotion. Il s'était échappé très jeune à son emprise, assoiffé de liberté qu'il était, mais il lui semblait être redevenu le bambin qui allait pleurer dans ses jupes quand il s'écorchait un genou. Mika sembla lire dans ses pensées. Elle lui adressa un clin d'œil discret.

À la fin du repas de midi, tandis qu'ils sirotaient tous les trois une tasse de thé, la jeune femme, dont les mains étaient croisées sur son ventre arrondi, déclara :

« Père, tu es un peu dur avec Tatsuha. L'interdire de sortir, franchement… Il a l'air un peu rebelle, mais c'est quelqu'un de responsable. Il ne s'enfuira pas. Tu devrais le laisser prendre l'air. Ça fait deux jours qu'il est enfermé dans la maison, si tu le laisse comme ça jusqu'aux fiançailles, il va dépérir.

— Il ne sortira pas, répliqua le vieux moine, péremptoire. Je n'ai pas confiance en lui.

— Et s'il sortait sous ma garde ?

— Hum… »

Le père de famille sembla réfléchir un moment, puis il donna son accord. Tatsuha eut du mal à ne pas sauter de joie.

Quelques instants plus tard, le frère et la sœur se dirigeaient ensemble vers la maison où vivait Ayaka.

« Tu as réfléchi à ce que tu vas lui dire ? demanda Mika.

— Je crois… J'espère que ça va marcher.

— Je l'espère pour toi aussi, petit frère. »


Les pièces de monnaie tintèrent à l'intérieur du distributeur. La canette de thé glacé tomba avec un bruit sourd dans le réservoir. Les hauts talons d'Azumi Murtchison, qui venait de prendre sa boisson fraîche, claquèrent sur le lino de la cafétéria.

Elle aimait bien ces sons simples.

Elle ouvrit sa boîte de thé et en avala une gorgée avant d'allumer une cigarette. Le calme qui régnait dans la pièce lui faisait du bien et lui permit d'appréhender avec tranquillité une nouvelle journée au milieu de cette bande de dingues. Quoique, « bande de dingues », c'était vite dit. Elle connaissait Claude depuis un certain temps et elle avait fini par s'habituer à sa manie des armes à feu et à ses coups tordus. Shindô était certes aussi irrécupérable pour la société qu'il était doué pour le chant. D'un autre côté, Fujisaki lui était sympathique, c'était un mioche aussi travailleur qu'elle l'avait été à son âge, et il y avait Hiroshi Nakano qui, Azumi n'aimait pas se l'avouer, était plutôt gentil, intelligent et d'une conversation agréable.

Ayant été poussée très jeune dans le monde du spectacle par des parents pour qui il n'y avait rien de tel que le show-business, elle s'était forgé une personnalité de porc-épic pour éviter de prendre trop de coups. Enfant-star de la pub à six ans, elle avait cru quitter ce milieu qu'elle n'aimait pas à l'aube de l'adolescence jusqu'à ce qu'un concours de poésie ne l'y précipite à nouveau. Ses textes avaient été publiés dans des revues réservées à un jeune public jusqu'à ce que cette folle de directrice artistique d'XMR ne vienne la chercher à la sortie du lycée pour lui faire écrire des paroles de chansons pour un artiste japonais fraîchement arrivé aux Etats-Unis.

À dix-sept ans, elle était devenue la parolière de Ryuichi Sakuma. Elle avait aimé travailler avec lui parce qu'il laissait ses côtés de grand gamin attardé dès qu'il entrait dans les studios et ils avaient, tous les deux, eu leurs heures de succès, lui dans la lumière et elle dans l'ombre. Cependant, elle détestait toujours autant les milieux artistiques et avait décidé de ne pas mélanger les torchons du travail et les serviettes du plaisir. Nakano semblait s'être mis en tête de sortir avec elle, mais à partir du moment où ils bossaient ensemble, elle ne pouvait pas accepter. Même si elle en avait envie… du moins un peu.

Elle fut tirée de ses réflexions par l'arrivée de K et de sa tasse de café.

« Hello, dear, dit-il.

— Salut, Claude.

— Je t'ai déjà dit qu'au boulot, il fallait m'appeler K.

— Si tu y tiens…

— Alors, tu sors avec Hiroshi ou pas ?

— Tu veux que je t'assomme ? De quoi j'me mêle, d'abord ?

— Tout doux, darling. C'était juste une question comme ça. Je m'intéresse à la bonne santé mentale de mes protégés. Et puis d'abord, tes petits poings ne pourront rien faire contre mon Magnum, bwahahahahahahaha ! »

Il est toujours aussi timbré, pensa Azumi. Elle l'avait connu en tant que manager de Ryuichi Sakuma et, après un long moment à l'avoir perdu de vue, elle constatait qu'il n'avait guère changé. Elle lui jeta un regard en coin :

« Tu veux que je dise à ta femme que tu m'as appelée « darling » ?

— Peuh ! C'est minable. Où est passée ta belle répartie, Azumi-chan ? »

Elle préféra ne pas répondre. Croiser ce timbré qui, tout compétent fût-il, avait l'habitude d'espionner les gens et de leur poser des questions embarrassantes était un mauvais présage. Une nouvelle journée difficile se pointait à l'horizon, elle en était certaine.

oOØOo

Ses certitudes furent confirmées en entrant dans le studio. Fujisaki feuilletait des partitions de musique sans avoir l'air d'y toucher, Nakano regardait par la fenêtre, une cigarette au bec (et l'interdiction de fumer, alors ?) et Shindô était assis par terre avec…

Aaaaaaaargh ! Un gnome !

« Qu'est-ce que c'est que ça ? hurla Azumi en montrant du doigt le petit garçon blond.

Ça, c'est Riku, répondit Shindô avec hauteur.

— Et qu'est-ce qu'il fabrique ici ?

— Ça ne te regarde pas. Je l'ai juste emmené avec moi. Tu n'as rien besoin de savoir d'autre.

— Fous-le dehors. Il est hors de question que je travaille avec un nabot dans les pieds !

— Nabot ? Tu t'es regardée, virago miniaturisée ?

— J'vais t'assommer, Shindô, et tu vas passer par la fenêtre.

— Hiro, dis quelque chose, pleurnicha le chanteur en regardant son meilleur ami qui venait d'écraser son mégot dans un gobelet à café vide.

— Je t'avais dit que c'était une mauvaise idée, Shûichi, répondit-il.

— Pourquoi ? Parce que miss Rikiki ici présente n'aime pas les enfants ? »

Nakano ne répondit rien, se contentant de retenir Azumi par le col parce qu'elle menaçait de se jeter sur Shindô pour le réduire en bouillie. K arriva à ce moment-là et tenta de calmer le jeu. Une fois la parolière et le chanteur séparés à coups de menaces d'une balle dans le citron, le manager s'intéressa à son tour à la présence de l'enfant :

« Que fait Riku Kitazawa ici ? demanda-t-il.

— Yuki veut le renvoyer en Amérique, répondit Shindô. Je ne suis pas d'accord, alors je l'ai kidnappé. Comme ça, ni lui ni Seguchi ne pourront me l'enlever et il restera avec moi.

— Et tu n'as rien trouvé de plus intelligent que de l'emmener dans les studios dirigés par Tôma Seguchi ?

— Mais… »

La discussion dura un petit moment, et Azumi n'y prêta aucune attention parce qu'elle n'y comprenait rien. Elle essaya tant bien que mal de faire abstraction de tout ce cirque pour ce mettre au travail mais elle n'y parvint pas. La présence du petit garçon la perturbait. Ayant été elle-même privée d'enfance par des parents assoiffés de célébrité et de fric, elle éprouvait une haine féroce pour tout être humain de moins de dix ans.

oOØOo

La pause déjeuner fut la bienvenue. La parolière fut ravie d'échapper au studio d'enregistrement, aux tarés qui y travaillaient et au bambin qui y squattait. Elle s'installa dans un coin et grignota des onigris arrosés d'une bonne quantité de café en espérant que cette fichue journée se termine bien vite et qu'elle puisse rentrer chez elle. Elle était sur les nerfs.

« Azumi ? »

Tiens donc, qui va là ? pensa la jeune femme en voyant débarquer Hiroshi Nakano. Elle n'avait pas spécialement envie que ce type vienne l'envahir mais elle se sentait trop lasse pour l'envoyer paître.

« Je suis désolé pour ce qui s'est passé ce matin, dit le guitariste.

— Vous n'avez rien à vous reprocher, c'est cet abruti de Shindô qui a ramené ce satané gnome. D'où il vient, d'abord ? »

Nakano se lança alors dans une explication compliquée. Apparemment, Shindô et son amant, l'auteur à succès Eiri Yuki, avaient ramené avec eux ce gamin d'un voyage aux Etats-Unis mais finalement, l'écrivain s'était décidé à le renvoyer chez lui, ce qui déplaisait fortement au chanteur. Azumi ne comprit pas tout et sentit un début de migraine s'installer. Je veux rentrer chez moi, pensa-t-elle. Elle se força cependant à se concentrer sur la conversation :

« Pourquoi vous détestez autant les enfants ?

— Ça ne vous regarde pas, rétorqua-t-elle.

— Vous voulez prendre un verre après le travail ?

— Vous tenez tant que ça à vous incruster dans mon quotidien tous les soirs ?

— Vous pouvez refuser si vous ne voulez pas… mais je pense que vous avez besoin de penser à autre chose.

Oui, mais pas à vous. Quoique…

— D'accord. Si c'est vous qui payez… et si vous m'offrez l'alcool le plus fort possible. »

Le guitariste eut un drôle de sourire, puis il haussa les épaules. Il devait penser que les femmes avaient des lubies bien bizarres. Azumi s'en fichait. Quitte à prendre un verre, autant que ce soit un cocktail bien fort. Cela lui viderait peut-être un peu la tête.


Journée pourrie, songea Rage, assise à côté de son garde du corps Bill dans une limousine qui manquait totalement d'originalité et donc de classe. Ce qui venait de se produire lui causait bien du tracas sur le plan professionnel (elle risquait de se faire tuer dans d'atroces souffrances) et sur le plan personnel… sa fierté s'était pris un sacré coup dans l'aile.

Au moins, l'univers du boy's love était plus simple que la vraie vie. Les hommes tels qu'ils étaient en réalité, elle ne les comprenait pas.

Elle avait retrouvé Ryuichi Sakuma. Bill avait fait du bon travail et n'avait mis que deux jours à trouver l'appartement où se terrait le chanteur. Elle était allée le chercher à bord de son robot panda, armée d'un AK-47, d'un fusil mitrailleur Uzi, d'un lasso, de cordes pour le ligoter et d'une seringue hypodermique remplie de somnifère au cas où. Malgré tous ces préparatifs, elle était repartie bredouille.

Ryuichi Sakuma, chanteur du groupe à succès Nittle Grasper et nouveau poulain de la branche cinématographique et télévisuelle d'XMR était amoureux.

Théoriquement, l'aspect otaku de Rage aurait dû être ravi et la jeune femme aurait dû s'évanouir de joie. Surtout que c'était d'un garçon que Sakuma s'était entiché. Seulement, si dans les yaoi, les amants que l'on sépare pleurent à chaudes larmes, font des drames ou menacent de mille et un sévices ceux qui osent les séparer, le chanteur était resté d'un calme olympien, s'était montré inflexible, sûr de lui… et remarquablement ennuyeux.

« Je ne partirai pas avec toi, Rage, avait-il dit. Tu peux faire toutes les histoires que tu veux, sortir tes armes et piquer tes crises, je ne bougerai pas d'ici. Même si tu m'emmenais de force, je ne bougerai pas. J'ai confié Kumagorô à Tat-chan. On restera ici ensemble tous les trois, que ça te plaise ou non. »

L'ancienne directrice artistique avait quand même tout essayé. Ryuichi avait repoussé le canon de sa mitraillette. Il avait retiré d'une pichenette la seringue plantée dans son bras et le somnifère n'avait pas fonctionné. Il était resté là, planté comme une statue au milieu de cet appartement pourri aux murs gris et tristes, et rien se semblait pouvoir le faire bouger. Elle était alors entrée dans une colère noire. Elle avait tout cassé autour d'elle. Bill, qui l'accompagnait, avait fini par prendre peur et l'avait soulevée pour la charger sur son dos comme un sac à patates. Ils étaient repartis, laissant un Sakuma totalement impassible.

Cet événement lui avait rappelé de façon douloureuse que, sorti des mangas et autres fanfictions dont elle se repaissait constamment, elle ne connaissait rien aux relations amoureuses. Elle raffolait des histoires de beaux gosses qui se bécotent et font des choses cochonnes, elle adorait les déclarations dégoulinantes de mots fleuris, mais le reste, tout ce qui faisait une relation à proprement parler, lui échappait complètement. Elle n'était qu'une fangirl solitaire qui vivait des passions brûlantes par procuration.

« Vous devez vous détendre, mademoiselle Rage, dit Bill d'un ton protecteur. Vous énerver comme ça est mauvais pour votre santé. Votre tension artérielle va monter de façon alarmante et…

— Fous-moi la paix, Bill. »

Le garde du corps n'osa répliquer. La jeune femme regarda par la fenêtre aux vitre fumées de la limousine et réalisa qu'ils se trouvaient dans un quartier à la mode, plein de bars où sévissaient des bandes de jeunes.

« Où on va ? demanda-t-elle.

— Boire une tasse de chocolat, répondit Bill. Cela vous détendra et vous fera le plus grand bien.

— Bof… On ne peut pas plutôt aller dans un love hotel pour gays ? Regarder ce qu'ils font par un trou de serrure m'inspirerait pour ma fanfic en cours et ça me détendrait davantage qu'une fichue tasse de chocolat. »

Bill haussa les épaules. Rage le connaissait assez pour savoir qu'il ne céderait pas un pouce de terrain. Elle se prépara donc à débarquer dans un café sous sa surveillance, à se montrer le plus calme possible… et à surveiller de près sa boisson pour qu'il n'y mette pas de calmants.

Elle retrouva un semblant de bonne humeur quand la limousine se gara. Sur l'avenue surpeuplée se déplaçaient des dizaines de jeunes gens habillés de façon excentriques : filles en cosplay, adolescents vêtus de tenues déstructurés, jeans déchirés, bottes à hauts talons et bonnets à oreilles de chats ou de lapins. C'était pour elle une source d'inspiration aussi intarissable qu'un couple gay en pleine séance de câlins. Elle adorait ça et elle s'en servait volontiers pour créer les costumes de scène de ses protégés. En plus, les jeunes Asiatiques étaient tellement kawaii ! Rage eut un petit sourire et vit que Bill la regardait avec satisfaction.

Elle descendit de la voiture sans faire d'histoire et se laissa guider par son garde du corps dans un bar à la façade discrète.

oOØOo

L'intérieur la déçut énormément. Au lieu de l'endroit décoré de couleurs fluo et au sol tremblant sous la musique tapageuse diffusée à pleins tubes auquel elle s'attendait, elle se retrouva entre des murs d'un blanc virginal, décorés d'affiches de cinéma d'auteur, et l'épaisse moquette au sol semblait étouffer le jazz qui passait en sourdine. Elle avait rêvé de se trouver en compagnie de jeunes otakus excentriques et vêtus de tenues délicieusement frappadingues et elle déchanta en voyant les dames en tailleur et les messieurs en costume trois pièces. Qu'est-ce que c'était que cette arnaque ? Elle jeta un coup d'œil furieux à Bill, prête à se lancer dans une de ces diatribes dont elle avait le secret, mais le vigile, dont le visage était toujours aussi impassible, agitait un bras en direction de quelqu'un. Curieuse, Rage suivit son regard…

… et vit, au fond du bar, attablés devant des verres de soda, le mari cinglé de sa meilleure amie qui souriait d'une oreille à l'autre et Suguru Fujisaki, qui lui n'avait pas du tout l'air heureux de se trouver là. Rage le comprenait. Qui aurait envie d'aller dans un endroit aussi ennuyeux ?

Elle fut traînée par son garde du corps jusqu'au manager et à l'adolescent. La jeune fille vit ce dernier se crisper en la voyant mais elle n'y prêta aucune attention.

« Bonsoir, K, dit Bill avec raideur.

— Yo, Bill. Tu es en retard.

— Les choses ont été plus compliquées que prévu.

— Viens me raconter ça, dit K en se levant. On va aller boire une bière et se raconter nos problèmes avec nos protégés. Fujisaki, je t'interdis de bouger d'ici. Toi aussi, Rage. Vous êtes en ligne de mire, tous les deux. »

Les deux hommes partirent avant que Rage et Suguru aient eu le temps de réagir. L'ancienne directrice artistique resta plantée un moment devant le claviériste de Bad Luck.

« J'ai l'impression qu'on est tombés dans un traquenard, dit-il.

— C'est-à-dire ?

— K m'a raconté qu'il voulait discuter de l'ambiance musicale du prochain album, et il m'a emmené ici, sans Nakano qui est parti avec Azumi-san et sans Shindô-san qui a filé avec le gamin qu'il a ramené des Etats-Unis lors de son voyage avec Yuki-san. Et voilà que je me retrouve ici… avec vous. »

Rage ne releva pas le ton dédaigneux avec lequel Suguru s'était adressé à elle. Elle s'assit.

« Shûichi est venu aux studios de N-G avec Riku ? Pourquoi ?

— Parce que d'après ce que j'ai compris, Yuki-san veut le renvoyer en Amérique.

— Dommage… un couple de gays super mignons avec un petit garçon, c'est tellement kawaii…

— Vous êtes complètement tarée. Au lieu de débiter des âneries, expliquez-moi ce que vous fabriquez ici. »

Rage expliqua alors que c'était Bill qui l'avait amenée ici. Le jeune pianiste se gratta le front, plongé dans une intense réflexion.

« C'est sûr, tout ça est une arnaque, dit-il. J'ai pourtant dit à Tôma que je ne voulais plus vous avoir dans les pieds. Il va m'entendre.

— Ah bon, fit Rage, sarcastique, en glissant une main à l'intérieur de sa veste où elle avait caché son Uzi. Pourquoi tu ne voulais plus m'avoir dans les pieds ?

— Premièrement parce que vous êtes une cinglée irrécupérable et deuxièmement à cause de ce que vous m'avez dit avant-hier.

— Qu'est-ce que j'ai dit ?

— Que vous vouliez me faire manger des gâteaux empoisonnés et me flanquer une paire de claques. Honnêtement, qui en aurait envie, hein, Mademoiselle Rage ? »

La jeune fille éclata de rire :

« Plus ça va, plus ton caractère me plaît. Tu as nettement plus de répartie que Shindô et Sakuma, qui ne savaient que pleurnicher et s'agiter comme des moulins à vent. J'ai une envie de plus en plus pressante de… de t'éclater la tête.

— Désolé, mais je suis un peu trop jeune pour mourir. »

Rage était aux anges. Jamais encore on ne lui avait résisté ainsi. La plupart du temps, les gens la laissaient commettre ses excentricités du fait de la célébrité de son père, à défaut de lui passer ses caprices. Ainsi qu'elle l'avait dit, les colères puériles de ses deux derniers poulains l'avaient amusée, voire agacée, mais rien de plus. Faire de ce jeune garçon son nouveau jouet représentait un défi intéressant. Quoique, s'il résistait à ses méthodes habituelles, il lui faudrait revoir sa copie.

Un serveur en livrée arriva et lui demanda si elle souhaitait boire quelque chose. Elle lui commanda un milk-shake à la mangue, dernier breuvage à la mode chez les otakus si on en croyait les sites Internet spécialisés.

« À quoi vous pensez ? demanda Suguru en la voyant toute silencieuse.

— À la façon de faire de toi mon esclave, répondit Rage avec un sourire.

— Au secours… »

oOØOo

À l'autre bout du bar, K et Bill sirotaient une bière en surveillant les deux adolescents du coin de l'œil.

« C'est un pari risqué, dit Bill.

— Tôma obtient toujours ce qu'il veut. Il sait ce qu'il fait.

— Je l'espère bien… »


Coiffé d'un bonnet de rasta multicolore et avec ses lunettes noires sur le nez, il avait l'air d'un anonyme. Il s'efforçait de rester calme malgré les émotions contradictoires qui lui occupaient l'esprit. Il tenait serrée la main de Riku dans la sienne. Le petit garçon pleurnichait parce qu'il était fatigué. L'attente durait depuis un bon moment.

Shûichi Shindô, une fois n'est pas coutume, maudit son amant et son égoïsme.

Comment avait-il pu oser vouloir se débarrasser de ce bambin si adorable qui ne demandait qu'à rester avec eux ? Certes, il semblait regretter son geste, mais comme il avait demandé l'aide de Seguchi, la machine était lancée et rien ne pourrait l'arrêter. Yoshiki Kitazawa allait revenir. Elle (puisqu'à présent c'était une femme) avait tous les droits sur Riku. C'était son neveu. Alors elle le remmènerait avec elle à New-York et Shûichi ne le reverrait plus jamais.

Il devait empêcher ça.

Il y avait réfléchi toute la nuit et était parvenu à la conclusion que la seule solution était d'enlever l'enfant. Il était parti avant que Yuki ne se réveille et avait emmené le bambin avec lui. Il avait eu peur que Tôma ne débarque et ne le repère, ou que ce faux jeton de Fujisaki ne le dénonce à son illustre et intraitable cousin, mais il avait eu de la chance. Il n'avait eu à gérer qu'une énième colère de cette peste de parolière, qui entre autres défauts, détestait les enfants. Qu'est-ce que Hiro pouvait bien lui trouver, franchement ?

En quittant les studios, il avait appelé sa sœur. Cacher Riku chez ses parents lui semblait le mieux, du moins dans un premier temps. Ces derniers poseraient sans doute des questions, mais Maiko s'en débrouillerait. Elle était maligne. Bien plus que lui.

Dans tous les cas, pour le moment, elle se faisait attendre. Elle lui avait promis de le retrouver à la station de métro la plus proche du lycée dès qu'elle quitterait les cours.

Elle arriva essoufflée, son cartable pendant sur son épaule, échevelée et l'uniforme un peu de travers parce qu'elle avait couru.

« Désolée, Onii-chan, dit-elle. J'avais des questions à poser au prof de maths au sujet d'un devoir pour la semaine prochaine…

— Tu fais passer tes notes avant ta propre famille, sœur indigne ?

— Tu n'as jamais compris l'importance des études, Shû-chan. Oh, quel mignon petit garçon, s'écria Maiko qui venait d'apercevoir Riku, accroché à la main de son frère aîné. C'est l'enfant que tu as adopté avec Eiri Yuki ?

— Tu lis trop la presse à scandale, Maiko. D'abord, c'est du flan. Yuki et moi n'avons pas adopté Riku. Yuki veut le renvoyer aux Etats-Unis et moi, je veux qu'il reste ici. Alors je l'ai enlevé. Tu veux bien t'en occuper en attendant que je trouve une autre solution ?

— Quoi ? »

La lycéenne passa une main nerveuse dans ses cheveux. Le flot d'information semblait difficilement entrer dans son esprit.

« Viens, on va boire un café, dit-elle. Tu vas m'expliquer tout ça en détail. »

Sur ces mots, elle traîna son frère et le petit garçon jusqu'à la cafétéria de la station de métro.

oOØOo

« Je comprends ce que tu ressens, mais ton idée est nulle et me mettrait dans une situation pas possible.

— Maiko, s'il te plaît, fais ça pour moi…

— Dire que je t'ai préparé ton bentô tous les matins pendant des années, et voilà comment tu me remercies… en me faisant entrer dans tes combines foireuses…

— Si tu le fais, je… je te procurerai une chemise sale de Yuki. Et… et une de ses taies d'oreiller. Et une de ses canettes de bière vides. »

Les yeux de l'adolescente se mirent aussitôt à briller de convoitise. Bingo, se dit Shûichi.

« D'accord, dit Maiko. Si tu me dégottes tout ça, je veux bien le garder une journée. Et un jour de plus si tu m'apportes un de ses slips.

— Sale fangirl. Radine.

— Hey, tu vis avec lui, y a pas de raison pour que je n'en profite pas…

— Je peux vous offrir bien plus, Mademoiselle, si vous laissez repartir votre frère et ce gamin, dit une voix grave derrière Maiko. »

Cette dernière sauta au plafond. Shûichi leva la tête et croisa, derrière les lunettes noires, le regard de son amant.

« Yu-yu-yu… Yuki, qu'est-ce que tu fais là ?

— Je suis venu te chercher, vermisseau demeuré.

— Je ne repartirai pas avec toi, salaud ! Tu veux renvoyer Riku aux Etats-Unis alors que moi, je veux qu'on le garde. Tu ne penses qu'à toi, comme d'habitude, alors qu'on est sensés être un couple et rester ensemble pour toujours comme dans les…

— La ferme ! Tu préfères que ce soit Seguchi ou un de ses sbires qui vienne chercher le monstre ? »

Shûichi resta sans voix. Comment le directeur de N-G pouvait-il être au courant du rapt de Riku ? Yuki répondit à sa question muette :

« Tu penses bien qu'avec le pouvoir qu'il a, découvrir ce qui s'est passé et quels sont tes projets n'a rien de difficile… Surtout quand tes idées sont aussi débiles. Franchement, planquer le mioche chez tes parents, même un gamin de trois ans y aurait pensé… De toute façon, quand je t'en ai parlé, tu as piqué ta crise sans me laisser le temps de t'expliquer grand-chose. Alors amène-toi. On rentre à la maison.

— Mais, Yuki… »

Shûichi n'eut pas le temps d'en ajouter davantage. Il fut à nouveau traîné par le bras, ainsi que le petit garçon, hors du bar. Au moment de partir, Yuki eut un clin d'œil équivoque en direction de Maiko :

« Surveillez votre boîte aux lettres, Mademoiselle. Merci d'avoir veillé sur Shûichi.

— Je… je n'ai pas fait grand-chose, balbutia la lycéenne, au bord de l'évanouissement. »

Dès que les deux hommes eurent disparu, elle chercha précipitamment une poignée de mouchoirs en papier dans son sac. Saigner ainsi du nez, ce n'était pas convenable et ça faisait plein de saletés.

oOØOo

Ils regagnèrent l'appartement de Yuki. Riku fut nourri, changé, et couché dans une chambre d'amis avec son inséparable couverture bleue à petits moutons. Shûichi resta prostré sur le canapé. Yuki s'ouvrit une boîte de bière et alluma une cigarette.

« Je ne te le répéterai pas cinquante fois, dit-il. D'accord, j'ai voulu me débarrasser du petit monstre. D'accord, j'ai appelé Seguchi pour lui demander de m'aider. D'accord, j'ai fait passer mes sentiments avant les tiens. Je regrette, d'accord ? Et puis je vais te dire un truc : Seguchi peut faire beaucoup de chose, mais il n'a aucun impact sur Yoshiki Kitazawa. C'est vrai, elle a tous les droits légaux sur le gamin. C'est vrai, Seguchi peut lui offrir du fric ou est-ce que je sais pour qu'elle nous en débarrasse. Mais elle ne sera pas obligée de rentrer aux Etats-Unis. Elle pourra s'installer ici au Japon. Quand elle est venue, ça n'a pas eu l'air de lui déplaire. Si elle vient définitivement habiter ici, du moment que c'est suffisamment loin de cet appartement, tu pourras voir Riku autant que tu voudras. Il faudra simplement négocier. »

Shûichi ne dit rien. Il n'était pas habitué à entendre son écrivain d'amant prononcer autant de paroles, et le voir faire amende honorable lui faisait toujours un drôle d'effet.

« Tu pourrais répondre, vermisseau, s'offusqua ledit auteur. Je m'excuse et je te propose des solutions de remplacement, tu pourrais dire quelque chose.

— Pardon, Yuki. Moi aussi, j'ai été égoïste. J'avais oublié que Riku était le fils de l'homme qui t'a…

— Ouais, bon, d'accord. Il est peut-être temps de tirer un trait sur le passé, non ? En plus, il est hors de question que ce salopard, même mort, continue à me pourrir la vie en me privant de mon… de mon trou.

— Méchant Yuki, s'écria Shûichi. Arrête de dire que je suis un trou !

— T'es débile, mais pas suffisamment attardé pour ne pas comprendre ce que je veux dire par là… »

Joignant le geste à la parole, Yuki se pencha sur son amant et l'embrassa. Shûichi se laissa faire, ravi.

« Ça te suffit ou tu as besoin que je t'explique plus… explicitement ce que je veux dire ? »

Le chanteur ronronna, en plein mode bestiole. L'écrivain prit ce ronronnement pour une réponse affirmative et il souleva le jeune homme dans ses bras pour le porter dans la chambre.

À suivre…